Au coeur du Marathon vert (Rennes, 35) 2012

Souvenirs de mon premier marathon

Marathon Vert Rennes 2013

Ca y est ! Je lai fait!! UN MARATHON et ses 42,195 km!

J aurais peut être dû écrire comme je me létais imaginé pendant des semaines 42,195 km de souffrance! Mais, cela serait mentir car honnêtement, ce fut loin être le cas!
De la souffrance mental quand on voit son objectif initial disparaître au fur et a mesure des kilomètres : jamais!
De la souffrance physique, bien sûr et heureusement ! Sinon cette aventure ne serait pas aussi mythique !

42, 195 km et 3h4 mn53s d’effort!

Comme une course, il faut un départ, un élément déclencheur qui fait que ce vendredi 26 octobre 2012 (3 jours avant la clôture des inscriptions!), je décide de finaliser ma participation au Marathon Vert de Rennes prévu 10 jours plus tard!
Jai beau cherché mais en fait il ny a rien eu qui explique qu’en ce dimanche matin, je suis là à me protéger du froid en attendant le coup de starter!
Cest la combinaison de plusieurs éléments qui pendant 10 ans se sont cumulés pour faire en sorte que je sois présent ce matin là!

Quelle  fut longue cette phase de maturation! Mais au moment de prendre le départ, je sais que cest aujourd’hui et maintenant que je pourrais accomplir ce exploit.
“Exploit” ? Je n’aime pas trop ce mot car la démocratisation du running, la multiplication des épreuves de courses à pied fait que dorénavant cette performance est accessible à un très grand nombre de personnes. Bien sûr pour quelqu’un qui na jamais couru, cela reste certainement un exploit (quoi que, pour beaucoup le terme de folie doit y être associé) !

Pour le coureur du dimanche, tel que je le suis, cest un défi avant tout! Un défi que lon souhaiterait accomplir au moins une fois dans sa vie !
On se dit que lon le fera mais on recule à chaque fois celui-ci en se disant que c’’est impossible!
Alors on est plein dadmiration quand on croise au détour des chemins des coureurs qui arborent un tee-shirt floqué  au nom dun grand marathon ou lorsque des reportages tv, sur le sujet, sont diffusés.

Mais aujourd’hui, c’est le Jour J et je vais partager cette journée avec vous.

LE JOUR J:

4h30 ! Je me réveille déjà. La “nuit” comme prévu a été très courte. J’ai du mendormir dans les 2h du matin et je suis sur de mettre réveiller au moins une fois. Quand je regarde mon radio-réveil, je sais quil est inutile dessayer de me rendormir ! Le bruit de la chambre située sous les combles ne laisse aucun doute sur le temps quil fait dehors : la pluie sabat fortement sur les ardoises ! Et ce nest vraiment pas ce que lon appelle des “petites gouttes”!

Un calcul rapide : il est 4h30 et le départ est dans moins de 5 h ! Cest bon cela laisse de la marge pour espérer avoir un temps convenable pour la course!

4h50 ! Cela ne sert rien de tourner dans le lit, je décide de me lever dautant plus quil me reste quelques détails à régler ! Le petit déjeuner tout dabord! J’ai toujours entendu dire quil fallait manger avec une bonne quantité de pâtes afin de tenir pendant toute lépreuve! Malheureusement, jai une digestion très lente et le repas copieux de la veille est encore bien présent dans mon estomac . Un café ? Des céréales et du lait ? Non,  décidément rien ne me tente. D’autant plus, que je minquiète de savoir si je vais bien le digérer! Finalement, je décide de mattaquer au demi pain long de 400m quil me reste! Je le mange sec, sans confiture, beurre ou autre pâte à tartiner ! J’en serais incapable!

Parallèlement à cet effort dalimentation, je maffaire aux derniers préparatifs ! Le temps quil fait dehors me conforte définitivement dans le choix de ma tenue : ce sera collant, tee- shirt, coupe-vent ! Je fixe mon dossard sur ce dernier en faisant bien attention que celui- ci (surtout les épingles à nourrices qui le soutiennent) ne me gène pas pendant la course!
Je mets directement mes chaussures de sport en y fixant la puce électronique (petit  rectangle denviron 3 cm sur 4). La aussi, je fais attention quelle ne soit daucun gène!

À peine 6h et je ne tiens déjà plus, je décide donc de prendre le chemin de Rennes. Il pleut toujours un peu mais nettement moins quune heure plus tôt. En roulant, je consulte le thermomètre intégré au véhicule : 8°!

Je regrette de navoir pas retrouvé mon short cela maurait permis jusqu’au dernier moment de pouvoir changer de tenue. 8° ! Jai peur davoir un peu chaud au fur et à mesure que la course avancera !
Pour un dimanche matin, je trouve quil y a pas mal de voiture sur la route. Quelle est la proportion de sportifs et de retour de boite? Je nose avancer un chiffre.
Plus javance sur la route et plus je me rends compte que la nuit a du être agité. Dans les rues de Rennes, de nombreuses branches sont présentes au milieu de la chaussée. De même, le nombre important de poubelles renversées ne peut être le fait exclusif de jeunes un peu éméchés!
Je me dirige vers la Gare Routière où seffectuera le départ de la navette .Je cherche toutefois à me garer au plus près de larrivée tout en essayant de trouver un endroit permettant de pouvoir quitter rapidement les lieux à larrivée.
À 200 m de la Gare routière et à guère plus loin de la future arrivée, une place mattend sagement ! Etre parmi les premiers arrivés procure quelques avantages !

