Yoann Kowal : « Les hommes forts de l’hiver ne sont pas ceux de l’été »

Le champion d'Europe 2014 du 3 000 m steeple a connu un été 2018 compliqué, bouclé par une quatrième place aux Championnats d'Europe de Berlin, qui lui laisse encore aujourd'hui un goût amer. A la veille de son retour en compétition ce dimanche à l'Escalade de Genève, Yoann Kowal (31 ans) s'est livré sur www.lepape-info.com sur son année 2018, ses erreurs et ses envies. Interview.

Yoann Kowal a terminé 4e des derniers Championnats d'Europe sur 3 000 m steeple (crédit photo Romain Donneux).
Yoann Kowal a terminé 4e des derniers Championnats d'Europe sur 3 000 m steeple (crédit photo Romain Donneux).

- Bonjour Yoann, comment allez-vous à la veille de votre retour en compétition après votre coupure annuelle?

« Ca va, pas d’extra-forme, pas de sous-régime. Là (vendredi 30 novembre), ça fait sept semaines que je n’ai pas fait un repos complet. Depuis que j’ai repris, j’ai fait une semaine tranquille puis sept semaines où j’ai doublé, ou fait une fois par jour, mais aucun repos complet. En plus j’ai fait des travaux à la maison où je me suis installé une salle de sport. Donc je faisais le matin entrainement, les travaux l’après-midi, et encore entrainement le soir. La semaine dernière j’étais mort sur les séances. Je ne sais pas où j’en suis vraiment.

« Cette finale des Europe a été une grosse perturbation »

 

- On vous avait quitté très fatigué physiquement et mentalement après votre saison 2018. Où en êtes-vous ?

J’ai pris six semaines de repos complet après la saison mais ça ne m’a pas aidé à récupérer mentalement. J’avais toujours en tête cette finale des Europe (il a terminé 4e), des fois même, ça me réveillait la nuit. J’y repensais régulièrement à cette course mal gérée. C’a été une grosse perturbation pour moi. Je n’avais pas trop envie de reprendre l’entrainement mais, finalement, la reprise m’a fait du bien, m’a fait relativiser et maintenant il faut retourner au charbon en prenant en compte cette saison pour ne pas refaire les mêmes erreurs. La digestion n’est pas encore totale mais c’est mieux.

 

- Quelles ont été ces erreurs que vous soulignez ?

J’ai beaucoup couru l’hiver dernier. A la base Philipe Dupont et Patrick Petitbreuil (ses entraineurs) n’étaient pas très chauds pour que je fasse autant de courses. Mais je leur disais de ne pas s’inquiéter car je les faisais « tranquille ». Mais une fois que tu as le dossard, tu essaies toujours de te défendre. Corrida de Houilles (28’54 sur 10 km) , les France de cross (3e du cross long),  Moirans (28’42 sur 10 km record personnel), sans le chercher, toutes ces courses m’ont amené dans un pic de forme. J’ai été trop fort trop tôt. Mon hiver a été trop chargé. L’été je n’avais plus faim. Même si j’ai fait un super stage à Flagstaff (Etats-Unis) qui laissait envisager à un gros chrono sur steeple. Le pire c’est que je me suis fait avoir à mon propre jeu car ça fait des années que je prône que les hommes forts de l’hiver ne sont pas ceux de l’été. C’est très rare que des mecs soient forts en hiver et tiennent jusqu’au bout de l’été.

 

« Ne pas prendre une minute par Julien Wanders »

 

- Vous abordez donc 2019 avec un calendrier moins chargé.

L’année dernière, à cette période, j’avais déjà fait trois courses avant d’enchainer les courses suisses et la corrida de Houilles. Cette année j’ai refusé des propositions. J’ai plus ciblé et je courrai seulement en Suisse (L’Escalade et Sion). Je suis dans ma neuvième semaine de reprise, c’est plus cohérent.

 

- Vous serez ce dimanche au départ de l’Escalade de Genève (Suisse). Pouvez-vous nous décrire cette course suisse devenue très populaire ?

C’est une ambiance très particulière. C’est hyper chaleureux car c’est une petite boucle et donc il y a beaucoup de monde tout au long du parcours. Il y a un engouement avec des cloches. Une belle ambiance à la Suisse. Il y a du haut niveau associé à un gros public. C’est familial.

 

- D’un point de vue sportif, outre votre compatriote Florian Carvalho, vous serez opposé au récent recordman d’Europe du 10 km Julien Wanders, qui est imbattable sur ses terres depuis un moment.

J’ai été voir les résultats de l’année dernière et j’avais pris 47’’ (sur 7,3 km) par Julien Wanders alors que j’étais bien et qu’il était très bien (rires). Cette année, il est extrêmement bien et je suis un peu moins bien… Avec Florian Carvalho on s’est donné l’objectif en rigolant de ne pas prendre la minute par Wanders ! A un moment, il faut être réaliste. Je suis un compétiteur, j’ai envie de partir devant mais il faut être réaliste en prenant conscience du niveau actuel. J’ai seulement fait des 1000 m la semaine dernière pour me tester.  Cette année à l’entrainement, pour l’instant, je ne me suis pas mis mal. Je prends le temps pour avoir un meilleur été possible.

 

« J’ai envie de manger le repas de Noël »

 

- N’est-ce pas trop compliqué de jouer un rôle de faire-valoir sur des courses l’hiver quand on a votre palmarès ?

Comme je le disais tout à l’heure, les hommes de l’hiver ne sont pas ceux de l’été. L’année dernière, je mettais des toises à Morhad (Amdouni) en fin d’année mais c’est Amdouni qui est champion d’Europe et non Kowal. Il faut savoir ce que tu recherches. Pour Julien, il a un record d’Europe c’est super. Mais moi ce que je veux c’est être présent cet été. Là j’y vais donc avec les moyens du bord.

 

- Après vos deux corridas en Suisse, quel sera votre programme ?

Je suis en train de caler mon calendrier, j’ai deux options. Ou je vais en stage (janvier) en Afrique du Sud avec le groupe de l’INSEP ou je vais aux Etats-Unis en Floride avec Thierry Choffin (entraineur) et Rénelle Lamote (internationale sur 800 m). Si je vais aux Etats-Unis, j’aimerais conclure mon stage par un ou deux meetings en salle et voir après si je me pointe en France sur les sélections pour les Europe en salle (Göteborg, 1 au 3 mars 2019). Aujourd’hui, je n’ai pas envie de dire que je vais faire les Europe en salle. Si je sens que je suis armé j’irai sur le 3 000 m. Mais je ferai sûrement deux meetings à l’étranger et deux en France.

 

- Est-ce qu’on vous verra à la corrida de Houilles comme c’est le cas depuis plusieurs saisons ?

Je n’irai pas cette année. Je veux prendre mon temps. Et j’ai envie, pour une fois depuis au moins cinq ans, de manger le repas de Noël comme il se doit. Pouvoir tout manger et ne pas faire galérer toute ma famille parce que je veux du poisson au lieu du plat bien gras. Et je partirai juste après en stage.

 

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