Au coeur de l’Himal Race 2013

Bienvenue hors des limites

745 km, 34 1000 m de dénivelé positif, 36 300 m de dénivelé négatif en 21 étapes pour un séjour de 36 jours au Népal. Ludovic Chorgnon, dit Ludo le fou, nous raconte son périple.

Ludovic chorgnon Himal Race 2013

Alors c’est quoi cette « Himal Race » ? Incontestablement la course la plus dure au monde : 900km pour rallier 2 points mythiques que sont le camp de base des Annapurna au camp de base de l’Everest (au Népal donc !!), près de 40.000m de dénivelé positif et autant négatif, de la très haute altitude avec une multitude de cols à plus de 5 000 m d’altitude, un parcours non balisé à retrouver grâce son roadbook, aux cartes parfois fausses, à son altimètre et à son instinct et un sac à dos de 7 à 11 kg selon les coureurs pour vivre cette course en totale autonomie.

Pour ma part mon sac faisait 7,8kg hors eau, principalement avec du matériel obligatoire et de sécurité, ce qui veut dire que j’avais pour seul confort un caleçon de rechange (en lycra pour alléger le poids évidemment), une 2ème paire de chaussettes, une brosse à dent coupée en 2, un mini tube de dentifrice de 9ml et une serviette microfibre coupée en 2. J’ai même fait le choix, qui m’inquiéta longuement pour être franc, de partir sans pull polaire malgré des températures précisément polaires parfois et de ne prendre qu’une seule paire de chaussures sachant pourtant parfaitement que les pierres tranchantes de la montagne les mettraient forcément à mal.

Mais au juste pourquoi  nous nous lançons dans une telle aventure ? Evidemment le challenge sportif est excitant mais pour ma part, et j’imagine pour la majorité des autres concurrents, nous sommes là pour bien d’autres raison qu’ajouter une médaille de plus à notre palmarès comme des vétérans de guerres. Ce chemin physique est aussi spirituel. Si physiquement, il nous amène à découvrir jusqu’où nous sommes capables de repousser ce que certains appellent limites, psychologiquement, il nous amène à nous remettre en question, à observer le monde sous un angle nouveau, à faire ce geste (dont la seule et inestimable récompense est notre propre satisfaction) pour quelques personnes dans l’objectif de transmettre des valeurs plutôt que des conseils bateaux, à évoluer dans notre consommation du quotidien, du monde et des ressources naturelles, …

Le dépassement de soi, la capacité à résister, la motivation et bien d’autres sujets du genre sont notre quotidien mais pas notre objectif, cette course est véritablement une quête dans son ensemble ! Une quête du bien-être ultime, une quête d’un monde idéal, une quête de l’immatériel.

Alors la préparation est évidemment physique, mais si le défi physique est réel et hors norme, cela peut paraître finalement dérisoire en regard de toute la préparation Ludovic chorgnon Himal Race 2013dans son ensemble. Parce que pour tout dire, cette course se gagne, ou en tout cas ne se perd pas, avant d’en prendre le départ. Et pour ma part pas un seul élément que j’ai porté dans mon sac à dos ou sur moi-même n’est pas passé à l’épreuve de la balance pour savoir s’il était vraiment utile ou pas, et dans l’affirmative comment le faire maigrir. C’est ainsi que j’ai choisi mes 2 caleçons pour 5 semaines, que j’ai vidé mon tube de biafine dans un sac congel pour n’en prendre que la moitié et gagner le poids du tube et du bouchon, que j’ai remplacé mes bidons à 100gr pièces par des bouteilles d’eau à 20gr pièce, que j’ai compté le nombre de médicaments nécessaires et les ai mis unitairement dans des mini sacs plastiques plutôt que dans leur boîte, que je suis parti sans couvercle sur ma gamelle, que j’ai compté le nombre d’allumettes nécessaires, que j’ai découpé mes cartes, … bref rien n’est passé à l’as pour gagner plus de 2kg de la sorte. Et inutile de préciser que 2kg de gagnés, c’est évidemment bénéfique pour le dos, mais aussi et surtout pour la compétitivité sur le terrain. Au final c’est donc avec un t-shirt à manches courtes, un maillot à manches longues, une veste Goretex ultralyte et une doudoune que j’ai décidé de faire face aux températures les plus extrêmes. Forcément, il faut avoir confiance en soi et forcément en toute objectivité, le doute m’a envahi lorsque je suis monté dans l’avion au départ de Kathmandu car je savais que je n’aurai plus de joker. En tout cas, il est certain qu’aucun d’entre nous n’a regardé le look, la marque, la mode, les recommandations diverses, … pour faire son choix mais s’est véritablement attardé sur les fonctionnalités et caractéristiques et chaque élément du package.