6h25 ! La première navette ne démarrant que dans 35 min; je décide daller reconnaître larrivée mais il fait bien noir et il ny a pas lair davoir grand monde. Jentends chanter et un groupe mapparaît ! Ca ne sent pas le groupe prêt pour 40 km deffort mais bien plus pour des gens qui vont aller se coucher sans tarder!
Je décide de rebrousser chemin quand je vois une voiture avancée vers moi. Son allure hésitante me fait penser quil est à la recherche dune place ou dun chemin. Son immatriculation dans le 56 mindique quil y a de forte chance quil vienne pour le marathon. La vitre sabaisse, un homme apparait et me demande si je suis également là pour celui-ci. Il sinquiète de savoir où a lieu le départ des navettes. En tant que le «local» de létape, il mest aisé de le renseigner tout en lui indiquant à quel endroit opportun il devrait se garer.

Je suis impressionné par le fait quil vienne du Morbihan. Mais à quelle heure sest-il levé pour être dès  6h30 à Rennes. Un peu plus tard dans le car, japprends quil y en a qui viennent de Normandie. Pas de doute ! Le marathon est une épreuve sportive qui attire !

En sortant de son véhicule, le «morbihannais» me laisse apparaître une  infirmité que je navais pu apercevoir auparavant. En effet, il lui manque un bras entier ! Dès fois, je me dis que jai du courage de faire les efforts pour mentraîner mais là, je me rends compte que je suis loin dêtre le plus courageux!
Je lattends pour laccompagner jusqu’à la Gare Routière. On discute sur nos nombres de marathons respectifs. Un peu gêné, je lui annonce que cest le premier et que je nai aucune idée sur la façon dont cela va se finir pour moi.

Nous arrivons sur le lieu de départ et  nous apercevons un car déjà présent, feux allumés ! Les probabilités que ce car ne soit pas pour nous sont minces. En effet, un dimanche matin à 6h45, il y a peu de lignes régulières pour desservir les communes du département. Une affichette à lentrée du car enlève toutefois nos derniers doutes. Je monte pensant être le premier à masseoir mais non une personne est déjà présente, il y a eu plus matinale que moi ! Je minstalle derrière le chauffeur et jobserve.

La pluie a cessé de tomber ! Les athlètes entre progressivement ! Très vite, une bonne humeur apparaît ; les gens sont contents dêtre là. Un seul sujet de discussion est à lordre du jour : les marathons ! Le nombre de chacun? Comment était celui de lan dernier ? Nos préférés ? Le chrono espéré ? Bien évidemment, je ne suis pas très à laise et je me la joue discrète. Cependant, je ne me cache pas sur le fait que je découvre lépreuve ! Autour de moi, il me félicite tous de tenter laventure : cela me réconforte !

Au détour de la discussion, japprends quun des participants (celui qui était arrivé avant moi dans le car) n’est quà son deuxième marathon, que le premier il lavait effectué en 4h15 et quil espérait faire mieux! Tiens, je me dis que celui là, il est de mon niveau et que je risque peut-être de courir une bonne partie de la matinée avec lui! Instinctivement, je me surprends à penser que je serais tout de même hyper-déçu de faire un tel temps ! Cependant, je suis quand même admiratif car jai beau penser que son temps de course est très moyen, cela veut dire, toutefois, quil a réussi  à le finir! Or à cet instant, je suis incapable de dire
1. si je vais réussir à finir ?
2. dans quel état ?
3. dans quel temps ?

Il va falloir que j’apprenne l’humilité et à ne pas me surestimer car la Vérité du bitume va peut être mapporter beaucoup de désillusion sur mon véritable niveau et ma préparation!

Un autre personnage fait son apparition. Un homme, la cinquantaine, plutôt dégarni et pas très grand sinstalle près de moi et là, on entre dans un autre monde. Une trentaine de marathons à son actif. Si on veut des renseignements sur tel ou tel épreuve, nul doute quil peut apporter des réponses aux interrogations. Il nous apprend que désormais, il court pour “le plaisir” et quil nessaye plus de faire un temps. Qu’il compte courir tranquille en 3h45! Oups! Ca calme!

Il arrive sur le Marathon Vert par hasard! Il était de passage sur Rennes, il y a une quinzaine de jours et à découvert à cette occasion quune telle épreuve avait lieu!
Alors que moi, je me prépare moralement et physiquement à celle-ci. Lui, sur un “coup de tête”, il s’inscrit comme ça ! Impressionnant ! Maintenant, cest ce quil dit! Ce matin, tout le monde peut mentir. Personne nira vérifier ses propos !

7h15: le car démarre. Toujours dans lobscurité. Au bout de 20 minutes de trajet que je connais par cœur, cest lavantage d’évoluer à domicile; nous arrivons aux abords de Cap-Malo ! Je me demande où exactement est fixée la ligne de départ, à quel endroit et dans quelles conditions nous allons attendre pendant près de deux heures! Si javais été curieux, jaurais pu aller voir la veille car nous sommes à environ 5 kilomètres de mon domicile ! Finalement, c’est près de Castorama, que nous nous arrêtons. Nous descendons du car et nous nous dirigeons vers le parking de cette enseigne de bricolage.

Tout est prévu : des toilettes aux grosses tentes où nous attendrons à l’abri des intempéries. Les planchers de ces dernières sont couverts d’un parquet de bois. Décidément, les choses sont bien faites ! A notre droite, une grande table avec derrière, des bénévoles et à gauche, des chaises empilées n’attendant que leur coureur.

Je m’assois à coté d’un de mes collègues de «voyage». Il a une vingtaine d’années et en est à son deuxième marathon avec comme objectif d’améliorer son temps du marathon du Mont-Saint-Michel. Au fur et à mesure, notre tente se remplit . Derrière la table, un café se prépare, je m’y dirige. Je suis partagé entre le fait de prendre une boisson bien chaude et l’inconvénient de consommer ce breuvage diurétique ! C’est sans trop me forcer que je choisis la première solution.

