Au coeur de la Transgrancanaria 2012

« Une entrée à plein pot dans la quarantaine »

Quelques jours seulement après ses 40 ans, Sébastien Chaigneau a remporté The North Face Transgrancanaria samedi 3 mars 2012, établissant un nouveau record de l'épreuve (12h54mn18s). Il nous raconte ce beau cadeau d'anniversaire.

Sebastien Chaigneau Transgrancanaria 2012

Voilà, je suis de retour dans mon rythme au sein de ma petite famille. Ils m’ont manqué mais je vais pouvoir reprendre mes explications ainsi que mes petites analyses après quelques jours intenses…

Tout d’abord je dois vous raconter comment cette semaine de fin de préparation s’est déroulée pour que vous puissiez comprendre comment se déroulent mes semaines de déplacement pour une course comme la Transgrancanaria. Ce fut une semaine intense et pas facile à gérer… et je pense que je me dois de vous la raconter…

Je débarque aux Canaries, après un voyage de 4h30, en compagnie de Manu Molle, un des photographes avec lequel je travaille pour différentes marques, et ce une semaine avant ma première course de la saison. En fait, je ne viens pas pour m’acclimater, même si passer de -5°C a 25°C nécessite un petit temps d’adaptation, mais parce que j’ai été convié par un de mes sponsors pour faire des séances photos et des vidéos. Nous débarquons donc une semaine avant la course et après un peu de voiture, nous arrivons à San Bartolomé, village du centre de l’île. Un endroit magnifique car  le centre de l’île est resté très sauvage, tandis que les côtes ont été construites de manière anarchique.

Durant ces premiers jours, je passe quelques journées en séances vidéos et photos. Ce n’est pas très simple, car il nous faut utiliser certaines lumières de la journée ainsi que certains lieux caractéristiques de l’île. De ce fait, nous avons droit à des journées qui commencent sur les coups de 6 heures tous les matins et qui se terminent vers 22h30.

Par petites sections et en répétant quelques passages plusieurs fois, on a vite fait de faire une vingtaine de kilomètres par jour : les dernières séances d’entraînement qu’il me reste sont rapidement avalées durant la semaine… Etant basés dans le centre de l’île, nous rayonnons tout autour durant ces jours de prises d’images et je ne vois pas la semaine passer loin de la France, d’Isabel et de mes enfants.

A la maison c’est l’hiver avec des températures négatives alors que là, mis à part le matin et le soir où il fait plutôt froid, en journée la température peut facilement atteindre 25°C malgré l’hiver. Par la suite, en revenant sur la côte, j’apprendrai par Zigor, coureur de notre équipe The North Face, que l’eau en ce moment est à 20°C. En voyant la plage avec autant de monde, on comprend mieux pourquoi la civilisation a préféré la chaleur des côtes aux cactus et à l’aridité de l’intérieur de l’île… Cela permet tout de même de sortir des images et des séries de photos qui se trouveront par la suite dans les brochures, magazines et magasins du monde entier. Et ce travail, pas simple mais plaisant, est plus que nécessaire dans notre société actuelle basée en grande partie sur la communication…

Arrivée à Las Palmas

Cette semaine tirant à sa fin, nous rejoignons avec Manu Molle et Fernanda Marciel, Brésilienne de l’équipe, le front de mer et la ville de Las Palmas où se trouvent l’ensemble des animations et le village d’arrivée de la course. Deux jours avant le départ – soit jeudi matin -, nous arrivons et nous entrons dans l’épreuve.

Je n’ai pas vraiment eu le temps de me reposer et je crains de le payer sur la fin de la course, même si je suis ici pour valider un peu les différents domaines que nous avons travaillés avec Christophe et Dominique (mes entraîneurs). Je repense à tout ce travail effectué chaque jour dans des conditions de neige, glace et températures incroyables. Je me repasse les moments où le matin avant de partir, je me disais en regardant le thermomètre bien en dessous de zéro : «  Il faut que tu y ailles maintenant, sinon tu n’iras jamais. Et en plus ce qui ne te tue pas te renforce… » Il y aura eu et il y aura  encore bien des fois où j’aurai ce type de réflexion voyant la neige tomber et des températures proches de -20°C à la maison. Mais tout ce qui est fait n’est plus à faire, et en course par la suite vous aurez ce petit plus qui peut quelque fois faire toute la différence…

