Marten Van Riel : « Je suis encore le petit garçon d’il y a 10 ans qui aime s’entraîner et les compétitions, c’est un rêve d’être vice-champion du monde. »

La saison du circuit WTCS (World Triathlon Championship Series) s'est achevée à Edmonton (Canada) sur les titres mondiaux pour la Bermudienne Flora Duffy et le Norvégien Kristian Blummenfelt qui a devancé Marten Van Riel.
Le triathlète Belge, âgé de 28 ans, 4ème des Jeux olympiques à Tokyo (Japon) et donc vice-champion du monde cette année se confie sur sa très belle saison, sa vie au sein du prestigieux groupe d'entraînement aux côtés notamment de Vincent Luis et le triathlon en Belgique. Entretien.

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Lepape-info : Marten, quelle belle course à Edmonton, qu’en retenez-vous ?  

Marten Van Riel : J’ai très bien commencé, bien placé devant dès la natation. À la sortie de l’eau, avec Vincent Luis et le Hongrois Mark Devay nous avions une quinzaine de secondes d’avance sur nos poursuivants directs, le Norvégien Kristian Blummenfelt était à 30 secondes, le Britannique Alex Yee quasiment à une minute.

 

Sur la partie cyclisme, on a tout donné mais le groupe emmené par Blummenfelt est quasiment revenu sur nous lors du dernier tour avant la seconde transition, nous n’avions plus qu’une dizaine de secondes d’avance. Ce fut difficile mentalement, sur le début de la course à pied j’ai essayé de suivre le groupe qui nous avait rejoint, je me sentais très bien mais je pense avoir commis la petite erreur de laisser Léo Bergère entre moi et Blummenfelt. J’avais de l’énergie mais je devais revenir de trop loin sur les 100 derniers mètres pour espérer la victoire. Cela s’est joué au sprint entre nous trois, je termine 2ème (et aussi 2ème au classement général final), je suis très content de ma course.

 

Lepape-info : Que représente pour vous ce titre de vice-champion du monde ?  

M.V.R : C’est une superbe récompense de ma régularité. Même si je ne suis pas le plus rapide en course à pied, je travaille d’ailleurs beaucoup cette partie du triathlon, je suis souvent sur le podium ou pas très loin (4ème aux Jeux olympiques). En début de saison, c’était un rêve, je pensais aussi monter sur le podium aux Jeux. C’est pour cela que je m’entraîne mais au final c’est quand même un peu surréaliste de terminer 2ème du championnat du monde. Je suis encore le petit garçon d’il y a 10 ans qui aime s’entraîner et les compétitions, c’est un rêve d’être vice champion du monde.

 

Marten Van Riel : « À 16 ans, j’ai rencontré Marc Herremans qui vient de mon village Wuustwezel. C’est un triathlète belge devenu triathlète handisport à la suite d’un accident à l’entraînement. En 2002, à Lanzarote, il a chuté avec son vélo dans un ravin, en atterrissant sur des rochers il s’est brisé la colonne vertébrale. 8 mois après son terrible accident, il a refait l’Ironman d’Hawaï avec les handisports et ce fut une grande source d’inspiration pour moi. »

 

Lepape-info : Une semaine avant, à Montréal, vous aviez terminé 4ème derrière Dorian Coninx, Vincent Luis et Léo Bergère qui avaient signé un triplé historique  

M.V.R : C’était une course très rapide en raison du format inédit, Vincent c’est la grande classe après sa déception en individuel aux JO en raison de sa blessure quelques semaines avant Tokyo et de sa préparation finale perturbée il a réalisé une très belle performance. Dorian est très fort il m’a battu aux Jeux lors du relais mixte, Léo a réalisé une très belle fin de saison en WTCS. Les 3 Français mais aussi notamment Tom Richard, Pierre le Corre et d’autres font que l’équipe de France est exceptionnelle, ce triplé devait arriver un jour. Je suis heureux qu’ils l’aient réalisé même si j’aurais aimé être sur le podium (rires).

 

Lepape-info : 4ème des Jeux, vous n’êtes pas passé loin d’un autre bel exploit 

M.V.R : C’étaient des Jeux olympiques un peu étranges comparés à ceux de Rio en 2016. Il y’avait très peu d’ambiance, je n’ai pas trop aimé le parcours notamment la partie cyclisme qui n’était pas assez dure pour un rendez-vous comme les Jeux. C’était tout plat sans trop de difficultés avec beaucoup de virages, je suis un peu déçu, pour les personnes qui voient un triathlon une fois tous les 4 ans je trouve que ce n’était pas une belle mise en valeur du triathlon. C’est dommage, les Jeux sont l’occasion d’attirer de nouveaux adeptes de la discipline mais malheureusement le parcours était trop monotone, même ma famille me l’a dit. J’étais confiant, je me suis amélioré en course à pied mais pas suffisamment, je suis plutôt content même si j’échoue au pied du podium. Comme je le disais, je suis heureux que ma régularité ait été récompensé plus tard avec la 2ème place au championnat du monde.

 

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Marten Van Riel (à droite) à l’entraînement

 

Lepape-info : Une belle récompense après des années d’efforts, comment avez-vous commencé le triathlon ?  

