Au coeur de l’Andorra Ultra Mitic (Ordino, le 21 juin 2013) avec Romain Berger

A 20 ans, Romain a bouclé l'Ultra Mitic, parcours de 110 km avec 8 200 m de dénivelé de l'Ultra Trail Andorra. Son récit.

Voici exactement une année que j’ai découvert le trail-running lors de ma participation à l’Andorra Ultra Trail 2012 « option » Célestrail. Subjugué par cet événement qui m’avait fait découvrir des sentiments indescriptibles de liberté et de dépassement physique, je tenais pour cette année 2013 à revenir sur le sol Andorran et affronter ce monstre qu’est l’Ultra Mitic.

Afin de préparer cette aventure, ma philosophie a été le 100% plaisir et le zéro contrainte.  Étant étudiant en master à EM LYON, j’ai profité des weekend pour effectuer de longues sorties randonnée-trail, ski randonnée, natation et surtout de nombreuses sorties enduro VTT. D’après Movescount voici la préparation depuis début Janvier 2013 :

  • Trail Running 950km – 50 000+
  • Enduro VTT – 900km – 30 000+

Quelques courses étaient également au programme telles que « Le Trail aux Etoiles » & le « Trail des Citadelles ».

Affuté physiquement et mentalement prêt à dévorer les sentiers, j’ai malheureusement connu un gros coup dur courant Mai avec une blessure au genou lors du Raid Hannibal. (Raid étudiant organisé par EMLYON qui conjugue des épreuves de trail-running, VTT, Biathlon tout en suivant la trace du Général Hannibal Barca dans les Alpes).  Têtu comme une mule, je n’ai pas écouté les conseils des médecins et continué à sortir en VTT. Cet entêtement à eu pour effet d’empirer la tendinite et m’obliger à stopper tout pendant 1 mois.

L’échéance de l’AUTV approchait, les montagnes étaient encore très enneigées, la difficulté du parcours faisait frissonner et je n’avais toujours pas couru depuis plus d’un mois … l’aventure s’annonçait plus tendu. Peu importe, l’inscription était enregistrée, l’hôtel réservé et la blessure aux abonnées absentes ! Samedi 22 Juin 2013, nous partions avec mes fidèles accompagnatrices (maman et ma petite sœur) direction notre petite principauté adorée.

Ordino – 18h – Briefing. Sans surprise l’organisation nous annonce des conditions humides et plutôt enneigées (10% du parcours annoncé, mais bien moins que ça au final), ainsi qu’un parcours rallongé de 7 kilomètres et diminué de 400m de dénivelé afin d’éviter un passage orageux au Bony de la Pica.

Ordino – 20h – Préparation. Petit tour dans les magasins de la principauté, détour au Burger King, et dégustation d’un gros sandwich Nutella-Banane + Morbier en dessert. Les batteries chargées à bloc, prêt à en découdre, direction le départ.

Ordino – 22h – Départ. Après les feux d’artifices, le départ de l’Ultra-Mitic est donné. Une partie plate d’environ 6 kilomètres étire le peloton avant la première ascension jusqu’à Coma Aubossa (2150m). De mon côté, « comme un âne », j’étrenne pour la 1ère fois les bâtons Leki gentiment prêté par mon ami Olivier Demko. Résultat, je perds du temps sur le plat et me retrouve dans les bouchons … quelle horreur !!

Peu importe les bouchons, la philosophie de cet ultra est le plaisir, l’immersion dans la montagne, le partage et la découverte de soi. C’est ainsi que j’avance avec le sourire jusqu’au Pla de l’Estany pour le 1er ravitaillement. Quel souvenir de voir ce chalet à flan de montagne éclairé par le de lune sur une neige encore abondante ! Pas d’arrêt à ce ravitaillement, j’ai encore de l’eau et des réserves de nourritures intactes.

