Témoignages post-blessure : « Je l’ai entendu autant que je l’ai ressenti… »

La blessure est autour de nous. Elle peut concerner un proche ou nous-même, être passée ou actuelle, légère ou grave, résiduelle ou guérie.
Quelle qu’elle soit, 2 éléments comptent particulièrement pour qui la supporte – au-delà du protocole de récupération : son bon diagnostic, puis le soutien des proches.
Le présent témoignage évoque ces 2 éléments clé du bon rétablissement d’une sportive.

Crédit : iStock - leedsn
Crédit : iStock - leedsn

« Je l’ai entendu autant que je l’ai ressenti pendant l’accident. Je faisais du ski nautique pour la première fois depuis 20 ans, et j’ai perdu l’équilibre lors de la sortie de l’eau.

Mes jambes se sont redressées au moment où le bateau a pris de la vitesse, puis j’ai entendu le claquement.

Trente minutes plus tard, les ambulanciers m’ont tiré sur les marches du quai, attachée à une planche dorsale, bien au-dessus de leur tête.

 

Je me suis immédiatement inquiétée de l’impact que cela allait avoir sur ma capacité à être active à la quarantaine, et sur mon nouveau passe-temps, le vélo.

 

Diagnostic initial : parfois ce sont les zèbres…

Theodore Woodward a dit cette phrase « quand vous entendez des coups de sabot, pensez aux chevaux et non aux zèbres ». Mon médecin consultant en salle d’urgence a supposé à juste titre qu’il s’agissait du claquage d’un ischio-jambier – dans son esprit, c’était un cheval.

De retour à Londres quatre semaines plus tard, j’ai rencontré mon spécialiste en médecine du sport et de l’exercice qui a confirmé, grâce à son échographe, que le muscle était rétracté – c’était un zèbre. Il m’a envoyé passer une IRM, qui a confirmé une avulsion complète du tendon de l’ischio-jambier proximal. Il était rétracté de 15 cm, et j’avais absolument besoin d’une opération.

 

Le professeur F. Haddad a pratiqué l’opération 5 semaines après ma blessure. J’avais lu quelques articles et appris que les opérations pour les déchirures des ischio-jambiers proximaux dans les 3 premières semaines de la blessure sont techniquement plus faciles. J’étais consciente que le muscle peut s’atrophier et être plus difficile à remettre en place et que le nerf sciatique peut se retrouver coincé dans le tissu cicatriciel à l’endroit de la déchirure.

Je craignais d’avoir attendu trop longtemps et de ne plus pouvoir marcher correctement, mais le fait de savoir que mon chirurgien était l’auteur de nombre de ces articles m’a donné confiance en ses capacités. J’étais bien informée et prête à travailler dur pour obtenir le meilleur résultat possible.

 

Les blessures d’avulsion complète ne sont pas courantes ; en fait, le représentant de ma compagnie d’assurance m’a même dit qu’ils n’avaient pas de code de diagnostic pour cela, car cela n’est tout simplement pas suffisamment fréquent pour en justifier un. Lorsqu’on lui a présenté mes symptômes, le médecin consultant a aussi supposé, à juste titre, le diagnostic le plus courant d’une entorse des ischio-jambiers. Alors qu’une simple échographie aurait pu révéler cette rétraction et j’aurais alors pu être orientée plus rapidement vers la chirurgie.

 

 

Gestion de la douleur : l’oxycodone n’est pas une blague

J’ai essayé d’être stoïque le jour de l’accident et de refuser les médicaments, mais après la troisième fois où j’ai perdu connaissance en essayant de sortir du lit, l’équipe m’a administré 10 mg d’oxycodone. J’ai aussi reçu une provision pour 7 jours, mais sans conseils sur la réduction progressive des doses ni sur la possibilité que je puisse souffrir de symptômes de sevrage même après une courte période d’utilisation de cet opioïde.

Une semaine plus tard, j’ai été tiraillée par la peur d’arrêter les médicaments. Mon esprit rationnel alimentait la crainte de devenir une autre victime de l’épidémie d’opiacés. Je savais que, logiquement, j’avais simplement peur de la douleur et de ressentir les effets secondaires du sevrage. Je savais que c’était temporaire et que ma douleur l’était aussi. Je savais que j’étais forte. Je suis cadre dans une entreprise mondiale et mère, avec des amis et de la famille sur lesquels m’appuyer, et une bonne assurance santé, et pourtant j’étais submergée par l’anxiété. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ceux qui n’avaient pas de système de soutien et, pire encore, à ceux qui souffraient de douleurs chroniques. Si je me débattais ainsi, à quel point cela doit-il être difficile pour d’autres qui n’ont pas cette chance ?

