Au coeur de The North Face Lavaredo Ultra Trail 2012

Deuxième, une réelle satisfaction

Après une période de doute post-Transvulcania, Sébastien Chaigneau revient sur sa deuxième place sur The North Face Lavaredo Ultra Trail, le 30 juin 2012.

Lavaredo Ultra Trail 2012 Sébastien Chaigneau
Sébastien Chaigneau

J’arrive à Cortina au terme d’une heure de vol et de deux heures de voiture. On est à J-3 jours et je vais organiser ces trois derniers jours autour de la récupération et de l’alimentation pour me laisser un maximum de chances et essayer d’être dans le coup le plus longtemps possible. Je reçois pas mal de messages d’encouragement, comme toujours… ceux de mes sponsors, de mes entraîneurs et de mes proches qui n’attendent vraiment qu’une chose de moi : me faire plaisir et aller au bout.

Le grand soir arrive et nous sentons la ferveur du public et des proches venus sur place augmenter progressivement. C’est incroyable comme l’ambiance de ces départs de courses me plaît ! L’énergie que tout cela génère jusqu’au départ et durant la course est phénoménale. Je vois du balcon de mon hôtel la ligne de départ et deux heures avant le coup de pétard il y a déjà du monde qui se presse sur la ligne. Je sais que des amis venus de Haute-Savoie sont là mais je ne les ai pas vus. Je pense les retrouver sur la ligne.

Au niveau des jambes, pas trop de souci : elles n’ont jamais tant récupéré que ces derniers jours, avec massages et stretching… Moralement? je me dis que je vais encore faire des kilomètres et qu’il va falloir m’accrocher pour en faire le maximum. Mais j’ai déjà prévenu les personnes me faisant les ravitaillements que mon état de fatigue ne laissait pas de place au miracle sur cette épreuve.

Un groupe de 3 en tête

Nous sommes sur la ligne de départ avec Zigor (Iturrieta), Csaba (Nemeth), Iker (Karrera), et tout le team Vibram. A 22 heures précises, le départ est donné et nous partons dans la nuit, accompagnés par les motos de la police locale qui nous ouvre la voie jusqu’à la sortie de la ville. Après seulement 3 kilomètres, un premier groupe se forme, il est composé de Csaba, Iker et moi-même. Nous attaquons ensemble la première montée, quelques longueurs devant un groupe d’autres coureurs.

Sur la première ascension, je suis surpris que personne d’autres ne soit avec nous. Nous discutons, histoire de faire passer plus rapidement la première heure de course. C’est Csaba le plus loquace. Il nous parle des différents endroits où il est allé cette année comme Annecy et le Pays Basque, pour y découvrir de nouvelles épreuves. Je sais que sur les descentes, Csaba est moins rapide.Dès la première, il décroche sur la technique. Il faut dire qu’Iker « se lâche » un peu, mais dans la mesure du raisonnable. Nous passons ensemble les parties plus roulantes entre montées et descentes. Nous nous relayons jusqu’au restaurant Cristallo, premier gros point de ravitaillement après 35 kilomètres. Il faudra ensuite attaquer la montée vers le refuge d’Auronzo et les 3 Cimes du Lavaredo (Tre Cimes di Lavaredo).

Le ravitaillement effectué, nous repartons. La montée est dure et je sens dès le début que quelque chose ne passe pas. J’ai un peu mal au ventre, j’espère que cela ne va pas me lâcher car là nous attaquons près d’une heure de montée raide. Or j’imagine bien que tout va se faire en courant… Pourtant j’ai réussi sans problème à boire et manger depuis le départ… Nous prenons notre rythme et après 5 à 6 kilomètres, mon estomac ne veut plus évacuer les produits liquides. Je décide donc, la mort dans l’âme, de laisser partir Iker, de ralentir et tenter de me refaire une santé pour ne pas devoir m’arrêter au prochain ravitaillement.

A ce moment-là, je me dis que je suis peut être arrivé au bout de ma récupération des derniers jours. N’ayant fait que 40 kilomètres, la journée s’annonce longue. Revient alors cette crainte de devoir, peut-être, encore une fois m’arrêter… En attendant, je continue à monter vers le refuge et cogite pour trouver une solution  à mes douleurs et nausées. Je continue à voir Iker juste quelques minutes devant moi.

J’arrive au refuge d’Auronzo, à 2 330 m d’altitude, avec près de 4 minutes de retard. Ce n’est pas grand-chose, vu ce que je supporte depuis plus de 10 kilomètres. Mais je suis très mal. Je ne veux pas affoler mes ravitailleurs, même si ma tête leur en dit long sur mon état de forme. Je prends mon temps et repars en leur donnant rendez-vous au prochain point de ravitaillement, 18 kilomètres plus loin. Ils se rendent bien compte que je serre les dents et les messages d’encouragements me re-boostent. Mais avec mon estomac tout gonflé par l’eau et les autres produits que je consomme, je ne vais pas aller bien loin. Près de 100m après le ravitaillement, les nausées prennent le dessus et je suis pris de vomissements à répétition… J’évacue tout en quelques minutes qui me semblent être une éternité… Il me faut continuer à avancer… mais j’avoue que la proximité du refuge me laisse cogiter quelques secondes.

Je décide de repartir, de tenter d’aller au prochain point. Nous verrons bien si j’arrive à me refaire une santé ou s’il faudra jeter l’éponge. J’ai encore un peu plus de 200 mètres de dénivelé positif à faire pour arriver aux pieds des « 3 Cimes du Lavaredo » et basculer vers la descente.

