Au coeur du marathon d’Annecy avec Ludovic Chorgnon et Guillaume Bruneau (74), le 27 avril 2014

Dans des conditions météos parfaites pour un marathon, trois hommes ont bouclé leur marathon. Si l'un compte plus de 50 marathons à son actif pour les deux autres c'était une première. Un récit à double facette.

Marathon d'Annecy 2014
Ludovic Chorgnon (3h00mn03s), Ludovic Dagaud (3h35mn58s), Guillaume Bruneau (3h44mn44s)

Le marathon d’Annecy est ancien, propose un beau peloton et pourtant, il ne fait bizarrement pas partie des marathons dont on nous parle sans cesse. Alors pour le MDPV, le club du Marathon du Perche-Vendômois (organisateur du trail « Sur les Traces du Loup »), l’occasion de découvrir et de lancer deux novices (Guillaume Bruneau et Ludovic Dagaud) était trop belle pour la manquer.

Pour ma part après plus de 50 marathons, j’avoue que je me suis inscrit sans grande inquiétude sur ma capacité à le boucler, du coup j’avais synthétisé sans rien étudier : Annecy = lac = parcours plat et beau forcément. Malgré une double déchirure aux adducteurs qui m’a éloigné deux mois des séances course à pied suite à une rechute, je pars ambitieux en me disant que mon expérience et mon début de préparation pourraient suffire, alors ce sera objectif 2h42.

Le retrait des dossards se passe sans problème, la ville est toujours aussi belle, du coup seule la météo parait ne pas être en symbiose avec ce programme idéal puisque l’on nous annonce la pluie toute la journée et 9 à 10°. Les giboulées deux jours avant la course me font craindre le pire pour la course et miracle, le dernier bulletin météo de la veille annonce de la pluie jusqu’à 8h puis un ciel couvert. Si seulement… et incroyable, alors que nous partons de l’hôtel avec mes petits poulains, il s’arrête de pleuvoir à 8h, soit pile 30mn avant le départ. L’entrée dans les sas se fait sans encombre, c’est tout l’avantage d’un « grand » marathon à taille humaine, le bon équilibre entre du monde et de la place.

Malheureusement pour mes ambitions, mes adducteurs me brûlent dès les premiers hectomètres ce qui fait que je tiens le rythme seulement 3km avant de me dire que je n’ai plus le choix qu’entre abandonner pour me soigner au plus vite, ou finir en levant sensiblement le pied pour espérer ne pas trop aggraver la blessure. Et comme le mot « abandonner » me donne toujours des frissons, je choisis la 2ème option. Je boucle mon parcours en 3h.

Et la course ?

Et bien c’était presque comme prévu. Presque ? Oui parce que je n’imaginais pas qu’un parcours en bord de lac puissent être vallonné et qu’il y ait tant de vent. Enfin on ne court ni sur piste, ni dans un gymnase, donc ce n’était pas un problème, le marathon fait toujours la même distance. Le parcours reste bucolique, bien balisé, à priori bien ravitaillé (je cours avec tout sur moi) et les deux derniers km jusqu’à l’arrivée en pleine ville sont  forts sympathiques avec beaucoup de monde, en tout cas suffisamment pour donner à un gars blessé l’envie de finir… Et puis finalement pas une goutte d’eau durant la matinée, une température fraîche : le temps idéal. Bref un marathon tout bien, à recommander incontestablement.

Mais le plaisir en ce dimanche 27 avril n’était pas de terminer. Je repars donc à l’envers du parcours pour aller rechercher mes petits camarades qui découvraient la distance. Et joie, au combien plus jouissive que mon marathon, je les vois arriver, fatigués, mais droits, avec le sourire, dans les temps prévus et avec l’énergie pour sprinter pour tout lâcher sur les 500 derniers mètres, preuve qu’ils ont parfaitement géré leur course. Et que dire de ces yeux larmoyants, ces voix nouées et ces poils que l’on imagine dressés après l’arrivée. Quelle bonheur de partager ces moments de découverte de soi et de récompense à l’investissement personnel.

