Au cœur du Treg (Tchad), du 13 au 15 février 2014, avec Jean-Marc Delorme

Le Treg : l’événement Ennedi….

Du 13 au 15 février, dix-huit coureurs se sont élancés sur un tracé inédit au Tchad. Au final victoires de l’Espagnol Albert Herrero (Espagne), 31h40 et de la Française Elodie Arrault, 45h47. Plus qu’une course non stop de 178 km ce fut une vraie aventure. Récit de Jean-Marc Delorme au cœur du peloton.

Jean-Marc Delorme sur le Treg 2014
Jean-Marc Delorme sur le Treg 2014

Voici une course comme il en existe peu. Une course de 178km dans le désert de l’Ennedi situé au nord ouest du pays, en auto-navigation et en auto-suffisance . Le tout sous une température avoisinant les 40° le jour et environ 13° la nuit.

On ne peut s’empêcher de penser au Libian Challenge de par son format et sa région.

Nous sommes 18 coureurs engagés sur cette première édition. De fait, personne ne l’a encore couru, personne n’a pu nous donner un ressenti, des conseils, une vraie aventure en somme…

Un voyage épique

Le rendez-vous est donné lundi 10 févier 2014 à Paris à la gare de Lyon pour un départ vers Marseille. De là nous prenons un avion à 4h du matin qui nous acheminera jusqu’à Faya Largeau.

Arrivés sur place, sur l’unique piste d’atterrissage, nous voilà lancés dans les formalités tchadiennes qui nous prendront un temps certain. Quelques 4×4 nous attendent et l’aventure va commencer. Il faut savoir qu’au Tchad, il n’existe que 120km de route goudronnée sur un territoire faisant environ deux fois la France, le reste n’est que piste et sable. Dans la voiture, nous sommes ballottés dans tous les sens et le convoi s’arrête très souvent pour plusieurs raisons comme des crevaisons, remettre de l’eau dans les radiateurs, ou encore des pauses pipi, et autres casse-croûtes. Au total, pas moins de 11 heures de route dans des conditions dantesques. Je me dis déjà que la fatigue fera partie de la course car nous sommes censés prendre le départ après le lendemain.

 La course

4h du matin, je suis réveillé par des bruits de moteur, je passe alors le nez dehors pour découvrir avec étonnement un convoi de plusieurs voitures qui vient d’arriver devant notre campement. Il s’agit du ministre du tourisme ainsi que de quelques représentants de la région qui viennent nous honorer de leur présence.

Je m’équipe, prends un petit-déjeuner et me voici sur la ligne de départ en compagnie de mes camarades de course. Notre hôte

Départ du Treg 2014
Départ du Treg 2014

tchadien donnera le départ tirant un coup de pistolet en l’air, mais à balle réelle !!

Je prends la tête, je regarde souvent mon GPS pour tenter de me situer. Nous gravissons peu de temps après le départ un sentier parsemé de gros rochers pour nous amener sur un plateau assez venté. Albert (Herrero, ndlr) me rattrape assez rapidement et me double. Je l’ai longtemps en ligne de mire mais il s’éloigne de plus en plus. Je me réjouis d’évoluer sur un terrain que j’affectionne particulièrement, technique, avec un sol ferme.

Avant le premier point d’eau la descente est très technique. Ca aussi j’adore ! A partir du 20 ème kilomètre les choses changent, plus de reg, le sable mou est à l’honneur.

En arrivant au CP1, je sens un échauffement sous le pied droit. Il semblerait que le sable mou change considérablement ma foulée et ma façon de courir : je pousse davantage sur le côté pour une meilleure adhérence. Je suis alors à 7 mn du premier et cela me donne du courage. Dès le départ du CP1, il n’y aura pratiquement exclusivement que du sable mou, 28 km me séparent du prochain CP, j’ai fait le plein d’eau mais la section est longue et la chaleur est harassante.

Après quelques kilomètres mes adducteurs sont en feu et je décide d’entamer une marche rapide en alternance avec la course. Sur certaines portions, je suis escorté par des chameliers recrutés par l’organisation, ils m’encouragent, cela me fait du bien !

