Au coeur du Grand Raid de la Réunion avec Jean Marc Delorme (le 20 octobre, 2013)

La diagonale des fous : J’ai évité l’échec et mat!

Jean-Marc Delorme, ultra traileur et coach personnel, nous raconte son Grand Raid de la Réunion.

JM Delorme Grand Raid Réunion

C’est la 21e édition de cette course mythique réputée parmi les plus difficiles du monde qui se déroule toujours les nuits de pleine lune. Le Grand Raid de la Réunion appelé aussi la Diagonale de fous !

Cette année, c’est de Saint-Pierre, sur le front de mer, que nous nous élançons. Nous sommes 2 200 coureurs au départ de cette course folle.

C’est ma première participation. Ma préparation a été courte (6 semaines) et éprouvante (fissure au niveau du tendon d’Achille). D’intenses douleurs m’obligent à de fréquentes pauses, me font douter…

Au cours de cette épreuve, je serai suivi par une équipe de télévision qui prépare un documentaire sur l’ultra-trail. Je suis donc équipé d’un dictaphone numérique (afin d’enregistrer mes impressions et humeurs), d’une GO-PRO pour le tronçon entre Mare à Boue et Cilaos et d’un bracelet sensoriel (basé sur les flux sanguins).

En résumé, la pression est bien présente car il est évidemment peu concevable de décevoir tout ce joli monde en déclarant forfait!

Le choix du matériel 

Comme d’habitude, je décide de porter le moins de poids possible (décision renforcée par le fait de ne pas surcharger mon tendon!). Je pars avec un sac de 5L contenant peu de réserves alimentaires, je compte sur les ravitos ! Je ne prends que quelques gommes énergétiques, du saucisson et des noix salées que je consommerai avec parcimonie tout au long de la course.

En vêtement même stratégie : le strict minimum de vêtements. Je sais que je risque d’avoir froid mais je me dis que cela me fera d’autant plus courir…ce sera une motivation de plus pour ne pas faillir!

Un départ sur les chapeaux de roue !

Il est 20h30 et j’arrive sur la zone de départ. Je tiens à être en avance pour ne pas me retrouver trop loin dans le peloton. Je dépose mes deux sacs de change pour Cilaos et Halte La et passe au contrôle de mon sac à dos. Une pluie fine s’abat sur nous par intermittence mais la température est clémente.

Je me positionne vers l’avant du peloton et, muni d’un poncho en plastique (récupéré sur le marathon de Paris) je m’allonge en fermant les yeux. Je savoure alors mes derniers instants de repos et me concentre sur ce qui m’attend. Après un peu plus de 2 heures d’attente, les coureurs se lèvent et les rangs se resserrent. Et nous voilà partis pour un premier déplacement de foule qui se fait en courant jusque sur la route sur le front de mer.

Les élites arrivent et puis soudainement c’est le départ! Pas de décompte, de coup de feu, de musique ou autre signe annonciateur! En tous cas je n’ai rien entendu!

J’essaye de me frayer un chemin mais déjà des coureurs font le forcing pour passer, je me fais bousculer à plusieurs reprises, j’accélère, nous courons toujours sur le front de mer. Mon GPS indique une vitesse comprise entre 13,5 et 14 km/h et pourtant je suis toujours au milieu de centaines de coureurs!

L’ascension jusqu’à Piton Textor 

Cette année, nous empruntons des chemins privés pour arriver au sommet du Piton Textor. La première partie se fait dans des chemins type 4X4, au beau milieu de cultures de canne à sucre. Sans grande difficultés mais assez boueux. L’itinéraire est assez roulant malgré quelques passages dans une forêt boueuse parsemée de racines et parfois assez raide.

Arrivé à Piton Textor, je viens de gravir plus de 2000 mètres de dénivelé positif sur une distance de quarante kilomètres. Je pointe dans les 180 premiers, l’équipe vidéo m’y attend. Je prends rapidement un sandwich au jambon et m’élance dans la descente jusqu’à Mare à boue où je dois récupérer une GoPro auprès de l’équipe télé. Cette portion est assez roulante et rapide, je me laisse emporter par la descente…

De Mare à boue à Cilaos

Muni de ma caméra, je repars sur un décor qui ressemble à la Normandie durant quelques kilomètres pour commencer à gravir versJM Delorme Grand Raid Réunionles coteaux de Kerveguen une portion qui d’habitude est plutôt trempée mais pas cette fois-ci. Des branches disposées perpendiculairement au sens de notre marche forment un tapis permettant un bon travail proprioceptif des chevilles!
La descente vers Cilaos est pour le moins technique, vertigineuse, humide, interminable n’ayons pas peur des mots : Dangereuse!!

J’ai alors mon premier  « coup de moins bien », et ce que je redoutais arrive : un mauvais appui de ma jambe blessée et c’est la chute un mètre plus bas…Je suis un peu sonné…j’ai très mal au dos… et je saigne pas mal du petit doigt.

Je repars. Je suis inquiet pour mon doigt : s’il doit être recousu, je vais perdre un temps précieux. Je suis inquiet pour mon dos : me laissera-t-il terminer ma courses ?

Cilaos : le premier gros ravito

Arrivé au stade de Cilaos, je suis un peu rincé. L’équipe m’attend. Diagnostic : pas de point de suture prévu pour le doigt, ouf!

Le temps d’avaler un peu de poulet avec des pâtes, de changer de tee-shirt, chaussettes et chaussures, et me voilà reparti sous une température assez chaude. Je sais que le plus difficile reste à venir… Après quelques kilomètres, mon sac ayant été mal refermé par un des membres de l’équipe, ma veste de pluie (compactée dans une poche) tombe pour finir sa course dans un ravin, retenue par une branche ! Un autre coureur se cramponne à un tronc et me donne la main afin que je puisse descendre la récupérer. Un grand merci à lui d’avoir pris du temps pour m’aider !