La parole à Guillaume Bruneau

Guillaume Bruneau
Guillaume Bruneau

Après une préparation avec quelques moments de doute, cela faisait deux semaines que j’étais au top. J’étais impatient d’y être. Enfin, pas durant la dernière nuit qui fut un peu difficile avec un réveil qui a sonné à 5h15… En course, je n’étais pas stressé, mais plutôt concentré sur les conseils de Ludo que j’avais bien enregistrés. Au départ je n’avais qu’une seule obsession : mon allure 5mn20 au km et l’interdiction de la dépasser comme n’a pas cesser de nous rabâcher Ludo. J’étais tellement concentré sur ma montre, que lorsque j’ai entendu les premiers « Allez Guillaume ! » Je me disais, tiens il y a un Guillaume qui est connu ici… Après plusieurs minutes, j’ai réalisé que les gens lisaient mon prénom sur mon dossard et que les encouragements étaient pour moi. Chic ! J’ai profité de la facilité des premiers km pour me relâcher et regarder autour de moi. Le paysage, les montages, autour du lac, et cette verdure, c’était magnifique ! En plus dès le début de la course, je me suis retrouvé au milieu un groupe de coureur avec une allure plutôt correcte ( 5min15). Arrivé au village de Duingt nous sommes passés sous un tunnel où s’entassaient devant l’entrée une foule de supporters, on se serait cru sur une étape du tour de France. J’y ai même vu Delphine, la femme du coach, et Céline, ma petite femme, du coup je n’avais plus mal nulle part ! Une fois le tunnel traversé, une moto a obligé les coureurs à se rabattre sur le coté « On va bientôt croiser les premiers » nous a dit un coureur. J’ai changé de coté et pour me coller sur la gauche et admirer le passage des premiers. Impressionnant ! Je suis devenu supporteur à mon tour « Allez, allez bravo ! ». Je suis resté à gauche, et là j’ai croisé Ludo. « Allez Ludo, Allez » « Allez Guillaume, c’est bien ». Le coach semblait très concentré dans sa course !

Je me suis ensuite retrouvé dans le peloton du meneur d’allure des 3h45. J’étais bien, à l’abri du vent. Le peloton m’a emmené jusqu’au 21ème kilomètre où j’ai pris un ravitaillement. C’était la cohue ! J’ai bu un verre de boisson énergisante mais je me suis ensuite retrouvé seul car le groupe a éclaté au ravitaillement. Du coup, j’ai bien senti le vent ! Heureusement, les meneurs d’allure sont revenus sur moi comme des balles pour rattraper leur retard. J’ai pu me remettre bien à l’abri du vent (Ludo avait tellement insisté durant des semaines…) et suivre sans problème jusqu’au 30ème kilomètre.

Je me sentais vraiment super bien, trop bien même. Et je m’impatientais (la stratégie était d’attendre le 32ème kilomètre pour éventuellement accélérer s’il me restait alors des jambes). Mais le parcours est devenu joueur. On a serpenté dans le village de Duingt avec une légère montée qui m’a invité à doubler les coureurs. J’ai maintenu une allure inférieure à 5min15 sur un faux plat montant. Sur ma montre, j’ai alors vu que j’avais 2 min d’avance par rapport au temps de référence. Le moral était au top.

A la rencontre du mur

31,32,33,34ème kilomètre, je m’imaginais alors arriver sous les 3h45 voire 3h43…

Mais mon corps m’a vite remis les idées en place et les rêves de grandeurs se sont évanouis. C’est ça le mur ! La foulée devient difficile. Les muscles se contractent : le genou droit, puis le gauche, les cuisses. Ce n’est pas possible ! Il me reste huit kilomètres. Je m’imagine la distance : 8 tours de ground-zéro (le nom donné par Ludo au stop du village à partir duquel il a balisé tous les parcours) à la Poste. Normalement c’est rien mais c’est énorme avec des jambes en feu !

Je lutte par maintenir mon allure (5min27). Aie ! Maintenant c’est la tête. Je doute. Non, je ne peux pas ralentir ! Tous les messages de soutien de la famille, des potes, des amis du club NON ! Je décompte les kilomètres, je prends une boisson au ravitaillement, mais c’est dur de repartir. Je vois Annecy, j’arrive !

Au 39ème kilomètre, ma seule hantise est que le meneur d’allure revienne sur moi. Alors j’accélère, enfin je crois … J’ai beau forcer, l’allure reste la même. Cela devient mécanique. Je vois l’arrivée de l’autre côté du port, c’est le dernier kilomètre. « Allez Guillaume, c’est super ! Les filles sont à 200 mètres, accélères ! » me dit Ludo. J’aperçois ma petite femme juste avant les 200 derniers mètres sur un tapis rouge, je serre les poings. Je l’ai fait ! 3h45 !

La médaille autour du cou, on rentre à l’hôtel en trottinant (une idée du coach pour mieux récupérer …). « Aie ! Ouille ! » « Je suis fier de vous les gars » nous lâche Ludo avant un « Allez, on trottine, on s’arrête pas ! » Oui, il a raison. C’est un sentiment de fierté qui me domine après ce marathon. C’était un défi que je souhaitais accomplir au moins une fois et c’est fait ! Mais surtout je sais désormais que ce ne sera pas le dernier…

Quand à Ludovic Dagaud, le 2ème novice du club sur ce marathon d’Annecy, il termine en sprintant après avoir connu successivement l’angoisse, l’aisance, la fatigue et le mur, et l’euphorie pour finir. Comme pour Guillaume, la fierté, légitime, se lisait sur son visage avant qu’à son tour il ne lise la fierté dans les yeux de son épouse et de ses enfants en leur racontant sa course, puisqu’ils n’ont pu venir avec le groupe.

Ludovic CHORGNON

Quelques photos