Crédit photo : Léo Girard

Baptiste Chassagne : « Faites des projets avec vos potes parce que cela vous transcende et vous mène loin. »

« Intense », c’est l’épisode-pilote de « 362 », un projet de série documentaire prévue sur YouTube en 2026.

Un documentaire qui raconte l’histoire d’une amitié inévitable entre le spécialiste de trail et d’ultra-trail Baptiste Chassagne et un réalisateur-vidéaste, Simon Dugué, au cœur de leur Diagonale des Fous victorieuse en octobre dernier.

Ces deux amis qui se sont rencontrés il y a six ans et qui partagent la passion du trail mais aussi celle du football, de l’AS Saint-Étienne et du rap français ont décidé de mener des projets et de grandir ensemble. À travers ce film, ils célèbrent l’amitié et proposent un nouveau regard sur l’ultra-trail, ce sport individuel qu’ils ont choisi de vivre et de partager en équipe, pour avant tout s’amuser.

À l’occasion de la présentation en avant-première de ce documentaire « Intense », Baptiste Chassagne s’est confié sur cette belle aventure de la Diagonale des Fous qu’il disputait pour la première fois et qu’il a remporté. Entretien.

Lepape-info : Baptiste, que ressens-tu en voyant ou en revoyant ce film ?

Baptiste Chassagne : Toujours de l’émotion et de la satisfaction parce que ce film est en phase avec le message que l’on voulait faire passer. On répond au « pitch » initial qui est de donner l’envie de courir mais aussi de courir avec ses potes, de mener et vivre un projet avec ses potes.

Lepape-info : Pendant cette Diagonale des Fous qui a duré presque 24h, tu as suivi à la lettre certaines consignes fixées avant le départ

B.C : Je m’étais mis dans un mode de découverte et d’exploration. Je voulais découvrir le terrain, la course et explorer de nouvelles sensations comme celle de courir devant l’un des plus grands ultra-trail du monde. J’ai déjà terminé 2e de l’UTMB mais je n’ai jamais été dans le match. Je voulais découvrir cet aspect du sport, essayer quitte à perdre. L’une des autres règles était aussi le détachement et une forme de porosité par rapport à l’énergie et l’amour qu’on allait pouvoir nous donner. Les Réunionnais, ma famille, mes proches m’ont largement sustenter en énergie.

Baptiste Chassagne : « La Diag’ est une course extrêmement sauvage, nature, brute et qui te rappelle à ton animalité et à l’intuition que tu peux avoir. »

Lepape-info : Il y’avait de l’appréhension avant le départ ?

B.C : Non je ressentais vraiment de l’excitation alors que généralement avant les courses je suis un peu stressé. Là je ne sais pas pourquoi j’étais dans le même état d’esprit qu’avant une course de préparation, j’avais des kilomètres dans les jambes, je sais que je ne suis pas optimisé, je sais que je n’ai pas de pression de résultat, je suis là pour me faire plaisir et travailler, j’avais cet apaisement et j’étais dans un état d’excitation plutôt que d’appréhension.

Lepape-info : Dès le premier kilomètre, tu as eu l’intuition que tu pouvais gagner

B.C : J’ai eu ce flash environ 300-400m après le départ avec la ferveur, l’ambiance ultra puissante que j’ai pris. Ce fut une image évanescente et je me suis refocalisé sur la course. C’est après coup que je me suis dis : « Ah oui tu as eu cette idée après le départ ! » Avant l’UTMB 2024 (2e au final) j’avais déjà eu l’intuition qu’il allait se passer quelque chose et souvent mon intuition ne me trompe pas trop. La Diag’ est une course extrêmement sauvage, nature, brute et qui te rappelle à ton animalité et à l’intuition que tu peux avoir.

Lepape-info : La fluidité est aussi l’un des clés de ta victoire, tu as douté ou pas un seul instant ?

