Morhad Amdouni : « Je montre que le marathon est fait pour moi, il y a encore des progrès et de belles choses à faire. »

En 2h05’07, l’Ethiopien Deso Gelmisa s’est adjugé la 45e édition du Marathon de Paris juste devant son compatriote Seifu Tura (2h05’10).
Superbe performance de Morhad Amdouni 3ème de la course en 2h05’22 et qui s’offre un nouveau record de France en améliorant de plus d’une minute l'ancienne marque de référence nationale de Benoit Zwierzchiewski (2h06’36) réalisé à Paris en 2003.
Morhad Amdouni 4ème meilleur performer Européen de tous les temps et qui disputait son 3ème marathon a relevé le défi avec la manière après avoir solidement défendu sa place sur le podium alors qu'il était seul lors des 6-7 derniers kilomètres. Entretien.

Morhad Amdouni (à gauche) avec Benoit Z (à droite) désormais ancien détenteur du record de France du marathon
Morhad Amdouni (à gauche) avec Benoit Z (à droite) désormais ancien détenteur du record de France du marathon

Lepape-info : Morhad, quelle performance, une 3ème place à Paris avec un nouveau record de France 

Morhad Amdouni : « J’ai remis la Tour Eiffel à sa place » comme j’aime le dire parce qu’aujourd’hui on va parler de Morhad en mode marathon. Même si sur la distance j’ai besoin d’acquérir un peu plus d’expérience, cela fait du bien de battre ce record en faisant en plus un podium avec des Ethiopiens qui ont l’habitude de ces courses. À un moment j’ai cru que j’allais revenir sur les deux qui étaient devant mais il manquait des détails, mais cela viendra notamment comme lors des ravitaillements où je n’ai pas trouvé ma gourde à la bonne place.

 

Lepape-info : Plus d’une minute en moins, vous avez pulvérisé ce record de France 

M.A : Ce record représente beaucoup, cela permet de remettre les choses en place. Beaucoup de gens en parlaient, cela fait du bien il y a cette nouvelle marque nationale mais je me rends compte que je ne suis pas passé loin de la victoire, que je pouvais gagner le Marathon de Paris alors que j’étais entouré d’athlètes de renom. Je savais que j’en étais capable mais il fallait le faire, il fallait confirmer et en ressortir plus grand. J’ai décidé de courir à Paris, j’aurais pu faire le marathon de Rotterdam le week-end prochain, battre le record de France dans des circonstances pas faciles en étant pas loin de la victoire, cela laisse présager quelque chose de grand. Je confirme dans le Top Elite mondial et c’est bien de montrer que l’on est capable.

 

Lepape-info : Les 2 médailles aux championnats d’Europe 2018, votre succès en Coupe d’Europe du 10 000 m l’an passé, le titre de champion de France de cross en mars, vous êtes souvent au rendez-vous dans les moments qui comptent

M.A : C’est aussi une histoire de volonté, rien n’est acté, rien n’est acquis. La course c’est moral, c’est mental mais bien sur c’est aussi physique il y a plein de facteurs qui rentrent en compte. Aujourd’hui je vis ce moment sportivement et humainement. Le talent seul ne suffit pas, il faut travailler et je fais tout pour réussir. Je montre que le marathon est fait pour moi, il y a encore des progrès et de belles choses à faire.

 

Lepape-info : Votre collaboration à nouveau avec votre ancien entraîneur Jean-Claude Vollmer tombe à point nommé

M.A : C’est un duo qui me permet de progresser, qui m’offre aussi plus de la visibilité, le fait d’être avec lui à l’INSEP, il a une grande expérience. Comme l’a dit Jean-Claude, il faut que j’apprenne encore beaucoup en marathon. Avec ce chrono réalisé aujourd’hui on peut viser encore mieux. Bien sur que j’aimerai la victoire en 2024 mais pour en revenir à aujourd’hui un podium c’est grand.

 

Lepape-info : Cet été avec les Mondiaux à Eugene et les Europe à Munich il va falloir faire des choix 

M.A : On va réfléchir avec Jean-Claude Vollmer, je vais rester concentré et on va décider de ce qui serait le mieux pour moi. Maintenant on sait que sur marathon je peux faire de belles choses on voit que le niveau européen est relevé, ce sera le cas surement cet été. Avec le chrono réalisé aujourd’hui cela incite à la réflexion (pour savoir s’il faut mieux s’aligner sur marathon aux Mondiaux ou aux Europe).

