Au coeur du Grand Raid des Pyrénées (Vieille-Aure), les 22 et 23 août 2014

Olivier Rondeau a participé au Grand Raid des Pyrénées, il nous raconte son épopée.

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Coup d’œil dans le rétro 
J’arrive sur ce GRP un peu dans l’inconnu, je n’ai pas vraiment d’appréhension sur la distance et le dénivelé mais j’ignore si ma préparation sur le tard sera suffisante. De début Juillet jusqu’à mi-Aout soit 6 semaines, j’ai cumulé plus de 600km en entrainement croisé (2/3 CàP et 1/3 vélo), ce qui représente une belle montée en volume par rapport à mon quotidien mais un volume bien relatif en comparaison de ce qu’un ultra-trailer peut avaler durant une préparation.
Je me suis également muni de bâtons seulement 2 semaines avant le départ, avec uniquement 2 séances spécifiques pour tenter d’acquérir une technique. Je ne souhaitais pas prendre cet équipement mais plusieurs témoignages m’ont finalement convaincu de les utiliser, encore faut-il savoir s’en servir…
Voici ce qui nous attend :

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Direction Vielle-Aure
Nous partons d’Ancenis le jeudi à 7h30 pour récupérer l’appartement loué en plein centre de Saint Lary, mon beau-père Gérard nous accompagne Janick et moi (Janick étant engagé sur le Tour des Cirques) la route se fait sans encombre, à la pause déjeuner sur l’autoroute nous croisons déjà quelques coureurs reconnaissables à leur flamboyantes paires de Salomon et à la composition bien spécifique de leur repas, nous arrivons à l’appartement autour de 16H pour vider la voiture et investir les lieux…

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Nous nous rendons ensuite dans le petit village de Vielle-Aure sur le site de l’organisation pour le retrait des dossards (avec un contrôle minutieux du matériel obligatoire), la dépose des sacs qui seront acheminés sur les bases de vie de Pierrefite (km75) et Esquieze-Sere (km122) et le briefing d’avant course qui annoncera notamment une météo assez maussade le vendredi et la première nuit. Quelques autres coureurs de Loire Atlantique sont présents dans le village, nous en profitons pour discuter un peu, parmi eux il y a notamment Philippe et Daniel, j’avais couru le trail du vignoble nantais en début d’année avec Philippe et nous avions terminé dans le même temps, je sais aussi que Philippe à une grosse préparation derrière lui, enfin Daniel (alias « beurette »), que je connais moins, a déjà quelques ultra très réputé comme l’UTMB ou la Diagonale donc c’est la sagesse et l’expérience. Demain j’essayerais de les retrouver sur la ligne de départ…

La traditionnelle pasta party (assez sommaire je trouve) clôturera la fin de journée avant de retourner à l’appartement pour une revue complète du matériel avant le départ et une dernière préparation en vue de ne pas avoir à se poser de questions au lever dans la nuit.

Jour J
Le départ sera donné à 5h, me voilà levé à 3h30, j’enfile ma tenue et avale un p’tit déj’ presque classique : céréales, brioche avec confiture de prune maison, pas de café alors je me replis sur le coca… et un reste de salade riz-thon-maïs.
L’heure tourne, un p’tit tour par les toilettes pour ce que j’appellerais « une pause technique »… 4H20… Un geste pour Janick qui est encore couché (sa course qui part plus tard) et Gérard me conduit jusqu’à la ligne de départ à Vieille-Aure.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauL’objectif est simple sur cette épreuve, finir dans le temps imparti soit 50h, je ne peux pas viser autre chose car je découvre la distance et il m’est impossible de prévoir la réaction de mon corps face à la fatigue notamment. Il va falloir gérer le plus sereinement possible, tantôt en faisant abstraction de la douleur, en gérant aussi les phases d’euphories qui annoncent généralement de grosses baisses de régime, enfin en écoutant ses sensations pour peut-être s’octroyer des moments de micro-sommeil, bref l’inconnue mais une chose est certaine j’ai une grosse « gnacque » pour aller au bout sans aucune prétention de chrono !!

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauBeaucoup de monde est déjà présent sur la place de ce petit village, j’essaye de retrouver des têtes connues notamment Philippe et Beurette car je sais que leur rythme devrait me convenir. On tourne un peu mais personne… la pluie arrive juste avant le départ et tout le monde enfile sa veste, je préfère attendre un peu.

La délicieuse musique A sky full of stars de Cold Play retentie suivie par quelques feux d’artifices puis le coup de pétard est donné, je salue Gérard et lui donne rendez-vous à Artigues au km30 vers 11h.

Section Vieille-Aure (km0) /Merlans (km14 – CP1)
Après 200m me voilà aux cotés de Sébastien, nous sommes de la même commune mais je n’essaye pas de lui emboiter le pas car je le sais meilleur que moi étant donné qu’il a déjà quelques ultra montagnard à son actif…

Nous démarrons en trottinant par la route bitumée qui mène à Vignec avant d’attaquer la montée du Pla d’Adet par des voies carrossables accessibles aux 4×4, le peloton d’un peu plus de 700 coureurs n’est pas encore très étiré, le chemin nous mène à la route de la station de ski où déjà quelques spectateurs sont présents pour nous encourager puis de nouveaux chemins assez larges nous emmènent vers le col de Portet. Le jour se lève doucement et nous découvrons dans notre dos une magnifique mer de nuages dans la vallée au-dessus de St Lary, je m’arrête pour immortaliser ce moment avec une petite photo. La bonne nouvelle c’est que la météo nous donne du répit sur ce début de course, à défaut d’un grand soleil, la pluie tarde à venir et c’est tant mieux.

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Nous enchaînons la montée par les pistes de ski beaucoup plus raides, pour le moment je garde mes bâtons accrochés au sac à dos car me sentant pas très aguerri à leur utilisation je voudrais éviter d’éborgner un concurrent, donc cette portion avec de bons pourcentages se fait en poussant avec les mains sur les cuisses.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauEn haut se profile le col de Portet à 2200m d’altitude par lequel nous gagnerons le premier ravitaillement au restaurant Merlans, nous venons déjà de prendre 1500m de dénivelé positif et basculons de l’autre côté avec les encouragements de quelques groupes de personnes, la descente très courte jusqu’à Merlans se fait au petit trot. Je pointe à 7h53 donc avec un peu plus de 30min d’avance sur la barrière éliminatoire fixée à 8h30. Je refais le plein en sucré/salé rempli les gourdes et quitte ce ravito sympathique, bien organisé et espacé, déjà on se rend compte que les bénévoles sont à pied d’œuvre, souriant, disponible et surtout ils nous donnent bien la ouache !!

