Au cœur du marathon de Montréal, avec Alexandre Garin, le 22 septembre 2013

Alexandre Garin était en déplacement professionnel à Montréal durant ce mois de septembre 2013. Il en a profité pour courir le Rock N Roll marathon (remporté par le Québécois David Savard-Gagnon en 2h30mn15s), ce dimanche 22 septembre. Par ailleurs journaliste dans le domaine de la course à pied et du sport outdoor,il nous raconte sa course.

En immersion professionnelle deux semaines durant à Montréal, il m’était impossible de repartir de la belle province sans avoir participé au préalable au fameux marathon Rock and Roll Oasis de Montréal. Parti comme responsable d’un groupe d’apprentis en mécanique et carrosserie automobile j’avais la charge du bon fonctionnement de mon petit groupe en stage dans les garages, carrosseries et concessions de Montréal. Participer alors au marathon était un rêve et grâce à l’organisation très sympathique, le rêve est devenu réalité. Concrétisé et bien réel lorsque je me suis retrouvé au sein d’un peloton de 18 000 coureurs le matin à 8h30 sur le pont Jacques Cartier (4000 sur le marathon et 14 000 sur le semi). Rajoutez les courses du 10km et 1km, ce sont plus de 33 000 participants et vous assistez à  l’événement phare de la course sur route au Québec.

Quelle ambiance extraordinaire lorsque le départ est donné sur le pont Jacques Cartier ! A peine lancés sur l’île St Hélène pour un premier round d’honneur que la pluie vient s’inviter à la fête. Mais la température est idéale avec ses 15°C et recevoir quelques gouttes est même parfois salvateur car la température corporelle est déjà montée lorsque nous tournons du côté du parc d’attractions. Très vite je me sens porté par ce long cortège qui s’étire sur des kilomètres. Parti en excellente position dans le corail 2, lorsque je passe sous le pont Jacques Cartier j’entends sonner le départ d’autres corails (24 au total) alors que j’ai parcouru environ deux kilomètres. Après l’île St Hélène nous franchissons un petit pont pour passer sur la seconde île très visitée du St Laurent, celle de Notre Dame, et c’est sur le mythique circuit Gilles Villeneuve que nous nous engageons. J’ai pris mon rythme de course que je juge prudent à environ 14km/h, entouré par deux charmantes québécoises qui ont l’air de bien gérer leur affaire. Pas du tout essoufflé, j’en oublie la pluie qui redouble imaginant les coureurs de F1 qui enflamment la foule lors du Grand Prix qui a lieu chaque année début juin. Après avoir bouclé le circuit, un petit gel au km 10 et c’est parti pour la traversée du pont de la Concorde. A ce moment c’est un vent de face qui vient mettre son grain de sel. Vite il faut trouver d’autres coureurs assez grands et tenter de s’abriter. Je commence à avoir les jambes lourdes et avec un temps de passage en 45mn au km10 je me rends compte que mon entraînement n’est pas du tout suffisant. Ma course à pied d’entretien se résumant aujourd’hui à 2 ou 3 footings hebdomadaires d’une heure et rarement plus, je suis bien loin d’avoir le niveau d’il y a 10 ans (record en 33mn20 au 10km et 1h15 au semi). Mais tant pis, même avec des sensations mitigées, quelle vue sur les grattes ciels du quartier des affaires ! Montréal se veut une grande ville accueillante et sous les airs musclés des groupes de rock postés à environ tous les 5 km de course, je ne peux que relancer plus motivé que jamais sous les tubes des années 80.

Revenu de l’autre côté de la rive du St Laurent, voilà déjà 15km de parcourus et nous longeons le vieux port, qui rappelle des temps lointains où Montréal jouait une place forte dans les échanges économiques et rivalisait avec New York en ce qui concerne le commerce maritime. Le remorqueur Daniel Mc Allister que j’entrevois sur ma droite demeure le symbole de cette gloire passée. Plus d’une bonne heure déroulée et nous rentrons dans le centre-ville. Les choses se corsent un peu car quelques légères bosses et faux-plats viennent me narguer et me rappeler à l’ordre, soulignant de nouveau que ma préparation est loin d’être idéale. Pourtant cela fait deux semaines que je m’entraîne très sérieusement dont un beau footing de 2h la semaine passée sur le Mont Royal, sans doute l’un des plus beaux parcs citadins au monde. Les rues de Notre Dame, St Catherine, Maisonneuve et Berri sont si chargées en public que nous sommes portés par la foule. Ambiance Tour de France, j’en oublie mes lourdeurs musculaires et relance un peu ma foulée pour suivre mes compagnons de route. Au passage du semi je n’ai pas lâché la pression et conservé un rythme constant avec un passage en 1h28 au parc Lafontaine. Mais dans ce charmant petit parc tout proche de mon hôtel de Paris situé sur Sherbrooke, bon nombre de coureurs bifurquent alors sur la droite pour boucler le semi-marathon. Nous étions tous embarqués dans le même train mais les wagons du marathon étaient moins chargés.