Me voilà en haut d’une dune de 70m et je m’élance avec plaisir en m’enfonçant dans le sable à chaque réception, hélas je rate un appui et atterris sur les fesses. Le choc n’est pas violent, en revanche mon short est couvert de plusieurs « cram-cram » tchadien : le fameux ! C’est un herbacé qui une fois séché ressemble à de petit chardon munis d’épines très fines qui rentrent très facilement dans la peau. En voulant les retirer de mon short, je m’enfonce plusieurs de celles-ci dans les mains, comme si j’avais besoin de cela !

Après cette descente et cette séance d’acupuncture, nous voici sur un chemin en devers sur sable mou, je commence à souffrir, mes jambes crampent ! De plus, je vois sur le GPS qu’il faut remonter une dune qui me paraît être un col.

J’entame mon ascension, plus de force dans les jambes, je m’arrête et m’écroule sous la douleur d’une crampe, je me relève mais après quelques pas je rechute. Sans doute le résultat d’une grosse déshydratation couplée à beaucoup d’énergie dépensée dans le sable mou.

Peu de kilomètres me séparent du CP2, je trottine au ralenti, je marche, je trottine de nouveau, je sens de violentes douleurs sous les pieds, je crois que j’ai fait de très grosses ampoules. Je sais qu’Isabelle Paucot (infirmière hors pair !) est sur le CP2 et je compte sur elle pour me soigner. Durant toute ma carrière de coureur, je n’ai pratiquement jamais fait d’ampoules et encore moins de cette dimension.

L'Espagnol Albert Herrero vainqueur du Treg 2014 en 31h40
L’Espagnol Albert Herrero vainqueur du Treg 2014 en 31h40

Me voici au CP2, je suis un peu déshydraté, mes pieds me font souffrir et mes jambes sont bien fatiguées. Albert Herrero vient de repartir et le staff m’avertit qu’il est arrivé dans le même état que moi, ce qui me rassure,… un peu. Après 30mn de repos Fabrice, un autre coureur, arrive, je commence à récupérer.

Patrice part un peu avant moi, je décide de le rejoindre mais dès les premières foulées, la douleur est trop vive !

Je décide de marcher un peu avant de recourir, mais dès que je me mets à trottiner la douleur est vraiment violente.

Je marcherai donc pour abandonner au PC3. Une décision toujours difficile à prendre et forcément douloureuse.

En partant sur cette aventure, j’étais très bien préparé, j’avais imaginé plusieurs scenarii possibles mais en aucun cas l’abandon et encore moins pour cette raison. L’ultra reste une discipline où tout est possible, le pire et le meilleur, les bonnes et les mauvaises surprises. C’est pour cela que nous courons…

Conclusion

Je voudrais féliciter les organisateurs pour cette première édition pour le moins audacieuse dans un pays vierge du tourisme et d’une rare beauté.

La TREG reste une course difficile (50% d’abandons environ), selon moi les portions de sable mou sont un peu trop nombreuses ce qui use considérablement les organismes. A cela s’est rajouté 3 PC distants d’environ 28km favorisant la déshydratation.

Enfin les horaires d’avion et le voyage en 4*4 sont très éreintants avant une course de cette envergure.

Le TREG est une vraie course de désert dotée d’une organisation sérieuse, mais sur ce format reste réservée à des coureurs déjà habitués à de longs r

trails.

Longue vie au TREG !