La renaissance

Après cet intermède fort peu agréable, mes sensations de désordre gastrique me laissent un peu tranquilles. Je décide de laisser passer un peu de temps avant de pouvoir me remettre à boire pour ne pas renouveler l’expérience. Je ne sais pas trop où tout cela va me mener mais je passe tranquillement les kilomètres et recommence à m’alimenter pour éviter un éventuel coup de moins bien par la suite.
Il fait toujours nuit et je dois dire que le timing prévu initialement avec les caméramen est tombé à l’eau… Je comptais mettre 5h30 à 6h pour aller au refuge d’Auronzo (49ème km et 3 000 m de D+) or nous mettons un peu moins de 4h55 pour y arriver. Pour filmer le lever de soleil, il va falloir attendre.

Mon arrivée au ravitaillement suivant est comme une renaissance. Je sens que mes jambes me redonnent du jus. Je prends le temps de me ravitailler correctement avant de repartir pour les trois dernières grosses ascensions ponctuées de deux nouveaux ravitaillements. Iker est passé depuis plus de 12 minutes, mais je ne chercherai pas à revenir. Je suis déjà heureux d’avoir résisté mentalement. Pouvoir reprendre du plaisir me montre la suite de l’épreuve sous un autre jour.

Je me souviens des difficultés rencontrées lors de cette première partie, et je me dis : « tu es encore là, tu avances »… J’attaque la montée suivante avec l’envie de continuer à courir. Grâce à cette motivation, j’arrive au sommet en ayant couru tout le temps, malgré des zones à plus de 15%.

Au ravitaillement suivant, j’ai 15 minutes de retard mais je reste à mon rythme. Je sais que la bosse suivante représente un minimum d’1h30 de montée raide au début puis roulante et très dure à la fin. Cette succession de bosses donne la sensation que cela ne se terminera jamais. Durant cette montée interminable, je rencontre très peu de personnes. En revanche, je me retrouve nez à nez avec une série d’animaux : des marmottes sur les hauteurs, deux serpents qui traversent juste devant mes pieds et enfin deux jeunes cerfs d’environ 4 ans, avec les bois encore en velours. Le premier monte directement dans la « pentu » (et pour du « pentu », c’est du « pentu » !). Le second, moins téméraire, reste sur le single pendant près de 300 mètres, juste quelques dizaines de mètres devant moi. Encore une rencontre incroyable qui comble ma journée !

Le passage au sommet est une délivrance. Je sais qu’il reste encore une belle montée intense, mais plus courte, et qu’il ne faudra rien lâcher si je ne veux pas que cela revienne derrière moi. J’avais plus de 15 minutes de retard au dernier ravitaillement. Mes arrêts prolongés aux ravitaillements n’arrangent pas les choses. Pourtant, au ravitaillement suivant au pied du refuge d’Averau, on m’annonce avec surprise que je suis revenu à moins de 5 minutes d’Iker. Je suis satisfait mais je ne cherche qu’une chose : aller au bout… ce qui, compte tenu de mon état de la nuit, sera une belle victoire.

La satisfaction

En passant au refuge et au dernier point où mes accompagnants peuvent me voir et m’encourager, je sais qu’il me reste deux petites bosses pour arriver au dernier col et attaquer les 13 derniers kilomètres de descente vers l’arrivée à Cortina. A ce col, j’ai 18 minutes de retard. Je lâche tout ce qu’il me reste sur cette ultime descente. Après une partie de descente de plus de deux kilomètres à 35% dans les blocs et les racines, je termine les 10 derniers kilomètres en 46 minutes.

Au final, je suis satisfait de passer la ligne à 14 minutes d’Iker et surtout en 12h42 soit à 9,5 kilomètres heure de moyenne. C’est ce rythme qu’il va me falloir tenir fin août (sur l’UTMB, ndlr) et tout au long de la course… Nous n’y sommes pas encore et il me reste une longue période de travail. Csaba Nemeth termine à la 3eme place en 13h42 et Zigor à la 4eme en 14h00.

C’est une réelle satisfaction de finir et surtout comme cela car lorsque je regarde en arrière, sans ce souci gastrique et en prenant un peu moins de temps au ravitaillement, je pense être en mesure de refaire ce parcours en 12h. Ce pourrait être un bel objectif pour l’an prochain mais nous n’en sommes pas là… Maintenant place à la récupération. Samedi prochain, je cours une épreuve à côté de la maison, plus courte mais loin d’être facile (37 km sur la Montagn’Hard, ndlr). Je travaille sur la récupération et ma capacité à retrouver une foulée en 5 jours… C’est pas gagné !
En attendant faites vous plaisir autant que j’ai pu le faire sur cette sortie longue et le reste est anecdotique…

Je tiens à remercier ici toutes les personnes qui m’ont aidé à passer le cap : ma famille, Dominique pour la préparation mentale, Christophe pour l’entraînement, David pour m’avoir aider à relativiser, Guillaume et les caméramen de Mouss Production. Sans oublier Philippe Verducci mon énergéticien qui m’a aidé à remettre de l’ordre dans mon organisme afin de prendre le départ dans les meilleures conditions possibles. Enfin merci à mes enfants et Isa qui me permettent de surmonter ces mauvais moments et d’avoir la force de continuer…
Je dédie cette deuxième place à Stéphane (Brosse, ndlr) disparu il y a quelques semaines en montagne, ainsi qu’à sa famille. J’ai pensé à lui tout au long de cette épreuve et je pense qu’il m’a aidé sur certains passages difficiles…

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