De la compassion pour nos athlètes

On vibre à travers eux. On vit même parfois à travers eux. Les athlètes ont cette image de la réussite athlétique qui nous poussent à les admirer. Une pression supplémentaire pour eux, parmi d’autres… Alors, n’oublions pas qu’ils sont avant tout des sportifs.

FATIGUE MENTALE 1

Les troubles de santé mentale sont omniprésents dans la société et malheureusement sous-diagnostiqués et mal gérés, ou pire, ignorés.

Étonnamment, on en parle encore comme s’ils étaient séparés des symptômes « physiques » alors qu’ils sont écartés artificiellement par des critères de diagnostic perpétuant le dualisme corps-esprit.

 

Ce dualisme ignore les circuits neuronaux de l’être humain et l’interconnexion qu’ils impliquent :

– les troubles de santé mentale augmentent le risque de blessure, retardent la guérison post-blessure et nuisent aux performances.

– les blessures et mauvaises performances déclenchent souvent des symptômes de type dépression ou anxiété.

 

Les athlètes élites ne sont pas épargnés par les symptômes de troubles mentaux, au contraire. Ils en souffrent dans des proportions similaires, voire supérieures (ex, pour les troubles liés à l’alimentation) à la population générale – alors que l’on penserait l’inverse étant donné qu’ils vivent dans une culture de « rigueur » et de « bonne forme ».

En fait, cette proportion s’explique notamment par des facteurs contextuels : abus psychologiques/physiques, exposition à la blessure, stigmatisation importante des problématiques de santé mentale, question de la reconversion…

 

Dès lors, ce contexte mis de côté, il ne faut pas oublier qu’avant d’être des élites, ces sportifs sont des êtres humains. Des êtres doués de (excellentes) qualités motrices et qui, pourtant, ne sont pas invulnérables et ne peuvent se résumer à la simple poursuite de l’excellence sportive. Car leur réalité est toute autre.

 

Elle, est déterminée à gagner mais elle perdra souvent.

Lui, se sent imbattable et se poussera à l’extrême, parfois au prix d’une bonne santé.

 

Face à cette réalité, au quotidien, la confusion peut aisément survenir dans le diagnostic de troubles mentaux. En effet, la limite est fine entre ce qui relève des besoins de la performance et ce qui peut être de l’ordre du symptôme mental.

 

Par exemple :

les troubles anxieux ne sont pas forcément incompatibles avec l’état de recherche de performance en compétition ;

les troubles de l’alimentation et la « dépendance à l’entraînement » peuvent être difficiles à discerner de la rigueur des habitudes nécessaires à la performance ;

– les facteurs liés au mode de vie des athlètes d’élite entraînent généralement une privation de sommeil, qui augmente le risque de symptômes ;

– les marqueurs de surentraînement peuvent se manifester par des symptômes de dépression.

 

Une fois le diagnostic posé et correct, la gestion des troubles de santé mentale chez les élites comprend la psychothérapie et/ou le traitement pharmacologique.

Pour la première, malheureusement, les barrières culturelles peuvent écarter son usage quand bien même les athlètes élites possèdent souvent une capacité supérieure à se conformer aux conseils.

Pour le second, les médicaments peuvent effectivement être nécessaires au traitement mais ne doivent pas être considérés en première intention. Le clinicien devrait en outre prêter attention à l’impact potentiel de ces médicaments sur la performance ou à leur bonne compliance aux règles de l’Agence Mondiale Antidopage.

 

En complément du traitement, de façon préventive cette fois, l’idée pour tout encadrement d’un athlète élite pourrait être d’envisager au sein d’un même continuum :

– d’un côté, des actions de promotion d’un développement mental positif cristallisé autour de 2 axes : la cohérence des valeurs éthiques et la compassion (envers soi et les autres). Ceci, au service de la gestion par l’athlète des facteurs de stress

– de l’autre, des protocoles aboutis de gestion des troubles mentaux émergents.

 

Plus de compassion pour nos athlètes ! Car « le sport devrait être un bien public (…) et un athlète en bonne santé est le symbole d’une société idéale, une société où le bien-être personnel est promu et où ceux qui cherchent un traitement à leurs problèmes de santé mentale ne sont pas stigmatisés. »

 

Source : Hainline and Reardon, BJSM Mai 2019

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