Une génération cinq étoiles !

Article écrit par Quentin Guillon, à Lisbonne

Dans la foulée de Jimmy Gressier, les espoirs français, dont la plupart sont nés en 1997, ont remporté un cinquième titre consécutif par équipes aux championnats d’Europe (juniors en 2015 et 2016, espoirs depuis 2017).

Jean-Marie Hervio/KMSP/FFA
Jean-Marie Hervio/KMSP/FFA

Derrière un Jimmy Gressier intouchable, Fabien Palcau a réalisé un sprint féroce pour finir 6e, quelques secondes devant Mohamed-Amine El Boujaji, 10e. Un tir groupé qui a permis aux jeunes Bleus de s’imposer par équipes, 17 points contre 19 aux Italiens (les trois premiers de chaque formation comptaient). C’est donc le cinquième titre consécutif pour cette génération impressionnante (2 chez les juniors, 3 chez les espoirs). 

Hugo Hay, dauphin de Gressier il y a deux ans, et médaillé de bronze l’année passée, a connu une course très difficile (18e), deux places devant Pierrick Jocteur Monrozier, qui disputait ses premiers championnats d’Europe. Louis Gilavert, médaillé de bronze chez les juniors il y a deux ans, a été un peu plus en retrait, lui aussi, 30e

 

 

« Il faut rester humbles »

 

Hugo Hay avait prévenu ces coéquipiers la veille. « Certains disaient qu’on allait faire 1, 2, 3, 4, 5 et 6.  J’avais dit aux gars de rester humbles, de respecter nos adversaires et le cross-country. On est loin d’avoir réalisé ça. Cela remet un peu en place » glisse t-il dans la zone mixte. C’est son premier véritable échec en cross. A l’exception de Jimmy Gressier, une nouvelle fois impressionnant d’aisance, tous les autres Bleus ont connu des passages délicats dans leur –jeune- carrière.

C’est le cas de Fabien Palcau et Mohamed-Amine El Bouajaji, qui ont fait la course ensemble, sans se concerter. « On est partis vite. Ce n’était pas la bonne stratégie car on a commencé à souffrir dès le 3e tour (sur 6) » confie Palcau. « On s’est aidés mutuellement. Sans cela, ça n’aurait pas été la même ». 

« L’esprit d’équipe nous a fait tenir » abonde El Bouajaji, juste après avoir affectueusement enlacé et réconforté Hugo Hay. Palcau et El Bouajaji, de conserve : « On a couru avec le cœur. Les gens qui ont fait le déplacement pour nous encourager nous ont vraiment aidés ».

Ils sont apparus chez les cadets, brillants. El Bouajaji : 3e du Festival Européen de la Jeunesse en 2013 sur 3 000 m ; 2e des JOJ l’année suivante, 5e chrono français de l’histoire en cadet (8’16’’43).

Palcau : champion de France cadet de cross, 2e en 2015 chez les juniors (derrière Wanders), une démonstration l’année suivante, étincelant de facilité, ce qui laissait présager un avenir radieux.

Ils connaîtront, ensuite, de longs moins compliqués. Le milieu s’est alors interrogé : feraient-ils partie de ces athlètes à très fort potentiel et dont la carrière se consume par la suite ?

 

 

« Ça ne serait pas drôle si c’était tout le temps facile »

 

« Cela a commencé avec des petits virus. La spirale négative s’est ensuite enclenchée. Ça ne va pas dans la tête et c’est dur de s’en sortir. Mais je n’ai jamais baissé les bras » retrace Palcau, dont la 7e place l’année dernière disait déjà son retour au meilleur niveau. 

El Bouajaji, à ses côtés, cheveux peroxydées : « J’ai presque tout gagné en 3 000 mètres, en cadets. J’ai enchaîné les sélections et les médailles. Puis j’ai changé de discipline en juniors (1 500 m), et j’ai pris calque sur claque. Cela a été quatre années difficiles. Mais je suis content de les avoir vécues. J’ai davantage les pieds sur terre, aujourd’hui. J’ai appris ce qu’était être humble. Quand on est au plus bas, quand on s’investit et que ça ne paye pas, cela forge le caractère ». 

Jimmy Gressier rejoint ses camarades dans la zone mixte, après avoir fait le tour des médias européens. Il lâche un long cri de satisfaction. Les six se racontent leur course, se marrent, profitent de ces jolies instants. Une équipe, soudée. 

Palcau complète : « Quand c’est devenu dur dans la course, c’était toujours moins dur que les moments difficiles que l’on a traversés. Il faut en passer par là pour apprécier les victoires. Ça ne serait pas drôle si c’était tout le temps facile. C’est ce qui fait qu’une carrière est belle, aussi ».

 

 

Seniors, maintenant

 

Leur amitié –non feinte- a alors compté quand le moral était au plus bas. Echanges sur les groupes Whatsapp, lors des stages, et la flamme qui s’allume lorsque les copains brillent alors qu’eux sont à la maison.  

« Fabien a brisé une barrière en devenant vice-champion d’Europe de cross (en 2015). Jimmy (Gressier) et Hugo (Hay) nous ont montré qu’il était possible de faire des médailles.  Pourquoi n’en serait-on pas capables, nous aussi ? Il faut travailler » glisse El Bouajaji. C’est donc ça, l’émulation. Palcau assure, la mèche un peu au vent : « Si chacun avait été isolé dans son coin, on n’aurait jamais fait de tels résultats. C’est certain »

Dans trois semaines, ils seront définitivement seniors (sauf Gilavert et Jocteur-Montrozier, encore espoir pour un an). Une plongée dans le grand bain –ils s’y sont déjà, un peu- et ils ne manquent pas d’ambitions. « L’objectif, ce sont les championnats d’Europe à Paris cet été. Courir à domicile, c’est génial. C’est comme la coupe du Monde de foot en 1998 » s’amuse El Bouajaji, souvent dans l’hyperbole.  

Il n’y aura pas assez de places dans la sélection pour tous ces talents, de même que l’année prochaine pour les championnats d’Europe de cross. Mais c’est justement cette émulation et cet esprit d’équipe qui les tirent vers le haut. 

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