Le podologue, un atout gagnant pour le runner – Partie 1

Découvrez le premier extrait du chapitre rédigé par Eric Benguerbi consacré au podologue, l'atout gagnant pour le runner, extrait du livre "Objectif Marathon" de notre coach Jean Claude Vollmer.

feet old man runs a marathon on the road in woods

Le podologue a tout naturellement trouvé sa place dans le monde du sport et plus précisément de la course à pied en raison du rôle prépondérant des appuis podaux dans la pratique de ce sport.

 

À l’origine, l’utilisation de techniques et matériaux issus de la podologie classique a ouvert la voie à une « podologie appliquée aux sports ». Les moyens d’examen (analyse statique posturale, examen dynamique) utilisés en cabinet et sur le terrain, ainsi qu’un large choix de techniques de mise en œuvre de matériaux polymères (ce sont divers matériaux techniques utilisés pour la fabrication des chaussures de running et notamment des semelles), ont permis d’exercer une « podologie du sport » spécifiquement adaptée aux besoins du coureur. Ainsi, examens, orthèses, soins, conseils en articles chaussants (chaussures et chaussettes) font du podologue un acteur incontournable de l’encadrement du sportif.

Le sportif pratique toujours une forme de « haut niveau à son niveau ». Cette vision de la performance nous amène à considérer le motif de consultation, c’est-à-dire la raison pour laquelle un sportif ou une sportive vient consulter un podologue, comme le fil directeur de notre travail. Lorsqu’un podologue se trouve face à un coureur à pied, une multitude de questions se présente à lui. Celles-ci renvoient toutes à des chemins que nous pouvons utiliser pour lui prodiguer un traitement et le conseiller. Au cours de la consultation, l’interrogatoire doit nous aider à mieux cibler le coureur et sa relation à la course en particulier, tout en gardant notre rôle de thérapeute qui consiste également à préserver l’intégrité physique du patient.

 

Il est fondamental pour le podologue d’avoir des connaissances sur l’équilibre, le mouvement, la posture, la biomécanique, la cinématique, tout en gardant à l’esprit ce qui fait qu’un coureur ne ressemble à aucun autre coureur : son unicité. En perpétuel mouvement adaptatif, souvent à la limite de ses capacités, un sportif est capable de « s’équilibrer dans ses déséquilibres ». Néanmoins, il arrive que cet équilibre précaire soit remis en cause et c’est à ce moment que l’équipe thérapeutique intervient. Elle peut être composée de différents acteurs (médecins, kinésithérapeutes, podologues, ostéopathes, etc.) en collaboration avec le coureur, ses coachs ou entraîneurs.

La course à pied, activité physique unidirectionnelle, symétrique et répétitive, est pratiquée par des coureurs ayant des morphotypes asymétriques. Il faudra dès lors, de manière évidente, s’adapter au cas par cas, tout en gardant à l’esprit les facteurs déterminants de la course à pied aussi bien en termes de savoirs dans le domaine de l’entraînement que dans celui des produits sur le marché de la chaussure en lien tout particulièrement avec l’environnement du coureur : les sols, les plages de vitesse, le type de chaussures, les morphotypes, le poids, la taille, la pointure, les objectifs…

 

Quelle approche ?

Les standards classiques des diagnostics (pieds creux, plats, …) n’ont pas réellement d’intérêt à ce stade de l’examen clinique. C’est la posture globale qui sera en premier lieu analysée, mesurée et quantifiée (voir schéma : la vision d’ensemble du sportif dans les trois plans frontal, sagittal et horizontal).

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La pratique sportive est surtout observée en dynamique. Ainsi, à l’aide de systèmes d’analyses embarqués, les examens dynamiques ont permis d’étudier des enregistrements. Ceux-ci montrent des courbes de force et de temps différentes aux deux pieds : l’un qui freine, l’autre qui propulse.