Section Merlans (km14) / Artigues (km30 et CP2)
L’organisation avait prévenu que cette section dans la zone du Néouvielle était difficilement courable.
A la sortie du ravito de Merlans, nous prenons un petit sentier agréable en légère descente et s’offre à nous la magnifique vue en balcon sur le lac de l’Oule, au bout de ce chemin ça se complique nettement, le sentier devient beaucoup plus pierreux et nous reprenons à monter cette fois vers le col de Bastanet à 2 500 m d’altitude.

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Les pierriers sont de plus en plus importants à l’approche du col, nous avançons au pas et je lève souvent la tête pour profiter du paysage. Une dernière bonne montée et nous voilà au col où une fois de plus la vue est extraordinaire, en revanche ce n’est pas une surprise dans cette longue descente vers Artigues nous allons clairement « manger du cailloux », l’environnement n’est que minéral et va être donc très technique.

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Le temps de prendre quelques photos et je me lance dans cette délicate descente. Je ne suis pas à l’aise sur ce type de terrain, je manque de souplesse, j’anticipe mal les obstacles car je ne lis pas suffisamment le parcours à 5 – 10 mètres à l’avance, au final ma pose de pied reste imprécise, de plus cela est gourmand en énergie du fait que l’on multiplie les appuis et les contractions musculaires.

J’avance doucement et me fais régulièrement doubler, je croise un Normand (Alain) avec qui je vais faire connaissance et discuter un peu, nous nous retrouverons sur plusieurs points du parcours jusqu’à l’arrivée. Bien que ce ne soit pas vraiment un plaisir d’avancer dans ces pierriers où je galère un peu, je profite au maximum des somptueux panoramas que nous traversons, en réalité ce début de course ressemble davantage à une ballade touristique qu’à une épreuve de course à pied, je ne m’en fait pas pour autant car pour durer il faut s’économiser.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauLe lac de Gréziolles est en visu depuis un moment maintenant et nous approchons du barrage, encore quelques gros pierriers à passer, certains à l’aide des mains, et après le barrage nous aurons droit à des sentiers plus agréables.

Comme prévu la pluie commence à tomber, nous avons déjà eu la chance d’avoir un temps sec dans la réserve du Néouvielle car la pluie aurait rendu le granit bien plus glissant, le sentier qui arrive est moins pierreux mais méfiance tout de même, dans un passage technique je dévisse et me voilà le cul par terre, cette fois il est temps de sortir les bâtons pour gagner en équilibre. La fin de la descente ne présentera pas vraiment de difficultés hormis à 500m du ravito où le chemin est plus abrupte et boueux, je passe sans prendre de risque mais le coureur qui me suit 10m derrière dérape, j’entends un bon craquement suivi d’une volée de jurons, il se relève avec un bâton brisé en 2, pas bon …

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauJ’atteins le ravito à 11h28 soit 1h30 d’avance sur la barrière. Gérard est bien présent, ça fait du bien de revoir du monde. Juste après mon pointage en prenant ma soupe, j’entends le responsable du poste annoncer qu’il reste environ une quarantaine de coureurs en attente de pointage, je n’en reviens pas seulement 40 coureurs ! C’est vrai que l’on n’a pas fait énormément de relance en courant sur un rythme soutenu mais se retrouver en queue de peloton comme cela ça fait un peu bizarre. D’un autre coté je me dis qu’il y en a certainement un bon nombre qui sont partis la tête dans le guidon et qui le paieront plus tard dans la course… Cela ne m’inquiète pas, je continue à manger correctement et surtout ne pas bâcler le ravito, on discute avec Gérard qui a vu passé les cadors et était vraiment impressionné par leur vitesse. Quelques instants après Philippe et Beurette arrivent sur le ravito, frais comme des gardons aussi, nous tombons rapidement d’accord pour continuer la route ensemble.

Section Artigues (km30) / Col de Sencours-Pic du Midi (CP3)-Col de Sencours (km44)
La section qui suit est un peu particulière, évidemment ça va monter sévèrement, nous allons atteindre le col de Sencours où est situé le ravitaillement pour enchainer sur l’ascension du Pic du Midi, le point culminant de l’épreuve avec un pointage en haut, puis nous redescendrons par le même chemin pour retourner au col de Sencours avec de nouveau le ravito. Un beau programme.

A la sortie d’Artigues, nous voilà donc à 3, un bon coup de cul à la sortie du chapiteau dans une forêt puis le sentier qui mène à Sencours monte assez doucement au début, malheureusement la météo ne s’améliore pas avec toujours des pluies éparses et un plafond bas. Quelques photos pour le fun, nous apercevons bien le Pic du Midi maintenant et se dire que l’on file là-haut nous donne déjà des frissons.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauDans la montée au col de Sencours je m’aperçois aussi que ma technique de montée n’est pas si mauvaise, j’évolue en skating c’est-à-dire en planté des 2 bâtons simultanément loin devant et on pousse au maximum une fois à l’arrière, avec cette technique je fais en moyenne 4-5 pas entre chaque planté de bâtons. Je suis vraiment à l’aise en montée, du coup je donne le tempo, nous arrivons dans le couloir qui mène à Sencours et la pente devient nettement plus importante, et dans cette montée le vent est de plus en plus fort à mesure que nous avançons, à mi-trajet nous devons enfiler nos vestes.

Avant le col, nous traversons un premier névé, magique en plein été ! Enfin à Sencours, il fait un temps bien pourri avec de bonnes rafales de vent et la pluie, ces intempéries balayent même toute une table de ravitaillement, on grignote un peu et on ne traine pas sous ce déluge (je salue chaleureusement au passage les bénévoles qui sont vraiment top avec nous alors que eux restent statiques dans ce froid, chapeau !), il faut maintenant attaquer l’ascension du Pic du Midi et le redescendre par le même chemin. Evidemment vu notre classement nous croisons déjà beaucoup de coureurs qui eux ont déjà pointé là-haut et déboulent à toute vitesse dans la descente, quelques coureurs ont même des mots d’encouragements sympa. Dans le début de la montée mon téléphone sonne, c’est Gérard qui devait nous retrouver à Sencours mais lorsque j’ai vu le temps je n’étais pas étonné de constater qu’il n’était pas là (sachant qu’il a 30min de marche depuis le col du Tourmalet pour atteindre Sencours), il me dit qu’il va finalement prendre une chambre d’hôtel vers Luz Saint Sauveur pour être présent sur les ravitos de Pierrefite, Cauterets, et Esquieze-Sere, c’est tactiquement bien joué car Luz Saint Sauveur se situe au beau milieu de tout ça.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauLe Pic du Midi démarre par de grands lacets assez larges pour ensuite serpenter plus étroitement en approchant du sommet, dans cet environnement il n’y a que de la caillasse, évidemment la température descend énormément et avec les mains trempées ce n’est pas génial, Philippe ne sentira plus ces doigts au sommet. J’arrive le premier au point culminant à 2900m pour pointer, dommage on s’y attendait mais il n’y a rien à voir, une purée épaisse, la pluie, bref faut pas s’attarder ici et redescendre à Sencours pour manger quelque chose de chaud. Philippe arrive un peu après et va se changer dans un abri, enfin Beurette en termine aussi, une photo pour la postérité et on repart.

