Au coeur du Spartathlon 2011: à l’assaut d’un mythe

246 km entre Athènes et Sparte à parcourir en moins de 36 heures

Ludovic Chorgnon a participé au Spartathlon. Il nous raconte son épopée

spartathlon - Ludovic Chorgnon

C’est avec l’ambition de finir que je prends le départ, le 30 septembre 2011 à 7 heures du matin heure local, du mythique Spartathlon, tout en sachant que seuls 40 à 45% des inscrits voient l’arrivée. Une forte envie de terminer mais aussi celle ne de pas finir pas « trop cassé » afin de pourvoir enchainer après 10 jours de récupération  seulement ma 4ème Diagonale des Fous à la Réunion du 13 au 16 octobre 2011.

Au programme de ce Spartathlon : 246km non stop sur route ouverte entre Athènes et Sparte, par grosse chaleur et vent fort, avec des temps éliminatoires très contraignants tous les 3 à 4km, une obligation de boucler en moins de 36h, une assistance interdite avant le 80ème km puis très espacée et contrôlée, et enfin une dénivelée plutôt conséquente que personne ne connaît vraiment l’organisation fournissant une courbe totalement fantaisiste, sans compter les surprises, et quelles surprises !!!

7h, nous sommes 320 sur les 370 inscrits à prendre le départ de l’Acropole, lieu mythique et magique car illuminé (un signe probablement !?!?) en cette fin de nuit. Le début de course est pour le moins surréaliste : nous courrons au beau milieu des voitures, sur les voies express en slalomant à travers les véhicules. Notre passage provoque des dizaines et des dizaines de kilomètres de bouchons sur toutes les routes que nous traversons, sans qu’il n’y ait le moindre coup de klaxon jusqu’à la sortie d’Athènes.

spartathlon - Ludovic ChorgnonIl fait chaud, normal, mais aussi très très venteux. Et ce vent de face permanent ainsi que les innombrables montées-descentes durant 80km rendent le parcours plus éprouvant que les 100km de Millau courus en moins de 9h. C’est simple, alors que je me suis modéré tout le long pour passer en un peu moins de 8h, je suis si fatigué que je peine à marcher … Le parcours alterne le pire (les traversées de raffineries, les déchetteries à ciel ouvert, …) comme le meilleur (le bord de mer, les plages, les oliviers, la montagne, les vestiges antiques, …).

C’est avec 2h d’avance sur le temps éliminatoire que je me présente au bout de 100km. Je décide donc de lever encore un peu plus le pied pour assurer les hauts et les bas (tant au niveau physique que mental). Je gère assez bien mon effort, mon hydratation et mon alimentation jusqu’au 115ème km où je découvre une première surprise, la côte ne s’arrête pas là comme indiqué sur le plan, mais au 125ème km. A ce stade, 10km non prévus entre 7 et 10% de pente,  ça fait mal aux jambes et au moral. Je me requinque au sommet et gère mes coups de bien et de moins bien plutôt convenablement puisque sans forcer j’augmente mon avance jusqu’à compter 2h25 d’avance sur le temps éliminatoire.

Nous entamons la plus grande ascension de la course avec  14km de montée. Tout va toujours bien jusqu’à ce que je découvre une 2ème surprise au 161ème km : le parcours n’est plus sur la route. Il va falloir franchir le sommet en tirant tout droit à travers la montagne. Nous attaquons une pente brutale suivie d’une descente toute aussi brutale : un pierrier digne de l’ascension finale du Kilimandjaro où on se vrille les chevilles et redescend une fois sur deux. Chaque pas est un supplice pour nos voutes plantaires alors que l’on risque de faire une chute de plusieurs mètres. Pour la descente, si l’on n’est pas d’un naturel skieur il me semble difficile d’apprécier le passage, d’autant que nous le passons dans la nuit noire.

Je n’abandonnerai jamais !

Lorsque je retrouve la route, puis mes équipiers, je suis sur un petit nuage car j’ai repris du temps et profité de mon habitude de la montagne. Du coup dans l’euphorie, j’attaque. Je paye cash cette imprudence, 1h plus tard, complètement sonné par la fatigue et la douleur, je suis obligé de courir à 6 km/h … Les hauts et les bas se succèdent, mais je conserve toujours au moins 2h d’avance, jusqu’à ce qu’une hypoglycémie me couche par terre et me fasse perdre connaissance sans aucun signe avant coureur. J’ai alors droit à 5 médecins et à l’organisation qui veut m’évacuer en ambulance, alors qu’à chaque fois que je réussis à ouvrir un œil, je pense au chrono qui tourne et au fait que je n’abandonnerai jamais.

Après m’avoir gardé 1h45 sur place et avoir commencé à élever la voix pour dire qu’ils allaient me faire rater mon Spartathlon, l’organisation me laisse repartir … suivi en voiture par un médecin, persuadé qu’il allait me ramener. Il ne me reste plus que 7h52 pour boucler ces 47 derniers km avec une très très  grosse montée, puis une très longue et raide descente de 19km.

spartathlon - Ludovic ChorgnonEt la magie opère à lors de mon arrivée à Sparte. Alors que je traine les pieds depuis 20km, je me remets à courir à 10km/h ovationné par des spectateurs présents dans la rue, aux balcons, dans les voitures et bien entendu sur la zone d’arrivée. L’euphorie totale avant d’aller baiser les pieds de la statue du roi Léonidas comme le veut la tradition. J’ai bouclé mes 246 km en 35h46mn.

Ah oui, une petite dernière surprise : les GPS annoncent 3000 m positifs environ (pour seulement 3 côtes annoncées …) et 2500m négatif. …

Et voilà, l’étape 1 de mon pari est passée. Il me reste désormais 10 jours pour récupérer avant la Diagonale des Fous (166km-9800m+)….

Ludovic CHORGNON alias Ludo le Fou

Les résultats

Hommes
1.Ivan Cudin (Italie), 22h57mn40s
2.Yuji Sakai(Japon), 24h22mn24s
3.Michael Vanicek(Allemagne), 24h55mn59s
….
Les Français

38. Gilles Pallaurelo, 32h34mn25s
58. Pradas Juan – Carlos, 33h48mn41s
64. Chanteclair Pierre, 33h57mn19s
74. Chenais Maurice, 34h23mn21s
87. Heurtault Marc, 34h38mn51s
88.Prost – Dumont Alain, 34h38mn51s
92. Saint Matrin Laurent, 34h41mn24s
107. Lambert Jean – Pierre,35h06mn22s
132. Brueyre Laurent, 35h45mn54s
137. Ludovic Chorgnon, 35h47mn16s
139. Delmas Stephane, 35h50mn40s

Femmes

1. Szilvia Lubics (Hongrie) 29h07mn45s
2. Ruth Podgornik Res (Slovénie),32h17mn19s
3. Mimi Anderson (Grande-Bretagne),32h33mn23s

143 coureurs classés sur 370 partants

Les résultats complets du spatathlon

Le site internet du spartathlon www.spartathlon.gr

Nota : Attention Ludovic Chorgnon est un coureur expérimenté et un peu fou comme le dit son surnom. Son exemple n’est pas forcément à suivre par le commun des mortels.