Coronavirus et complications cardiaques chez les sportifs

Les complications cardiaques qui surviennent parfois chez les sportifs après une infection virale sont connues et redoutées depuis trois décennies. Les virus les plus souvent mis en cause et recherchés par prélèvements sanguins sont les suivants : virus d’Epstein-Barr, cytomégalovirus, coxsackie-virus, adénovirus, parvovirus, hépatites.
Un an après le début de la pandémie Covid-19, les médecins et les cardiologues spécialisés dans le suivi des sportifs connaissent mieux les atteintes cardiaques provoquées par le coronavirus SARS-CoV-2.

young woman running on sunrise beach

Les agents infectieux peuvent engendrer des atteintes du muscle cardiaque, les myocardites aiguës ou chroniques, et être à l’origine de troubles du fonctionnement cardiaque, de syndrome de fatigue chronique, parfois de mort subite chez le sportif.

Devant la fréquence et l’importance des atteintes cardiaques découvertes, il nous a semblé important d’alerter les sportifs et leur encadrement sur les risques ainsi que sur la prévention de ces pathologies.

 

Infection à COVID 19 et atteinte du myocarde

Chez les patients hospitalisés pour des formes graves de COVID-19, les atteintes aiguës du myocarde se sont révélées très fréquentes. Les différentes études réalisées montrent que, chez cette population de patients hospitalisés, prés de 30 % étaient victime d’une atteinte aiguë du muscle cardiaque. Ce taux est dix fois supérieur à celui constaté, par exemple, à l’occasion d’une infection grippale sévère.

Une étude chinoise réalisée sur 97 sujets hospitalisés en moyenne 17 jours pour une infection à COVID-19 jugée non sévère (pas de réanimation, pas de soins intensifs) a montré que 42 % des patients étaient victimes d’anomalies cardiaques. Chez ces patients, une bradycardie sinusale anormale, avec fréquence cardiaque inférieure à 50 battements par minute, était anormalement fréquente et retrouvée dans 30 % des cas.

Il parait licite de conclure que, chez les patients victimes de formes modérées à sévère justifiant une prise en charge hospitalière, les atteintes cardiaques peuvent survenir dans 30 à 40 % des cas.

 

Zhou M. « Cardiovascular sequelae in uncomplicated COVID-19 survivors ». PLoS One. 2021 : 1-13.

 

 

Les atteintes cardiaques chez les sportifs

Du fait de la fréquence et de la gravité des atteintes cardiaques chez les patients hospitalisés pour COVID-19, les médecins spécialisés dans le suivi des sportifs ont, dés le printemps 2020, envisagé de faire des bilans cardiologiques, avant la reprise sur le terrain, chez les sportifs positifs au tests Covid-19.

Interrogatoire et examen clinique, électrocardiogramme et échocardiogramme ont été largement conseillés et réalisés avant la reprise pour rechercher les symptômes de complications possibles.

Les signes d’une atteinte cardiaque post-COVID peuvent être cliniques : douleurs musculaires et fatigue anormale à l’exercice, essoufflement anormal, douleurs dans la poitrine au repos et à l’exercice, malaises à l’exercice ou aux changement de position, baisse importante des performances.

L’électrocardiogramme et l’échographie cardiaque, voire l’IRM cardiaque, doivent systématiquement rechercher les signes qui peuvent être évocateurs d’une atteinte du muscle cardiaque : troubles du rythme, troubles de la repolarisation, épaisseur de la paroi du ventricule gauche, dilatation de la cavité ventriculaire, baisse de la fraction d’éjection systolique, épanchement péricardique.

 

Phelan D.  « Screening of potential cardiac involvement in competitive athletes recovering from COVID 19. An expert consensus statement ». J Am Coll Cardiol Img 2020;13 : 2635-52

 

 

 

Résultats : les recommandations nationales et internationales chez les sportifs

Les différents groupes de travail et les sociétés savantes qui, dans le monde entier, se sont intéressés depuis le début de la pandémie aux atteintes cardiaques chez les sportifs ont élaboré des recommandations de prise en charge. Il est difficile de faire une analyse exhaustive de toutes ces préconisations et recommandations. Mais il est possible d’en extraire les principales orientations.

Voici, en résumé, les conseils préventifs que devraient suivre tous les sportifs quel que soit leur niveau de pratique.

