Au coeur de la Saintexpress avec Sylvain Gauthier, le 8 décembre 2013

Sylvain Gauthier nous raconte sa première participation sur une course de 45 km, de nuit. Avec un dénivelé D+ 900m, et une température moyenne de zéro degré, la Saintexpress, une des épreuves de la mythique Saintélyon, représentait un beau challenge.

SainteLyon2013

Avant la course

Pour moi, l’épreuve commence au moment où j’entre dans le palais des sports de Gerland. La foule me fait dire que c’est bien la grosse course dont on parle tant, la pression monte. Mais comme d’habitude, pour rester serein, je bascule en mode « méthodique » pour me préparer. Chaque geste est réalisé dans un certain ordre pour enfiler ma tenue et m’alimenter. Je suis même allé jusqu’à faire venir mon frère qui m’a préparé des pates « al dente » pour être sûr de partir dans de bonnes conditions. Je suis prêt, et je rejoins la file interminable de bus pour Sainte Catherine, l’organisation de cette course m’impressionne !

Le départ

Arrivé sur les lieux du départ, je vérifie encore mon équipement. Puis comme je suis pressé d’en découdre, je me dirige dans le sas et me retrouve donc à quelques mètres de la ligne de départ. Ca y est, c’est parti ! Je n’ai pas activé le GPS de mon portable pour suivre mon allure, car je sais que je ne pourrai pas tenir la batterie pendant 6h, et je veux pouvoir envoyer des SMS pour rassurer mes proches. Je me cale donc sur une foulée que je commence à bien connaître avec l’entraînement. Toujours aussi méthodique, je consulte mon cardio pour m’assurer d’être dans le bon tempo. Je le regarde bien trop souvent en début de course, c’est une vraie obsession. Quand on a la chance de faire cette course, on profite aussi de tout ce qui nous entoure. Alors je lâche un peu ma montre et je réalise que l’ambiance est unique, avec toutes ses lampes qui éclairent le parcours plongé dans la nuit, associé au silence de la nature et le bruissement des pieds sur le sol.

Première difficulté

Cette côte est une des difficultés de cette épreuve : 180 m de dénivelé sur un peu plus d’un kilomètre. On ne trouve pas de telles côtes en Loir et Cher et j’ai compris plus tard que cela manquait à mon entraînement. Mais pour une première, je me sens bien et je monte sans difficulté. J’alterne marche et course, la plupart des coureurs procèdent de la même façon. On arrive au plateau où nous trouvons encore un peu de neige glacée. Je sais qu’il faut assurer les appuis, ce serait trop bête d’arrêter si tôt la course à cause d’une mauvaise chute … et hop ! Deux coureurs glissent devant moi ! Heureusement, ils se relèvent sans bobo.  Sur les hauteurs, je devine la ville de Lyon avec ses milles lumières, la vue est extraordinaire ! Je consulte mon cardio et je me dis que je peux doubler un coureur, puis un autre et pourquoi pas celui-ci. Je me retourne et découvre une longue file de lumière qui serpente dans les collines au milieu de la nuit.

Problème technique

Après la première grosse montée, logique, voici la première grosse descente. Même si je suis entouré de coureurs aux lampes frontales puissantes, l’éclairage devant moi est plutôt faible. Tantôt, un coureur m’éclaire parfaitement la voie, tantôt, mon corps fait de l’ombre et je ne distingue pas très bien l’endroit où je pose mes pieds. Voilà le genre de détail qui peut vous transformer une course en galère ! Ne suis-je pas méthodique et organisé ? Avant de partir, je savais que mes piles n’avaient pas servi, mais elles ont un an et je ne les ai pas changées… En attendant le premier ravitaillement pour changer les piles, je gère avec les éclairages de mes voisins. Je m’en sors assez bien, mais je sais qu’il n’en faut pas beaucoup plus pour m’agacer. Encore quelques petites montées et descentes, pour enfin arriver au premier ravitaillement. Le changement de piles est digne d’un arrêt au stand de formule 1. Un psy dirait que je suis un peu fêlé en observant ma technique que je trouve quand même un peu longue. Vous l’aurez compris, je suis en mode course et je suis remonté comme une pendule pour faire quoi : mieux que 6h ! Sur 2300 partants, 0,5% pensent à la victoire, et les autres ? La plupart font comme moi, ils se battent contre eux et essaient, soit d’améliorer un temps, soit de finir dans un délai fixé à l’avance.

Monter-descendre

Après une montée située au milieu de deux bonnes descentes piégeuses dont une de 800m (et où j’affectionne particulièrement l’efficacité de ma frontale bien rechargée), une deuxième grosse montée se présente. Elle est un peu plus raide que la première, bien que plus courte (400m). Il y a une ambiance de folie à son sommet, on entend des chants, des cloches …Ce sont des savoyards qui font la promotion de leur course. Sans me mettre dans le rouge, je me lance et passe quelques coureurs. Au fur et à mesure de ma progression, je sens une petite douleur apparaître au mollet gauche. Je sais que son intensité va augmenter dans les km à venir. C’est ennuyeux, car on est à peine à plus de 15 km ! La dernière grosse descente avant le prochain ravitaillement est assez technique, et les douleurs commencent à apparaître dans le reste des jambes. Malgré tout, je garde un bon rythme et attends patiemment d’arriver au ravitaillement de Soucieux, premier objectif intermédiaire où je pourrai faire le point sur ma course. Je commence à trouver un peu le temps long, mais les SMS que je reçois maintiennent mon moral au beau fixe.

