Au coeur de La Transvulcania 2012

« Dans le rouge en permanence »

La chaleur, le vent et le manque d’hydratation ont contraint Sébastien Chaigneau à l’abandon, après 57 km de course sur la Transvulcania, le 12 mai 2012. Il nous raconte sa course.

Sébastien Chaigneau sur la transvulcania 2012

Tout a commencé comme d’habitude avec la prise d’un avion et un voyage court en distance mais long en temps : 4 heures.
Il fait beau temps depuis déjà quelques jours à la maison et la Transvulcania approche à grands pas. Ce type de course  nécessite une préparation sans faille et un investissement complet. Les temps de récupération sont tout aussi importants et malgré le suivi de mon plan et mes bons résultats aux différents entraînements, il persiste toujours un petit doute, le petit grain de sable, le petit truc qui peut faire basculer plusieurs semaines de préparation du mauvais côté. C’est aussi ce qui fait le charme de ce type de sport : ne pas tout maitriser et laisser une part au doute

Avec la dream-team de Mouss Production et mon fils, nous prenons l’avion depuis Genève en direction de La Palma, petite île des Canaries. C’est la moins connue et la plus compliquée à atteindre. Il faut prendre un premier avion pour Tenerife, traverser l’île de Tenerife en taxi. Le trajet dure 45 minutes et il faut ensuite prendre un autre vol pour La Palma, plus précisément Santa Cruz de La Palma, la capitale.

Après ce périple, nous sommes accueillis par les personnes de l’organisation de la course qui nous accompagnent jusqu’à notre hôtel.  Je ne vais pas m’étendre sur le cadre, mais il est en bord de mer avec douze piscines, des spas et courts de tennis. Voilà le décor est planté ! Mais c’est une île volcanique, l’accès à la mer est très compliqué et les plages ne sont pas nombreuses. Ce sera la piscine et puis c’est tout !

Des coureurs venus de nombreux pays

Nous arrivons quatre jours avant la course, avec juste une petite journée d’avance sur le reste des invités à la fête. C’est suffisant pour prendre ses marques et commencer les shootings photos et vidéos pour les différentes marques partenaires de l’événement. Nous faisons une première reconnaissance des lieux avec caméra et appareil photos. En attendant la suite des festivités, le premier jour est bien rempli.

Jeudi matin, des coureurs commencent à arriver depuis plusieurs pays. Notamment l’Argentin Gustavo Reyes avec qui j’avais gagné le 50 miles au Chili en 2010. Des Américains suivent avec Mike Wolfe, dernier vainqueur du 50 miles de l’Endurance Challenge the North Face  de San Francisco en décembre dernier. Également Dakota Jones du Team Montrail, Geoff Roes vainqueur de la Western States en 2010, Anton Krupicka, deuxième de la Western en 2010, Nike Clark, Nikki Kimball ou Joe Grant, etc. Tous arrivent au gré des vols et on se retrouve le premier soir avec les athlètes du team Salomon comme François D’Haene, Thomas Lorblanchet, Anna Frost, et le roi Kilian Jornet. Nous rejoignent aussi Erik Clavery, Maud Gobert, et toute une série de journalistes du monde entier : d’Afrique du Sud, de France, d’Australie sans oublier les Américains bien entendu…

Pour certains, les retrouvailles sont très sympas, l’occasion de retracer certaines courses et de revivre certaines expériences. L’ambiance est vraiment bon enfant et les organisateurs sont au petit soin pour les coureurs et staff présents.

Après diverses sollicitations et footing communs, nous partons et nous nous préparons pour le départ qui aura lieu le lendemain matin à 6h, heure locale soit 5h en France. Je ne me sens pas trop mal même si je n’ai pas la sensation d’avoir un surplus de jus dans les jambes comme à l’habitude. C’est peut-être bon signe, nous verrons bien demain matin.

La chaleur dès le départ

Après une nuit courte et un réveil tôt, nous prenons les véhicules direction le phare au bout de l’île, d’où sera donné le départ. Après quelques minutes de route, nous arrivons sur place. Mes jambes ne sont pas encore bien réveillées, or le départ repéré quelques jours auparavant est relativement violent. Quasiment toute la course se déroule en montée, ou du moins les 50 premiers kilomètres. Là il va falloir être bien réveillé ! Ça attaque direct avec un premier « coup de cul » deux cent mètres à plat sur de la terre puis la « grimpette numéro un » de 16 kilomètres quasiment tout le long dans du sable de lave. Ce sable noir qui se dérobe et se comporte de la même manière que le sable habituel.