Notre arrivée à Las Palmas le jeudi vers 11 heures coïncide avec le début de la remise des dossards et  les premières nouvelles sur la course avec la non venue de certains coureurs américains, anglais et japonais qui pouvaient être en mesure d’animer la course. C’est avec beaucoup de déception que j’apprends les blessures de certains coureurs n’ayant certainement pas récupéré de leur fin de saison. Cela m’amène toujours à réfléchir aux contraintes d’entraînement que tout le monde s’impose et au fait que chaque année le niveau monte… Il est actuellement de plus en plus difficile d’être performant sur une année entière et sur plus de 4 à 5 épreuves… Nous n’avons pas le choix et devons nous imposer des temps de récupération afin de ne pas « passer à la caisse » et ne pas laisser à notre organisme trop sollicité,ou mal sollicité, la possibilité de nous le faire payer…

sebastien chaigneau transgrancanaria 2012En arrivant aux dossards avec Fernanda, nous retrouvons rapidement les membres de l’organisation ainsi que les personnes de chez The North Face Europe ayant fait le déplacement pour superviser et organiser la partie visibilité et communication de la marque. Je me sens d’un seul coup projeté dans la course et me rends compte que demain soir, vendredi, c’est le départ. Or je n’ai pas eu de moment à moi depuis déjà une semaine. De plus, il y a tout juste une semaine, j’étais avec Isabel et les enfants en train de fêter mon passage dans la quarantaine et mon changement de catégorie…

Après être passé voir toutes les personnes du team de l’organisation et pris nos dossards respectifs, nous rentrons à l’hôtel par le bord de l’eau. Notre retour est ponctué de petits arrêts réguliers pour faire des photos avec des coureurs du monde entier venant participer à l’épreuve. Nous avons déjà un premier rendez-vous avec un groupe de personnes venant tester les chaussures; je profite de ce moment pour, en allant les retrouver, faire ma dernière séance, 36 heures avant le grand départ.

Les dernières 24 heures vont être rythmées par différentes petites obligations, par les repas, le repos, des séances de stretching  et enfin la préparation de sac, avant de se trouver,vendredi soir,  deux heures avant l’épreuve. Pourquoi deux heures avant, me direz-vous ? Tout simplement parce que le départ de cette course est de l’autre coté de l’île, à Maspalomas sur un endroit qui se nomme « Playa del Ingles » littéralement « la plage des Anglais ». C’est un endroit très spécial de l’île :  un petit morceau de désert venu se former sur quelques hectares… avec la mer en fond, c’est très particulier.

Les premiers kilomètres se réalisent sur le bord de l’eau et sur le sable avant de rentrer dans les terres et de prendre la direction du centre de l’île et des montagnes. L’heure H approche. Un cameraman me suit sur les dernières heures avant le départ, afin de pouvoir relater et faire ressentir tous ces moments plus ou moins intenses d’avant, pendant et après course. C’est aussi pour moi une façon de revivre l’épreuve après coup. Car très souvent je me retrouve dans ma bulle et après l’évènement, je ne me souviens que de quelques images furtives. Après coup, revoir les images me permet de raconter certaines choses.

« La libération »

Apres un échauffement court avec quelques changements de rythme et escaliers, c’est le moment du pointage et le départ est donné. Enfin la libération après deux mois de travail au froid et dans des conditions difficiles. C’est parti et, telle une envolée de moineaux, nous prenons notre envol sur le sable pour effectuer les cinq premiers kilomètres.

Dès le départ, celui qui prend rapidement les commandes et qui est très à l’aise sur ce type de terrain n’est ni plus ni moins que « monsieur Marathon des Sables » : le marocain Mohamed Ahansal. Malgré un départ à 15 km/h, le rythme est un peu lent à ses yeux, il prend donc la direction des opérations. Très vite, nous nous retrouvons à huit puis à six et au premier ravitaillement après 32 kilomètres de course, nous ne sommes plus que quatre. Sous l’impulsion de Mohamed, qui a l’air d’être très en forme, nous rejoignons le poste de ravitaillement après seulement 2h25 de course malgré  les 700 mètres de dénivelé positif. Un ravitaillement composé d’une simple citerne d’eau… Après un arrêt éclair, nous reprenons la route.