B.C : J’ai eu un seul moment de doute au début car je voulais courir avec les favoris, les observer, voir comment cela se passait avec eux quand tu cours devant. En fait, sans faire exprès, à mon rythme avec mes sensations du moment, je me suis retrouvé seul devant. Au bout de 20 minutes mon plan de course avait explosé, les favoris n’étaient plus avec moi mais derrière, j’ai eu une période de flottement en me disant que j’étais peut-être parti trop vite, que j’avais fait une grosse erreur d’allure vu que je n’avais couru que deux 100 Miles jusqu’à présent. Cette sensation m’a accompagné pendant 2h-2h30 puis on m’a dit que j’avais 6 ou 7 minutes d’avance. Du coup je me suis dit que je n’allais plus les attendre, j’ai eu une période doute jusqu’au lever du jour puis j’ai compris que j’étais parti dans mes allures et j’ai retrouvé de la confiance.

Lepape-info : Sur la fin quand tu sais que tu vas gagner sauf incident, tu as pu savourer un peu plus ?

B.C : J’ai profité, je ne suis pas un gagneur je suis un performeur. penser à la victoire c’était anxiogène pour moi, j’ai trouvé des subterfuges mentaux pour ne pas y penser trop tôt, ne pas trop me projeter au niveau des émotions. Je me suis mis dans un état d’esprit « record, record, record », cela m’a mis des œillères sur ce qu’il se passait autour, j’ai pu garder une sorte de porosité par rapport aux émotions, j’étais dans un tunnel de concentration. J’avais trop peur que cette victoire m’échappe pour une erreur d’inattention ou par nonchalance.

Baptiste Chassagne : « Lorsque nous nous sommes rencontrés avec Simon j’étais un coureur lambda passionné, il découvrait la photo et la caméra. On a grandi ensemble et on en arrive là, c’est une étape pas une consécration. »

Lepape-info : À l’arrivée entendre « Qui c’est les plus forts ? Evidemment c’est les Verts ! » clin d’œil au supporter de l’AS Saint-Etienne que tu es, c’était magique

B.C : Oui j’ai eu l’impression que c’était une hallucination alors que c’était la réalité. C’est un moment fort, c’est une symbolique forte, c’est la seule course qui arrive dans un stade (Stade de la Redoute) et j’ai grandi dans un stade. Ma culture du sport est née dans un stade cela faisait un lien c’était super chouette, la mentalité ultra, et du coup aussi la mentalité ultra trail, d’aller au bout des choses, comme de supporter son club quoiqu’il arrive c’est un peu cela.

Lepape-info : Mentalité ultra partagée avec Simon Dugué, vous vous connaissez depuis des années

B.C : Ce projet est la traduction de la volonté de transmettre un message qui n’est pas uniquement faites du trail c’est cool mais faites des projets avec vos potes parce que cela vous transcende et vous mène loin. Lorsque nous nous sommes rencontrés avec Simon j’étais un coureur lambda passionné, il découvrait la photo et la caméra. On a grandi ensemble et on en arrive là, c’est une étape pas une consécration. En vivant notre amitié on a beaucoup progressé et c’est trop beau.

Crédit photo : Léo Girard

Lepape-info : D’autres beaux projets vont suivre

B.C : 2025 était une année étape, en 2026 mes objectifs seront l’UTMB et la Sainté-Lyon. L’UTMB pour faire mieux qu’en 2024 (2e) et à la Sainté-Lyon enfin délivrer une performance pleine car à chaque fois j’ai des petits soucis qui font que je ne peux pas faire quelque chose dont je suis pleinement satisfait. La Diagonale des Fous avec Simon était une rampe de lancement pour une série de documentaires sur mon compte You Tube avec cette envie de documenter ensemble cette montée en puissance. Sur l’UTMB, Simon va courir aussi avec une motivation supplémentaire, on adore le chambrage l’idée est de lui mettre le plus grand écart possible entre nous deux à la fin (rires). On a vécu des trucs forts ensemble, des hauts et des bas, Simon m’a vu dans toute la sinusoïde de la vie. Sur l’UTMB on va préparer le projet ensemble, on va « borner » ensemble, on va s’entraîner ensemble pendant toute la saison c’est cela le plus chouette. Le jour J il n’aura pas besoin de moi et moi pas besoin de lui d’une certaine manière mais on va vivre des trucs forts avant, c’est cela qui est beau.