Direction « El Alt de Capa » à 2600m d’altitude. Une montée extrêmement raide ou des cuisses et mollets bien entrainés sont de rigueur (800m+ en 3km). Heureusement, le paysage est fantastique, et sublimé par un joueur de cornemuse qui nous attend au sommet. Incroyable !! Après la montée, s’enchaine une descente des plus techniques et raide jusqu’au Col de la Bottela. Cette fois ci ma mère est là pour son éternel soutien. Je bois seulement un bon chocolat, prends quelques noisettes et direction la Margineda pour une longue descente pas technique du tout, mais éreintante mentalement et physiquement (relancer est une nécessité, surtout une fois arrivé à Andorra la Vieille). C’est le moment de sortir le IPod !

Margineda (base de vie) – 43km – 4h50 du matin. Très frais mentalement et physiquement, j’accède à cette base de vie sans aucun soucis ni douleur, mais assez tranquillement concernant le chronométrage.  Toujours le même rituel : boisson chaude, sandwich fromage, noisettes, bisous à maman et en avant !

La suite est pour moi la plus belle partie du parcours, puisque nous allons grimper jusqu’au « Col Bou Mort » à 2500m, puis la « Collada Malana » pour enfin accéder la Vallée du Madriu classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Toujours ponctué d’ascension et descente vertigineuse jusqu’au prochain refuge faisant office de ravitaillement, l’aventure et le plaisir est à son apogée jusqu’à la descente enneigée du Pas de la Casa (75km). andorra1Moment de fou rire garantie !

Arrivé au Pas de la Case, mauvaise nouvelle. On nous annonce environ 8km jusqu’au prochain ravitaillement à Bordes d’Envalira, mais nous n’avions pas eu de points d’eau depuis le ravitaillement d’Illa, environ 30km auparavant. J’avais prévu en faisant des réserves importantes, mais de nombreux coureurs abandonneront sur ce segment de la course. Le tracé emprunté était une véritable montagne russe de piste de ski & monotrace jusqu’à la base de vie.

C’est à ce moment de la course que je retrouve un collègue de Montpellier rencontré à l’occasion du Trail aux Etoiles., François Thierry.

La suite du parcours est une formalité jusqu’au Col d’Arenes.  Nous courions toutes les parties plates à un bon rythme d’environ 9km/h, nous gérions les ascensions et débranchions le cerveau dans le dénivelé négatif. A noté également que sur cette fin de parcours (entre le 80èmeet 120ème kilomètres), les ravitaillements étaient plus fréquent qu’auparavant alors même que le gros du dénivelé était derrière nous. Peu importe, tous les 10 kilomètres, le tarif était le même, salade de pâte + fromage. Tu cours, tu brules.

Lors de l’ascension du Col d’Arènes (700mètres dénivelé en 2km), nous retrouvons de nombreux coureurs de la Ronda Del Cims, dont Émilie Lecomte impressionnante de maitrise malgré un état physique apparemment bien entamé. Arrivé au sommet après de bons éclats de rires, et un soutiens mutuels pour nous encourager; nous retrouvons les bénévoles prêts à nous servir un dernier verre de café. Il est 20h, nous avons encore 10 kilomètres de descente pure avant de rejoindre l’arrivée.

Lors de cette dernière descente du Col d’Arènes-Ordino, nous avons totalement débranché le cerveau pour dévaler la pente comme des fous furieux. Notre crédo était d’arriver avant la tombée de la nuit, un pari tenu avec brio puisque nous arrivons à Ordino à 21h14 après plus de 23h de course pour un classement de 15ème/300 coureurs.

Bilan de la course.

Une aventure en haute-montagne bien géré. Aucun moment de fatigue, ni quelconques douleurs articulaires, musculaires, mentales ou gastriques. Du début à la fin, une sensation de plaisir indescriptible tant la liberté qu’offre la montagne est immense.

Heureux d’avoir acquis une bonne expérience de gestion de l’effort, c’est positif à seulement 20 ans. Désormais les objectifs se porteront vers un nouvel ultra en 2014, avec l’ambition d’accélérer fortement le rythme de course (marre de finir pas fatigué), ainsi qu’un Iron Man.

Merci l’organisation, et allez faire un tour sur l’AUTV si pour vous ultra-trail rime avec haute-montagne, paysages immaculés, et parcours aussi physique, technique qu’engagé.

Romain