La descente que je craignais se déroule finalement pas si mal, Philippe et Beurette me prennent un peu d’avance mais je laisse filer car je sais que sur la fin je pourrais les reprendre en courant plus rapidement, nous croisons des coureurs encore dans la montée, un petit mot également pour eux, au bout de 30 minutes nous revoilà à Sencours.

La barrière était fixée à 17h15, nous y sommes à 15h15. La salle de ravitaillement est exiguë et il n’est pas facile d’y pénétrer, je change aussi de maillot car il est trempé et j’ai peur de prendre froid en ressortant, j’enfile le manche longue micro-polaire, j’ai refait le plein et les voyants sont au vert. Jusqu’ici tout va bien…

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Section Sencours (km44) / Hautacam (km63 – CP4)
C’est l’une des sections les plus longues en autonomie, le profil est globalement descendant mais il y a quand même quelques bons coups de cul à avaler comme le col de Bareilles.

A la sortie de Sencours nous prenons une large piste pour relancer en trottinant et nous sortons rapidement de cette piste pour arriver sur un monotrace bien agréable, je retrouve l’ami Normand Alain, toujours un petit mot sympa. Nous dépassons aussi une féminine qui m’interpelle pour m’avertir qu’une poche de mon sac est ouverte, elle me propose de la refermer (la communauté des trailers c’est vraiment le top de la gentillesse !). Toujours sur ce même monotrace nous contournons une colline et de l’autre côté c’est de nouveau le déluge, on remet vite la veste, je demande également à Philippe si il peut me dépanner en vaseline, depuis le début de la course j’ai une gêne à l’entre-jambe et ça commence à piquer un peu, la vaseline va améliorer le frottement mais j’ai finalement peur d’avoir déjà une irritation et cela sera bien le cas…

Ce monotrace nous mène sur un bon névé suivi de l’ascension d’un gros pierrier, la montée n’est pas longue mais il faut être vigilant sur les pierres mouillées et instables, à la bascule nous évoluons encore sur un single bien sympathique et assez herbeux, ce chemin inondé par les ruisseaux par endroits nous amène au lac Bleu que nous allons contourner par la moitié. C’est assez bizarre car sur cette portion il fait assez bon, nous devons être protégé dans une vallée, le chemin bien que plus pierreux aux abords du lac reste bien agréable et nous pouvons même relancer en courant par moments, attention tout de même à ne pas dévisser sur des passages un peu chauds, ici même un concurrent est tombé dans le lac il y a un an. Enfin arrive le col de Bareilles, cette ascension se fait « dré dans le pentu » avec de bons pourcentages. Nous ne mettons pas dans le rouge et prenons notre temps. On s’arrête un peu plus souvent car cela tape bien dans les mollets, nous apercevons au loin proche du sommet un névé et des petits points qui gravitent autour, « oui oui les petits points sont bien des coureurs » (c’est la remarque faites à un trailer qui se posait la question…).

Une fois en haut, un froid saisissant avec le vent et de nouveau la pluie, une superbe vue mais surtout mauvaise nouvelle pour moi une descente vertigineuse avec des lacets très courts, on distingue à peine les coureurs en bas. Sans tergiverser je m’y lance le premier sans attendre Philippe et Beurette car ils me rattraperont rapidement.

Effectivement, peu de temps après Philippe me reprend je m’écarte pour le laisser passer et apprécier sa belle technique de descente. Il m’aura bien mis la misère sur ce kilomètre. Je pioche et je ne prends vraiment aucun plaisir tellement c’est raide. Une fois en bas dans une sorte de pâturage avec quelques vaches sur le passage nous pouvons relancer en mode course et nous commençons à voir au loin les pistes de la station d’Hautacam.

Jusqu’à Hautacam nous allons courir sur une bonne partie de la section et environ 1km avant le ravitaillement nous rencontrons Christophe un coureur de Varades comme Philippe, il était en vacances dans le coin et quand il a su que l’épreuve passait par là il a prolongé un peu pour voir la course. Nous discutons donc tranquillement jusqu’au ravito, et pour ma part à ce moment de la course j’ai des sensations un peu bizarres, vaseux, frissonnant et surtout un bon mal de crâne me prend. Je commence à prendre un peu de fièvre, c’est ma veine, au ravito je me force à manger car je n’ai pas très faim et pourtant nous venons de faire une longue section, je refais le plein, je vide aussi ma poche à eau car depuis le début de la course je suis avec 2 bidons de 600ml et une poche d’1.5l, hors mes 2 bidons suffisent entre 2 points de ravitaillement mais par excès de sécurité je pensais qu’il serait mieux d’avoir une réserve d’eau supplémentaire, seulement cette réserve m’a alourdi d’environ 1.5kg sur les 63 premiers kilomètres du parcours, une bonne perte d’énergie.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauPendant cette pause à Hautacam, j’ai aussi Hélène et mes enfants au téléphone et ça c’est du bonheur en barre, ça fait un bien fou et regonfle un peu la machine ; j’ai également eu Janick qui est sur le Tour des cirques (nouvelle épreuve de 120km de l’organisation du GRP) et il m’annonce qu’il jette l’éponge à Gavarnie au 50e km ; à ce moment je ne le dit pas mais je n’en mène pas large et je doute sérieusement, la nuit tombe et un épais brouillard avec. C’est fou comme on peut vite basculer dans le négatif. La barrière à Hautacam était à 22h30 et nous sommes pointés à 20h20 soit 2 heures d’avance moins le temps que nous avons pris à nous ravitailler, autant dire que nous n’avons rien gratté par rapport au dernier point de contrôle, cette stagnation contribue aussi à jeter un coup de froid dans mon esprit, je pensais que nous serions bien plus large à ce point de la course.