25 concurrents amoureux de la montagne

Nous étions donc 25 férus de montagne, habitués de l’ultra, ambitieux, rêveurs et fêlés  diront  certains, à prendre le départ de cette aventure. Parmi les coureurs il y a un mathématicien, des médecins, un journaliste, des chefs d’entreprises, des ingénieurs, un employé viticole, un éducateur social, un producteur de miel, des guides népalais, … bref monsieur et madame tout le monde vu de l’extérieur. En revanche de l’intérieur clairement personne ne dénote. Outre la quête de chacun, tout le monde est là pour dépasser ce qui lui sert de limite pour l’heure, découvrir, se découvrir et écrire un moment fort de son existence, le tout en donnant son maximum durant la course tout en respectant et assistant ses concurrents. Notre rêve est de relever le défi, faire un bon classement et arriver à 25 !

Et cela se ressent sur l’ambiance du groupe, malgré des langues différentes, chacun cherche à ouvrir le dialogue avec les autres, à mieux connaître ses concurrents en dehors de la façade de coureur, à s’enrichir des cultures et expériences des autres, … Ce qui fait que chaque jour nous avons tous 2 comportements : pendant et en dehors de la course. Durant la course, nous sommes tous à fond, prêt à tout (dans les règles évidemment) pour lâcher un concurrent, en rattraper un autre et même pour finir avec un mètre d’avance dans un sprint effréné où notre seule satisfaction n’est pas la seconde gagnée, qui à l’échelle d’une course où tous les coureurs ont mis plus de 100h ne représente rien, mais le sentiment d’avoir tout donné. Et à peine la ligne d’arrivée franchie, nous sommes les premiers à attendre et encourager nos poursuivants, du fond du cœur et sans arrière-pensées. Cela peut paraître bizarre ou irréel et pourtant, nous avons largement dépassé le cadre de la compétition seule.

Ludovic chorgnon Himal Race 2013Et la course dans tout cela ? Elle fut terrible et de haut vol, avec des mouvements quasi perpétuels au classement général au gré des capacités physiques, épuisements, capacités techniques, bons coups en orientation ou pertes dans l’immensité du décor, altitudes, températures, conditions météorologiques, … D’ailleurs les conditions météorologiques furent terribles avec dès le premier col à 5000m une tempête de neige qui nous obligea une fois au sommet à faire demi-tour pour des questions de sécurité, de la pluie et/ou de la neige quasi quotidiennement durant 10 jours avant de goûter à un épisode caniculaire qui épuisa un peu plus encore nos carcasses et pour finir une nouvelle tempête de neige qui, comme pour terminer l’histoire comme elle avait commencé, nous obligea à faire demi-tour à 5000m d’altitude avec de la neige jusqu’aux hanches pour franchir le col du Tashi Lapsa.

C’est malheureusement sur cette dernière étape que se termina la course après « seulement » 800 et quelques kilomètres, sans pouvoir finir comme prévu sur le camp de base de l’Everest. Si pour ma part, je fais partie des chanceux qui ont pu le fouler à plusieurs reprises, j’étais néanmoins aussi désabusé par ce coup du sort que ceux qui ne le connaissaient pas, l’Everest restant évidemment un endroit mythique et une fin en apothéose pour une course hors norme, même si cela n’aura absolument rien ôté à sa difficulté. Niveau classement avec notamment 5 Népalais au départ, je rêvais de boucler cette course en 10ème position, alors inutile de dire qu’en finissant 6ème en 126h30 j’ai largement dépassé mon objectif et ajouté encore à mon plaisir de boucler cette course.

Ce qui m’a le plus plu ?

