Au cœur du Solukhumbu Trail 2012, du 4 au 27 novembre 2012

Au pays de Dawa Sherpa

Jean-Francois Mathot a participé au Solukhumbu Trail au Népal. Il nous raconte son aventure jour par jour…

SOLUKHUMBU TRAIL
le départ

Le Solukhumbu Trail, une course sur les terres natale de Dawa Sherpa empruntant la route historique du camps de base de l’Everest avec quelques variantes…

Les coureurs sont partis de JIRA pour rejoindre PHADING avant d’entrer dans le parc de SAGARMATHA afin de découvrir un Népal authentique. Dans la deuxième partie du parcours, le peloton a découvert la très haute altitude. Récit.

  • Dimanche 4 novembre 2012

Me voici au départ de Caluire, il est 10h20. Direction la gare de la Part Dieu, où je dois prendre le TGV pour PARIS à 11h36. Sur le quai, je dis au revoir à toute ma petite famille qui m’a accompagnée. Nous ne nous reverrons que dans 23 jours. Cela risque d’être un peu long pour tout le monde.

Me voici au terminal 2A où je retrouve quelques coureurs qui patientent dans le hall d’attente. Il y a Christophe que j’ai rencontré à l’Ice Trail Tarentaise et Jean-Marie que j’ai connu à Millau à l’occasion de la course des Templiers.

Petit à petit, tous ceux qui doivent partir de Paris arrivent.

Nous décollons à 21h40 et effectuons un vol sans histoire jusqu’à Abu Dhabi où nous atterrissons à 7h00, heure locale. Nous retrouvons le groupe qui

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Bienvenue au Népal

est parti de Genève. Le vol pour Kathmandou a plus de deux heures de retard et nous atterrissons dans la capitale népalaise à la nuit tombée. Après avoir rempli toutes les formalités administratives telles que la prise du visa, et après avoir reçu notre première « kata » (écharpe népalaise en soie qui est donnée à chacun en signe de bienvenue), nous prenons le bus pour l’hôtel Manaslu. Cela nous donne déjà un aperçu de l’effervescence qui règne à Kathmandou où la circulation se gère à grands renforts de klaxons. Nous arrivons à l’hôtel à 20h15 et nous y percevons nos chambres, avant qu’un buffet nous soit servi.

  • Mardi 6 novembre 2012

Levé à 8h00 pour un petit déjeuner pantagruélique ! J’ai l’impression que tout le monde fait des réserves en prévision de la course !

La matinée est consacrée à la distribution des dossards et des derniers cadeaux de bienvenue (une magnifique veste en Windstopper), aux consignes de sécurité et sanitaires mais également à la démonstration du caisson hyper bar, par nos deux médecins. Nous nous rendons également au magasin de Sonam, un frère de Dawa, chez qui nous devons récupérer les doudounes et le duvet que nous avons réservés. Cette marche au cœur de Kathmandou me confirme ce que nous avons vu hier. La capitale népalaise est une jungle urbaine très polluée, et surpeuplée. Le concert de klaxons est assourdissant et il faut vraiment être sur de soi pour traverser la rue. Il n’y a pas de passage piéton et personne ne s’arrête pour vous laisser passer.

Après avoir manger dans un restaurant du centre ville, nous revenons à l’hôtel. Pour ma part, j’ai rendez-vous à 17h30 avec le staff médical pour un débriefing personnel. Pascal et Patrick me confirment alors que mon test hypoxie leur a donné des cauchemars. Ils ne me laissent pas le choix et me prescrive du Diamox pour toute la durée de la course.

  • Mercredi 7 novembre 2012

Levé matinal à 5h20 pour un petit déjeuner encore très copieux. Aujourd’hui, nous nous rendons en bus à JIRI lieu de départ de la course. Il y a environ

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Le bus pour JIRI

200 kilomètres pour s’y rendre. La route est goudronnée à 90% et une fois encore, dans la circulation, c’est le klaxon qui règne en maître, soit pour doubler, soit pour croiser. Nous faisons une pause pique-nique vers 11h00 et arrivons au poste de contrôle de JIRI à 15h15. Nous y remplissons les permis de trekking et finissons notre chemin à pied jusque dans nos hôtels respectifs.

Chacun d’entre nous fini de préparer minutieusement son sac de course. Nous nous couchons vers 21h00.

La course

  • Etape 1 : JIRI (1950m) – DURALI (2700m) – BANDAR (2190m)
    19 km – 1430m positif – 1155m négatif

Réveil à 6h00. Nous déposons les sacs porteurs à 6h30. Le petit déjeuner est à base de pommes de terre, d’œuf et de tartines de miel. Le tout arrosé de « Black Tea ».

