Au coeur du Trail du Ventoux 2012, le 25 mars 2012

En vue de ses deux objectifs de la saison, la Maxi Race du Lac d'Annecy (26-27 mai) et de la CCC (31 août), Grégory De Doncker a participé au Trail du Ventoux, le 25 mars dernier. Il nous fait partager cette course de préparation vécue aux côtés d'un de ses amis.

Trail du Ventoux 2012 De Doncker

Le Ventoux et moi c’est une vieille histoire… Plus jeune, j’y suis venu à plusieurs reprises – du Pas-de-Calais excusez du peu –  pour y courir la montée cycliste en équipe corporative. Quelques années plus tard, j’y ai emmené ma chérie – en voiture, condition sine qua non pour espérer la garder – avant de le gravir par le GR avec mes deux acolytes Régis & Patou…

Ce samedi 24 mars, je me rends ainsi en terrain connu, mais bien loin d’être conquis… Le soleil brille sur la Provence et le thermomètre dépasse les 20°C. La météo prévoit néanmoins des bourgeonnements sur le Ventoux le lendemain après-midi. La définition exacte de ce terme météorologique m’échappe un peu mais cela suffit à m’inciter à un peu plus de prudence. Le récit de course de l’année 2011 rappelle, qu’en montagne, la plus grande vigilance est de rigueur.

Tout semble réuni pour que la première course de la saison se passe sous les meilleurs auspices. Les sensations sont, ces derniers temps, particulièrement bonnes et ce trail du Ventoux sera une réelle course de préparation car l’objectif demeure d’accompagner mon Régis sur les pentes du géant de Provence et en aucun cas de faire un chrono personnel.

Nous laissons le « sa majesté » derrière nous pour rejoindre Miguel et Fabienne, nos adorables hôtes du week-end… Aucun signe de stress entre les éclats de rire, les sujets plus lourds ou même le demi verre de rosé que je me suis exceptionnellement accordé… Mon Régis est un peu plus tendu et je demeure sceptique quant au pouvoir de réconfort de mes quelques paroles précédant notre sommeil écourté par une heure de coucher tardive et un passage à l’heure d’été…

Un peloton dense

Trail du Ventoux 2012 De DonckerIl fait encore frais ce matin sur le domaine des Florans – une douce pensée pour ma bonne étoile qui me suit depuis 6 mois maintenant – quand le starter libère un peloton de quelque 1 500 coureurs répartis sur des deux courses longues de 26 et 46 kilomètres… Le départ est tranquille (après la pause pipi, nous formons même la queue du peloton), la course n’est pas encore lancée pour nous à l’arrière, alors que les premiers attaquent déjà la première difficulté de la journée. Lorsque notre tour arrive, le peloton est dense et le rythme ne peut être que basé sur celui du coureur qui nous précède… La pente mêlée au soleil, qui commence peu à peu sa montée dans un ciel immaculé, nous réchauffe et il est déjà temps de quitter les vêtements chauds…
La première heure est cassante, le rythme trop irrégulier mais le décor est magnifique…. Ca bouchonne, mais ca rigole. Certains la ramène un peu alors que d’autres sont en stress, l’œil rivé au chrono… Pour ma part, je déconne un peu tout en m’assurant que Régis suit ce rythme saccadé par le relief particulièrement technique et le passage en single track.

Les kilomètres ne défilent pas très vite avant que les premières pentes, plus régulières, du Ventoux n’aèrent un peloton toujours aussi dense. Passé le 7ème kilomètre (plus d’une heure de course), nous parvenons enfin à adopter notre rythme. Régis m’avait demandé de faire le lièvre, j’alterne donc marche et course pour rentrer doucement dans une philosophie de performance. Cela porte assez vite ses fruits et l’on se retrouve à doubler bon nombre de concurrents sans pour autant se mettre dans le rouge…

Le chemin qui mène au premier ravitaillement, assez roulant, nous permet d’atteindre le point kilométrique 14 en conservant un bon niveau de fraîcheur. Le plus dur étant à venir !!
En effet, les choses sérieuses commencent peu de temps après la bifurcation des deux parcours (15ème km) pour ne se terminer que 900m plus haut… On prend alors la tangente à travers la forêt, sans virage ou presque avec une pente qui contraint à raccourcir grandement le pas… Les sensations demeurent excellentes, le rythme et le souffle sont réguliers, seule ma fréquence cardiaque semble un peu haute par rapport aux sensations générales sans que cela ne m’inquiète plus que cela. Je jette quelques coups d’œil derrière pour m’assurer que Régis reste à vue. Jusque là tout va bien…

