Dossier fréquence cardiaque, chapitre 6 : La Fréquence Cardiaque comme indice de l’intensité de la charge de travail

Suite du dossier de notre entraîneur, Jean-Claude Vollmer, sur la fréquence cardiaque.

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Voir le sommaire du dossier sur la Fréquence Cardiaque

A. Fréquence cardiaque et lactate

Beaucoup de chercheurs se sont intéressés à la relation pouvant exister entre la Fréquence Cardiaque et les taux de lactates pour déterminer le niveau de  la production énergétique aérobie ou anaérobie lors d’une charge de travail. Keul constate que pour un 200 m (demande énergétique couverte quasi exclusivement par la voie anoxydative – sans oxygène-)  la FC à l’arrivée peut être aussi élevée que lors d’une course de 10 000 mètres pendant laquelle,  la dépense énergétique est assurée  à 90 % par la voie oxydative.

Une étude de Kindermann portant sur la production énergétique anaérobie et la FC pendant différents types d’entraînement du coureur de demi –fond :

  • 6 x 300m  en côtes – 10 % de dénivelé
  • 16 x 500 m en 1mn30 avec 60 sec de récupération
  • 3 x 2400 m en 9mn – récupération  4mn trot
  • 12 kilomètres en 43mn

montre que pour toutes ces formes d’entraînement, les  FC d’effort se situent entre 160 et 180 (supérieures  à 170 p/minute dans la deuxième partie de l’entraînement)  – donc à des valeurs optimales dans le cadre d’une adaptation de l’organisme alors que les valeurs de lactates pour ces séances se situent respectivement à :

  • 15, 8 mmol/( écart type 4,8) 
  • 8 ,8 mmol/l (2,8) 
  • 6 mmol/l( 0,9) 
  • 4 ,9 mmol/l ( 2 ,1) et sont donc nettement différenciées 

Il en conclut qu’il est impossible, à partir du seul paramètre de la FC, de tirer des conclusions quant au degré de sollicitation du système de production énergétique (pour différentes formes d’entraînement ) et qu’il faut tenir compte d’autres paramètres ( lactate, PH, Vo² ..) .

B. Fréquence cardiaque et consommation maximale d’oxygène

S’il y a une relation linéaire entre les pourcentages de Vo² max et de Fréquence Cardiaque,  on a vu que cette linéarité n’est vrai que pour des charges inférieures à environ 85 % de VO² max .

Cette relation est individuelle.

On peut néanmoins considérer les chiffres suivants comme des valeurs moyennes pouvant être admis dans cette relation Vo²( ou vitesse) /FC  .

VO² – vitesse FC
en % en %
50 / 55 63-68
55 / 60 68-73
60/ 65 73-78
65 /70 78-83
70 /75 83-88
75 /80 88 -91
80 /85 91 -94
85 /90 94-97
90 /95 97 -100
95 /100 100
>100 100

On constate que pour des allures se situant au niveau du seuil anaérobie,  les fréquences cardiaques sont relativement élevées et proches des valeurs maximales .

Cette relation FC / VO²,  se traduit par des zones cibles au niveau de la FC. Il faut garder à l’esprit que ces valeurs correspondent à des moyennes et que seules des données individualisées doivent guider votre conduite

Lors de son étude consacrée aux marathoniens « loisirs »,  Véronique Billat trouve les valeurs suivantes pour un groupe de marathoniens ayant couru le marathon dans le temps moyen de 3 h 50 ( + ou – 45mn avec une vitesse moyenne au marathon de 11,7 kilomètres /heure ( +ou – 2, 1 km/h ) les valeurs suivantes : 75,7 % ( + ou – 7,7 ) de leur vitesse à Vo²max pour une fréquence cardiaque représentant 87, 2 % ( + ou –5,6 % ) de leur fréquence cardiaque maximale.

