Sylvain Cachard, plus haut, plus vite, plus fort

Sylvain Cachard, jeune athlète semi-professionnel du team Hoka One One, n’est plus à priori une révélation.
Multiple champion de France de montagne (junior, espoir, senior) et vainqueur de grandes classiques européennes, il semblait déjà avoir atteint le sommet de son art. Mais il n’en est rien.
En éclaboussant de son talent 2 courses hyper-concurrentielles l’élève ingénieur de l’INSA de 23 ans a prouvé que son ascension était toujours en cours. Il vient de remporter la première manche de la coupe du monde de Skyrunning. Il est aussi double champion de France montagne 2021 et 2022. Entretien.

Sylvain Cachard, en tête de bout en bout aux Matheysins
Sylvain Cachard, en tête de bout en bout aux Matheysins

Pascal Balducci : Sylvain, tu fais un début de saison tonitruant avec le record du Malpassant en Savoie et surtout celui de la skyrace des Matheysins sur un terrain très technique. Est-ce que tu t’es préparé différemment cet hiver ? Et sur quoi penses-tu avoir progressé ?

Sylvain Cachard : J’ai passé un hiver assez difficile. Sur le plan physique bien sûr, avec une inflammation au sésamoïde qui m’a empêché de courir correctement pendant plusieurs mois, mais surtout sur le plan personnel où il a fallu que je prenne le temps de me reconstruire et de retrouver cet épanouissement que je ressens dans ma pratique sportive.

Concrètement, contrairement aux années précédentes, je n’ai pas participé aux championnats de cross avec mon club l’Entente Athlétique de Grenoble 38. Du coup, j’en ai profité pour vivre un hiver très peu orienté « sport de haut-niveau » et j’ai passé beaucoup plus de temps avec mes amis, en montagne, à me préoccuper uniquement de faire ce qui me procurait du plaisir à l’instant T. À part ma séance de muscu hebdomadaire, le reste des entraînements était très orienté en fonction de ce que faisaient mes amis et de quelle montagne j’avais envie de grimper, en ski, en VTT… En plus, j’ai eu pas mal d’entraînement typés « raid multisport » pour préparer un raid que l’on avait prévu de faire début avril mais qui a été annulé (Raid In France 24h – coupe d’Europe de raid que j’avais prévu de faire avec Clémentine Geoffray, Pierre Martinez et Fleury Roux). Cela se résumait par des journées où l’on enchaînait trail, VTT, kayak… Au final, ça m’a permis de sortir de l’hiver avec une bonne base aérobie non-spécifique. En plus, le travail de force max en salle m’a beaucoup fait gagner en force musculaire et je le ressens beaucoup en montée à présent.

 

P.B : Tu seras aux France de montagne dans les Pyrénées le 12 juin pour un 3ème titre chez les grands. Est-ce un objectif majeur pour toi ou une étape vers les Europe ?

S.C : Bien sûr ! À mon sens, quand on s’aligne sur un championnat de France avec une sélection à la clé, ce serait manquer de respect à l’organisation et à l’ensemble des athlètes présents de ne pas y aller en pleine possession de ses moyens ! J’aime tellement ce format de course, l’ambiance qui y règne loin de la surcommunication que l’on peut connaître sur d’autres évènements. À chaque fois que je vais sur un championnat de France de course en montagne, je me sens bien, à ma place, en adéquation totale avec les valeurs transmises par ce format. Après, bien évidemment que j’ai les championnats d’Europe en tête, depuis très longtemps d’ailleurs. Depuis l’automne 2019, nous avons été privés de championnats internationaux et j’ai vraiment envie de voir ce que je peux faire sur un championnat d’une telle ampleur.

 

Sylvain Cachard : « Je cours avant tout pour me faire plaisir et je sais qu’actuellement, j’ai du mal à arriver en haut d’une montagne et me dire « descend doucement, il reste encore x heures de course ». La course en montagne est géniale pour ça, c’est une discipline très instinctive et où on peut aller plus ou moins à fond toute la course sans se poser de questions. » 

 

P.B : Sur quels tableaux vas-tu jouer ensuite ? montagne? skyrunning avec les GTWS ? trails ? ou les 3 à la fois ? 

S.C : Cette saison, j’ai vraiment découpé mes périodes compétitives en 3 blocs distincts : le premier que je viens d’achever avec le Nivolet-Revard et la Skyrace des Matheysins, c’était un bloc de reprise. Le but était avant tout de savoir où j’en étais. Le deuxième sera typé « course en montagne » avec les France et si je suis sélectionné les Europe. Le troisième bloc s’orientera sur des formats de courses plus longues avec les Golden Trail Series.

 

P.B : Quel sera ton objectif principal de l’année ? Une course comme Sierre Zinal ou un challenge ?

S.C : Sierre-Zinal est une course qui me fait rêver depuis très longtemps. Mais cette saison, pour des raisons de timing de pic de forme, je pense que ça va être juste d’arriver en forme olympique sur la course suisse, même si je ferai tout pour. Prévoir un pic de forme sur les courses américaines des Golden me semble plus raisonnable !

 

P.B : Avec maintenant ta longue expérience, peux-tu donner 2-3 conseils à des jeunes qui débutent l’activité ?

S.C : Avec toutes les erreurs que je fais encore, je ne suis pas sûr d’être le mieux placé pour conseiller des jeunes. Mais dans tous les cas, s’il y a un conseil que je peux leur donner, et encore plus dans une société où le regard des autres est excessivement mis en valeur, c’est de s’écouter. Ça peut paraître basique et anodin, mais quelqu’un qui est capable d’écouter, de comprendre, d’analyser ce qu’il ressent vivra en harmonie avec son corps. Faut avouer qu’en tant que sportif de haut-niveau, c’est plutôt utile.

 

P.B : Enfin, envisages-tu dans un futur proche de passer sur des distances-durées de courses plus longues ?

S.C : Bien sûr, des courses comme la Transvulcania, les Templiers, Lake Sonoma 50, la Hardrock, la Western State ou encore l’UTMB me font rêver. Mais je pense que j’ai largement le temps de m’entraîner et de m’aligner sur ce genre de distance. En fait, les courses « courtes » sont des efforts très physiologiques et si je veux atteindre les objectifs que je me suis fixé sur ces distances, il faut que je m’y consacre pleinement et avant d’avoir 30 ans. Les courses plus longues type ultra, pour avoir suivi mes parents sur leurs courses toute mon adolescence, sont beaucoup plus basées sur le potentiel musculaire, énergétique de l’athlète, ce qui restent des qualités que l’on peut développer toute sa vie. Pour finir, je cours avant tout pour me faire plaisir et je sais qu’actuellement, j’ai du mal à arriver en haut d’une montagne et me dire « descend doucement, il reste encore x heures de course ». La course en montagne est géniale pour ça, c’est une discipline très instinctive et où on peut aller plus ou moins à fond toute la course sans se poser de questions ! Et puis, avant de penser aux ultras, il y a le format marathon avec des courses comme Zegama, le marathon du Mont-Blanc ou l’OCC qui me font rêver. C’est un format que j’ai déjà pu expérimenter et sur lequel je pense me concentrer dans un futur assez proche.

 

(Nous avions déjà consacré quelques articles à Sylvain Cachard dont voici le dernier en date du 5 août 2020 : https://www.lepape-info.com/actualite/sylvain-cachard-le-jeune-homme-fort-de-la-montagne/ )

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