Tout d’un coup moins de coureurs m’entourent et l’avenue de la Roche, les crampes commencent à gagner mes quadriceps. La douleur est vive et je suis contraint de baisser considérablement mon rythme de course. Mais la douleur reste supportable donc je continue à courir. Surtout que sous les encouragements des Québécois postés ici et là, avec les nombreux « Tu lâches pas » et autre « Go », tu gardes le moral et tu t’accroches. Mon objectif est alors très simple : courir coûte que coûte et ne pas marcher. Avec un rythme régulier de 10km/h j’essaie d’avoir des pensées positives et de me remémorer ces bons moments vécus au Québec ces 15 derniers jours. Comme ce beau week-end aux Laurentides dans le chalet de mon ami Michel, les séances de kayak sur le lac Joli et les soirées à la québécoise, la rando-trail au sommet Mont Tremblant, le match de Hockey des Canadians au Center-Bell ou encore les ballades en vélo autour de l’île me font oublier cette souffrance momentanée. Montréal regorge de richesses et à quelques heures de mon vol pour la France j’ai déjà hâte de revenir.

Ainsi s’effectue tant bien que mal le tour du quartier vers l’hôtel de ville et l’interminable aller-retour jusqu’au parc Jarrier d’abord par Christophe Collomb puis par De la roche. D’ailleurs au km 30 je me sens revivre, mes douleurs semblent s’éloigner et la rencontre avec deux triathlètes de la région parisienne aujourd’hui expatriés à Montréal a su me booster. Motivation enrichie avec les supporters toujours à fond et les morceaux de rock endiablés, je parviens même à relancer et jusqu’au km33 tout semble se passer au mieux. Malheureusement mes espoirs de retrouver mes jambes auront été de courte durée car une fois engagé sur la très longue avenue St Joseph les crampes sont devenues plus vives et ont maintenant gagné les mollets. Je ne vois pas le bout du tunnel mais je continue à courir, surtout que le lapin des 3h30 m’a largement dépassé et il m’est impossible de suivre ce groupe d’une constance parfaite, c’est bien dommage. De nouveaux ravitaillements, de nouveaux encouragements, encore un groupe de rock mais cette fois la magie a bel et bien disparu et je suis contraint de trottiner encore plus lentement. Ma descente aux enfers continue inlassablement.

La boucle du côté du Jardin Botanique et du parc de Maisonneuve me semble interminable, et pourtant je longe un parc de toute beauté, visité en début de semaine. Je revois les sculptures surprenantes qui témoignent toutes d’un travail exceptionnel par les jardiniers-artistes. Le parc japonais et le parc alpin m’avaient plongé 3h durant dans un exotique voyage me déportant à l’autre bout du monde. Retour à la réalité, j’ouvre les yeux et remontant St Joseph j’aperçois enfin le km40. Enfin ça sent l’écurie, mais impossible de relancer la machine, mes muscles meurtris me rappellent à l’ordre à chaque tentative et depuis 20km on ne fait que me doubler. Mais tant pis, je sais maintenant que j’irai au bout de mon défi et que je verrai la ligne d’arrivée. Au km41, on tourne à gauche, dernière ligne droite, ultime kilomètre et c’est gagné. J’entrevois les rebords du parc Lafontaine et la foule de plus en plus dense me porte vers la lumière, vers l’espoir. Km42, enfin, plus que 195m et cette fois la magie opère à nouveau. Sous un impressionnant public et avec l’arche d’arrivée en vue, je relance sans ne ressentir aucune douleur. Ma foulée s’allonge je veux finir digne d’un ex-athlète/triathlète de bon calibre et ne pas finir en boitant. Les bras levés, je franchis la ligne en 3h41 et je tiens ma victoire personnelle. Je savoure ces quelques minutes de bonheur avec ma médaille de finisher autour du cou. Et belle surprise je vois mes 8 jeunes apprentis du CFA Automobile de l’Erier dont j’avais la charge ces deux semaines venus m’applaudir à l’arrivée et me féliciter. Je n’en suis que plus fier et j’aimerais alors qu’ils aient un jour la chance de vivre ces moments de plaisir et de satisfaction.

Montréal a su gagner mon cœur, le marathon Rock and Roll Oasis a su gagner mes jambes. Sur que je reviendrai pour courir à nouveau ce bel évènement sportif mais certainement mieux préparé !

Par Alexandre Garin