Section Hautacam (km63) / Pierrefite – Base de vie 1 (km75 – CP5)
Nous saluons Christophe avant de repartir, alors que la nuit tombe j’interpelle mes 2 compères pour qu’ils installent leurs frontales dès maintenant, après cela nous attaquons une bonne section de jardinage dans des hautes herbes, nous ne voyons pas à 10m avec ce brouillard et les balises sont disposées environ tous les 30m, un peu galère, nous pataugeons les pieds dans l’eau de temps à autre, enfin nous arrivons sur une route où nous pouvons envoyer en courant et cela fait franchement du bien car je me dis qu’à ce rythme nous mettrons moins de temps pour arriver à Pierrefite, d’habitude je ne me réjouis pas du bitume mais pour une fois je ne le boude pas. Après cette route nous prenons un chemin forestier idéal pour courir aussi, d’ailleurs nous allons reprendre quelques coureurs à ce petit jeu tout en étant toujours vigilant au balisage. Ce chemin se réduit ensuite en monotrace bien boueux en sous-bois où à travers la végétation nous distinguons les lumières de Villelongue (collée à Pierrefite où est la base vie).

A l’entrée dans la ville, nous marchons le long d’une rocade et contournons un rond-point, ensuite le balisage nous renvoie dans la nature avec un butte énorme, c’est la stupeur personne ne comprend pourquoi nous passons dans cette broussaille alors qu’il suffit de suivre la route pour arriver à Pierrefite, quoiqu’il en soit il y a encore du balisage plus haut donc sauf mauvaise blague (débalisage sauvage) nous sommes sur le bon chemin…pendant un moment me voilà même à penser que nous avons raté quelque chose et que nous attaquons directement le Cabaliros sans même être passé par la base vie (ce serait un carnage sans nom !). En réalité tout va bien un homme est posté plus haut et nous rassure, le pauvre a dû essuyer un certain nombre de mécontentements sur ce tracé un peu loufoque, il nous explique que la route pouvait présenter des risques un peu plus loin donc l’orga nous fait bifurquer par ce talus mémorable. Bref Philippe et moi sommes en haut, mais Beurette qui grognait en bas n’arrive pas, j’en profite pour passer un coup de fil à Gérard qui doit nous attendre à la base de vie et je lui indique que nous y serons dans 10-15 min, après au moins 5 bonnes minutes Beurette nous rejoins, il était retourné au rond-point pour vérifier que nous n’avions rien raté, et ben non… un dernier passage en ville et la base de vie est là ! Nous entrons à 22h55 pour une barrière à 1h00 du matin soit toujours les 2 heures d’avance que nous avions aussi à Hautacam.

Il nous faut maintenant bien nous restaurer car cette nuit c’est le gros morceau qui fait office de juge de paix sur cette course, de manière générale ceux qui passent le pic du Cabaliros et la nuit vont souvent au bout, mais nous n’en sommes pas là.

Dans un premier temps j’explique à Gérard ma montée de fièvre et mes maux de tête toujours bien présents, le souci est que je n’ai pas prévu de quoi me soigner dans mon sac, miracle Gérard sort 3 dolipranes de sa banane et me sort d’une belle ornière car après ça je vais aller beaucoup mieux, les maux de tête s’estompent et je sens bien tomber la température, on me dira même que j’aurais meilleure mine à la sortie. Nous nous changeons complètement, un brin de toilette à l’eau froide, de la vaseline à l’entre-jambe (je souffre vraiment de ce côté-là), la remise à neuf des pansements sur les talons pour éviter les ampoules, et on se rhabille en version chaud car sur le Cabaliros ça va être frais, très frais,et pour terminer changement salvateur de chaussettes et chaussures, on revit ! Enfin cette base de vie propose aussi des plats de pâtes, soupe ainsi que le ravitaillement habituel. Je traine un peu et mes compères m’attendent pour repartir. Je me hâte et nous voilà prêt à sortir, je remercie encore Gérard pour sa présence précieuse.

Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Nous sortons de Pierrefite à 00h07 soit 1h15 passé à cette base, c’est beaucoup mais il était important de bien se recharger pour repartir dans la nuit, de plus nous avons fait le choix de ne pas dormir au moins jusqu’à Cauterets (km102) donc il ne fallait pas non plus bâcler cette base…

Section Pierrefite (km75) / Pouy Droumide (km86 – CP6)
A la sortie de la salle, un car rempli de coureurs ayant abandonnés décolle pour un retour à Vieille-Aure (j’apprendrais plus tard que Janick était dedans), on se dit que notre stratégie d’avancer cool et jamais dans le rouge est peut-être la bonne… nous nous retrouvons avec d’autres coureurs car à la sortie des ravitos de nuit les commissaires ne laissent pas un coureur partir seul pour une question de sécurité, même si le groupe éclate 15min plus tard c’est la règle. Dans notre groupe il y a maintenant un mec qui n’arrête pas de grogner quand il parle, pas vraiment agréable, c’est clair qu’à la moindre ouverture on va le planter sur place (pas fair-play j’en convient mais la mauvaise humeur peut devenir contagieuse et nous nous sommes heureux d’être là donc celui qui n’est pas content n’a qu’à rendre son dossard !) , d’ailleurs peu de temps après il s’arrête un peu au croisement de 2 chemins il devait avoir un pote derrière, allez on trace… ! Et finalement nous faisons connaissance de René, un Breton originaire de Vannes, qui est de bien meilleure compagnie, il était parti avec 2 amis, mais les 2 ont déjà abandonnés.

Nous sommes dans la première montée vers le pic du Cabaliros (altitude 2300m – dénivelé positif de 1800m depuis Pierrefite), c’est la plus longue montée sèche de la course, mais pour l’instant tout roule, nous évoluons en sous-bois ce qui apporte une température plus douce, en revanche et c’est la contrepartie les chemins sont bien gadouilleux ! Des pans de brouillard commence à venir en prenant de l’altitude et cela nous facilite pas la tâche pour trouver les balises, à plusieurs reprises nous devons nous séparer pour trouver la balise suivante, nous perdons beaucoup de temps à jardiner, nous passons aussi dans des pâtures, dans la nuit nous voyons des yeux de vaches refléter avec nos frontales, c’est un peu glauque !! Mais le pire reste la traversée des bourbiers laissés par le passage de ces mêmes vaches lorsque elles avancent en troupeau, on ne s’amuse pas à patauger en s’enfonçant d’au moins 20 bon centimètres car cela ruinerait nos pieds, donc nous cherchons systématiquement le meilleur chemin en tâtant avec nos bâtons pour rester au maximum les pieds au sec, pas simple et surtout très chronophage. Le temps passe vraiment plus vite denuit d’autant que je prends du plaisir dans ces montées, régulièrement je me retourne et stoppe ma progression pour attendre ma troupe. Le chemin se fait plus plat et un brasero signale l’approche du ravito de Pouy Droumide. Là c’est la bonne surprise de la nuit, on entend de la musique Disco et on ne comprend pas trop ce qu’il se passe, et pourtant pas d’hallucinations, en arrivant sur la tente un homme avec une belle perruque rose et une paire de lunette 80’s nous accueille, c’est ambiance boule à facettes à l’intérieur, extra !! Ce ravito est tenu par des jeunes avec un sens de l’hospitalité bien à eux et dans cette nuit bien fraiche cela nous réchauffe et nous donne une bonne énergie (merci les d’jeuns !). Durant cette collation nocturne Alain l’ami Normand arrive lui aussi et toujours la petite tape amicale.

