Au coeur du marathon du Mont-Blanc (à Chamonix (74), le 30 juin 2013

Sur le fil des montagnes

Comme un rêve de gosse… Christophe Boebion nous raconte sa course, il se classe 26e et troisième V1.

Christophe Boebion marathon du Mont blanc
La montée finale approche

L’occasion de participer à une manche de coupe du monde en France avec l’élite mondiale revêt toujours un caractère exceptionnel. Et dans un cadre aussi majestueux que la vallée de Chamonix, c’est quelque chose d’unique (et de si particulier au trail).

En ce dimanche 30 juin à quelques minutes du départ fixé à 7 heures du matin, même si j’ai passé l’âge d’avoir des idoles, se retrouver sur la ligne de départ entouré de grands noms au palmarès prestigieux a forcément quelque chose de grisant. Mais il faut avant tout penser à sa course. Entouré de journalistes qui cherchent à mettre en boite les photos de tous les coureurs postulant à la victoire et d’une foule dense de spectateurs, la concentration n’est pas facile. La pression est à son comble et l’impatience de prendre le départ à son paroxysme.

Respirer…

Les premières foulées permettent enfin de libérer son souffle, de respirer à plein poumon, et de puiser dans les montagnes alentours la force, car il en faut, en plus d’un grain de folie, pour se lancer dans ces 42km et 2500 de D+ à un rythme aussi rapide (premier kilo à plus de 18 km/h…). Trouver sa place, prendre son rythme, chercher des repères, des coureurs que l’on connaît noyés dans un peloton très dense et de toutes nationalités, ne pas oublier les automatismes, se concentrer sur ses sensations, poussé par des spectateurs enthousiastes et un début de parcours très roulant.

Tout naturellement…

Je connais par cœur le début alors je fais le vide et laisse mes jambes trouver leur rythme sans les pousser. Les derniers entraînements étaient rassurants et le rythme élevé de ce début de course se fait naturellement sans puiser outre mesure. La sensation est quand même étrange de se retrouver si loin au classement intermédiaire mais il ne faut pas y penser et rester concentré. Les encouragements sont nombreux, les paysages grandioses et le sourire aux lèvres, j’attaque la longue montée des Posettes après un début de course avalé à plus de 14 km/h de moyenne…

Signes avant-coureur…

Après 2h de course, les premiers symptômes de fatigue se font tout de même sentir et sur la fin de la montée, je me fais rattraper par Stevie Kremer. Rencontrée la vieille, nous échangeons quelques mots et elle me dit « follow me ». Malheureusement, je la vois s’éloigner et j’attends maintenant la descente pour me refaire un peu. Un petit coup d’œil au Mont Blanc en face et c’est parti pour un plongeon vertigineux dans la vallée. C’est difficile de ne pas être ému et les larmes me montent aux yeux…

Badaboum !

Malgré une descente prudente en compagnie de Mathéo Jacquemoud qui se « balade », mon pied ripe dans un virage et ma cuisse vient heurter violemment un rocher. Manque de vigilance, fatigue, tout peut basculer si vite. Quelques foulées douloureuses et le temps de se remettre les idées en place, c’est reparti, un peu sonné mais encore plus attentif. J’ai perdu quelques places si durement gagnées mais il ne faut rien lâcher dans la tête. C’est ça aussi la course.

Monter au ciel…

Je sais que tout se joue dans cette dernière très longue montée. Il va falloir aller puiser au plus profond, je m’y prépare mentalement car les premières douleurs apparaissent. C’est encore très serré et nous sommes dans un mouchoir de poche : chaque mètres est chèrement gagné sur le coureur juste devant alors que la moindre baisse de rythme et c’est le suivant qui revient. Nous montons en courant tout le long sur un rythme que je ne m’imaginais même pas capable de tenir.

Dans la tête…

Là ça devient dur ! Le physique commence à faire défaut alors il va falloir être tactique et faire appel au psychique. Je saute le ravito de la Flégère pour gagner un peu de temps et relance malgré la douleur. J’ai les larmes aux yeux mais je serre les dents. Une dernière descente et c’est la rampe finale. Il faut monter en courant, il le faut et il n’y a pas le choix. Heureusement que notre cerveau est capable de se débrancher car c’est dur, très dur mais je tiens mon pari. Ça grimpe, ça fait mal mais je monte, je remonte, je double, je crie, j’attends la fin, sans ne plus penser à rien qu’à la ligne et elle est là et tout ce public qui nous porte jusqu’à elle…

Enfin la délivrance et tellement de joie d’être allé au bout.. au bout de soi avant tout, de s’être dépassé et surpassé autant. Et après tout ça c’est tellement de bonheur… avec un podium inespéré à la clé…

Nota : Christophe Boebion se classe 26e en 4h16mn40s et 3e Vétéran 1

Quelques photos sur le parcours