Dés le début, comme d’habitude, tout part vite et dans la nuit des groupes de coureurs se forment. Je n’ai pas de bonnes sensations, je laisse donc faire et me dis que je verrai au fil de la course. Je me fais dépasser régulièrement et vois le chapelet de lampes devant moi s’étaler petit à petit. L’intensité est relativement importante pour moi et mes prévisions en rapport aux dernières séances et aux derniers temps que j’ai pu réaliser ne tiennent pas trop la route. Je n’ai pas grand-chose dans les pattes et sur les portions moins raides je ne cours pas très vite.
De plus, dès le départ la température est de 20°c et un vent de face nous empêche de progresser. Je transpire beaucoup et mes rythmes respiratoire et ventilatoire sont élevés, ce qui ne me correspond pas trop. En fait, je pense que je ne suis pas encore habitué à la chaleur. Le week-end dernier, j’avais encore les pieds dans la neige, et passer de quelques degrés en dessous de zéro à 30°C et 70% d’humidité ne me ravit pas vraiment…
D’ailleurs lorsque j’arrive au premier ravitaillement je sais que la journée va être longue. Je l’indique déjà à mes ravitailleurs en leur donnant un message d’espoir, sans vraiment y croire intérieurement. Je n’arrive pas à avoir le bon équilibre entre l’effort et la ventilation. De ce fait je suis dans le rouge en permanence, ce qui n’est pas bon. Je m’accroche et persiste pour arriver au 26ème kilomètre avec quelques minutes de retard sur la tête de course, mais dans un état pas très concluant, les jambes n’étant pas revenues… Malgré cela, je pense que rien n’est perdu. Je n’ai pas beaucoup de retard et en fin de la course il y a 20 kilomètres de descente et 5 kilomètres de montée.

Après 35 kilomètres de galère je me rends à l’évidence : mon physique n’est pas là aujourd’hui. Je pense qu’il ne sera jamais là et l’arrêt est inévitable. Je ne bois pas assez, il fait de plus en plus chaud, et je commence à entamer mon capital physique. J’ai des crampes dans le dos depuis le 24ème kilomètre. Même chose aux abdominaux et au diaphragme. C’est un signe que je connais bien, car dans le passé le manque d’hydratation m’avait déjà joué ce tour-là transformant ma fin de course en calvaire. Le manque d’hydratation, le vent et la chaleur auront eu raison de moi. En repartant du ravitaillement du 33ème kilomètre, je sais qu’au ravitaillement suivant il y aura mon équipe de soutien composée d’Isa et d’Ethan.

Je retrouve devant moi Florent Troillet et Geoff Roes et fais l’effort pour recoller et les accompagner jusqu’au ravitaillement suivant. En fait je n’ai pas trop d’efforts à fournir car Florent est complètement « cuit » et Geoff a des crampes. Très vite je passe devant et Geoff se colle derrière moi. Le train a l’air de lui convenir et nous avançons tranquillement mais surement jusqu’au ravitaillement suivant. Là, il me dit que nous sommes à quelques kilomètres du sommet de l’île et que nous pourrions donc y aller et nous y arrêter. Je ne sais pas si c’est le fait de courir avec Geoff ou autre chose, mais je repars et nous continuons notre petit bonhomme de chemin pour arriver au sommet de l’île, soit au 57ème kilomètre. Après presque 6h de course nous nous arrêtons.

La suite, vous la connaissez : retour à l’hôtel, une bonne douche et débriefing avec l’équipe, en direct ou par téléphone. Je pense que j’ai encore beaucoup de travail pour être en forme au bon moment, même si tous les ans à la même période je ne suis pas dedans (arrêt l’an passé en Australie à la même date).

Ce qui me rassure c’est que je tire beaucoup plus d’enseignements d’un arrêt que d’une réussite. Ce n’est pas dans mes habitudes d’arrêter, mais c’est tout de même plus formateur si nous faisons ensuite le travail nécessaire pour bien analyser les erreurs effectuées… Là je pense vraiment à un problème d’hydratation et à des petits soucis de réglages dans ma préparation. Mais la saison est encore longue et les courses à préparer nombreuses.

Je reste concentré sur ma prochaine étape, The North Face Lavaredo Ultra Trail, dans les Dolomites (Italie), où du beau monde est annoncé… Pour le moment, le retour à l’entrainement et l’analyse des erreurs vont me prendre un peu de temps.

A très bientôt et continuez à vous faire plaisir !

La video

A lire aussi

Les résultats de la Transvulcania
La réaction d’Andy Symonds, deuxième

1 réaction à cet article

  1. Merci pour cette retrospective Seb, le fait que tu sois capable de prendre ce recul et faire une analyse aussi précise de ce qui s’est passé est la marque des grands champions.
    A Lavaredo je sais déjà que tu répondras bien présent !