Au coeur du trail des Hospitaliers (Nant,12) avec Ignace Manca (le 3 novembre 2013)

C’est l’hospitalité des habitants mobilisés en masse pour les courses qui a marqué le plus profondément le cœur des 500 coureurs qui se sont élancés pour le trail des Hospitaliers le dimanche 3 novembre. Une course au tracé exigeant et à la beauté farouche où Ignage Manca se classe 137e et 1er V3 avec un chrono de 11h33mn59s.

Ignace Manca au départ du trail des Hospitaliers

L’ambiance est à la liesse le samedi soir 2 novembre alors que le village de Nant vit tout entier au rythme des trois courses organisées ce WE. Il est 18 heures et la fête bat son plein alors que les concurrents du Larzac Dourbie bouclent un à un le parcours de 30 km (1500m D+) dans un temps estival. Pour nous qui venons de Paris pour courir le Trail des Hospitaliers, dont le départ est fixé à 5 heures le lendemain matin, ces arrivées sonnent comme une répétition générale.

Une météo en demie teinte

En parallèle, l’organisation tient le briefing de la course du lendemain et effectue un dernier point météo : le temps clair de la soirée va laisser place à de la pluie qui accompagnera les coureurs durant les cinq premières heures. Puis le soleil va briller jusqu’au soir dans un air qui restera frais. Nous allons nous restaurer et dormir quelques heures avec un réveil programmé à 3 heures.

Le premier coup d’œil dehors du dimanche au réveil douche l’espoir des plus optimistes : effectivement une pluie fine est installée… Il s’agit maintenant de faire les bons choix vestimentaires. L’altitude du point culminant de la course (à 1366 m en haut du Saint Guiral) nous fait opter pour des vêtements chauds.

Nous nous rendons sur la place vers 4H30. La limitation du nombre de coureurs à 500 prend alors tout son sens et le départ est donné dans une ambiance très bon enfant, du moins au cœur du peloton, les premiers étant sûrement déjà à couteaux tirés.

La pluie redouble quand nous nous élançons, à petite vitesse pour échauffer les muscles crispés par la pluie. Heureusement, le début du parcours emprunte la route et ce segment est bienvenu pour sortir nos corps et nos esprits de la torpeur de la nuit.

Changement de revêtement après une première bifurcation vers la droite. Nous voici sur un chemin. Très vite, la pente s’accentue et le gros des troupes adopte une allure de marche rapide. À la lumière des frontales, le serpent lumineux est impressionnant quand on le voit s’étirer dans la nuit noire. Il faut déjà faire attention où l’on met les pieds pour ne pas tout de suite tremper ses chaussures et ses chaussettes dans les nombreuses flaques d’eau et les passages boueux que la frontale ne permet pas toujours de distinguer de loin.

Premiers bouchons

Chaque incident du terrain, flaque d’eau, roche à franchir, portion de boue, est l’occasion d’un regroupement. Je suis impatient d’en découdre et je me morfonds au cours de ces temps morts. Je décide de m’extraire et je donne un coup de collier en courant dans les bas-côtés herbeux pour retrouver un peu d’air devant. Ce jeu de saute-mouton va se poursuivre jusqu’au lever du jour d’autant plus apprécié qu’il s’accompagne d’un arrêt (momentané) de la pluie.

J’éteins ma lampe frontale un peu en amont de la route départementale 999 que nous franchissons près de Comberedonde. Des bénévoles nous encouragent comme ils le feront tout au long de la journée avec une gentillesse et une constance qui imposent le respect. Dans Hospitaliers, il y a hospitalité et les 240 bénévoles, qui suivent la course, que ce soit aux ravitaillements et aux points de contrôle, méritent notre total respect et nos remerciements.

Le sommet de la première montée d’environ 400 m de dénivelée est bientôt atteint et nous descendons vers le premier ravitaillement installé en plein vent. Je bois un verre d’eau presque à la volée et je repars. Un coup d’œil à ma montre m’indique que j’ai mis moins de deux heures pour couvrir ces 15 premiers km et je suis rassuré.

Dans le nuage

Je suis rapidement au pied du mont Saint Guiral dont le sommet disparaît sous un nuage qui lui donne l’aspect inquiétant qui sera le sien tout au long de la montée. Les choses commencent à se corser et la pente est rude. Le deuxième ravitaillement est atteint 1h15 plus tard et c’est pour moi l’occasion de boire un deuxième verre d’eau. Avant de repartir dare dare.

Je me sens très bien, pas de douleurs, des jambes et une tête qui fonctionnent à l’unisson. Je ressens un petit creux après quatre heures de course et je mange une pâte de fruits à l’occasion d’une montée qui m’impose de marcher. Une barre de céréales suit, avalée alors que je marche d’un bon pas en m’élevant sous les sapins.

Le paysage que je découvre sur la droite est d’une sauvage beauté. À perte de vue, aucun signe d’existence humaine, une succession de monts et de vallées, très verts malgré la saison avancée. Sous mes pieds, des amas de feuilles masquent souvent les traîtrises du chemin et je dois être très attentif pour en pas me tordre une cheville.

Une montée qui n’en finit pas

Loin d’être uniforme, la montée vers le Saint Guiral est une successions de raidillons coupés par de petites descentes. Ce qui est très perturbant car le sommet a l’air de s’éloigner au fur et à mesure de la progression. Seule la température qui fraîchît, le vent et la pluie qui redoublent marquent ma montée vers la délivrance.