Près de la machine à café, posé sur la table, j’aperçois de grands cartons où sont indiqués 3h15 ,3h30,3h45….. Ils sont pour l’instant vides mais ne le resterons pas longtemps ! Dans quelques minutes, des coureurs (certainement les plus aguerris et les plus soucieux de leurs temps) y déposerons des bidons de leurs convenances (eaux sucrées, boissons énergisantes …). Ces derniers seront déposés sur les tables de ravitaillement auquel correspond le temps indiqué. Sur chaque boisson est mis en évidence un numéro de dossard afin que le coureur ne se trompe pas !

De retour à ma place, les gens commencent à se préparer et je m’inquiète : le short est de rigueur et on peut deviner qu’à de très rares exceptions le coupe-vent sera enlevé peu avant le départ ou après les premiers kilomètres de courses. Mon voisin ayant  également choisi le short, je lui demande s’il ne craint pas le froid pendant l’épreuve. Là, il me sort le produit miracle : un gel chauffant pour les muscles. Le seul hic : il ne s’en est jamais servi auparavant et ne s’est pas comment s’en enduire et combien de temps en avance, il doit s’en appliquer !

Juste devant nous, un coureur s’affaire à un étrange manège.
Il découpe de nombreux pansements. Je devine très vite qu’il compte se les appliquer sur les tétons afin d’éviter des frottements gênants et douloureux. Plus curieusement, sur un autre pansement de taille plus grand, quelque chose semble écrite. Il le fixe sur l’avant-bras gauche. C’est tout simplement ses temps de passage prévus qu’il a écrit pour voir s’il était dans le rythme. Décidément, je suis entouré de «professionnels».

Des «pros» ? Justement, en voilà quatre ou cinq qui font leurs apparitions sous notre toile d’attente ! Ce sont des athlètes noirs très élancés. Naturellement, je me dis que ces gars là ne sont pas venu à Rennes juste pour la verdure du parcours mais bien évidemment pour la gagne.

Le temps passe incroyablement vite quand on observe, on regarde les autres ! Il va être temps que je me mette enfin en tenue de course. Je range mes effets personnels dans le grand sac poubelle fourni par l’organisation où est indiqué mon numéro de concurrent. Je les amène à un stand et à des bénévoles chargés de ranger ceux-ci dans une camionnette. Celle-ci devant tout rapatrier sur la ligne d’arrivée. J’ai beau me dire qu’il n’y a aucun risque pour mes clés de voiture que j’ai mis avec mes affaires mais bon une petite appréhension réapparaît : et si elles étaient perdues ? D’un autre coté, je n’ai pas trop le choix. Il est hors de question que je me les «trimballe» serrées entre mes poings pendant 4h.

8H45 !  Il est l’heure de se diriger vers la ligne de départ situé quelques centaines de mètres plus loin. Le soleil est dorénavant radieux mais bon sang le vent est glacial ! J’essaye de bouger pour me réchauffer mais en aucun cas, on ne peut appeler cela un échauffement. Il est hors de question que je démarre à toute vitesse alors mes muscles s’échaufferont «tranquillement» au gré de la course.

Je reconnais la voix du speaker officiel. Je le connais non parce qu’il est sur toutes les courses du département depuis des années mais parce que c’est un ancien collègue postier parti en retraite il y a près de 2 ans et avec qui on avait l’habitude de prendre la pause repas régulièrement.

Je me dirige vers le SAS de départ. Après avoir longtemps hésité les jours précédents c’est vers celui de 3h45-4h que je me positionne. Ma tactique : voir de loin et le plus longtemps possible les meneurs d’allure des 3h30 et décrocher le plus tard possible sans jamais me faire doubler par les meneurs de 3h45 ou au pire ceux de 4h.

9H15 : le grand départ. À mon grand étonnement, bien qu’étant dans le sas qui métait réservé (celui de 3h45-4h), je me fais doubler par la droite et par la gauche. Les concurrents semblent pressés. Les premiers ronds-points sont traversés et nous dirigeons vers la gauche. Je suis agréablement surpris par le fait que lon a très rapidement de la place sur la route et cela dès le début de course. Cela change de Tout Rennes Court où on joue des coudes pendant plusieurs kilomètres !

Très vite, le 1er km est avalé sans difficulté particulière. Finalement, la rapidité que javais ressentie nétait quune mauvaise impression! 5 min 33, ce nest pas si rapide que ça! Cependant, je me dis que si je veux respecter mon objectif, il va falloir que jaccélère sans trop tarder! Le 2e et 3e km me rassure sur mon chrono et sur le rythme de croisière que je me dois de respecter ! 

Premiers kilomètres et premiers arrêts sur le bord de route: Tout dabord, le fameux petit pipi du sportif! En général, cet acte effectué avant le départ est symptomatique du stress du coureur. Et là, jai limpression quil y a plusieurs de stressés ce matin! Petite parenthèse pour vous évoquer une des choses qui métonnaient le plus dans le peu de courses que jai effectué , cest  le nombre de WC chimiques présents au départ ! Et nouveauté (que jai vu pour la première fois à Tout Rennes Court 2012) :  lapparition durinoirs chimiques ! Cest une bonne invention car outre le fait que cela permette de limiter la file dattente, cela rend l«objet» plus hygiénique pour ces dames!
Est -ce davoir vu ces coureurs sur le bas-côté mais je commence à ressentir cette terrible envie ! Oh non ! Cest trop tôt ! Je ne vais quand même pas marrêter dès maintenant, cest que jai un marathon à finir, moi! En général, je profite de cet arrêt forcé pour souffler un peu mais là non, je débute ma course et je me sens en pleine forme ! Cruel dilemme ! Tant pis, on va faire comme si on navait rien senti et on continu comme si de rien nétait ! On avisera plus tard ! Après coup, je me dis que jai bien fait car cette envie à complètement disparu au fur et à mesure des kilomètres !