Jean-Marc Delorme

Les résultats

Hommes

1. Albert Herrero (Espagne), 31h40
2. Fabrice Ageorges (France), 33h
3. Rudolf Geoffroy (France), 37h35

Femmes

1. Elodie Arrault, 45h47

3 réaction à cet article

  1. Bonjour,

    J’ai suivi avec beaucoup d’attention cette course. Mon mari Rudolph GEOFFROY est arrivé 3ème, notre ami Didier JELINSKI, de la bande à Gérard, un agent ultra performant et un globe-trotteur des Ultra Trail, a terminé aussi en 1 j et 22 h 58 min. Pourtant parti sur un coup de tête pour être avec son copain. Et avec de grosses douleurs au dos depuis leur retour du Laos en novembre 2013. Il partait mais ce qui comptait était d’arriver, d’en avoir plein les yeux. Vous avez rarement le plaisir de voir un désert aussi beau, le plus beau selon leurs dires. Avec une population très chaleureuse. Les femmes avaient construit de leurs mains chacune des maisons, chaises et autres objet.
    Un ultra trail se construit, qu’il soit pour préparer la BADWATER comme Rudolph, ou pour objectif de faire un temps ou juste de finir. Il faut une condition physique et mental à toutes épreuves. Tous les Ultra traileurs savent dépasser la douleur, les coups de mou. La rencontre avec la population est réjouissante et dynamisante. Gérer, c’est aussi demander les conditions et faire avec. Oui, le trajet en 4X4 était un vrai Dakar qui a épuisé tout le monde avant de partir. La première nuit est aussi très importante : il faut gérer, faire plusieurs expériences et augmenter les difficultés petit à petit, une à la fois.
    Cet article reflète une moitié de l’aventure, que tous ont vécue. Je retrouve encore des piquants dans le linge, pourtant lavé 3 fois. Les ampoules ne sont pas guéries, les ongles pas encore tombés, mais il faut retourner au travail. Dans une semaine, il faudra courir à nouveau pour le prochain 100 miles à l’Ultra Marin. Entre temps, un petit plaisir avec le club AFA Feyzin Vénissieux, pour le 10 km de Ozon courir à Saint Symphorien d’Ozon.
    Je ne suis pas un écrivain, je fais beaucoup de fautes, mais j’aurai préféré que l’on interview le premier ou le deuxième, car en Français c’est peut-être plus facile. J’adore les news de LEPAPE, je suis souvent chez eux pour acheter mes vêtements car ils sont pros et moins chers. Je n’ai rien appris de plus, BFM nous a dit plus de choses sur 20 coureurs inscrits, mais un est pas venu à cause de son travail et 19 ont pris le départ.
    Le site était bien fait, les organisateurs et bénévoles étaient supers. Merci aux soignants, je suis secouriste même et votre tâche est l’une des plus importantes, bravo pour vos soins. Bravo aux photographes au film cadeau sur Facebook du Treg.
    Longue vie au Treg.
    Karine GEOFFROY DE AVENTURE RG

  2. Bonjour Karine
    Merci pour votre commentaire. Je tiens à préciser que ce récit n’est en aucun cas un reportage puisque nous n’étions pas sur place. De fait, nous ne pouvons faire de commentaire sur l’évènement.

    Ce récit comme tous les textes « au coeur de…. » est un récit de course personnel sans intervention de la rédaction. C’est un espace ouvert à tous les coureurs afin qu’ils viennent raconter « leur » course et nous donne leur ressenti.

    Vous avez donc dans ce texte, la vision de Jean-Marc, qui est un coureur très expérimenté (plusieurs ultras dont le marathon des Sables, l’UTMB, la diagonale des fous…..) mais qui a été confronté pour la première fois à des problèmes de pieds. Mais je le laisserai vous répondre s’il en éprouve le besoin.

    Bonne continuation
    Bonnes courses et n’hésitez surtout pas à revenir commenter nos articles. Il est toujours enrichissant de confronter les points de vue.
    Sabine Dechaume

    • Bonjour,

      Alors, je comprend mieux la nuance. Je suis habituée de lire et parfois de vivre des aventures qui sont de vrai défit pour mon physique, mais en lisant ces ligne, j’ai cru lire un article. Lorsque je suis retourné sur le site du Treg, j’ai vu d’autre écrit dont celui de Bazin, un écrivain qui à écrit pour un magasin. J’ai adoré l’article.
      Je ne pensais pas à mal, mais je n’ai pas vu votre site comme un forum ou les différents récit peuvent être échangé. Je vais en faire profiter tout les coureurs, car dans ce monde on se connais tous ou presque et ce qui est assez marrant et très conviviale, c’est de ce retrouver à travers une course, même si les relations se termine 3 jours après atterrissage, car c’est long de réaliser d’être rentré.
      J’ai suivi mon mari comme bénévole au Costa Rica pour la Transtica, j’ai participé aux Trail Indochine au Laos. Je montre tous les dossiers de sponsoring de aventures RG et je me charge de la communication. Ancienne sportive, je me remet au sport plus intensément suite à un accident, puisque depuis un an je peux marcher et nager en rivalisant avec des personne sans handicape physique. La douleur on la connait tous, mais le dénis de nous voir amoindri existe. Alors quand je crois voir des articles tournés que sur une personne, alors qu’une seule femme a réussi avec une poignée d’homme, je peux me tromper et ressentir de l’injustice.

      Cordialement Karine GEOFFROY