M.V.R : J’ai commencé le triathlon il y’a 12 ans. J’ai commencé la natation à l’âge de 7 ou 8 ans mais je n’étais pas un très bon nageur, je terminais souvent dernier lors de mes compétitions régionales (rires). Ensuite j’ai commencé à courir avec également des courses régionales en compagnie de mon père qui faisait beaucoup de cross, je m’entraînais seulement une fois par semaine voire un peu plus avant les compétitions. Après je me suis mis au vélo surtout pendant les vacances, j’allais avec mon père dans les Alpes et les Vosges et c’est ainsi que j’ai découvert mon amour pour le cyclisme. À 16 ans, j’ai rencontré Marc Herremans qui vient de mon village Wuustwezel. C’est un triathlète belge devenu triathlète handisport à la suite d’un accident à l’entraînement.

 

En 2001, Marc Herremans avait terminé 6ème des championnats du monde d’Ironman à Hawaï. En 2002, à Lanzarote, il a chuté avec son vélo dans un ravin, en atterrissant sur des rochers il s’est brisé la colonne vertébrale. 8 mois après son terrible accident, il a refait l’Ironman d’Hawaï avec les handisports et ce fut une grande source d’inspiration pour moi. J’étais ami avec son cousin nous étions dans le même club de natation nous avons fait connaissance et c’est lui qui m’a incité à faire du triathlon vu que je savais nager, rouler et courir. J’ai commencé à m’entraîner de manière professionnelle avec un encadrement. Ensuite tout est allé très vite, je suis rapidement devenu champion de Belgique juniors et les succès se sont enchaînés.

 

Lepape-info : L’un de vos rêves est de participer à l’Ironman d’Hawaï  

M.V.R : C’est forcément en rapport avec Marc Herremans, il m’a beaucoup influencé, guidé ma carrière. Oui c’est vrai qu’être au départ à Hawaï, c’est mon rêve. Pour l’instant j’essaye de m’améliorer en courte distance dans un groupe formidable mais je pense qu’après les Jeux olympiques de Paris 2024 je passerai au format longue distance, c’est quelque chose que je veux vraiment essayer.

 

Marten Van Riel : « C’est vrai que maintenant en courte distance on a vraiment une belle génération avec Jelle Gens, Claire Michel, Valérie Barthelemy et moi. Pour le relais mixte c’est parfait (2 hommes et 2 femmes). »

 

Lepape-info : Vous êtes dans le groupe d’entraînement de Joël Filliol, une aubaine pour progresser au plus haut-niveau 

M.V.R : Oui je suis avec mon compatriote Jelle Gens, Vincent Luis, Mario Mola, Jacob Birtwhistle ou encore chez les femmes avec entre autre Katie Zaferes. Tout le monde peut apprendre des autres c’est génial. Moi par exemple je suis plus à l’aise en cyclisme, Vincent est bien meilleur que moi en natation et en course à pied ce sont plus Jelle, Jacob, Vincent ou Mario qui sont au-dessus. C’est un bon environnement il y a une vraie émulation. Je suis vraiment heureux de faire partie de ce groupe. C’est bien de travailler dur et de voyager tous ensemble avec notamment les camps d’entraînement à Font-Romeu, Majorque, Gérone etc… On passe environ 80% de la saison à s’entraîner ensemble, je ne suis pas souvent à la maison.

 

Lepape-info : L’équipe de Belgique a également de beaux atouts, d’où vient le surnom « les Belgians Hammers » ?  

M.V.R : Cela vient de l’Allemand Normann Stadler notamment vainqueur du championnat du monde Ironman en 2004 qui souvent pour encourager disait :  « Allez les gars, hammer down ! « . En Belgique dans de nombreux sports toutes les équipes ont un surnom : Belgian Tornados (4×400 hommes), Belgian Cheetahs (4X400 dames), les Diables Rouges (football) etc…  on s’est dit qu’on avait besoin aussi d’un surnom en triathlon, nous nous sommes inspirés de Normann Stadler et on a transformé sa formule d’encouragements en « Belgian Hammers » et on l’a lancé lors des championnats d’Europe à Glasgow en 2018 où nous avons terminé 3ème par équipes en relais mixte. Nous avons annoncé à la presse après notre podium qu’on pouvait nous appeler les « Belgians Hammers » (les « marteaux Belges »)

 

Lepape-info : Le triathlon Belge se porte bien avec vous et d’autres références mondiales

M.V.R : En longue distance, le triathlon Belge est performant depuis bien longtemps avec Frederik Van Lierde, Luc Van Lierde par exemple mais c’est vrai que maintenant en courte distance on a vraiment une belle génération avec Jelle Gens, Claire Michel, Valérie Barthelemy et moi. Pour le relais mixte c’est parfait (2 hommes et 2 femmes). Les jeunes sont plus ambitieux et motivés qu’avant pour venir sur la distance courte. Le bon exemple est Noah Servais qui fait partie de l’équipe réserve et qui s’entraîne à Grenoble.

 

Lepape-info : Quelle est votre philosophie de vie ? 

M.V.R : Mon leitmotiv dans la vie est de prendre le plus de plaisir possible, c’est le cas dans ma pratique du triathlon. C’est un environnement qui m’apporte beaucoup de choses comme l’amitié, beaucoup d’entraînements sont « funs ». Quand le plaisir n’est pas là, les performances diminuent. M’entraîner avec le sourire c’est primordial.

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