Femmes-Hommes : des écarts incompressibles ?

La semaine dernière, nous avons évoqué les écarts entre les femmes et les hommes concernant les records de l’athlétisme du 100m au marathon. Quelles que soient les distances, ces écarts se sont stabilisés entre 9 et 11%. Ils permettent donc de comparer les niveaux de performances selon le genre pour toutes les courses : montagne, trail et route. Avec l’écart entre le 1er et le 10ème de chaque épreuve, pour les hommes comme pour les femmes, nous avons également un outil pour mesurer la densité de performance et comparer les épreuves entre elles.
La question à présent est de savoir pourquoi il existe des écarts apparemment incompressibles entre les sexes, et quelle est la particularité des différences intersexuelles par rapport aux différences interindividuelles. Pour cela, intéressons-nous aux données cardiovasculaires, musculaires, à la masse grasse et aux habiletés psychologiques.

Source - Fotolia
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Tout d’abord, précisons que l’écart entre les sexes se retrouve dans toutes les disciplines mixtes, et que contrairement à certaines idées reçues, il ne se réduit pas, les records des femmes atteignant en moyenne 90% de ceux des hommes, et cela depuis des décennies.

 

L’atout cœur des hommes

 

La taille du myocarde, le volume sanguin total et le taux d’hémoglobine sont plus faibles chez la femme que chez l’homme. En conséquence, le volume d’éjection systolique (quantité de sang éjectée à chaque battement cardiaque), et la quantité d’oxygène apportée aux organes et muscles actifs est plus faible.

La fréquence cardiaque de repos et la fréquence cardiaque à l’exercice seront donc plus élevées chez la femme, alors que la consommation d’oxygène sera plus faible. Or rappelons-nous que la consommation maximale d’oxygène (le VO2max) est le principal déterminant de la performance aérobie.

Si on calcule la consommation d’oxygène en litre/min, compte tenu des différences anatomiques, l’écart H-F dépasse les 60%. Si le calcul se fait relativement au poids (en mL/min/kg), l’écart H-F est d’environ 20%. Enfin, si le calcul se fait en fonction de la masse maigre (en mL/min/kg MM), l’écart tombe à 12%. Par contre, aucune différence n’a été constatée entre hommes et femmes au niveau des seuils. Par exemple, le seuil anaérobie se situe à 50-55% de VO2max chez les sédentaires et à 80-85% de VO2max chez les athlètes entraînés en endurance, hommes comme femmes. C’est un point crucial pour les entraîneurs qui doivent plus s’intéresser aux variations individuelles.

 

La masse musculaire

 

Les différences anatomiques entre hommes et femmes au niveau de la masse musculaire sont dues à des facteurs hormonaux, et notamment à la production de testostérone, 7 à 8 fois plus importante chez les mâles. La masse musculaire constitue en moyenne 35% de la masse totale d’un homme, contre 28% chez la femme. Force, intensité, puissance… sont donc des qualités plus faciles à mettre en œuvre chez les hommes.

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Hommes-femmes : des différences anatomo-physiologiques incontestables

 

La masse grasse

 

Un homme de 75 kg présente en moyenne 10% de masse grasse, alors qu’une femme de 55 kg en présente 15%. Ce taux plus élevé chez la femme est lié à l’évolution et à la nécessité de constituer une réserve d’énergie pour permettre le développement d’un futur enfant. Même les sportives les plus maigres sont désavantagées sur ce point par rapport aux sportifs d’une même spécialité (8% de MG chez les marathoniennes vs 4% chez les marathoniens).

Dans la perspective de la performance, cette masse grasse supérieure, associée à une masse maigre inférieure, est bien entendu un point faible.

 

Mieux dans leurs têtes ?

 

Au-delà des nombreuses idées reçues sur la psychologie masculine ou féminine, il n’existe pas de différences majeures entre les hommes et les femmes sur le plan psychologique, relativement à la performance. Sur ce point, les différences interindividuelles sont plus importantes que les différences sexuelles.

 

Quid de l’endurance ?

 

Jusqu’au marathon, les écarts de performances restent stables. Mais si on regarde les records mondiaux sur 100km, on s’aperçoit que les écarts tombent à 5.5%, idem dans d’autres sports d’ultra endurance, et notamment dans l’eau. Cela peut-être dû à une supériorité des femmes dans l’utilisation des substrats lipidiques. Cette fois, le fonctionnement hormonal est favorable aux femmes, et notamment la production de 17-β-œstradiol qui stimule l’activité des enzymes lipolytiques.  

Ainsi, si l’homme peut se targuer d’une meilleure puissance aérobie, c’est la femme qui tire le meilleur parti de l’utilisation des substrats énergétiques pour les sports d’endurance. La gent féminine bénéficie également d’une meilleure élasticité ligamentaire, même si cet aspect influe peu sur la performance en course à pied.

Ainsi, les différences anatomiques et physiologiques avantagent les hommes dans les sports de force comme dans les sports aérobies. L’écart H-F de 10% reste donc valable pour comparer les niveaux relatifs de performance sur la route comme en trail.
Mesurer la performance et les écarts hommes-femmes en Trail

 

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