On voit que pour des allures de course correspondant par exemple à des 10 kilomètres (courus  aux environs de 85 /90 de Vo² max , les fréquences cardiaques sont très élevées.

Dwyer et Bybee (83) ont relevé les fréquences cardiaques correspondant au seuil anaérobie. Ils trouvent que le seuil anaérobie se situe dans une zone allant de 75 à 90 % de FCM  selon le degré d’entraînement des coureurs. Pour eux, la relation % FC / % Vo² est une relation individuelle .

Parkhouse et Mc Kenzie trouvent que le rapport Seuil anaérobie / FC est d’environ 85 %, il est de toute façon supérieur à 80 %. Ainsi un entraînement en dessous de 80 % de la FC max se situe en dessous du Seuil anaérobie.

C. Aspects méthodologiques

Mesurer sa fréquence cardiaque de manière palpatoire est source de beaucoup d’erreurs (on pourrait indiquer de nombreuses sources d’erreurs venant d’artefacts méthodologiques).  Pour être efficace et précis, il faut disposer d’un cardiofréquence- mètre ou  mieux encore d’outils donnant à la fois FC et faisant GPS (permettant ainsi de contrôler FC –  Vitesse de course et distance parcourue)

A la question : Peut-on fixer des allures à partir de la seule Fréquence cardiaque ?

La réponse est Non ! 

Il est impossible de régler ses allures de course sur la seule base de la Fréquence Cardiaque. Pour être juste et efficace, il est absolument nécessaire de connaître un  paramètre associé, le plus simple étant la vitesse de course. On peut y arriver au moyen de parcours balisés pour ceux qui n’ont pas de GPS et pour les possesseurs d’outils FC / GPS le tout sur un terrain plat.

Comment dès lors,  bien utiliser sa Fréquence  Cardiaque pendant l’entraînement  .

Il faut trouver sa propre relation Vitesse / FC

Deux solutions sont possibles pour obtenir une relation FC / vitesse individuelle .

  • Soit faire un test de VMA par paliers avec des paliers suffisamment longs (l’idéal pour la durée des paliers est d’utiliser des paliers de  3mn et 2mn avec un incrémentation de 1km/h). En moyennant les Fréquences Cardiaues des 30 dernières secondes ou la dernière minute, vous aurez ainsi des zones  de Fréquence Cardiaque correspondant à différentes vitesses.L’avantage de ce  type de test (Conconi, Conlevo) permet également de déterminer dans la plupart des cas,  un point d’inflexion correspondant à la vitesse critique au-delà de laquelle la production énergétique anaérobie deviendrait prépondérante. Cette vitesse de déflexion est un repère important dans la conduite de l’entraînement car correspondant à des vitesses de développement de la capacité aérobie .
  • L’autre solution consiste à courir lors d’une ou de plusieurs séances d’entraînement (rapprochées) des distances de 1000 ou 1500mètres à vitesse constante. Après un échauffement d’une dizaine de minutes, vous allez faire plusieurs 1000 mètres courus avec régularité et une récupération suffisante (de l’ordre de 6mn) pour permettre de nouvelles répétitions. En moyennant les fréquences cardiaques observées lors de la dernière minute de chaque 1000  m  ( ou 1500 m) vous aurez un bon étalonnage (différentes  allures / FC )  pour construire vos séances. L’ allure de départ de la première fraction de 1000 m  fixée,  doit vous permettre d’avoir au minimun 4 niveaux de FC pour 4 niveaux d’allure bien différenciées  (par exemple : 1000m en 5mn puis après 5 à 6 minutes de pause un 1000m en 4mn45 (pause ) puis un 1000m en 4mn30 (pause) puis enfin  un 1000m en 4mn15.Vous pouvez évidemment répéter cet exercice avec plusieurs vitesses pour disposer de plusieurs correspondances Vitesse /FC .

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Lire précédemment : La Fréquence Cardiaque de récupération
Lire la suite : Le cardiofréquencemètre, plus qu’un simple gadget  

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