 

 

Récupération : le soutien social est crucial

L’arrêt des médicaments antidouleur n’était qu’une étape de la guérison pour laquelle le soutien de ma famille, de mes amis, de mes collègues, de l’équipe de soins et d’autres personnes a été un facteur de réussite essentiel. Pendant que j’étais à l’hôpital pour une opération, ma nounou a amené ma fille de 7 ans à son premier jour d’école. Pendant que j’étais en chirurgie, mon équipe s’est mobilisée et a géré une affaire avec beaucoup de professionnalisme. Un ami est venu me chercher à l’hôpital et m’a ramené à la maison en toute sécurité. Ma famille m’a apporté des repas, a géré notre maison pour que je puisse me reposer, et m’a donné de l’espace pour travailler malgré la frustration d’être immobile et me concentrer sur mon rétablissement.

 

Lorsque ma blessure s’est infectée, l’infirmière principale du professeur Haddad l’a patiemment nettoyée et rhabillée tous les 2 jours pendant 3 semaines jusqu’à ce qu’elle soit cicatrisée. Après des mois de convalescence, mes docteur et physiothérapeute ont dirigé une équipe de cliniciens qui m’ont permis de passer de l’incapacité de bouger ma jambe à la capacité de marcher et de faire du vélo, et bientôt de courir !

 

Cette équipe a célébré mes premiers pas, s’est exercée avec moi, a dansé avec moi et m’a tenu la main alors que je pleurais de frustration lors des revers occasionnels. Le modèle de réadaptation en groupe m’a permis d’offrir mon soutien à d’autres patients et d’être inspiré par ceux qui se remettent de blessures similaires, en particulier les athlètes professionnels de mon groupe qui m’ont motivé à revenir plus forte.

 

 

Réflexions finales

Le chemin vers la guérison a été un défi qui a changé ma vie. Je suis reconnaissante au réseau de personnes qui m’ont soutenu tout au long de ce parcours et je suis certain que je serai plus forte – physiquement et mentalement – à la suite de cette expérience. J’invite les cliniciens à garder 3 éléments à l’esprit lorsqu’ils traitent des patients souffrant de blessures similaires :

 

  • Médecins urgentistes, s’il existe un test simple en salle d’urgence qui peut confirmer ou exclure définitivement une blessure plus rare et sensible au temps, veuillez l’envisager.
  • Soyez très prudents lorsque vous prescrivez des opioïdes et ne sous-estimez pas les difficultés que votre patient pourrait rencontrer lors de la période de sevrage, et proposez-lui un soutien et des conseils sur la manière de gérer cette transition.
  • Je ne peux pas surestimer les avantages du modèle cohésif d’une approche d’équipe pour le traitement (médecin, chirurgien, kinésithérapeute, infirmière) et d’un rétablissement en groupe. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur une équipe extraordinaire de physiothérapeutes et de patients. Est-ce un modèle qui peut être mis en œuvre à plus grande échelle ?

 

À ma guérison complète et à celle de tous ceux qui souffrent de blessures sportives !

 

M. Dyer présente ici son expérience d’un retour à la pratique après une rupture complète à l’ischio-jambier. Dans ce témoignage, on sent l’appréhension que la blessure a pu générer. Et malheureusement, au lieu de décroître avec le temps, cette appréhension s’est d’abord amplifiée en raison d’un diagnostic initial supposé.

Au-delà de ce point, M. Dyer souligne l’importance qu’a eu pour elle le soutien social, que celui-ci soit assuré par l’équipe médicale ou par ses proches. On ne saurait rappeler le rôle diffus (donc parfois peu évident) mais crucial de cet aspect de la récupération au quotidien, qui peut raccourcir autant que prolonger les délais de guérison.

 

 

À ces 2 points centraux, 2 autres peuvent être notés :

– Le premier renvoie au rôle de l’auto-éducation. Certes l’encadrement médical permet de « capturer » le phénomène qui nous arrive, mais la démarche proactive visant à se renseigner ne peut être que bénéfique pour comprendre davantage. Et comprendre rassure, comprendre limite les peurs – même si cela n’exclut pas les risques (d’une opération, par exemple). Ceci est illustré à travers le questionnement de M. Dyer quant à son sevrage.

– Le second renvoie à l’intérêt de la verbalisation. Ce témoignage est une illustration finale de cette démarche de verbalisation, mais elle ne doit pas s’y restreindre. En effet, parler de sa blessure, écrire sur sa blessure et ses sensations, ses craintes et ses progressions, permet de projeter à l’extérieur de soi ce phénomène, sans s’y identifier à excès et en restant un minimum objectif.

 

Source : Dyer et al. BJSM (54), 2020

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