25km

Enfin le ravito, où je m’alimente peu, car le sommeil me gagne et j’ai un peu de mal à faire descendre les aliments. En me dirigeant vers la sortie du gymnase qui nous accueille, je vois des PC qui indiquent les temps et les positions. Je n’en reviens pas ! Je demande au bénévole de la course si j’ai bien compris, ce sont les positions des coureurs en temps réel qui passent sur les détecteurs situés 10 mètres avant : je suis dans les 380 ! Un peu surpris par ce classement intermédiaire, je reprends la course en oubliant de faire ce que j’avais prévu au départ : changer de t-shirt. En quittant les lieux, des personnes nous encouragent par des « bravo ». Oui, ils ne savent pas à quel point ce bravo m’encourage. Je fais un rapide calcul à partir des 2h44 réalisés sur 25km, je devrais pouvoir finir en moins de 6h, même avec de la fatigue, vu que le reste du parcours est beaucoup plus plat que ce que nous avons fait auparavant.

Ça va être dur …

Certes, le parcours est plus plat, mais les douleurs augmentent dans les jambes. Après seulement 5km du ravitaillement, me voilà obligé de marcher. Puis je cours à nouveau. J’entends des coureurs qui me rattrapent, me passent, je me dis que ça va être dur. « Ca va être … », donc ça ne l’est pas encore et j’en profite donc pour relancer. Tant que je dis cela, je relance. Je me fais doubler, mais peu importe, j’ai le temps. Un autre problème commence sérieusement à me perturber, plus encore que les douleurs dans les jambes : le froid. Je ne grelotte pas, mais j’ai la sensation de me figer à cause du froid, mon corps s’engourdit, mon cerveau aussi. Je cours autant que possible pour me réchauffer, mais je suis trempé, et il est impossible de réchauffer une tenue imbibée d’eau à partir d’un corps à 37°C lorsqu’il fait -3°C à l’extérieur. Je cours, je marche. J’ai l’impression de marcher beaucoup, je regarde mon chrono, je fais des calculs sur mon heure d’arrivée. Et puis pour tout arranger, la faim arrive, elle aussi. Avaler une barre de céréale prend plusieurs minutes, puis la faim revient une demi-heure après. Je n’ai pas l’intention d’abandonner, cela ne m’a jamais effleuré l’esprit, mais on trouve le temps long et on se sent seul. 50 à 100 mètres espacent les coureurs dans les rues vides de l’agglomération proche de Lyon. Je repense à ma famille et mes amis qui ont envoyé des SMS en début de course. D’une certaine façon, ils me disent mets un pied devant l’autre, sinon qu’est ce que tu es venu faire ici ? Allez encore un pied devant l’autre. On ne court pas seul, et je tente de rejoindre un coureur devant moi qui marche aussi. Il me passe un gel pour faire face à mon coup de fringale… on ne court pas seul. Il relance, je fais de même, mais le laisse partir devant moi. Parfois, les bonnes sensations reviennent, je discute à nouveau avec 2 autres coureurs qui m’expliquent la fin de parcours. Je sais donc que le ravitaillement n’est plus très loin et je cours le reste du temps. Mais je peste à chaque virage, car je ne le vois toujours pas.

Libération

J’arrive enfin au ravitaillement de Beaunant, soulagé parce que je me sens proche de l’arrivée à 7km d’ici. Un rapide calcul me laisse penser que je peux toujours arriver en moins de 6h, même avec la dernière difficulté qui nous attend. Cette fois, j’en profite pour changer mon t-shirt. Ce qui me sert de coupe-vent n’est rien d’autre qu’une serpillère trempée. Je n’ai pas de change pour les 2 autres couches de vêtements, mais je fais avec. Je ne sais pas combien de temps je fais la pause, mais j’en profite pour manger, et c’est plus facile une fois que j’ai avalé une très bonne soupe chaude. Je reprends la course en attaquant une cote à 16 puis 18%. Je marche à un bon rythme et je ressens moins les douleurs. Tout le monde est sur le même pied d’égalité (si je puis dire), il est impossible de courir. Au bout d’un kilomètre, la pente est moins raide et je relance en courant pour le fun, car un petit raidillon me fait reprendre mon activité favorite : la marche. Enfin, la cote se termine. Je sais à partir de ce moment, qu’on ne parle plus de montée jusqu’à l’arrivée. Alors, je me mets à courir. La descente alterne des portions plus ou moins inclinées, mais dans les deux situations, je cours. Je ne m’arrête plus de courir, sauf pour descendre les escaliers. Ces fameux escaliers m’indiquent que nous ne sommes plus qu’à 3 km du final ! Je ne sais pas à quelle vitesse je cours, mais j’y vais, je sais que je vais y arriver. Le reste du parcours est plat. J’attends quand même de voir le panneau des 3 km, mais toujours rien. Je trouve ce panneau un peu loin, mais j’en distingue un à 50 mètres, c’est … 2 km ! Tout va bien, ça fait mal quelque part dans les jambes, mais on s’en moque. Je sais ce que représente 1km et le panneau annonciateur se présente là où je l’attendais, c’est dire si je finis au mental. 1 km, c’est le bonheur. A 300 mètres de l’arrivée le photographe nous attend, j’en profite pour rajuster mon dossard… 50 mètres … puis l’apothéose au passage sous le portique dans le palais des sports, au même endroit que les plus forts, au même endroit que les 10 000 coureurs de cette fabuleuse course ! C’est bouclé et fini…

Sylvain Gauthier (5h38mn07)

Le compte-rendu, la vidéo et les résultats de la saintelyon