Les marcheurs partent à 7h30. Quand à nous, coureurs, nous démarrons vers 8h40. Le départ est très rapide. Pour ma part, je me cale en fin de peloton en attendant la première montée. Mon sac est finalement assez lourd, mais je pense avoir tout prévu.

La première côte est assez raide par endroit. Je retrouve les marcheurs au moment de basculer dans la descente. Des le début de celle-ci, qui est très technique, je chute sans gravité, mais en oubliant de lâcher les bâtons, je m’arrache la peau de trois phalanges de la main droite. La suite de la descente se passe et mieux et rapidement j’emprunte mon premier pont suspendu et traverse la bourgade de SHIVALAYA.

De là, nous empruntons une grosse montée d’environ 900m positif qui nous amène à DURALI. La fin est très difficile avec de grosses marches en pierre.

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Séance d’étirement

Le début de la descente sur BANDAR est encore une fois très technique, puis elle devient plus courante et j’arrive au terme de l’étape en compagnie de Thierry BARBARIT qui m’a rejoint sur la fin.

Il fait très beau et j’en profite pour laver mes vêtements. Je mange également du riz et des frites et bois beaucoup de thé.

Mon porteur arrive assez tard, vers 18h00. Heureusement, j’avais prévu une tenue complète de rechange dans mon sac de course et des affaires chaudes, car lorsque le soleil se couche, il fait rapidement froid. C’est aussi pour cela que mon sac de course est un peu lourd.

Résultat : 3h42 – 18ème

  • Etape n° 2 : BANDAR (2190m) – LAMJURA (3500m)
    20 km – 2025m positif – 760m négatif

Réveil à 6h20, pour un départ donné à 8h30.

La première partie est une longue descente avec quelques bosses, qui nous amène en fond de vallée où nous traversons la rivière au moyen de deux ponts suspendus. Nous sommes dans le village de KENZA et c’est le début de l’ascension qui doit nous emmener à LAMJURA terme de l’étape.

Le début de la montée est très sévère avec une succession de grosses marches qui semblent interminables. Je gère ma montée, car il y a quand même 2000m positif à avaler jusqu’à l’arrivée. De toute manière, je ne pourrais pas aller plus vite.

Comme hier, mon ami Thierry BARBARIT me rejoint sur la fin et comme hier, nous franchissons ensemble la ligne d’arrivée.

Le campement est très rustique et le temps se couvre très vite. Nous mangeons la collation qui nous est proposée : une soupe de pommes de terre, carottes et potiron. Mon porteur arrive encore assez tard et je suis content d’avoir des affaires chaudes dans mon sac de course.

Résultat : 4h27 – 16ème

  • Etape n°3 : LAMJURA (3500m) – JUMBESI (2800m)
    10 km – 110m positif – 905m négatif

La nuit a été difficile, car je suis un peu enrhumé et il a fait très froid dans notre cabane. Et il fait encore plus froid dehors où le sol est gelé et recouvert

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Un bébé Népalais dans son landeau – Etape 3

de givre. De plus, l’un de nos camarades a été malade dans la nuit et a fini sa nuit avec une piqûre de morphine et sous surveillance de l’équipe médicale.

Au petit déjeuner, nous mangeons deux œufs durs et une sorte de pita avec de la confiture.

Le départ est donné à 9h00. Il est encore une fois très rapide. Dans un premier temps, il nous faut monter pour rejoindre le col (Lamjura La). Puis, nous basculons dans une descente extrêmement technique au début, puis plus roulante. Je franchi la ligne d’arrivée en compagnie de Sylvie LEJAS.

Nous sommes logés dans un très beau lodge. A midi, nous mangeons une soupe de pommes de terre, de carottes et de pâtes, ainsi qu’une petite assiette de frites.

Petite sieste en début d’après-midi, puis nous partons visité un premier petit monastère, avant de nous rendre dans un grand temple où a lieu une très importante cérémonie bouddhiste. Les moines sont réunis durant quinze jours et le plus important Lama de la région est présent. Nous recevons sa bénédiction.

Nous rentrons au lodge et préparons un sac porteur pour deux, car demain nous dormirons sous la tente. Le repas est servi vers 19h00, il est excellent ! Au menu, coleslaw, riz, pommes de terre, soupe et même un peu de viande de poulet ! Extinction des feux vers 21h30.