Un autre arrêt, sans aucun lien avec les précédents, me ramène à la terrible vérité du bitume ! Un homme, la cinquantaine me semble t-il, arrêté  sur la gauche de la chaussée se tient larrière dune de ces cuisses! Cuisse droite ou gauche: je ne sais plus mais le mal semble être là! Sans être médecin ça sent le claquage ! À peine 3 km et au pire ca sent labandon; au mieux une journée de galère!

Je me dis que jai de la chance mais quil faut rester humble sans jamais se laisser griser par lévénement ! Toujours gardé en esprit quen 30 secondes, on peut passer dun état de «très bien» à celui de « très mal» !

Ce que jaime dans la course à pied, cest cette humilité quil faut sans cesse garder en soi!

Petite anecdote que jaime raconter car cest certainement lévénement le plus insignifiant qui puisse arriver à nimporte qui mais qui pour moi ma profondément marqué!
Je devais avoir 20 ans  et de temps en temps (mais le terme «rarement» conviendrait mieux), je faisais un peu de footing ! Ce jour là, javais peut être déjà fait 5 km en étant super content de moi en pensant que jallais relativement vite (cest là que lon se dit que la vitesse est relative) ! A cet instant précis, je me fais (cela sappelle ainsi) déposer par une mamie qui avait lair davoir 70 ans! Quand on a vécu cela une fois, je peux vous assurer que lon est prêt à supporter toutes les humiliations du monde sans broncher ! Ca aussi, cela oblige à lhumilité !

On approche du 5è kilomètre, synonyme du premier ravitaillement ! Lors des semis, cest le ravitaillement (ainsi que le dernier) que je zappe royalement en me disant quil ne mest pas nécessaire ! Mais là, aujourd’hui, contrairement à larrêt pipi, je me refuse den laisser passer un seul (peut être que si ça va bien je me passerais de celui du 40è km mais bon, on verra) ! Il est hors de question que je perde mon pari à cause dune fringale ! Alors tant pis, si je dois perdre du temps, mais je me forcerais à faire un arrêt !

Toutefois, me doutant que cela serait la «foire dempoigne» à cette  première halte (en effet, la sélection nayant certainement pas encore eu lieu), je décide à 300 m de celle-ci davaler 2 sucres que javais mis dans mes poches (le reste devant me servir en cas de fringale en cours de route). Je limiterais la pause ravitaillement à labsorption dun verre deau ou deux .Caractéristique de ce Marathon Vert, leau est disponible uniquement dans des gobelets et provient directement des robinets ! Cest une action écologique à laquelle jadhère totalement. Quel gâchis de voir dans les autres courses ces milliers de petites bouteilles deau de à peine bues de quelques gorgées et jetées par terre quelques dizaines de mètres plus loin !
Alors cest décidé mon action écologique du jour sera de ne jamais en laisser tomber un par terre et de les mettre dans les poubelles mis à disposition par les organisateurs!

Action écologique certes  mais aussi devoir moral vis-à-vis de tous ces bénévoles qui très tôt se sont levés ce dimanche matin bravant le froid et le vent pour nous permettre de vivre pleinement notre course!  Cela serait méprisant de les laisser ramasser nos détritus !
Je regrette de ne pas avoir pas été suivi par tous les autres participants car nombreux sont les gobelets que jai pu voir tout au long du parcours!

Je pense que les premiers coureurs sont plus dans leur logique de course et nont pas réfléchi à cela mais naïvement, je pense que plus on est loin au classement et donc moins soucieux de son temps, on est plus vertueux dans ce domaine. Du moins, je lespère!

10 e kilomètre, mon temps est très rapide je trouve : environ 47 min. Cest 2 min de plus quà Tout Rennes Court et je devance de très loin mon objectif de 3h45. Cest bien, cela donne de la marge mais cela minquiète un peu aussi car je me dis que si je vais trop vite, je vais, de fait, également muser très vite. Mais bon, jai de bonnes sensations et aucune douleur ! Ca aussi, cest rassurant !

Mon seul concurrent c’est moi !

La campagne rennaise est verdoyante et me semble très plate. Je nai aucune difficulté à courir et je me permets dobserver les autres concurrents ou plus exactement mes compagnons de galères. En effet, je nai jamais eu de concurrents. Jai juste ce que jappelle des «frères darmes» qui comme moi sont là pour relever ce défi ! Le seul concurrent que jai aujourd’hui, cest moi et mon corps ! Là aussi, cest une des valeurs que jaime dans la course à pied à mon niveau: on se bat contre soi et non contre les autres !

À coté de moi, je vois déjà des gens en sueur mais moi, non, rien ! Je ne sue pas ! Cela veut-il dire que je suis mieux préparé queux ? Lavenir nous le dira ! Mais pour mes compagnons, je ne le saurais jamais car je ne les ais jamais revus sur le parcours !

Pendant quelques minutes, je me retrouve à coté de ce quil me semble être un monstre de la nature! Ca sent le rugbyman super costaud avec que du muscle. Il a un maillot moulant noir et je peux vous assurer quil ny a pas beaucoup de gras dessous. Comme pour me rassurer, je regarde son front. Ouf ! Il est en sueur ! Cest terrible mais ça me rassure encore une fois!
Un peu plus loin, je me retrouve derrière un trio de coureur du même club (merci le flocage des maillots!). 2 hommes et une femme ! Et ils parlent ! Je nen reviens pa s! Ils ne sont même pas essoufflés ! Je ne sue pas, moi ! Mais ce qui est sur cest que je serais incapable de tenir une discussion comme ils le font ! Ils sont contents car ils pensent avoir le bon rythme pour tenir les 3h45 et se promettent le champagne en cas de réussite ! Cest certain que ce Champagne naura certainement pas le même gout que celui qui est bu sans lavoir été mérité ! Jespère quils ont pu le déguster tous ensemble !