A ce stade de l’analyse, il est important de comprendre la notion d’adaptation d’un corps asymétrique dans une discipline symétrique. L’objectif étant de proposer un traitement, des conseils en termes de  chaussures, des soins adaptés à chacun. Malgré tout, et contre toute logique, la performance peut être atteinte même dans une « inadaptation théorique » à la pratique d’un sport, grâce à la compensation liée à des critères autres que physiques (le talent, l’entraînement, le coaching, l’aide thérapeutique…). L’exigence de la course à pied oriente tout naturellement le coureur vers « le plus haut niveau de son niveau ». C’est pourquoi il est fréquent qu’en passant d’un palier à un autre dans sa progression ou qu’à à l’approche des compétitions, le sportif se blesse, sans que les causes soient des anomalies morphologiques, puisqu’il aura compensé son « anomalie » physique par d’autres critères comme évoqué ci-dessus. Il faudra en conséquence, pour le podologue bien se référer au motif de consultation et à l’historique des blessures avant tout choix thérapeutique.

 

Le « podologue du sport », lui aussi poussé à la performance, s’est engagé à mieux comprendre le coureur mais également la rhéologie (étude de la résistance des matériaux aux contraintes et aux déformations) des polymères et de leurs techniques de mise en œuvre.

 

Au regard de la complexité des solutions, il est bon de simplifier la marche à suivre. A l’instar des équipementiers chaussures, il est nécessaire de trouver les meilleures combinaisons possibles en adéquation avec les paramètres déjà cités (les sols, les plages de vitesse, les chaussures, les morphotypes poids / taille / pointure, les objectifs,…). Ceci est possible grâce aux informations fournies par les fabricants de polymères.

Pour s’y retrouver et pour faciliter notre travail, une classification simple et non exhaustive des sports a été établie (sports unidirectionnels, multidirectionnels, symétriques, non symétriques), avant de classer les matériaux et les techniques de mise en œuvre. Il s’agit de considérer le sport à travers son rapport au mouvement ainsi qu’au matériel. En l’occurrence, la course à pied est classifiée dans les sports unidirectionnels, symétriques, avec un geste répétitif. Pratiquée par des runners asymétriques, elle entraînera des compensations, conflictuelles ou non.

 

Il est plus facile de se référer d’abord à des données préétablies avant de s’attaquer à la recherche de données individuelles plus précises.

 

Le running se décompose en trois phases :

Ces phases devront être analysées en fonction de la vitesse et de la capacité neuromusculaire et neuro-motrice du sportif à résister aux forces en présence (influencées par son poids, le sol, ses chaussures). Les connaissances du rendement musculaire concentrique et excentrique du geste sportif seront étudiées avec précision.

Pour faire simple, le travail musculaire concentrique permet la propulsion et dépense une quantité d’énergie alors que le travail excentrique freine mais dépense une quantité d’énergie plus importante. Si, par exemple, nous utilisons un matériau trop absorbant (chaussure ou semelle), l’impact sera certes diminué, mais le travail musculaire augmentera pour compenser l’énergie potentielle ainsi atténuée. Nous augmenterons le temps d’appui.

Durant la dynamique, la podométrie (l’analyse des pieds avec une plateforme qui mesure principalement la surface en cm² et la pression en kilo-pascal) a démontré que le pied s’équilibrait sur des zones très réduites d’environ 1cm².

Le talon, par son os, le calcanéum large, stable et ovoïde (forme d’un œuf), proposera au coureur une solution pour la stabilité.

 

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Les métatarsiens auront un rôle fondamental dans l’équilibre de l’avant-pied avec trois couples :

– le 1er rayon avec ses deux sésamoïdes (deux petits os situés sous le premier métatarsien),

– les 2ème et 3ème métatarsiens,

– les 4ème et 5ème métatarsiens.

 

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Ces trois couples seront utiles dans les transferts de force intérieurs/extérieurs.

(Gardons également à l’esprit qu’un marathonien effectuera entre 18 000 et 43 000 pas).

Les anatomistes ont également permis de mettre en évidence deux voûtes plantaires, l’une interne et l’autre externe, ainsi qu’une arche antérieure (qui, dans la course, sera sollicitée de l’extérieur de l’avant-pied vers l’intérieur de l’avant-pied). Cette schématisation structurelle du pied nous permet de visualiser les mouvements de l’arrière vers l’avant et de l’extérieur vers l’intérieur nécessaires afin d’absorber et restituer de l’énergie.

Le podologue aura pour objectif de permettre une fonction normale du coureur en lui proposant si nécessaire une solution adaptée à ses besoins comme une orthèse, une chaussure.

 

À suivre…

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