Cancer : l’activité physique vous protège de ~15%

Article écrit par Cyril Schmit

En 2018, 18,1 millions de personnes dans le monde étaient diagnostiquées atteintes d’un cancer ; 9,6 millions en sont décédées - dont ~150 000 en France - faisant du cancer la 2nde cause de mortalité. Cet article vise à présenter au lecteur un regard actuel sur l’état de la relation cancer - activité physique (AP).

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Parmi les formes de cancer connues, au moins une centaine se développent via un process de transformations de tissus normaux (épithéliaux, conjonctifs, hématopoïétiques) en lésions précancéreuses, puis en tumeurs malignes capables de migrer. Ces étapes semblent impulsées sous l’effet combiné :

- de facteurs permissifs, autrement dit des facilitateurs déjà présents dans l’organisme telle qu’une instabilité du génome (en particulier des gênes qui régulent la croissance cellulaire) ou des inflammations ; 

- de facteurs acquis avec le temps – et promus par notre mode de vie, telle que la consommation de tabac – dont ceux de prolifération cellulaire (signalisation soutenue), d’apoptose (résistance à la mort cellulaire, donc prolifération), d’angiogenèse (création de nouveaux tissus) ou de contrôle métabolique (reprogrammation du métabolisme cellulaire). 


Loin de ces phénomènes microscopiques, l’AP est en plein boum sociétal autant sur le plan sportif que celui de la santé. Notamment, le « sport sur ordonnance » s’inscrit peu à peu dans les mœurs. Son adhésion est encore perfectible, certes, pourtant l’aide médicamenteuse des malades s’en trouve nettement abaissée et le « mieux-vivre » est un retour consistant. L’idée est ainsi posée : l’AP vise à prévenir et limiter le développement des maladies chroniques.

 

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En particulier, l’AP est estimée affecter l’apparition et le développement de cancers en modulant notre fonctionnement cellulaire. Bien que peu de contenu soit, aujourd’hui encore, apporté par la Recherche sur ce mode de prévention (le rôle de l’AP comme moyen de lutte n’est étudié intensément que depuis une dizaine d’années), une compréhension s’établit néanmoins peu à peu quant à ses effets sur :

- la fonction immunitaire (plus forte) et le stress oxydatif (diminué)

- le métabolisme du glucose (les sucres) et l’hypersinsulinémie (régulée à la baisse)

- les inflammations et la prolifération des cellules (régulées à la baisse)

- l’instabilité du génome et les marqueurs d’apoptose – mort cellulaire (plus nombreux)

- l’obésité (qui, à elle seule, accroît le risque d’occurrence de 13 cancers !)

 

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Ces différents effets sont observés chez l’homme et/ou l’animal et, bien qu’ils soient tous encourageants (notamment car ils sont cumulables), leur niveau de preuve doit encore gagner en consistance. 

 

Cela ne doit toutefois pas faire perdre en résonance les messages actuels de prévention liés à l’AP. D’ailleurs, dans ce contexte en construction, à l’OMS de rappeler dernièrement les recommandations en termes d’AP : 10.000 pas par jour et 5×30’ d’activité physique modérée par semaine.

 

En détails, voici les niveaux de preuve accumulés depuis 10 ans sur le moindre risque de développer un cancer grâce à l’AP (résultats publiés dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercise, nov. 2019) :

 

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« L’augmentation de l’activité physique peut réduire le risque de beaucoup plus de cancers qu’on ne le pensait il y a à peine 10 ans. »

Patel et al., 2019

 

Les progrès sont donc notables. À noter toutefois : ces données, si elles sont encourageantes, sont nuancées par un phénomène que tout coureur connait : le risque accru (de 27% !) de développer un mélanome chez les pratiquants d’une AP outdoor récurrente, comparativement à ceux moins assidus. La raison, on s’en doute fortement, semble liée à une exposition plus importante au soleil (le lien de cause-à-effet reste encore à formaliser) invitant donc à s’entraîner dehors de façon plus raisonnée (ex : alterner sortie outdoor et home-trainer, se couvrir). 

 

De façon intéressante par ailleurs, l’AP ne semble pas diminuer le risque de cancer du poumon chez les non-fumeurs alors que l’on pourrait escompter un effet protecteur. Cet exemple, parmi d’autres, illustre donc la nécessité actuelle de poursuivre la dynamique de recherche.

 

 

  • Le rôle du type d’activité physique 

 

Parmi les données disponibles et traitées par la présente étude, il ressort que les loisirs actifs pratiqués pendant son temps libre (exercice, sport…), ainsi que l’AP réalisée au travail, sont les 2 stratégies les plus efficaces pour réduire le risque de cancer comparativement à d’autres modes d’AP comme les tâches ménagères, la marche ou les transports à vélo. En voici les effets connus :

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  • Le rôle du volume et l’intensité d’AP

 

La diversité des durées/intensités d’exercice entre les protocoles analysés par la présente étude rend difficile le fait de déterminer un seuil optimal d’AP au-delà duquel le risque de cancer diminuerait. 

En dépit de cela, on sait malgré tout qu’une relation de dose-réponse unit l’AP et le cancer de sorte que plus on en fait et plus le risque d’être malade est bas. En termes de recommandations, les 150’ minimum d’AP modérée par semaine, ou 75’ minimum d’AP plus vigoureuse, représentent ainsi la norme actuelle.

 

 

  • Le rôle de la durée de pratique

 

Étant donné que la transformation de cellules normales en tumeur maligne peut durer plusieurs années, plus une AP sera pratiquée longtemps par une personne et plus ses effets positifs sur la réduction du risque de cancer seront importants. Si cela paraît évident, il doit aussi être souligné qu’il n’est jamais trop tard pour démarrer. En effet, une AP pratiquée récemment semble avoir des effets supérieurs à une AP réalisée durant une ancienne période de sa vie et dont la pratique a cessé – quand bien même ces 2 périodes sont d’une durée similaire. 

 

 

  • Et la sédentarité ?

 

On peut être sportif ET sédentaire… Par exemple en allant s’entraîner le soir après une longue journée assise passée au bureau. La sédentarité, caractérisée par un immobilisme durable durant notre temps d’éveil, possède ses propres attributs physiologiques. C’est pourquoi un intérêt s’est porté sur son implication dans le risque de cancer – tout en tenant compte du facteur AP. Et le résultat est sans appel, puisqu’une personne sédentaire semble exposée de 20% à 30% en plus au risque de développer un cancer (tous types de cancers confondus).

 

« Environ un quart des adultes dans le monde sont physiquement inactifs, ce qui les expose à un risque accru de développer ou de faire progresser le cancer. »

Patel et al., 2019

 

Cette synthèse sur la relation entre cancer-AP apporte donc les messages clés suivants :

- l’AP réduit le risque de cancer et améliore nettement les chances de survie même une fois le diagnostic de cancer posé,

- réduire le temps de sédentarité participe du même effet,

- s’exposer au soleil de façon consciencieuse lors de son AP pourrait réduire le risque de développer un mélanome.

 

Quant aux perspectives de recherche, elles devront répondre aux zones d’ombre relatives aux mécanismes d’installation/élimination du cancer, aux stratégies de création d’habitudes d’AP chez les patients ainsi qu’à la définition d’une quantité minimale et salutaire d’AP.

 

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