10e km, cest aussi le second ravitaillement ! Là, je respecte mes dispositions ! 2 verres deau, 2 morceaux de bananes et un peu d’’orange. Je prends le temps de bien mâché. Cet arrêt na pas du durer plus de 2 à 3 min mais je peux repartir de plus belle car je me sens totalement revigoré. Ce régime alimentaire, je vais le maintenir tout au long des ravitaillements successifs remplaçant toutefois progressivement lorange par des raisins et abricots secs.

En ce qui concerne leau, je ne sais si cest à compter de ce deuxième ravitaillement (à moins que cela soit le suivant) mais elle est devenue infecte et elle le demeurera jusquà larrivée. Cest linconvénient de leau du robinet, elle est inégale selon les endroits et je me dis que jai de la chance dêtre dans une commune où leau est gustativement très bonne. Je me dis aussi que leffort de communication du sponsor Véolia sen trouve entaché. En tant que Distributeur de leau à Rennes (du moins je limagine, sinon pourquoi sponsoriserait elle lépreuve?), ce mauvais gout de leau lui fait une mauvaise publicité ! Ce problème de leau est très important car leffort dhydratation doit être énorme et on ne doit pas sen priver den boire des quantités même si aujourdhui, le temps frais nimpose pas une consommation aussi abondante que jimagine lors de la 1e édition du Marathon Vert (qui avait eu lieu le jour le plus chaud de lannée).

Jusquau 15e km, on sent le vent hyper présent et puissant surtout lors des lignes droites orientées vers lOuest. Tactiquement et toujours dans ma logique de méconomiser au maximum, je recherche des abris. Or, en ligne droite avec un vent de face, le seul abri que lon puisse avoir cest les autres concurrents. Je décide de rester derrière le ou les coureur(s) qui me précède(nt).Cest pas joli, joli mais bon ca fait partie du jeu. Dailleurs, il me semble quà un moment, je sens que quelquun « profite » également de mon corps pour se protéger comme il peut. Malheureusement, je ne vais pas faire durer ce jeu très longtemps car je vois que jai un rythme un peu plus élevé que mes collègues et jai peur de ne plus suivre la cadence régulière que jessaye de mimposer depuis le début.

Dautre part, à compter du 10e km, je vois devant moi le drapeau bleu des meneurs dallure et que régulièrement je me rapproche deux. Ce drapeau bleu est le signe de ralliement des coureurs qui espère faire 3H30 au marathon. Ils sont donc aidés par des coureurs choisis par lorganisation pour maintenir  le bon rythme jusqu’à larrivée et  atteindre cet objectif.

Jusquau 25e km, je vais jouer à lélastique avec ce groupe des 3h30. Ils sont une vingtaine ou une trentaine ! Je sais que si jintègre ce groupe cest la victoire assuré pour atteindre mon but. Qu’est-ce que j’étais, à la fois naïf et confiant à la fois que de croire qu’un marathon pouvait être considéré comme déjà  gagné à ce stade de la compétition !

En ayant étudié sommairement le parcours, javais vu que les 10 derniers kilomètres se déroulent sur de très très longues lignes droites avec vent de face jusqu’à larrivée. Si jintègre ce groupe, je pourrais aisément me protéger et conserver au maximum mes dernières forces. D’autre part, en consultant depuis pas mal de temps les forums ou lexpérience des néo-marathoniens sont relatés.

On parle du MUR des 30 km! Les initiés comprendront ce que je veux dire mais pour les néophytes, une petite explication simpose. Du moins ce que jen ai compris! Ce Mur serait à la fois un mur psychologique et physique. C’est la frontière qui fait que lon finit dans de bonnes conditions (et donc que lon réussit) son marathon ou non! 30 km cela veut dire quil reste un peu plus de 12 km à parcourir! Et si jai bien compris, cela doit être un choc psychologique énorme car cela veut dire quil reste au minimum une bonne heure de course pour le commun des mortels! Décourageant! Or, cela doit être encore plus décourageant que lon passe avec ces 30 km, un seuil physique que lon na jamais connu auparavant.

Avant davoir fait son 1er marathon, personne na couru plus de 2h30 comme ça .Les entraînements ne demandent pas (dailleurs cela serait impossible de se motiver pour cela) à faire la même distance que celle à effectuer le Jour J. Nous ne savons donc pas comment va réagir notre corps face à cet effort violent ! Lui même ne le sait pas non plus ! Sa réaction peut être terrible et on peut seffondrer dun seul coup ! On peut être très bien pendant 30 km et dun coup être frappé par une force terrible qui fait que lon passe dans une situation de cauchemar ! On est au bout de la rupture physique, notre corps dit stop, qu’il faut arrêter, quil nen peut plus. Ce mur il faut le franchir pour continuer ! Il faut accepter la souffrance, faire que sa tête nécoute pas les sirènes du corps ! Non, il ne faut pas laisser tomber les armes ! Non, il faut continuer ! Non il ne faut  pas sarrêter là, maintenant !
Alors, on devient schizophrène : 12 km cela nest rien après tout, cest léquivalent dune sortie dentrainement classique ! Cela se fait bien dhabitude ! Mais dun autre coté, on a mal, on a très mal ! On se dit cest fini jarrête tout ! Cest ce dilemme quil faut surmonter pour réussir !

Atteindre ce drapeau bleu et sy maintenir doit être mon but à atteindre rapidement. Si, je suis seul dans les 15 derniers kilomètres avec vent fort défavorable et ce fameux Mur à gérer, cela va être très très compliqué! Oui mais voilà, ce groupe des 3h30, je ne vais jamais réellement lincorporer ! Un peu avant les 10 km, je lai devant moi à quelques 2 ou 300 mètres devant moi. Je décide  daccélérer progressivement pour les rejoindre. Cela est fait et je reste un peu avec eux !
Oui mais voilà, à chaque ravitaillement, je perds du temps sur ce groupe car ma halte est toujours plus longue que la leur ! Je pense que dans ce groupe, ils prennent ce ravitaillement  « à la volée » sans sarrêter. Alors que moi, je marrête et je prends mon temps.