Nous avons pointé à 3h04 à ce checkpoint donc nous avons mis moins de 3 heures pour faire les 2 tiers de cette ascension vers le Cabaliros. Nous avons toujours les 2 heures d’avances sur la barrière.

Au moment de repartir, je me sens bien léger, encore la tête dans l’univers Boney M j’en oublie mes bâtons ! demi-tour et cette fois on en termine avec ce pic.

Section Pouy Droumide (km86) / Cauterets (km102 – CP7)
Nous sommes toujours 4 accompagné de René le Breton à la sortie de Pouy Droumide, le temps ne s’améliore pas mais il y a déjà moins de pluie, nous arrivons même à apercevoir les étoiles, signe avant-coureur qu’il va faire encore plus froid au sommet. Nous montons bon train et récupérons un coureur isolé qui s’accroche à notre rythme, René se charge des présentations et dresse un bon portrait du groupe, on discute bien, il y a Beurette « le druide » selon ces mots, et les 2 autres (Philippe et moi) « un peu fou fou » ! Ça c’est dit.

Nous sommes désormais complètement à découvert et le vent nous glace, les pentes sont toujours herbeuses mais nous avons tout de même droit à quelques parois rocheuses un peu plus raides, plus haut nous récupérons encore un autre peloton de coureurs, cette fois nous restons en file indienne derrière eux car nous approchons du sommet. Une tente en bivouac marque le point culminant et nous basculons maintenant dans une descente de 1400m de dénivelé négatif sur une dizaine de kilomètres où évidemment je serais moins fringant…

Nous démarrons par de très longs lacets pas trop techniques qui me conviennent parfaitement, j’ouvre même le chemin sur ce début de descente, nous abordons aussi beaucoup de passages de ruisseaux où nous veillons à éviter de tremper les pieds. Le peloton d’une dizaine de coureurs au sommet s’est disloqué et notre groupe de 4 reste bien soudé.

Au beau milieu de la descente Philippe a subitement un bon coup de mou, le sommeil commence à le gagner et il est moins vigilant sur ces appuis, le suivant depuis un moment je vois bien ses talons déraper de plus en plus souvent, je me permets de lui faire cette remarque et nous baissons un peu de régime. Régulièrement dans cette course nous faisons des arrêts groupés pour bien penser à s’hydrater et manger, c’est ce que nous avons fait pour couper la lassitude de cette descente et en voyant les yeux de Philippe à ce moment je pense effectivement que la fatigue l’a pris et qu’il a été en syndrome d’hypovigilance sur une courte durée.

Après cette pause, nous repartons dans cette descente monotone et au moment de traverser un ruisseau bien boueux notre ami René se gamelle la tête en avant dans la gadoue, pas de bobo mais juste bien dégueulasse !! Un peu plus loin René s’arrête pour retirer une chaussure et nous dit de filer sans l’attendre, d’autres coureurs arrivent plus haut auxquels il pourra prendre un wagon et nous ne reverrons plus notre Breton…

La fin approche et le jour commence à se lever, nous arrivons dans des bois puis sur une piste de 4×4, nous éteignons les frontales et la ville est en vue.

Nous voilà à vagabonder dans les rues de Cauterets (km102) et je ressens une bonne gêne sous le pied droit (la dureté du bitume fait ressortir cette gêne plus intensément), cela doit être une ampoule, je vérifierais une fois au ravito en attendant on serre les dents et j’essaie de prendre mes appuis sur l’extérieur du pied. Nous arrivons sur la place principale, Cauterets est une ville bien charmante, et les bénévoles toujours aussi attachants nous accueillent dans le casino. Gérard est là, il assure vraiment une bonne assistance car il me décharge du côté matériel pour que je puisse me concentrer sur l’essentiel, m’alimenter correctement.

Je commence par retirer ma chaussure et chaussette, pas d’ampoule mais une bonne plaque de 4cm de diamètre environ où la peau est blanchie sur l’avant-pied, le constat est clair mon pied a macéré dans l’humidité de ma chaussure et cela a formé une crevasse. Je vais aussitôt à la rencontre des pompiers présents dans la salle et qui assurent quelques soins pour voir si ils peuvent faire quelque chose. Le diagnostic du pompier est le même : crevasse. Je m’allonge donc sur le lit de camp, il me triture douloureusement cette crevasse puis me pose un strap bien tendu sur lequel je vais ensuite beurrer grassement ma NOK. Pendant ce temps mes compères ont bien avancé dans leur ravitaillement et je dois manger au pas de course pour ne pas pénaliser le groupe. Comme d’habitude je mange beaucoup de salé (tucs, jambon, fromage, pain) pour fixer le sel qui évite les déshydratations, je m’abreuve de coca à volonté (ça donne beaucoup de gaz mais faut ce qu’il faut !) enfin je termine par du sucré (fruit secs surtout) et du chocolat pour le plaisir…

A la sortie, je ne suis finalement pas aussi attardé que ce que je pensais, et les soins prodigués par le pompier sont assez efficaces, de plus il m’a informé que des podologues seront présents sur la base de vie de Esquieze-Sere au km122 (soit 20km plus loin), donc si nécessaire il ne faut pas hésiter à les consulter.

Le pointage à Cauterets a été effectué à 7h48 pour une barrière à 10h00, encore 2 heures d’avance, c’est stable mais aussi la preuve que nous sommes régulier, cette avance même sans être très importante nous permet d’aborder les ravitos avec une certaine sérénité.

Et de noter qu’hier à Hautacam quand le mental s’effritait, ces 2 même heures sur la barrière qui me semblaient insuffisantes me tiraient vers le fond ; alors qu’aujourd’hui, 40km plus loin et revigoré, elles me paraissent plus confortables. Comme quoi la perception est différente en fonction des états de fatigue.Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Section Cauterets (km102) / Aulian (km112 – CP8)
En quittant Cauterets nous n’avons toujours pas prévu de dormir, nous verrons par la suite, à ce stade il est difficile d’avoir un plan. La météo est toujours grise mais plus pour très longtemps. Nous allons attaquer le col de Riou, environ 1000m de dénivelé à avaler, une difficulté pas insurmontable en comparaison de ce que nous venons de connaitre.