Ébahi par le cadre

Au fur et à mesure de l’ascension, les arbres sont de plus en plus épars et la végétation disparaît peu à peu face à cette roche claire typique du géant de Provence. Les 1 600m d’altitude approchent mais l’on n’aperçoit toujours pas le sommet. Un nouveau raidillon, où je sens que j’ai encore beaucoup de force malgré les 3h de course qui approchent, avant que le sol ne devienne aussi étonnant que fantastique. Certes le paysage est magnifique avec ce ciel bleu sans aucun nuage – ou bourgeonnement – à l’horizon mais je ne peux m’empêcher d’être ébahi par ce qui se passe sous mes pieds… La roche, marquée par des siècles d’érosion, est un véritable gruyère. Entre les failles dont on ne voit pas le fond et les galeries souterraines, j’en viens à me demander comment cela peut tenir sans s’effondrer sous notre poids. La montagne, si grande et si forte, semble tellement fragile à cet instant. Tel un funambule je mesure chacun de mes pas et me concentre sur le positionnement de mes appuis. Un faux pas, un déséquilibre et la course peut s’arrêter là… Personne ne court dans cette partie interminable… je ne saurais évaluer ni la distance, ni la durée de ce passage tellement j’ai eu le cœur en suspens durant sa traversée.

A la sortie de ce passage, on aperçoit enfin le sommet tant convoité. La crête qui nous y emmène est magnifique avec un 360° mémorable où la course est rendue difficile par l’altitude et le manque certain de stabilité du terrain. Seuls les habitués courent dans cette portion où la majeure partie d’entre nous privilégie la marche les yeux rivés sur le sommet qui nous fait face. Aucun véhicule – la route est encore à l’heure d’hiver – un vent faible, le calme absolu envahit le sommet de ce géant. C’est magique, grandiose… je manque de superlatifs pour qualifier le spectacle qui s’offre à moi…

Quelques photos, un passage sur le plateau et nous sommes presque à mi-course lorsque l’on attaque la descente (passage au sommet après 3h45). Régis ne semble pas trop marqué par l’ascension, ce qui laisse à penser que nous pouvons potentiellement retrouver Bedoin en moins de 7h.

La première partie de la descente est moins technique que ce que j’imaginais et l’on retrouve assez rapidement le ravitaillement du Chalet Reynard (27ème km). Régis reste dans mon sillage. Tous les voyants sont au vert.

Nous faisons le plein et poursuivons notre descente à bonne allure (> 10km/h). Les sensations sont toujours excellentes, malgré une alerte au niveau de l’ischio droit au sommet. Régis commence à traîner la patte, mais rien de bien surprenant après 4h de course.

Trail du Ventoux De Doncker
Grégory à gauche, Régis à droite

Au 30ème kilomètre, le parcours bifurque à droite pour une dizaine de kilomètres qui s’avéreront plus difficiles que ce que ne laissait présager le profil. Les montées et descentes s’y succèdent ce qui fatigue des organismes déjà bien entamés. Je me sens toujours relativement frais et je double énormément de concurrents… Je monte en cadence, descends rapidement et le pas reste léger. Je cours à peu près partout, je me sens vraiment bien… Un peu trop centré sur moi-même, j’en oublie mon objectif principal qui est d’accompagner mon Régis qui, lui, commence à souffrir derrière… Mon euphorie contraste avec les difficultés de mon ami. Je le pousse et le motive alors qu’il aurait besoin de détendre ses cuisses qui le tiraillent à chacune de ses foulées… Il a le masque et ce n’est qu’après le dernier ravitaillement liquide, à une douzaine de kilomètres du but, que je comprends enfin à quel point c’est difficile pour lui.

Je tente alors, tant bien que mal, de l’aider, à minima psychologiquement. Je dois néanmoins me faire une raison, il est dorénavant seul et ne peut plus compter que sur sa volonté pour rejoindre la vallée… J’ai connu ces sensations par le passé et opte pour ce que j’aurais préféré dans ces instants de détresse physique…. Ces moments durs où l’on se demande réellement ce que l’on fait là ! Je décide donc de courir à mon rythme pour l’attendre à certains endroits du parcours.

Les premières douleurs font leur apparition dans les ultimes kilomètres de descente… Je veille à bien poser le pied, à raccourcir la foulée pour ne pas risquer de me blesser. Les concurrents me doublent lorsque j’attends Régis… Le classement et le temps n’ont plus d’importance. Le seul but est de finir. Les ultimes kilomètres sont interminables et j’ose à peine imaginer ce que ca doit être pour lui.

La descente se termine enfin. Les quelques détours pour conclure ces 46 kilomètres font râler Régis, mais qu’importe… Le chrono affichera 7h32 à notre passage, pour une 430ème position (sur 800 partants). C’est honorable mais demeure secondaire par rapport aux efforts et à la volonté qu’il a fallu à Régis pour terminer cette épreuve. Au-delà de ses progrès physiques évidents, ce Trail du Ventoux restera, j’en suis certain, un tournant dans sa vie sportive où il a découvert des ressources mentales peut-être méconnues à ce jour…

Pour ma part, hormis une certaine frustration de par les sensations du jour, je suis pleinement satisfait de cette magnifique journée. Je la termine sans trop de douleur et dans un bon état de fraîcheur. L’entraînement porte ses fruits et j’attends avec une certaine hâte mon premier (mini) ultra autour du Lac d’Annecy.

Pour le Ventoux, je reviendrai, c’est certain… avec d’autres ambitions – toutes mesurées évidemment – que de simplement préparer une prochaine échéance.

Grégory De Doncker

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