Je perds quoi 3 min sur eux à chaque arrêt. Mais il me faudra à chaque fois, 5km pour réintégrer ce groupe (c’est-à-dire jusquaux ravitaillements suivants). En effet, je me dis que je ne peux me permettre de faire sans arrêt des accélérations violentes pour les rattraper rapidement sans le payer par la suite. Ce manège va durer jusquau 25km et là, je vais décrocher et je me rends compte que je vais devoir gérer seul ou presque les 17 km quils me restent !

Jusquau 25e km, je profite de tout. Le paysage bucolique, les routes et villages traversées que jessaye de reconnaître mais avec beaucoup de mal car ce nest pas trop mon coin ! Jessaye de voir sil y a un peu danimation sur le parcours mais  cest vrai quà ce niveau cest un peu décevant. J’ai juste noté ce petit groupe faisant une petite démonstration de dance country mais cest tout de notable. Mais bon, un dimanche matin sous des conditions climatiques difficiles, on ne peut en vouloir en lorganisation ou au communes traversées. De toutes façons, il faut être honnête les concurrents ne sont pas venus là pour se distraire.

Sur le bord de la route, je vois des gens arborant des pancartes avec des mots dencouragements pour tel ou tel coureur. Je me dis que cela doit être frustrant dattendre de longues minutes son coureur pour peut être ne même pas lapercevoir. Cela fait penser au Tour De  France cycliste ! Il y a beaucoup denfants de coureur, je trouve ! Mais quant à moi, je suis bien content que les miens ne soient pas venus. Je culpabilise déjà de ne pas être présent ce dimanche avec eux ! Alors si cest pour leur imposer cette attente, cela ne maurait même pas fait plaisir de les voir ! Des personnages, jen vois également courir et le hasard de la course fait quautour du 20è km, je me retrouve derrière un papy (environ 65 ans) et il a un sacré rythme. Je vais rester derrière lui un bon bout de temps. Outre quil a un rythme régulier proche du mien, quelque chose minterpelle sur son maillot. Une inscription plus exactement: Spartathlon !

Késako ? Quest ce que cest que ça ? Jamais entendu parler de cela ! Alors, je me colle au plus près de lui pour déchiffrer ce qui est indiqué en plus petit ! Je suis ébahi par ce que je vois :Spartathon 276 km! Et à coté se trouve une date,.je ne me rappelle plus ni de jour ni du mois mais seulement lannée : 2011 ! Ce petit bonhomme qui court devant moi à vive allure aurait-il effectué autant de kilomètres lannée passé ? Et, je minterroge : 276 km, c’est en une fois ou en plusieurs étapes sur plusieurs jours ? Quelques jours plus tard, en consultant internet, j’ai la réponse à mes interrogations mais à ce moment précis je suis déjà Béa dadmiration!  Je le suis encore plus depuis que jai eu sur wikipédia toutes les informations. J’encourage tous les curieux à y jeter un œil vous ne serez pas déçu!

Au 25e, je découvre ce qu’est un marathon

À partir du 25è km, une autre course démarre et on oublie tout ce que jai décrit auparavant ! Finis les tactiques pour séconomiser, finis les regards sur les autres participants, fini de regarder les paysages et les personnages sur le bord de route. On entre dans le dur du dur et, enfin, je vais découvrir ce quest le Marathon ! Sitôt, le ravitaillement du 25 km avalé, une vive douleur gastrique sempare de moi! Cette douleur je lai déjà ressenti dans un précédent semi-marathon et à lépoque, ce fut terrible jusquà larrivée. J’avais mis ça sur le compte de ravitaillements très irréguliers et très limités  tout au long du parcours mais là je suis circonspect car jai vraiment fait très attention à bien malimenter!  Heureusement et sans rien y comprendre, en moins de 500 m, celle-ci a disparu aussi vite quelle nétait apparue. Ouf ! J’ai eu chaud, très chaud même ! Le 25è km se traduit aussi par la disparition de la campagne et lentrée dans la ville. Mais plus que ça, elle se traduit par des montées et des descentes de plus en plus nombreuses !

60 m de dénivelés négatifs entre le début et larrivée! Cest comme ça qu’ils « nous l’on vendu le marathon! » « Ne vous inquiétez pas larrivée a été changé par rapport à lannée passée pour rendre la course moins difficile« disaient ils. C’est surement la vérité mais je ne mattendais pas tout de même pas à cette terrible succession de côtes !

Dieu merci ! Je ne suis pas encore en trop mauvaise condition et mes routes dentrainement sont très vallonnées ! Alors, javance ! Moins rapidement quau début, c’est certain ! Toutefois, ça y est la sélection est faite et bien faite. Plus de groupe dans lequel je pourrais mincorporer. La route est couverte de cohorte de coureurs dispersés. Je double de plus en plus de participants qui désormais marchent. Cela en devient de plus en plus impressionnant car on devine pour eux encore de longs moments de détresse physique et peut être plus que tout moral. Lobjectif du Marathon, c’est du moins la façon dont je le conçois, cest de le finir bien. On peut finir en ayant très mal aux jambes mais on doit être capable de le finir sans être contraint de sarrêter, sans marcher un instant. Alors jimagine, que pour tous ces gens qui sarrêtent sur le bord de la route, cela doit être terrible. Surtout quil en reste du chemin à faire! Quant à moi, je minquiète de savoir à quel moment cela va lâcher ! Chaque mètre me rapproche de la ligne darrivée mais certainement de la défaillance ! Pourvu  que je ne marrête pas, cela serait frustrant !