Après une descente presque agréable, je remonte vers le col de Tailbit. Il fait chaud, très chaud, mais je tiens bon et monte prudemment pour ne pas trop m’entamer. Ce col n’est que marches et racines et déjà quelques-uns commence à vraiment peiner.

Après avoir gravi le Tailbit à plus de 2000m d’altitude et une descente correcte, me voici reparti vers l’ascension du col des Bœufs. La première partie se passe plutôt bien et la fin se fera dans la fraîcheur et une légère brume. A peine arrivé en haut, je me remets à courir et me lance dans une large descente jusqu’au prochain ravito.

Je repars avec le groupe avec lequel je cours depuis déjà quelques kilomètres. Très longue descente en balcon. L’allure est rapide et nous prenons des relais chacun notre tour. Quel pied!

J’aurai sans doute freiné mes ardeurs si j’avais su ce qui m’attendait…

Roche plate et le Maido : « Marche où crève ! »

Me voilà lancé dans l’ascension de Roche plate qui est une succession de marches interminables. Il fait nuit et pourtant la température reste pour le moment agréable. Au fur et à mesure de mon ascension je sens mes forces diminuer, je pense arriver en haut mais à chaque fois un nouveau virage laisse apparaître une volée de marches très abruptes. Mes jambes me propulsent de moins en moins.

Enfin j’arrive à un nouveau ravitaillement …. Le coureur avec lequel j’ai gravi cette portion veut dormir immédiatement. J’y réfléchi aussi mais j’ai trop froid à présent et je redoute le confort d’une couverture qui peut m’amener à rester plus longtemps que prévu.

Je décide donc de me lancer dans le Maido. La première partie est déjà difficile, j’ai froid mais ne lâche pas le morceau. La seconde partie l’est encore plus ; je n’arrive plus à monter la jambe et sur les hautes marches et rochers qui parsèment le parcours. Cela me demande une concentration extrême pour ne pas m’arrêter. Je suis rassuré de voir que je ne suis pas le seul dans cet état.

J’arrive enfin au sommet, exténué. Le temps de me coucher 8 minutes, je repars. Je n’ai pas faim, pourtant je me force à ingérer de petites quantités de nourriture pour tenir, regagner quelques forces.

Nous redescendons : 14 km peu techniques mais usants….interminables!

Peu avant Halte La….

Je ne sais plus où je suis…il fait nuit…j’ai vraiment sommeil… Je vois quelques supporters sur le bord du chemin mais quand je m’approche, ils n’existent pas!

Je me retrouve alors sur un chemin à peu près plat (si, il y en a un!) : je ferme les yeux en courant, cela me fait du bien et me repose. Bref, je dors en courant par petites tranches!

Incroyable, ça marche ! J’y arrive !

J’arrive à halte la, cette fois je vais dormir 20 minutes. A mon réveil, j’ai faim, je m’avale un plat de pâtes et poulet, change de chaussettes et me sens un homme neuf!

Je repars vite, trop vite…Je suis 125ème et me mets dans l’idée de remonter beaucoup de places sur les 30 derniers km qu’il me reste à faire. Encore une fois, la méconnaissance du terrain va me coûter cher!

Tout se passe bien, je cours sur toutes les portions, et marche vite des les montées, j’ai une forme du tonnerre…

Nous longeons une large route en bitume pour se rendre sur le début du sentier des anglais et devinez quoi ? Un hurluberlu s’arrête à coté de moi en voiture pour me demander son chemin ! Je lui réponds un peu énervé que je ne m’habille pas comme cela pour arpenter les rues mais que je suis en course !

En arrivant sur le sentier des Anglais, cela se complique. Ce chemin pavé de pierres volcaniques et exposé au soleil me ruine les jambes. Je cuis sous ce soleil de plomb et la montée de pavés ne se termine jamais…

L’accés au dernier poste : le colorado

La fin de la course est derrière cette colline, si proche ! Et pourtant le single-track qui nous conduit au dernier ravito est interminable, raide, sans ombre. Je suis déshydraté. Vivement le ravitaillement.

Au ravitaillement, je sais qu’il ne reste plus que la descente. Un bénévole me met en garde quant à la dangerosité de celle-ci. J’aime la descente, c’est là que je suis le plus fort. Après une ou deux glissades rattrapées de justesse, je dévale celle-ci le plus rapidement possible en équilibre sur de gros bloc de pierre. J’entends le bruit du stade en contrebas. Ca y est. Je sors par un petit tunnel pour arriver sur une portion de route m’amenant au stade.

C’est fini ! Je passe la ligne en 39h04 à la 125ème place. On me remet le fameux tee-shirt de finisher où il est inscrit : « J’AI SURVECU ! ».

JM Delorme Grand Raid RéunionCONCLUSION

Le terrain de cette course est extrêmement exigeant, difficile. Il fait chaud, il fait froid, c’est dur! Et pourtant, on en garde un souvenir magique…Des paysages à couper le souffle, une équipe de bénévoles extrêmement bien brieffés, gentils et efficaces.

Des supporter toujours là pour vous encourager où que vous soyez et tout au long du parcours.

Une organisation sans faille…

Alors soyez fous ! et tentez l’expérience !

Les résultats du Grand Raid de la Réunion, du 17 au 20 octobre 2013
Grand Raid de la Réunion 2013, François D’Haene époustouflant du début à la fin !