Nous quittons la ville pour une large piste qui monte doucement, 2 autres coureurs nous accompagnent dont un Vannetais encore, ça papote sport, foot, vélo tout en avançant tranquillement, trop tranquillement je trouve, ça manque de rythme, alors tout doucement j’impose une allure un peu plus soutenue puisque je suis toujours aussi bien en phase ascendante, et ça suit bien. Au bout de 45min, pause hydratation et grignotage, il ne faut pas oublier les fondamentaux. Nous sortons enfin de cette large piste pas vraiment bucolique pour un petit sentier bien plus mignon et verdoyant, c’est le moment choisi par le soleil pour inonder cette jolie clairière de ces rayons, autant de lumière ça pique même un peu les yeux au début !

Nous croisons encore des vaches, je m’arrête pour changer de haut, car je commence à avoir bien chaud avec mon haut polaire comme seconde couche, je le troque donc pour un manche longue plus respirant (maillot finisher de l’Endurance trail des Templiers 2012), pendant ce temps Philippe et Beurette ont continué leur progression, je me lance vigoureusement à leur poursuite et dépose notre coureur Vannetais qui avait pris un peu d’avance suite à notre pause hydratation précédente. Il reconnait le maillot des Templiers pour l’avoir fait lui aussi la même année, on échange un peu sur nos performances respectives et j’embraye de nouveau pour retrouver mes 2 acolytes. Je prends mon pied dans ces accélérations en montée car cela répond très bien.

De retour sur les basques de Philippe et Beurette, je continue sur ma lancée et met le tempo, le monotrace part en lacets et nous commençons à voir le bout. A la bascule, cette montée est passée assez rapidement je trouve, le beau temps égaye tout le monde et nous nous engageons dans la première partie de la descente en trottinant pour rejoindre Aulian au niveau de la station de ski de Luz-Ardiden, nous contournons un vallon et arrivons directement dans la station. Le mot d’ordre est de ne pas trainer ici, juste manger un morceau, remplir les gourdes, et partir ; de plus ce ravito est jonché de coureurs au bout du rouleau rendant l’atmosphère un peu délétère à mon gout. Je me confectionne 2 sandwichs pain/gruyère/jambon et sort de la salle pour finir en route.

Le pointage est enregistré à 11h22 mais pas de barrière à ce point de contrôle.

Section Aulian (km112) / Esquieze-Sere – base de vie 2 (km122 – CP9)
Sur le papier, la section qui suit n’est pas compliquée, tout en descente, et ça démarre sur les chapeaux de roue avec un raidillon dans des morceaux d’ardoises, gare à ne pas laisser un morceau pénétrer dans les chaussures !

La suite du programme n’est pas plus réjouissante, une section hors sentier dans les hautes herbes et le devers d’une bonne pente, on crapahute comme on peut et pour finir nous partons en descente droit dans le pentu dans ces grandes herbes grasses et glissantes déjà couchées par le passage des autres coureurs. En contre-bas nous gagnons une route où une voiture est garée avec 2 personnes à coté qui contemplent nos exploits avec une paire de jumelles. La raison : cette descente est hyper glissante et sur 200m je me suis retrouvé 5 fois le cul par terre ! D’accord, je ne suis pas un bon descendeur mais faut pas pousser, ils doivent bien se marrer en bas !! J’en voit le bout, encore un 20m à dévaler, je m’arrête pour signifier aux 2 spectateurs que cette descente est bien merdique, et l’un d’eux me répond qu’il faut descendre en toboggan sur les fesses, ni une ni deux je jette mes bâtons en contre bas et fini par la technique du toboggan comme préconisé et ça marche plutôt bien ! Philippe et Beurette en termine aussi avec cet abominable pente.

Après cela le reste sera moins chaotique, nous allons prendre des chemins de terre en sous-bois avec des relances régulières en courant, Philippe ouvrira la route et je lui prendrais le relais de temps à autre. Nous sommes à l’ombre et cela n’est pas plus mal car au soleil cela cogne vite et devient soudainement moins agréable. De petits ruisseaux traversent notre chemin et les zones pierreuses peuvent vite devenir bien glissantes, nous prenons beaucoup de précautions pour éviter la chute sur ces zones.

La ville de Luz-Saint Sauveur est en approche et nous retirons tous les 3 notre seconde couche, le soleil fait bien son œuvre en ville avec les reflets de chaleur du macadam. Après un passage dans Luz Saint-Sauveur, nous avons une portion sur une grande route loin d’être agréable, notre groupe s’éparpille un peu et nous profitons tous les 3 de ce moment pour joindre par téléphone nos secondes moitiés, nos femmes et loulous nous supportent bien, même si le moral est revenu au beau fixe pour ma part c’est toujours bon d’entendre le son de leur voix. Fini le quart d’heure téléphone nous arrivons sur Esquieze-Sere et sa base de vie. Nous n’avons toujours pas décidé de dormir, aucun de nous n’accuse le coup pour le moment. Advienne que pourra.

Comme prévu Gérard est là aux avant-postes, nous pointons l’entrée sur cette base à 13h33, avec maintenant 2h30 d’avance sur la barrière. L’école d’Esquieze-Sere est investie pour recevoir les coureurs.

Nous faisons tous un bon check au niveau des pieds notamment, le strap sous mon pied droit commence à se décoller, sans toutefois être douloureux, et sur celui de gauche j’ai maintenant le même symptôme. Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauClairement je ne perds pas de temps et file directement chez les podologues, je ne veux prendre aucun risque car cela peut ruiner la fin du parcours, d’ailleurs Philippe et Beurette en font de même. Ces 2 étudiants podologues font un super boulot et sont bien mieux équipés que le pompier de Cauterets. Une fois les pieds remis en état je remets une énième fois de la vaseline à l’entre-jambe, il est trop tard car l’irritation est bien installée mais au moins cela soulagera pendant 1 à 2 heures, je souffre de cette irritation depuis longtemps et je redoute surtout le moment où je passerais sous la douche d’après course… Après un brin de toilette et un change complet y compris la troisième paire de chaussures que j’avais prévu, nous passons par le buffet, je suis encore un peu en retard par rapport à Philippe et Beurette et je suis obligé de manger précipitamment. Je commets aussi l’erreur de ne pas boire suffisamment. Je salue encore une fois l’ami normand Alain, nous nous suivons de ravito en ravito.

