Au coeur du marathon de Toulouse avec Yann, le 28 Octobre 2012

Un premier marathon qui en appelle d'autres !

Avant la course, Yann tablait sur 3h30 pour boucler son premier marathon. Est-il parvenu à atteindre son objectif ?

Yann gère tranquillement son allure
Yann gère tranquillement son allure

Avant toute chose, brève présentation : je m’appelle Yann, j’ai 36 ans, et je me suis mis assez sérieusement à la course à pied depuis juin.

Depuis le 31 juillet, j’applique des programmes d’entraînement (4 sorties par semaine). Auparavant j’ai toujours fait du sport : foot pendant 25 ans, judo, yoseikan-budo, et futsal depuis 7 ans. Il m’arrivait aussi de courir de temps en temps, au feeling, sans aucune assiduité particulière. J’ai donc commencé le 31 juillet par suivre un plan de 5 semaines pour faire un 10 km en 40 minutes. Sur ma lancée, un peu sur un coup de tête je l’avoue, je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de me lancer pour l’aventure du marathon … bien aidé par les nombreuses affiches « 6ème Marathon du Grand Toulouse » qui étaient placardées ici et là sur les arrêts de bus de ma ville rose. J’ai suivi un plan d’entraînement de 8 semaines trouvé dans un magazine, pour boucler les 42,195 km en 3h30 (j’ai une VMA de 17,2km/h).

Jour J, 6h du matin : réveil puis petit-déjeuner copieux, avant d’enfiler ma tenue. Pour les chaussures, pas de surprises, ce seront mes Adidas Adios 2, qui m’ont donné pleinement satisfaction lors de mes sorties longues durant la préparation. Pour les vêtements par contre, après moult hésitations je choisis l’artillerie lourde : collant long pour les jambes (du coup pas besoin d’enfiler mes bas de compression, pour mes mollets), haut à manches longues (mais moulant histoire que le vent ne puisse pas pénétrer entre le tissu et ma peau), bonnet et gants. Hé oui, après nous avoir fait croire qu’ils ne viendraient jamais, les premiers frimas de l’hiver sont là : température fraîche et surtout vent violent, combinaison que le runner douillet que je suis, n’apprécie guère.

Après m’être échauffé pendant 15 minutes avec mon copain David (qui débute lui aussi sur la distance), direction la ligne de départ. Ayant un peu trop tardé, nous n’arrivons pas à nous faufiler jusqu’au SAS 3h30, et nous resterons donc entre les panneaux 4h et 3h45. Il est 8h45 et le starter donne enfin le départ. On se donne RDV à l’arrivée, car David a décidé de partir sur un rythme plus élevé que celui que je me suis fixé.

Au passage du tapis de détection des puces, je déclenche mon chrono. J’ai réglé ma montre GPS, pour qu’elle me fasse un bip tous les kilomètres, et m’affiche mon temps sur le kilomètre parcouru. Contrairement à ce que je pensais, et malgré le nombre de coureurs, il n’y a pas de phénomène d’entonnoir à la jonction de la première rue (nous sommes partis du pont Pierre de Coubertin, qui a une chaussée très large), du coup pas la peine de zigzaguer entre les coureurs qui ont un rythme plus lent que le mien, ce qui est fort agréable. Premier bip et ma montre m’affiche 4mn35s soit 24s de mieux que le rythme 3h30 !!! Etant donné que je n’ai pas eu l’impression de forcer ma foulée, je décide de ne pas freiner (pour me caler sur un rythme plus raisonnable), et je vais me contenter de rester à l’écoute de mes sensations.
Assez rapidement je double les meneurs d’allure 3h45, puis j’arrive au niveau des panneaux 3h30. Sans trop d’hésitations je décide de garder mon rythme et de les doubler. Mon rythme oscille entre 4mn30s et 4mn39s sur les 10 premiers kilomètres que je boucle en 46 minutes. A noter, juste avant ce passage au 10ème km, j’ai dépassé deux participants envers qui j’ai le plus immense respect : tout d’abord un des onze participants de la course en fauteuil roulant (à noter que le vainqueur de cette catégorie a bouclé sa course en 1h40min !!!), puis la seule concurrente atteinte de cécité visuelle, qui est reliée à son guide par une petite corde (elle finira en 3h55, ce qui est admirable).