 

Le nouveau record de France du marathon de Morhad Amdouni a été salué par le désormais ancien détenteur du record national Benoit Zwierzchiewski (Benoit Z) présent pour féliciter Morhad Amdouni à l’arrivée : « Je suis honoré et fier que Morhad ait battu mon record de France, c’est un athlète complet, d’exception, c’est flatteur d’avoir un record qui a duré aussi longtemps. Les conditions étaient parfaites, Morhad avait montré à l’entraînement sur les séances spécifiques des choses qu’il a réussi à concrétiser, bravo à lui. Cela laisse entrevoir de très belles choses pour lui sur marathon, il peut envisager de se rapprocher du record d’Europe dans les années qui viennent. Je pense que sur un parcours plus roulant et avec plus d’expérience, il vaut 2h04. »

Jean-Claude Vollmer, l’entraîneur de Morhad Amdouni) était fier de la performance de son élève : « Il avait un temps dans sa tête, je pense qu’il n’est pas très loin, les conditions météo n’étaient pas si mauvaises que cela. Il y a mieux à faire parce qu’il a loupé un maximum de ravitaillements, ce n’est qu’un débutant sur marathon il ne faut pas l’oublier. »

 

À signaler que pour sa grande première sur marathon, le Franco-Suisse Julien Wanders qui s’était confié sur ses ambitions il y a quelques jours a finalement déjoué.

Après avoir couru la première moitié de course en 1h04 malgré des problèmes gastriques qui l’ont contraint à s’arrêter deux fois aux toilettes, le recordman d’Europe du semi-marathon par prudence a ensuite renoncé à s’alimenter jusqu’au 35ème kilomètre. Avant le marathon, Julien Wanders nous avait expliqué que le fait de s’alimenter en compétition était quasiment une première vu la longueur de l’épreuve. Le manque d’expérience et d’habitude de son corps à ingérer les ravitaillements auront mis à mal son objectif.

Incapable d’être en pleine possession de ses moyens, Julien Wanders en hypoglycémie et victime d’un début d’hypothermie est tout de même arrivé 18ème en 2h11’52.

 

Chez les femmes, les favorites de ce 45ème Marathon de Paris sont parties sur une allure très soutenue. Les Kenyanes Judith Jeptum, Gladys Chepkurui accompagnées des Ethiopiennes Beyenu Degefa et Besu Sado ont décidé de faire la course devant avec deux meneuses d’allure.

Avant le 28e kilomètre, Judith Jeptum place une attaque fulgurante qui laisse ses rivales sur place. Personne ne la reverra. En solitaire, la Kenyane qui avait remporté le marathon d’Abu Dhabi l’an passé s’offre cette fois-ci à Paris une victoire de prestige en 2h19’48, nouveau record personnel pulvérisé de près de 3 minutes et nouveau record chez les femmes : « Ce n’était pas facile, il faisait très froid, trop pour moi. J’ai dû courir longtemps toute seule mais j’ai tenu sur les 15 derniers kilomètres. Battre le record ici à Paris est un plaisir et je remercie ceux qui m’ont accompagné dans ma préparation notamment mon entraîneur et mes partenaires d’entraînement. »

 

Les vainqueurs des courses hommes et femmes ainsi que Morhad Amdouni sont revenus en fin d’après-midi sur l’avenue Foch, lieu de leurs exploits matinaux pour accueillir les derniers arrivants du Marathon de Paris. Le Français Yohan Durand meilleur Français du précédent marathon de Paris s’est joint à eux.

PHOTO MARATHON 2

 

Enfin Julien Casoli, vainqueur pour la 5ème fois à Paris et champion de France marathon fauteuil comme l’an passé s’est adjugé la course en 1h38’36. 

1 réaction à cet article

  1. Un grand champion et un grand entraîneur qui répondent par des actes.
    Une superbe fusion qui rassemble un physique et un mental hors norme (athlète) et une expérience et une sagesse dans l’entraînement.(entraîneur).
    Bravo a ce duos de champion !

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