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Section Esquieze-Sere (km122) / Tournaboup (km134 – CP10)
Nous sortons à 14h40 de la base de vie, soit 1h10 passé à cet endroit pour bien se ressourcer, Gérard nous informe qu’il sera à Tournaboup. Nous prenons aussi conscience qu’évoluer à 3 comme nous le faisons est une vrai chance, pour ma part je n’en serais sûrement pas arrivé là sans la présence de Philippe et Beurette, j’en suis intimement convaincu, j’aurais certainement craqué avec ma fièvre et la pénible irritation que je traine, mais à 3 ce n’est pas pareil, cela t’oblige à faire abstraction, et surtout je le ressens ainsi il y a aussi le souhait de ne pas être le fardeau du groupe, d’autant plus que physiquement, hormis les bobos, les cannes fonctionnent à merveille.

Direction Tournaboup où cette section est composée de large pistes, routes, et un peu de chemins tout de même, le tout en montant régulièrement (800m en D+) et une légère descente avant le ravito. Nous sommes en plein après-midi et le soleil cogne au maximum, ce ne sont pas les conditions que je préfère car je bois énormément avec la chaleur. Comme précisé précédemment j’ai fait l’erreur de ne pas boire suffisamment à la base de vie et je vais vite le savoir. Au bout d’environ 2 kilomètres, la gorge sèche j’ai descendu l’équivalent d’un bidon, je comprends rapidement qu’à ce rythme je vais tomber à sec sous peu.

J’essaye de freiner cette soif autant que possible, mais il ne faut pas non plus se déshydrater, du coup je me dis que j’irais me servir dans une des nombreuses cascades d’eau fraiche que nous croisons, cette pratique n’est pas conseillée mais c’est mon dernier recours. Nous continuons à grimper par un chemin monotrace ombragé qui fait du bien, et nous passons à côté d’une maison postée bien haut dans cette montagne avec en façade une tablée de locaux en plein apéro, pas de question à se poser je vais leur demander poliment de l’eau, malheureusement ils me répondent qu’ils n’ont que du Ricard ! Je leur réponds que je ne suis pas difficile, ça fera l’affaire !! Finalement ils ont réussi à me trouver ½ litre de Volvic, royal ! Je repars alors récupérer mes 2 compères et à la jonction avec Beurette nous faisons un arrêt à une cascade pour nous asperger comme il faut la tête sous cette eau bien vivifiante et cela fait un bien fou. Nous rejoignons enfin Philippe, passons une bonne pente gravillonneuse en devers où il ne faut absolument pas dévisser et arrivons sur une large piste accessible aux voitures, à partir de cet endroit nous n’aurons plus de petits chemins jusqu’à Tournaboup.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauLa piste mène tout d’abord à un camp de vacances où une colonie de jeunes s’amuse en plein air, au passage quelques jeunes nous proposent gentiment de faire le plein de nos bidons, pour moi du coup ce n’est pas nécessaire mais Philippe et Beurette acceptent cette offrande. Nous arrivons ensuite sur une route en descente mais nous ne cherchons pas à relancer en courant car la chaleur nous dissuade, de plus Beurette connait à son tour un coup de mou et nous dit qu’il fera un petit somme à Tournaboup, pas de problème pour Philippe et moi, il est clair que toute manière nous terminerons ensemble. La route nous semble longue, et un kilomètre avant Tournaboup un homme est posté à l’ombre sur le bord, appareil photo à la main, ben oui c’est Gérard qui avait décidé de se dégourdir les jambes en remontant un peu à notre rencontre.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauUne photo avec nos têtes de déterrés et nous voilà tous les 4 repartis pour ce dernier kilomètre jusqu’au ravito. Gérard et Beurette en profitent pour discuter vélo, car dans leur jeunesse ils évoluaient tous les 2 dans ce sport. Philippe et moi prenons un peu d’avance et atteignons enfin ce ravito. Désormais notre route sera commune avec les participants du 80km, partis à 5h du matin ce même jour.

A Tournaboup, pointage à 17h55 pour une barrière à 20h00 donc toujours 2h d’avance, nous faisons vraiment le plein au niveau alimentation, chacun prendra également une bonne bolée de café, Beurette n’a finalement plus envie de dormir, je file aux toilettes de cette station, et en sortant du chapiteau je remarque qu’un vent assez friquet commence à venir, je vais donc renfiler ma polaire que j’avais pris soin de conserver depuis Esquieze-Sere.

Sur ce ravito il y a davantage de coureurs du 80 que du 160 et certains ont pourtant le regard livide… Un des coureurs du 80 assis m’annonce qu’il va abandonner ici, et quand il voit que nous sommes sur le 160 nous dit que nous avons bien du courage, lui par contre devait en manquer un peu de courage car il ne semblait pas si atteint que cela, la clé c’est le mental ! Bref nous sortons du chapiteau avec une grosse envie pour terminer l’épreuve.

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Section Tournaboup (km134) / Hourquette Nère (km142 – CP10)
Nous pointons la sortie de Tournaboup à 18h22, soit moins de 30min passées ici, à peine sortis Philippe et Beurette se rendent compte qu’il fait soudainement plus frais et qu’ils supporteront une couche supplémentaire.

Après s’être rhabillés nous reprenons la route, un peu après je tâte mes bidons….presque vide ! Mince j’ai zappé le remplissage… Demi-tour je leur demande de continuer sans moi le temps que je retourne au ravito 200m plus bas, les contrôleurs me voient revenir en courant et ne comprennent pas trop, je leur montre mes bidons, part les remplir, et embraye en galopant. Au passage les commissaires me font remarquer que j’ai la pêche pour un coureur du 160!

Je continue sur ma lancée et dépasse bon nombre de coureurs du 80 un peu médusés, dont 2 féminines et un homme qui les accompagne, l’une d’elle me fait aussi part que j’ai la patate et une bonne mine à ce moment de la course et précise que son mari (l’homme qui est avec elle) était également sur le 160 l’année dernière et qu’il était loin d’être aussi frais ; je les remercie et leur répond qu’à partir de maintenant nous sommes quasiment certains de finir ce GRP et cette perspective me donne une énergie énorme ! Alors je ne perds pas une seconde et repart de plus belle en courant, ça monte doucement et j’ai quelque fois besoin de m’aider des bâtons pour pousser encore plus fort, je sens bien que les jambes répondent toujours parfaitement, c’est bon cet état de forme à ce stade de l’épreuve !!