La deuxième dizaine de kilomètres sera courue au même rythme (46mn11s), et avec un petit groupe de coureurs qui s’est formé naturellement (nous sommes 5 ou 6). Peu avant le passage au semi j’aperçois devant moi, à environ 300m, les deux meneurs d’allure 3h15min avec leurs panneaux distinctifs. Après avoir hésité à forcer légèrement l’allure pour les rejoindre, je décide de garder le même rythme, et surtout de prendre le temps qu’il faut pour bien m’hydrater et m’alimenter lors du ravitaillement. En effet, j’ai mal géré cet aspect lors d’une récente course (un Raid multi-sport qui a duré 9 heures), et je n’ai pas envie de rééditer la même erreur. Je reprends mon rythme de croisière, et me rends compte que les deux panneaux 3h15 se sont éloignés … A vrai dire je ne les reverrai plus sur le reste de la course.

Yann gère tranquillement son allure

Je finis mon troisième 10 kilomètres en 47mn03s. L’écart avec les deux précédents 10km est lié notamment au temps que je prends sur les ravitaillements, où je préfère assurer. Au kilomètre 32, il me semble apercevoir devant moi la stature et surtout les chaussures vert fluo de mon copain David. Arrivé à son niveau je lui donne une petite tape sur l’épaule et l’encourage en lui disant de s’accrocher à mon rythme. Visiblement il est dans le dur, et il ne restera pas longtemps dans mon sillage. Deux kilomètres plus loin, je passe devant la maison d’un ami, qui m’attend avec toute sa famille et des amis à moi. Même si je suis encore frais et lucide, ça fait chaud au cœur tous ces encouragements. L’ami en question, profite même de l’occasion, pour me suivre pendant une centaine de mètres, tout en me filmant avec sa caméra miniature. Je lui donne des nouvelles de David, et lui annonce que je suis pour l’instant sur un rythme pour finir entre 3h15mn et 3h20mn. Je ne sais pas si cette petite interview improvisée y est pour quelques chose, toujours est-il que rapidement après cet épisode, je sens un petit coup de moins bien, qui est confirmé par mon chrono : 4mn51s au km35, puis 5mn05s au km 36. Je ne sais pas si c’est le fameux mur dont tous les marathoniens parlent, mais je sens clairement que les quelques kilomètres qu’il me reste à couvrir vont être longs. Après avoir réussi à relancer un peu la machine sur le 37ème kilomètre, je vais finir avec les moyens du bord … donc sans jambes, ou plutôt avec des jambes qui pèsent une onne chacune. Ma foulée devient de plus en plus rasante, mes genoux montent de moins en moins, et même si j’ai la sensation d’être encore lucide et frais (tout est relatif bien sûr), j’ai l’impression d’avoir atteint la limite musculaire de mes petites jambes.

Les cinq derniers kilomètres vont être longs, et je m’octroie même un certains répit en marchant à plusieurs reprises. Sur les 500 derniers mètres que je connais par cœur (la belle arrivée sur la place du Capitole, en venant de la rue Alsace-Lorraine), dans un dernier sursaut d’orgueil j’arrive à retrouver  une foulée un peu plus aérienne, et je passe donc sous l’énorme chrono d’arrivée qui affiche 3h23min54s … pendant que ma montre me donne 3h22min36s (temps confirmé par le « chrono puce » officiel). Ça y’est je l’ai fait, j’ai terminé un marathon pour la première fois de ma vie !!!

Yann sur la ligne d’arrivée

Après le passage de la ligne d’arrivée, j’ai dû avoir un sourire béat sur mon visage pendant de nombreuses minutes, tellement j’étais content. Le chrono m’importait peu, ce que je voulais c’est être « finisher » sur cette distance mythique, et j’y suis parvenu.

Ce que je retiens de ce marathon ? Un énorme enthousiasme des 1 600 bénévoles, qui ont bravé le froid et le vent durant des heures et de façon statique, et qui malgré tout nous ont encouragés avec le sourire. Les nombreux groupe de musique, qui ont animé la course sur diverses estrades placées tout au long du tracé (j’ai en tête une très belle reprise d’Amy Winehouse vers le 25ème km), et aussi les très nombreux spectateurs et riverains, venus voir et surtout encourager les 2 700 participants qui, comme moi, étaient venus pour la plupart découvrir leur limite physique, et vivre une superbe aventure humaine. A noter que la présence des prénoms des coureurs sur leur dossard, est une excellente initiative, car entendre des « Allez Yann !!! » à de multiples reprises, ça vous file un réel regain d’énergie et une envie de vous dépasser encore plus grande.

Bref, c’était mon premier marathon, mais j’ai bien l’impression que ce ne sera pas le dernier !