Surpoids et dépense énergétique : +12% en position debout

Article écrit par Cyril Schmit

Plus de sport, plus de performance, plus de dépassement, plus de fitness… Et si, pour rester en bonne santé physique, il suffisait tout simplement de plus rester… debout ?

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Notre actualité est faite de recommandations. Celles relatives à la santé physique font écho au nombre de pas à effectuer par jour, aux 150 minutes d’activité physique hebdomadaire à intensité modérée/soutenue, ou encore aux positions de travail en position debout plutôt qu’assise. 

 

L’enjeu derrière ces comportements est bien connu : lutter contre les problématiques de surpoids et de sédentarité.

 

Dans ce contexte, le premier moyen de lutte que nous avons à notre disposition est l’organisation de notre mode de vie. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, en effet, la majeure partie de notre dépense énergétique quotidienne est dépendante de nos postures et mouvements tandis que les dépenses liées à l’exercice physique et au métabolisme de repos demeurent inférieures.

 

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Prendre l’habitude de téléphoner en marchant, descendre un arrêt de bus plus tôt ou interrompre la tâche en cours pour déambuler jusqu’à la fontaine à eau, sont donc des actions favorables à notre équilibre énergétique et, par conséquent, à notre poids. Par exemple, une personne obèse a tendance à rester assise entre 2 et 3h de plus par jour qu’une personne ayant un indice de masse corporel normal, ce qui réduit sa dépense d’énergie de ~350 kcal.

 

Pour autant, on ne connaît pas précisément les différences de dépense d’énergie entre nos différentes postures. Combien brûle-t-on plus en étant de debout ? Le fait de « remuer » sur place accroît-il beaucoup notre consommation d’énergie ? Les recommandations reflètent-elles vraiment notre réalité physiologique ? 

 

Pour essayer de répondre à ces quelques questions, une équipe anglaise a rassemblé 46 personnes avec pour intention de distinguer les dépenses énergétiques en position allongée, assise et debout. Voici les caractéristiques des participants inclus dans l’étude :

 

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Les consignes du protocole dans lequel tous s’engageaient étaient simples : 

- après une mesure du métabolisme de base (allongé immobile), chacun était invité à passer en position allongée, assise puis debout. Cela durant 20 minutes et dans un ordre aléatoire. 

- petite précision : les participants étaient autorisés à « avoir la bougeotte » s’ils en manifestaient l’envie – dans le but de maintenir la spontanéité de leur comportement. Ce que l’on appelle aussi le « fidgeting ».

- à chaque instant, la calorimétrie était alors calculée via le port d’un masque pour l’analyse des échanges gazeux.

 

En tout premier lieu, les auteurs ont remarqué une augmentation progressive de la dépense énergétique à mesure que la position évoluait :

- de la position allongée immobile à la position allongée libre (« fidgeting ») : +0,18 kJ.min-1 

- allongé libre -> assis : +0,15 kJ.min-1

- assis -> debout : +0,65 kJ.min-1

Ainsi, une première observation a été l’augmentation de ~12% de la dépense énergétique entre la position assise et debout (graphique ci-dessous) – celle-ci pouvant s’étendre jusqu’à +30% selon les activités effectuées (répondre au téléphone, etc.).

 

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D’autre part, vous n’êtes pas sans savoir que l’on quantifie normalement la dépense énergétique en MET (« Metabolic Equivalent of Task ») : 1 MET correspond à 1 kcal dépensé par kilogramme de poids et par heure (soit 70 kcal dépensées en 1 heure pour une personne de 70kg). 

 

À titre d’exemple, pour 1h de télévision, on estime la dépense à :

- 1 MET en position allongée ;

- 1,3 – 1,5 MET en position assise ;

- 1,3 – 1,8 MET en position debout. 

 

Dans la présente étude, les résultats étaient de 1,04 MET (allongé), 1,07 MET (assis) et 1,20 MET (debout). En rassemblant ces données à celles d’autres études, les auteurs ont pu proposer un seuil de dépense énergétique en-deçà duquel on pourrait parler de comportement « sédentaire » : <1,5 MET (soit <100 kcal par heure pour une personne de 70kg).

 

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Comme indiqué plus haut, la différence de dépense énergétique relevée dans cette étude entre les positions assis/debout était de +0,65 kJ.min-1, soit l’équivalent de ~9 kcal.h-1. En passant 2h de plus debout chaque jour et ce durant une semaine, on dépenserait donc l’équivalent de ~130 kcal (9,3 kcal.h-1 x 2 heures x 7 jours). Sachant que 1g de graisse représente ~7 kcal, on brulerait finalement grâce à ces 2h debout moins de 20g de graisse

 

Cela est très peu, on s’en doute… Notamment au regard des recommandations du monde professionnel (ie, entre +30’ et +120’ par jour à passer debout) et plus encore de celles liées à une perte de poids saine et durable (ie, -500g à -1kg par semaine). On le comprend, cela ne fait donc pas du temps « debout » la solution idéale pour une personne en surpoids…

 

Ceci étant, la différence de dépense énergétique entre les positions assis/debout peut rester un bon moyen de prévention contre les cas d’obésité ! 

 

Plus précisément, les causes de surpoids sont en partie liées à une « balance énergétique positive » (ie, plus d’énergie ingérée que d’énergie dépensée). Or, on sait aussi que seulement 7 kcal par jour expliquent cette dynamique de sur-poids ; la durée amenant ensuite les conséquences que l’on connait. Avec ceci en tête, rester debout 1h de plus chaque jour (soit 9,3 kcal) pourrait alors freiner les nouveaux cas d’obésité recensés chaque année (en savoir plus sur la relation exercice-mortalité)

 

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Le tout premier graphique présenté dans cet article (ie, +12% d’énergie dépensée en position debout vs assise) révélait une grande hétérogénéité dans les réponses des participants. Avez-vous remarqué ? 

 

En effet, certains étaient plus économes allongés qu’assis, d’autres l’inverse, etc. Cette variabilité est largement imputable au fait d’avoir laissé les participants libres d’effectuer des mouvements de réajustements et/ou de fidgeting. Cette liberté était intentionnelle de la part de l’équipe de recherche car ce type de comportement a, en réalité, des implications plus profondes.

 

De façon intéressante, le « fidgeting » s’avère effectivement être un trait manifesté par certaines personnes (moins par d’autres), et qui semble intimement lié à la dépense énergétique quotidienne individuelle. Autrement dit, « plus je me dépense, plus je fidgete ». Cette hypothèse a émergé au regard de plusieurs corrélations observées dans l’étude :

 

- les personnes avec la plus haute dépense métabolique déclaraient avoir un mode de vie actif (voir graphique) ;

 

- les personnes avec la plus haute dépense énergétique possédaient une fréquence cardiaque de repos inférieure, suggérant que : étant plus actives, ces personnes avaient à la fois une réserve d’énergie plus importante (d’où le fait qu’elles aient la bougeotte) et un rythme cardiaque plus bas (en raison d’un cœur plus entraîné).

 

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Ce constat introduit donc l’idée suivante : des individus en meilleure forme physique pourraient, de façon spontanée et même pendant leur temps repos, révéler une dépense d’énergie accrue qui faciliterait d’autant la gestion de leur poids. Un cercle vertueux pour la santé.

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