 

Si pas de symptômes cliniques mais tests positifs. (Formes asymptomatiques)

  • isolement pendant 7 à 14 jours
  • pas d’exercice et pas de sport pendant sept à dix jours
  • si test négatif à 7-10 jours, reprise progressive de l’exercice
  • mais pas d’entrainement intensif pendant 14 jours
  • si électrocardiogramme normal, reprise des compétitions

 

Si symptômes cliniques de COVID-19 et tests positifs. (Formes peu symptomatiques et légères)

  • isolement pendant 7 à 14 jours
  • pas d’exercice et pas de sport pendant 14 jours
  • surveillance clinique, dosages biologiques (Troponine) et bilan cardiaque (électrocardiogramme et échocardiographie)
  • si pas de signes pulmonaires ou cardiaques, reprise de l’exercice après 7 jours sans symptômes
  • pas d’entrainement intensif pendant 2 à 4 semaines
  • reprise des compétitions à 4 semaines si pas de signes respiratoires ou cardiaques

 

Si symptômes cliniques importants ou hospitalisation pour COVID-19. (Formes modérées à sévères)

  • pas d’exercice pendant 14 jours
  • faire dosages biologiques et bilan cardio-respiratoire
  • si examens normaux, reprise de l’exercice après 14 jours sans symptômes
  • surveillance cardiologique régulière avec tests cardiologiques à l’exercice
  • pas de sport intensif avant quatre semaines minimum
  • pas de reprise des compétitions sans accord du cardiologue

 

McKinney J.« COVID-19. Myocarditis and return to play : reflections and recommandations from canadian working group » Canadian Journal of Cardiology. 2021. 1-10

Augustine D. « Coronarovirus Disease 2019: cardiac complications and considerations for returning to sports participation ». European Cardiology Review 2021;16 : e03

 

 

COVID 19 et dysfonctionnement du système nerveux autonome

Un nouveau syndrome a été récemment décrit chez les patients atteints d’un « COVID long », le Postural Orthostatic Tachycardia Syndrome (POTS). Il s’agit de troubles associant une hypotension et une tachycardie aux changements de position et en position debout, pouvant déclencher des malaises. Ces malaises avec parfois syncopes, dites vaso-vagales, sont déclenchées par une intolérance à la position debout du fait d’une atteinte du système nerveux sympathique et para-sympathique.

Les sportifs atteints décrivent des palpitations, un essoufflement et des douleurs thoraciques. La tension artérielle systolique après 3 minutes en position debout est plus basse qu’en position couchée de 20 mm de mercure et la pression diastolique plus basse de 10 mm de mercure. La fréquence cardiaque en position debout s’accélère de trente battements par minute après 30 secondes en position debout.

À ce jour, l’explication du déclenchement de ce syndrome n’est pas clairement précisée. En cas de forme très gênante, un traitement par alpha-adrénergiques peut être envisagé.

 

Dani M. « Autonomic dysfunction in « long COVID » : rationale, physiology and managements stratégies ». Clinical Medicine 2020; 21 : 1-5.

 

 

COVID 19 et atteintes cardiaques chez le sportif. Les conseils du médecin du sport. 

  • En cas de tests positifs, l’arrêt total des activités physiques et du sport doit être absolument respecté : 7 jours minimum si pas de symptômes cliniques ; 14 jours minimum si symptômes cliniques et formes légères ; 4 semaines minimum si formes modérées ou hospitalisation.
  • En cas de signes cliniques (essoufflement, malaise, hypotension et palpitations en position debout, douleurs dans la poitrine, fatigue inhabituelle, baisse des performances) les sportifs ne doivent pas hésiter à consulter leur médecin traitant ou leur médecin du sport. En fonction des résultats de cette première consultation, un bilan cardiologique complet avec épreuve d’effort pourra être envisagé.
  • Pour les compétiteurs, quel que soit leur niveau et leur âge, une consultation médicale avec bilan clinique et cardiologique (au minimum électrocardiographique) doit être envisagée avant la reprise du sport intensif.
  • Les sportifs de haute performance, les sportifs professionnels et leurs entraineurs connaissent l’intérêt de la Variabilité de la Fréquence Cardiaque (VFC) pour repérer les signes de fatigue et adapter leur entrainement quasiment au jour le jour. En cas de surveillance après COVID 19, l’enregistrement de la VFC sera un élément déterminant pour évaluer le fonctionnement du système nerveux autonome et éliminer un syndrome postural orthostatique.

 

Dr Jacques Pruvost

Marseille

 

Remerciements au Dr Anne-Lise Desjacques pour son implication et sa vigilance devant la survenue d’anomalies cardiologiques chez les traileurs et traileuses.

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