Le paysage environnant est malheureusement masqué par un nuage épais et c’est d’autant plus dommage que les morceaux de campagne que l’on aperçoit par les trouées sont à couper le souffle, ce qui est contre productif quand on grimpe. Le haut de la montagne marque peu ou prou la moitié de la course et mes efforts sont récompensés par une descente très douce qui emprunte une allée forestière.

Mais ce bonheur est de courte durée car je découvre alors une des marques de fabrique des Hospitaliers : la rudesse et la technicité des descentes, qui font regretter presque l’effort franc des montées. Les pièges sont tellement nombreux qu’il est difficile de les décrire tous : successions de rochers partiellement recouverts de feuilles traîtresses, marches de plus de 50 cm qui demandent que l’on s’arrête et parfois que l’on s’aide des bras, grandes glissades de terre meuble gorgée d’eau, racines faisant des entrelacs piégeux. Par moments, les organisateurs ont installé des cordes qui permettent de se retenir…

Le premier ravitaillement en solides

L’arrivée à Dourbies que chacun appelle de ses vœux, et qui marque le 43e kilomètre, se mérite. La descente, comme l’avait été la montée précédente, est émaillée de petits « coup de cul » dévastateurs pour les jambes et le moral. C’est dire si l’arrivée à Dourbies et l’entrée dans le bâtiment qui accueille les tables chargées de victuailles est un véritable bonheur. Je me pose sur un banc et je change mes chaussettes en prenant soin de vider mes chaussures de tous les petits cailloux qui s’y sont glissés. Bonheur suprême ! Il est 11 heures et le petit déjeuner est bien loin. Pourtant, à ma grande stupéfaction, je ne peux rien avaler. Je bois quand même quelques verres de coca et je me rassure en pensant que le prochain ravitaillement à Trêves est situé à la fin de la descente au km 55. Car je ne sais pas qu’une montée presque verticale m’en sépare… Et que la descente qui doit suivre est un véritable jeu de massacre.

Au dessus des gorges du Trévezel

Je repars un peu requinqué quand même. Pas pour longtemps ! Au palmarès des descentes casse pattes, celle qui surplombe Trêves serait sûrement en haut du classement. Plus de 200 mètres sur un petit kilomètre. C’est là que les spécialistes creusent un véritable écart avec les non-spécialistes. Sautant comme des cabris de roche en roche, ils semblent voler là où nous, pauvres mortels, essayons juste de ne pas nous rompre les os.

Même motif, même punition à Trêves, vers 12h30, car mon estomac refuse la moindre nourriture. Régime coca pour tenter de remettre de l’ordre et je repars vite comptant sur les réserves de gels et de barres que j’ai emportées. Le parcours suit la rive droite du Trévezel sur quelques kilomètres m’accompagnant de son grondement. Les prévisions météo s’avèrent d’une justesse surprenante car le soleil fait son apparition sans réussir à vraiment nous réchauffer dans un premier temps. Nous sommes en effet au fond de la vallée et sous des arbres encore couverts de feuilles.

Apocalypse now

Au kilomètre 60, le choses vraiment sérieuses commencent. De l’avis de tous les coureurs que j’ai croisés, c’est à ce moment là qu’ils ont atteint le fond. Interminable est le mot qui, avec souffrance, caractérise le mieux cet épisode. L’estomac au bord des lèvres, un pas suivant l’autre avec lenteur (j’ai mis 2h30 pour couvrir les 13 km dont la moitié en descente), le regard fixé sur mes chaussures, le souffle court et le désespoir installé à l’idée qu’une montée équivalente m’attend après le ravitaillement de Cantorbe dans les huit derniers kilometres de la course.

Je sors de cette épreuve si découragé que je ne goûte malheureusement pas à sa mesure la fabuleuse beauté du paysage que je découvre du haut du plateau. Une succession de barres calcaires qui brillent presque au soleil éclatant qui règne sur la course.

Au bord du vide

Par moments, le sentier longe la paroi et je ressens presque l’appel du vide. Le regard porte très loin sur l’horizon et, en contrebas sur son piton rocheux, le village de Cantorbe est noyé de soleil. Malgré la fatigue, je reprends la course. La descente est heureusement un peu moins pénible que les précédentes et je décide de faire un vrai stop à Cantorbe pour me restaurer et affronter les huit derniers kilomètres du parcours qui sont loin d’être une formalité avec encore 500 m de D+.

C’est sans compter avec un dernier effort : la montée au village, tellement pentue sur la fin qu’une corde à nœuds a été installée pour aider les concurrents qui ne peuvent plus compter sur leurs seules jambes pour atteindre le ravitaillement installé sur la place ! Parfaitement hydraté et restauré, j’ai à nouveau la pêche pour affronter la dernière montée.

La libération

Depuis Cantorbe, le parcours descend dans la vallée et serpente dans un fond humide et couvert de feuilles. Les roches sont toujours aussi présentes et, par moments, forment de véritables tables qu’il faut grimper. L’une d’elles est si haute qu’une palette à été installée et sert d’escalier. Délicieuse surprise, le sentier grimpe sur le causse Bégon tout en douceur. Il est large et doux sous les chaussures. Comme est douce la partie qui conduit sous le falaises de Roc Nantais au-dessus de Nant depuis lequel me parviennent les commentaires qui saluent les concurrents qui passent la ligne d’arrivée. Un coup de fouet bienvenu qui me donne des ailes dans la dernière descente très technique avant la délivrance du goudron retrouvé, le passage du dernier pont, la petite grimpette que je mets un point d’honneur à parcourir en courant avant de passer la ligne avec soulagement.

Ignace Manca

Les résultats complets sur la fiche du Trail des Hospitaliers 2013, dans notre calendrier des courses