Incontestablement d’avoir passé la majeure partie du temps au plus profond du Népal, authentique et sans touriste, parfois même sans habitants …

Ce qui m’a le plus surpris ?

Incontestablement les capacités de mon corps. Bien sûr la devise que j’ai inventée il y a des années et des années, « on a pour limites, … celles que l’on accepte !! » me permet de toujours croire que je peux aller plus loin, plus vite, plus longtemps, … mais quasiment chaque soir j’arrivais dans un état de fatigue avancé, mentalement résigné à subir le lendemain voire à ne pas savoir comment je pourrai reprendre le départ, et chaque matin à peine la course partie, j’étais au taquet à me brûler les abdominaux comme les quadriceps pour ne pas perdre un mètre sur un concurrent. Gêné par un talon attaqué jusqu’à la chair et des ongles tombés, la bobologie n’était finalement qu’un problème d’après-course tellement l’adrénaline et les endorphines m’auront permis passer outre, alors que je pouvais à peine marcher hors course.

Et l’après course ?

Le retour de flamme fut terrible ! Lorsque la tête a cessé le combat, cela laisse l’opportunité au corps de faire part de son épuisement et de sa volonté de récupéré. Résultat moi qui ne dort d’ordinaire que 2 à 4h par nuit, je me suis retrouvé durant plus d’un mois à lutter pour garder les yeux ouverts à 20h et ne pas tomber chaque soir la tête dans mon assiette. Je suis rentré sans douleur aucune, la preuve d’un entraînement efficace, en revanche la moindre sortie ou le moindre effort se seront faits au ralenti durant cette période. Difficile retour après l’euphorie que de devoir s’abandonner …

En tout cas cette course annoncée comme hors norme était largement à la hauteur de nos espérances en terme de folie et ma devise « on a pour limites, … celles que l’on accepte !! » (©L.Chorgnon) plus vraie que jamais !

Ludovic CHORGNON alias « Ludo le Fou »

Le classement Général complet

Himal Race 2013 * Annapurna BC – Rolwaling (6 octobre au 11 novembre 2013)
745 km, +34100 m, -36300 m en 21 étapes (officiellement – 800 km au final)

1. Upendra Sunuwar : 111 h 58’13 (B)
2. Wouter Hamelinck : 115 h 43’26 (A + B)
3. Christophe Bruyas : 119 h 12’08 (A + B)
4. Bhim Gurung : 122 h 08’56 (B)
5. Bruno Poirier : 124 h 38’58 (A)
6. Ludovic Chorgnon : 126 h 31’26
7. Vincent Minier : 128 h 23’01 (A)
8. Stéphane Étienne : 129 h 08’59
9. Laurent Reigniez : 136 h 09’49
10. Dominique Faidy : 145 h 22’44
11. Jean-Marc Wojcik : 145 h 27’28
12. Virginie Duterme : 146 h 28’23 (A + B)
13. Andreas Schneider : 146 h 53’17
14. Patrick Lothodé : 151 h 07’37
15. Éric Prosdocimi : 154 h 02’35
16. Maryse Dupré : 187 h 00’02 (-1 étape)
17. Phu Dorjee Lama Sherpa : 15 étapes
18. Jérôme Piaux : 14 étapes
19. Jean-Loup Koppe : 11 étapes
20. Joël Delmas : 11 étapes
21. Rajman Maharjan : Abandon étape 4
22. Jorbir Raï : Abandon étape 2.

Notes : Wouter, Virginie et Christophe ont fait le choix de faire les deux étapes de liaison (A et B) à pied au lieu de prendre le bus. Vincent et Bruno ont fait la première (A). Upendra, Bhim et Anna ont fait la seconde.
A : Trisuli – Dunche : 45 km (+1400 m, – 300 m).
B : Melamchi – Karkhali : 55 km (+2900 m, – 1850 m).

Challenge de la Sportivité : Vincent Minier.

Il était possible de ne participer qu’à une partie de la course. Soit l’Himal Race 1ere partie (:  Annapurna – Trisuli : 425 km, +16750 m, -20150 m) soit l’Everest Sky Race (275 km, +13100 m, -15500 m en 9 étapes)
Les classements de l’Himal Race (1ere partie) et de l’Everest Sky Race (2eme partie)

Quelques photos