Du 25è au 35è km, le parcours me pèse de plus en plus. Je regrette de ne pas avoir étudié la typologie de cette fin détape Après le 35è km, je sais que jaurais du vent mais les 10 km qui le précède, je ne men suis pas trop préoccupé. Chaque virage est une déception car je connais un peu les quartiers traversés. Au prochain carrefour, 2 possibilités vont soffrir soit on tourne à droite et ça monte, soit on tourne à gauche et ça descend !
Malheureusement, cela sera à droite ! Combien de fois ais-je été déçu ? Beaucoup trop en tout ca s! A chaque fois, je me dis, c’est la dernière montée et après on descendra de façon régulière jusquà la fin. Mais non, à chaque virage, une déception !
Ce parcours vallonné” létait il après tout ? Certainement un peu mais après quelques jours de réflexion, je me dis que la première partie du marathon létait peut-être tout autant mais que la fatigue a finalement pris le dessus.

Un nouveau phénomène sempare de moi. Je commence  à avoir chaud ! On doit approcher de 11h30- 12h  et on ne ressent pas le vent !
Une décision va devoir être prise: le confort ou lesthétisme ! Bon tant pis cela sera le confort ! Le coupe-vent qui mavait tant protégé depuis le début devient un fardeau ! Je décide de lenlever tout comme ma casquette ! Je me retrouve en, collant noir et tee-shirt noir manches courtes ! Je dois être particulièrement ridicule ! De plus, je regrette de ne pas être parti en short car le collant est beaucoup trop chaud à ce moment là !

Avant de prendre le départ, javais prévu de jeter ce coupe-vent  dès que je nen aurais plus eu besoin pendant la course. Malheureusement, jy ai accroché mon dossard ! Courir sans dossard est impossible ! En consultant les forums, javais pu constater que nombreux étaient les coureurs qui se plaignaient davoir à leur coté des « parasites »qui participent à leur course sans avoir payé le montant de linscription et qui prenaient « leur part » de ravitaillement ! Ces « parasites » se trouvent bien évidemment sans dossard !
Cest la raison pour laquelle je lavais accroché bien visiblement à mon coupe-vent ! Mais maintenant, que je lai enlevé, je vais devoir conserver cet habit qui ne mest plus daucune utilité entre mes mains. Je fais toutefois bien attention que même entre mes mains, le dossard soit bien visible !

Au fur et à mesure que je progresse, je me rends compte que jattends avec hâte chaque ravitaillement ! En effet, depuis le début, après chacun de celui-ci, je repars bien ! De plus, mine de rien, cela veut dire que lon a encore avancé de 5 km supplémentaires ! Mais cela devient de plus en plus long entre ces fameux ravitaillements et la phase où je repars bien est de plus en plus courte ! 30è km en 2h30 ! Je suis content de moi ! J’ai toujours, même si cela sest réduit, de lavance sur mon objectif temps.

31è km! Au fond de moi, je sais que cest gagné il me reste un peu plus de 11 km à effectuer et jai plus dune heure pour y arriver (1h09 exactement). Au moment de vous relater la suite de ce récit, je ne me rends compte que javais perdu de ma lucidité.
En effet, jusque là les événements étaient parfaitement clairs dans ma tête. Chacun dentre eux était associé à un kilomètre précis mais là, même si je suis persuadé que cela sest passé comme je vais vous le décrire, j’ai un petit doute sur lexactitude même du déroulé !

Jusquau 35è, c’est dur car là encore on est encore sur des montées et des descentes! A la différence du vélo ou la descente peut être synonyme de relâchement, la course à pied ne permet pas cette phase de repos. Bien au contraire, cela tire très dur derrière les mollets.
35è km et quasi-dernier ravitaillement ! Peu avant celui-ci, j’ai cru que jallais devoir céder ! Je la vois la dernière ligne droite finale de 7 km  mais bon sang on tourne encore à droite au lieu de continuer tout droit et là la cote est  dure. Courte mais je la trouve très prononcée sur le haut ! Jen ai marre : encore une cote ! Mais cela ne va jamais  finir ! Je ne me rappelle pas davoir vu dautres participants courir dans cette montée mais par contre des gens marcher oui ! J’y suis presque mais là cest trop dur, j’ai trop mal ! À 30 m du haut, je me surprends à marrêter. Cela ne dure pas long 4 ou 5 secondes pas plus. Là mon amour-propre prend le dessus ! Non, je ne vais pas tout gâcher maintenant ! Tant de sacrifice ! Je le regretterais toute ma vie ! C’est peut-être la seule fois que je vais courir 42 km alors je métais juré de le finir à « quatre-pattes » alors je « DOIS » le finir!

Ca y est cest fini ! On tourne à gauche et cest une descente vers la fameuse ligne droite.
7 km pour finir et comme je lavais prévu le vent est très fort et frontal ! Je me dis que jai bien fait de ne pas avoir jeté mon coupe-vent  et le remettre me procure un bien-être extra. Contrairement, à ce que je pensais, cette dernière longue ligne droite est loin dêtre si simple que ça car mine de rien ça monte même si je trouve les pentes beaucoup moins prononcées. Surtout, et contrairement à ce que jai connu quelques kilomètres plus tôt, je ne suis pas surpris par la sinuosité du parcours. C’est donc beaucoup moins décourageant !

Jai de plus en plus mal derrière la jambe, je sens que cela tire de plus en plus. J’ai de plus en plus peur que dêtre obligé darrêter à quelques kilomètres de larrivée.
Par contre, je suis rassuré sur le fait que je continu à doubler des participants qui eux sont à larrêt. Je ne vais plus très vite, je regrette de ne pas avoir pris le temps de prendre mon temps sur 1 km histoire de voir, vent de face à combien jétais et donc dans quel état  jétais ! A mon avis, je devais faire du 6 min au km soit 10 km/h ! Ce qui en tant normal est moyen mais là qui est tout à fait acceptable !