Résultat : 1h04 – 14ème

  • Etape n°4 : JUMBESI (2800m) – BENI (3900m)
    24 km – 2050m positif – 715m négatif
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Le campement de Beni – Etape 4

Je suis toujours enrhumé et la nuit n’a pas été très bonne. Disons que j’ai dormi par étapes ! Nous nous levons vers 6h00. Le petit déjeuner est excellent, avec deux œufs durs, des pommes de terre, des galettes de blé, de la confiture et du miel.

Le départ est donné à 8h00. Il fait très beau et déjà très chaud. Après un début de parcours vallonné en fond de vallée, nous arrivons sur la première grosse difficulté et là, ça monte très, très raide sur environ 1000m positif. En haut, on bascule sur de longs faux plats montants ou descendants et à l’intérieur d’une forêt primaire à 3500m d’altitude !

Malgré le rhume, je fais un très bon début d’étape et je me sens même plutôt bien. De temps en temps, nous retrouvons quelques forts pourcentages. Je lâche un peu en arrivant au pied de la montée qui nous mène à deux cols à 4300m d’altitude. La partie finale de l’ascension est vraiment très dure. Le temps s’est couvert. On est dans les nuages, il y a du vent et il commence à faire froid.

La descente sur le campement de BENI est très technique et interminable. J’y arrive enfin au bout de quasiment 6h00 d’effort. Ce soir on dort à 3900m.

Aujourd’hui, il y a eu un peu de casse avec un début de mal des montagnes pour notre infirmier Jean-Christophe qui va avoir droit à un petit séjour d’environ 45 minutes dans le caisson hyper bar. Il devra ensuite redescendre avec un médecin pour dormir plus bas en altitude.

Les marcheurs sont arrivés très tard, de nuit et dans le brouillard. Ils étaient tous très fatigués.

Vers 19h00, nous mangeons une soupe, du riz avec du fromage râpé et deux petits beignets aux pommes. Les cuisiniers népalais sont vraiment à féliciter, car faire un repas de cette qualité avec des moyens assez limités est exceptionnel !

Nous nous couchons vers 21h00 sous un ciel parsemé d’étoiles.

Résultat : 5h48 – 13ème

  • Etape n° 5 : LAC DOKHUNDA (5580m) – TAKSINDU (2960m)
    20 km – 285m positif – 1940m négatif
    MARCHE DE LIAISON BENI (3900m) – LAC DOKHUNDA (5580m)
    4,5 km – 2h00 – 600m positif – 10m négatif

 

Ce matin, nous sommes partis en groupe, coureurs et marcheurs, et en marche de liaison au lac sacré de DOKHUNDA. Partis sous un grand soleil, nous

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Vue du campement de Taksindu – Etape 5

avons ensuite rapidement été envahi par la brume, ce qui à un petit peu nuit à la vue sur la chaîne du Numbu. Dawa nous a raconté quelques histoires et nous a dit que chacun pouvait ramasser un petit caillou et faire un vœu.

Le départ de l’étape a donc été donné du lac sacré. Comme d’habitude, c’est encore parti très vite. Je suis repassé au campement de BENI en 37 minutes, non sans avoir encore pris une bonne gamelle dans la descente. Celle-ci devient ensuite plus technique.

Ensuite, on contourne la vallée à flanc par de longs faux plats montants ou descendants. On se situe toujours entre 3800 et 4000m d’altitude. Il commence à neiger un peu avant que je ne bascule dans la descente. Celle-ci est encore extrêmement difficile. Je m’aide des bâtons et reste très vigilant à la pose des pieds. La fin est plus facile. J’ai rattrapé François et nous finissons ensemble sur un sentier sablonneux et très agréable à courir. Environ 800m avant l’arrivée au village, un enfant de l’école nous prends par la main et nous accompagne. Pour moi, il s’agit d’une petite fille d’environ 6/7 ans qui courre en tongs. Je suis obligé de la freiner tellement elle va vite dans la descente !

Je mange une soupe et des frites, puis vais récupérer mon sac et celui de Nicolas. Ce soir, nous dormons encore sous la tente. Je fais un brin de toilette aux moyens de lingettes et je m’habille chaudement car on est à 2900m et il pleut.

Les marcheurs arrivent petit à petit. Ils ont eu droit à 5 à 10 cm de neiges et les nouvelles sont mauvaises. Sandrine s’est fracturé le poignet et il faut lui réduire sa fracture. David notre kiné s’est fracturé un métatarse. Comme Jean-Christophe, ils ne pourront pas continuer.

L’ambiance est du coup un peu plombé. Nous mangeons vers 19h00, une soupe, du riz, des pommes de terre, des épinards avec des lentilles. Tout cela est très bon. Pour l’instant, je ne pense pas avoir perdu du poids.

Résultat : 3h16 – 14ème

La suite très rapidement

Quelques photos