Au coeur du marathon de New York (USA) 2011

Laurent Vantyghem, 3h 13mn pour une première

Douzième des 10 km de Paris (en 33mn 42s) un mois plus tôt, Laurent Vantyghem avait choisi New York pour courir son premier marathon, dimanche 6 novembre 2011. Bien que déçu par son temps (3h 13mn alors qu'il visait 2h 45mn), il nous fait partager cette expérience inoubliable...

9h40. Temps frais mais clair pour un départ qui s’annonce grandiose. Le canon tonne. Les 70 SAS de départs pleins à craquer se déversent sur le pont de Verrazano en trois cortèges distincts, formant sur les différentes bretelles d’accès des entrelacs multicolores. Vu de l’hélicoptère qui nous survole, cela doit être presque féerique. Nos routes se séparent désormais, nous nous retrouverons au 5ème kilomètre.

Attaquer la couse plutôt que la subir

L’appréhension tout à l’heure si pesante dans le SAS n°1 a complètement disparu. Porté par la ferveur de la foule, je décide d’attaquer la course plutôt que de la subir prudemment. Je profite de la descente vers Brooklyn pour me replacer au sein d’un petit groupe de cinq coureurs, tous venus d’Italie. Les rues défilent sous les harangues des spectateurs amassés en rang serrés depuis tôt le matin. Nous passons en 36 minutes au 10, 1h17mn au semi. Aucun symptôme avant coureur d’une quelconque fatigue. A dire vrai, je me sens bien et prends beaucoup de plaisir. Il me semble avoir trouvé mon allure de croisière.

Très vite pourtant, cette impression de facilité s’estompe. Le pont de Pulaski et l’interminable Queensboro Bridge m’ont émoussé. Inexorablement, ma vitesse moyenne diminue, ce que me confirme ma Polar : je perds désormais 2 à 3 secondes par mile. Si j’ai toujours l’objectif de 2h45mn en ligne de mire, je sens que je rentre dans le dur trop tôt : il reste 10 km et je serre déjà les dents…

7 derniers kilomètres de souffrance

Malheureusement, la première impression s’avère souvent juste. Peu après le 35ème, la course se transforme subitement en calvaire. Mes quadriceps sont pris de frémissements qui bientôt se transforment en crampes et gagnent ischios et mollets. Les muscles complètement tétanisés, je suis forcé de m’arrêter. Impossible de me remettre à courir. Même en descente. Mes deux jambes m’ont lâché simultanément. Si je veux aller au bout, ce sera au mieux à pied.
Cette situation est d’autant plus frustrante que d’un point du vue cardiaque, tout est ok. Au-delà d’un départ peut-être un peu tonitruant, je paie surtout une mauvaise hydratation sur la première partie de la course : manquant de pratique, je mettais systématiquement les 3/4 du gobelet par terre en l’attrapant et manquais de m’étouffer en avalant de travers le peu qu’il restait. Une erreur payée cash dans les 7 derniers kilomètres. Si seulement j’avais pensé à emporter une paille !

Marchant au pas de l’oie, les jambes raidies, percluses de crampes, commençant à avoir froid, les derniers kilomètres me semblent interminables. J’ai l’impression de risquer la déchirure à chaque pas tellement la douleur est aiguë. Les membres de l’équipe médicale, très pro, se relaient à mes cotés de peur que je ne défaille. J’ai le droit à du Coca Cola entre les points de ravitaillement. Je n’aurai donc pas tout perdu…
Nous entrons dans Central Park. Il ne me reste que 2 miles. Mais malgré l’imminence de l’arrivée, je marche toujours. Le parc est vallonné et les descentes sont pires que tout ! Ne pouvant me résoudre à passer la ligne au pas après tant d’efforts pour ne pas abandonner, je parviens dans un ultime effort à profiter du replat de l’arrivée pour me remettre à courir (façon de parler) et franchir la ligne décemment. Malheureusement sans soulagement.

3h13… Tellement loin de ce que je voulais faire, mais rien ne sert de refaire la course. J’ai pris mon risque. Quels regrets avoir ?
Ici, ce qui compte, c’est de finir. Magiques du début à la fin, les New Yorkais l’ont bien compris. En remontant Park avenue pour rejoindre l’hôtel, ils sont plus de cinq à me congratuler, allant jusqu’à toper sans gêne ni dégoût pour la sueur qui ruisselle et ma démarche de cowboy courbaturé.

Le marathon de New York est définitivement un monde à part, une expérience à vivre… jusqu’au bout…

Laurent VANTYGHEM