Je sais qu’ici commencent la montagne et les choses sérieuses avec la première ascension. Dès le début de l’ascension, je me trouve en compagnie de Mohamed, de l’Espagnol Zigor Iturreita et du Portugais Armando Teixeira. Je décide de passer devant afin de prendre mon rythme sur cette première ascension longue de près d’une heure. Très vite, je me trouve seul avec Armando à quelques encablures derrière moi. Zigor et Mohamed perdent le contact. Je décide de garder mon rythme sachant que mon compagnon d’équipe est très fort en descente et qu’il reviendra certainement par la suite. En arrivant au premier ravitaillement solide de la course, je prends le temps de refaire le plein de boisson énergétique dans ma poche à eau. Juste avant de repartir, je vois arriver Armando seul qui m’emboîte le pas après un ravitaillement ultra rapide.

Je rappelle juste que la course est en semi autonomie et qu’aucune assistance n’est autorisée. Seul un sac personnel nous attend au 81ème kilomètre et sur l’ensemble du parcours nous disposons de trois ravitaillements en liquide, et de trois ravitaillements en liquide et solides avec interdiction de toute intervention extérieure. Les personnes du staff et des ravitaillements sont les seules autorisées à nous « toucher »…

Je garde mon rythme et j’arrive à courir la totalité des 65 premiers kilomètres. Je reste à mon train sans me soucier de ce qui se passe derrière. De toute façon, s’ils reviennent c’est qu’ils sont plus forts que moi. Ce n’est pas plus compliqué que cela…

lever de soleil sebastien chaigneau transgrancanaria 2012Le passage au centre de l’île à Roque Nublo se fait avec le lever du soleil : c’est un endroit énorme… c’est impensable ce que la nature est capable de créer. Mon passage au sommet de la course, au sommet de l’île à Pico de Las Nieves, se fait sous les acclamations des personnes qui ont fait le déplacement, avant de me retrouver seul à nouveau. Je n’ai que très peu d’infos depuis le début sur mes poursuivants et en arrivant au ravitaillement de Garanon au 81ème kilomètre, j’attaque, très décontracté, sans trop me lâcher, la descente. Elle est parsemée de petites bosses très raides qui vont me mener vers le village de Teror où se trouve le dernier gros ravitaillement et l’attaque des 23 derniers kilomètres.

Les derniers kilomètres, justement, sont durs, marqués par une succession de bosses pas très raides mais longues. Les plus importantes font quelques kilomètres; les plus courtes quelques centaines de mètres. La ville de Las Palmas apparaît progressivement. C’est un secteur qui m’avait laissé de mauvais souvenirs l’année passé par sa configuration. C’est un endroit en fond de rivière parsemé de galets fuyants et sans réellement de chemin. C’est relativement fatigant après 110 kilomètres de sauter d’un bloc à l’autre ! Cette année, avec un peu plus de fraîcheur physique, j’arrive encore à courir entre 11 et 13 km/h avant de remonter sur cette rampe très raide qui me mène au dernier ravitaillement en eau et vers les 8 derniers kilomètres.

Le chrono dans un coin de la tête

Le final se déroule au milieu des serres de tomates et de divers légumes, juste avant d’arriver sur les hauteurs de la ville. Il reste une petite bosse. Je me « sur-motive » en pensant au chrono que je peux, peut-être, réaliser à l’arrivée. Tout en courant, je passe la dernière bosse et me dirige vers la dernière descente et l’entrée dans l’ultime kilomètre. La ville met un point final à ma première épreuve de l’année.

C’est très heureux et après une journée passée seul, dans une ferveur et sous les acclamations que je passe la ligne avec un nouveau record à la clé : 12h54mn18 s (nouveau record sur un parcours plus long de près de 9 kilomètres. Ancien record Miguel Herras ). Sur le même parcours, le record de Zigor était de 13h24mn. C’est une bonne progression. Un chrono et une course qui m’ont permis de mesurer le travail hivernal effectué et mais aussi d’estimer celui qui me reste à faire pour aller vers les sommets sur les prochaines épreuves.

Cette épreuve m’a fait aussi rentrer à plein pot dans la quarantaine et m’offre mon premier podium en tant que vétéran. Mais il me reste encore pas mal de points à développer et à travailler pour arriver à la plénitude… Cela m’ouvre beaucoup de perspectives. J’ai la sensation que je peux encore progresser tout en faisant attention à ne pas me blesser…

La saison ne fait que commencer…

Get Ready For S3 EP01 – The North Face® Transgrancanaria® 2012 Les grands Moments