Une chose métonne de plus en plus: alors quil y a longtemps que je ne me suis plus fait doubler, à 3 ou 4 reprises je me fais laisser sur place par des coureurs qui me semble en parfaite situation physique. Je me dis quils ont parfaitement gérer leur course et quils leur reste pas mal de réserves. Quand je me suis fait doubler la première fois, je me suis même demandé si ce concurrent était dun très bon niveau mais qui malheureusement avait pour une raison X ou Y avait loupé le départ de la course .

La réponse a tant dénergie ne mest apparue que bien après larrivée. Je pense que la fatigue mempêchait de bien réfléchir au moment ou cela sest passé !
Parallèlement, au Marathon Vert, se déroulait un marathon-relais de 5 personnes pouvant regrouper des bandes de copains, des membres de la même entreprise ou dun même club de coureurs. Or, ces participants faisaient au mieux 10 km chacun. D’où leur relative fraîcheur au moment ou jen étais, moi, à mon 35è km !

Maintenant, il peut tout m’arriver, j’ai fini mon marathon!

40è km et dernier ravitaillement ! Je le zappe ou pas ?

Jai vraiment très mal derrière la cuisse ! Soit je continue sans faire de halte et mon temps ne sera que meilleur ou bien je marrête une dernière fois et je continue à malimenter même pour les 2 derniers kilomètres! La raison lemporte et je décide de ne pas hypothéquer tous ces efforts par une crampe à 500 m du bat-l’eau est toujours aussi imbuvable mais je me force à en consommer encore 2 verres ! Je métais imaginé que les 2 derniers kilomètres dun marathon sont le plus beau surtout quand cest le premier que lon fait. On doit profiter au maximum de ces instants où on sait que lon a accompli un « exploit »!
Curieusement, je ne ressens aucune euphorie ! Je continue à courir et à rester concentrer, à écouter mon corps !
Ca y est, japerçois la ligne darrivée! 400 m et 2 virages et jaurais fini! Tant mieux parce que je ne sais pas si jaurais le courage de faire un kilomètre de plus!

Dernier virage, derniers 100m, ca y est je franchi la ligne darrivée. J’éteins mon chronomètre. Il mindique 3h 41min et 53 s. Jai à peine franchi la ligne, je nai pas fait 10m que je suis saisi par une terrible douleur. La crampe qui me narguait depuis plusieurs kilomètres sest décidée à opérer. Je me précipite sur les barrières de sécurité et je moccupe de la faire passer. Mais maintenant, il peut tout marriver, j’ai fini mon marathon!

Une fois passer ma crampe (cela na pas duré trop longtemps car jai été très rapide dès le premier symptôme), je rentre dans lespace réservé aux coureurs. En face, un bénévole me demande mon pied pour quil puisse enlever la puce électronique (qui sert pour calculer le temps officiel). Celle-ci était fixée au lacet de ma chaussure droite. Je suis heureux de navoir quà poser mon pied sur un petit repose-pied placé devant moi. Je ne moccupe de rien, je le laisse opéré.

Puis, javance un peu plus. Je ne suis pas du tout essoufflé. Je ne me rappelle de ne pas lavoir été un seul instant pendant lépreuve. Cela veut dire que jai gardé le rythme quil fallait. Sans accélération inutile ! En face de moi, un autre bénévole me tend une médaille. Elle est énorme et lourde ! Je suis un peu déçu car je ne la trouve pas très belle.

À gauche, se tient le stand de remise des lots ! Une dame précise à sa collègue quil me faut un tee-shirt taille médium. Heureusement, je rectifie : un taille L et encore je me demande si je nai pas vu trop petit car celui-ci me colle au corps. Je nai pas intérêt à prendre du poids, cela se verra aussitôt ! Un sac de produit des magasins U mest offert : pain dépice, boite de gâteau aux chocolat, compote. Tout est bio ! Normal, on est dans une démarche écologique !

Je récupère mes affaires que javais déposées sur la ligne de départ et me change ! Des douches sont prévues ainsi que des tables de massage ! J’avais prévenu que je profiterais de ce service, que cela doit être génial de se faire masser mais là, je ne pense quà une chose: rentrer chez moi !
Je passe toutefois devant la table de ravitaillement prévue à larrivée mais rien ne me plait. On retrouve les mêmes aliments que tout au long de la course et là, jen ai soupé des bananes, raisins et autres abricots secs. De toute façon, je nai pas faim ! J’ai du avaler tout au long de la course léquivalent de 4 bananes, plusieurs dizaines de grammes de fruits secs et bu beaucoup deau !

Cela fait 15 min que je suis arrivé et je me retourne vers la ligne darrivée. On doit être proche des 4h de course. En général, cest un des objectifs que lon se fixe. Je pense que certains sont déjà arrivés et sont contents, dautres seront déçus et les derniers sont en train de « sprinter » (en son- ils capables?) afin de savoir dans quelle situation, ils vont basculer.
Jarrive à emprunter un téléphone à une dame. Cela me permet de rassurer ma femme car jimagine quelle devait sinquiéter malgré les assurances que jai taché de lui apporté. Puis je décide de rentrer à  ma voiture !
A ce moment précis, de lourdes gouttes commencent à tomber. Je me dis que jai eu beaucoup de chance dans tous les sens du terme tout au long de la journée !

EPILOGUE :

Un an c’est écoulé ! De cette expérience, je n’ai rien à jeter, rien à regretter ! C’était beau, très beau !
Plus que d’avoir réussi ce défi, ma première satisfaction est d’avoir emmagasinée des images plein la tête.
Encore maintenant, l’émotion est toujours là
Un second, non un deuxième, marathon ?
Et bien oui, je vais refaire le même. L’inscription est faite.
Mais je sais que cette nouvelle épreuve n’aura rien à voir avec la première.

C’est dommage car j’aurais voulu revivre cette journée éternellement.

Dossard 1238