Je mets finalement peu de temps à rejoindre Philippe et Beurette, nous sommes tous bien physiquement et il est clair qu’on va aller au bout, nous envisageons d’atteindre le sommet situé à 2450m d’altitude avant le coucher du soleil (1000m D+ à négocier). Nous arrivons ensuite sur un secteur plus technique car la Hourquette Nère pour faire simple c’est un pierrier géant, avec de bons blocs rocheux où il est mal venu de chuter. Qu’à cela ne tienne nous attaquons ce pierrier sur un très bon rythme, d’ailleurs un spectateur nous le fait bien remarquer, pas question de laisser passer cet élan de vigueur alors j’imprime ce bon tempo autant que possible, il s’agit aussi de la dernière vrai grande ascension de notre périple et comme je suis à l’aise dans cette phase c’est le bon moment pour lâcher les chevaux ! Philippe et Beurette suivent bien, et après cette bonne section technique, nous sommes tout heureux d’arriver sur une petite partie plate et herbeuse, à ce moment un coureur du 160 nous rejoins et il n’a pas de bâtons le bonhomme ! Nous restons vraiment admiratif de la performance car l’aide des bâtons nous semble vraiment indispensable par endroit, la question qui tue : t’habites dans les montagnes toi ? hé bien non le gars habite à …Angers tout près de chez nous ! Il s’entraine beaucoup dans des marches pour travailler les quadriceps avec par exemple 30 fois les 100 marches de la butte Saint Nicolas en entrainement et il nous explique qu’il a bien essayé les bâtons sur d’autres épreuves mais cela lui donne des douleurs aux épaules. En tout cas il a des cuisses bien balèzes et il est très bien gainé le pépère, il part aussi faire la Diagonale à la Réunion en fin d’année où les bâtons sont interdit, je comprends mieux…

Nous reprenons des pierriers impressionnants et arrivons à la cabane d’Aygues Cluse (km140) où un ravitaillement en eau seulement est prévu, je refais le plein et Philippe et Beurette me prenne un peu d’avance, en repartant je me trouve intercalés derrière d’autres coureurs qui se trainent un peu mais impossible de les doubler sur cette section. Je m’impatiente et je vois mes 2 compères continuer à prendre du terrain, à la première ouverture j’allonge un grand coup dans des hautes herbes et les dépasse tous, je galère ensuite un peu à trouver le passage car il y a un cours d’eau et j’évite tant que possible de tremper les pieds et cherchant la meilleure trajectoire, je retombe sur un chemin et met les bouchée double pour recoller.

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauJe fais la jonction bien essoufflé juste avant l’ascension finale qui est bien raide, je jette un œil en arrière, le paysage est somptueux, le coucher de soleil sur une mer de nuage, je resterais bien des heures à contempler ce spectacle. Alors nous prenons un selfie bien mérité !

Plus loin nous passons à côté d’un coureur assis, il est rincé mais accompagné d’autres coureurs, je lui conseille de s’habiller plus chaudement car il fait bien frais en altitude et il est encore en t-shirt ! Je ne comprends même pas qu’il n’ait pas ce réflexe, on refroidi très vite à l’arrêt dans cet environnement !

Notre objectif de passer le col avant la nuit est en passe d’être atteint, un dernier effort et nous y sommes, les derniers lacets courts se profilent et nous basculons de l’autre côté dans la pénombre. Un gendarme et un pointeur sont en haut pour contrôler que tout se passe bien (comme sur tous les cols du parcours d’ailleurs).

Le pointage est enregistré à 21h13 mais de barrière à cet endroit. La prochaine barrière est calée à 3h30 du matin à Merlans dans environ 8kms, donc nous sommes larges avec cette bonne montée bien négociée.

Section Hourquette-Nère (km142) / Merlans (km150 – CP12)
Avant de commencer à descendre, nous remettons nos vestes et frontales car nous basculons sur le versant à l’ombre du soleil, de toute façon le soleil ne sera plus là d’ici une poignée de minutes. Je traine à enfiler ma veste et changer les piles de ma lampe, Philippe et Beurette sont partis dans cette descente tant qu’il fait encore un peu jour. Me voilà encore contraint à une petite course poursuite, et vu que Philippe est un très bon descendeur je ne suis pas près de le revoir…

J’attaque (tout est relatif mais après 140km et 40h de course sans dormir j’ai l’impression d’attaquer !) seulement la luminosité baisse considérablement et la descente est ultra piégeuse, le chemin est jonché de rochers, à enjamber, contourner, nous nous aidons bien des bâtons pour aborder les descentes de rochers plus en douceur. Il faut aussi rester au taquet sur les balises car en étant hors sentier il est facile de se paumer. Au bout d’une dizaine de minutes je reviens sur Beurette. Il me demande de passer devant, bien que cela ne me réjouisse pas trop j’y vais tout de même, ouvrir te donne la responsabilité de prendre le bon chemin et avec la fatigue j’ai peur de ne pas trop assurer ou de me gameller en levant la tête pour trouver les petites balises jaunes. Pour corser le tout nous entrons dans un nuage (ou du brouillard) ce qui rend la visibilité encore plus réduite, ça tâtonne mais nous arrivons tout de même à recoller un groupe de 4 coureurs du 80km, on va rester sagement calés derrière eux, non sans surveiller de temps à autre qu’une balise et bien en vue. C’est bien de se reposer sur les autres mais il ne faut pas non plus avoir une confiance aveugle.

Par moment le groupe marque un temps d’arrêt afin de s’assurer que nous sommes sur le bon chemin ou plutôt dans les bons cailloux ! Plus tard Beurette m’interpelle pour m’avertir que ça va moins bien, une fringale s’installe et sa réserve alimentaire est à sec, du coup nous faisons une pause et je lui file un gel (le seul que j’avais car je n’aime pas ça mais cela reste assez efficace) et une barre glucosée à la pâte d’amande. Après cette pause nous voilà seuls, il y a toujours autant de cailloux mais les rochers sont moins imposant donc nous n’avons plus de grandes marches de 50-60cm à descendre d’une traite, en contrepartie nous héritons de ruisseaux et nous cherchons toujours à épargner nos pieds de l’eau, le chemin est aussi plus distinct dans zone de la sapinière de Bastan et il est plus facile de se laisser guider de balise en balise. Cela parait vraiment interminable et je demande régulièrement à Beurette si la forme revient, je vois bien que ce n’est pas encore trop ça mais il s’accroche bien au mental…

Plus bas un signaleur devant un brasero nous attend, il a eu la bonne idée d’installer de quoi se ravitailler sur une planche de fortune, pas besoin pour moi mais Beurette ira de bon cœur, je lui laisse aussi une pom’pote que j’avais encore sur moi. Le signaleur nous indique que Merlans est à environ 50min , punaise ça devient super long mais heureusement pour moi ça repart à monter. On se dit que Philippe doit être bien loin à l’heure qu’il est, peut-être déjà même à Merlans ? Du coup je dis à Beurette que je vais monter plein gaz pour limiter l’écart et lui éviter des petits moments d’inquiétude, il y a du monde sur ce brasero et Beurette trouvera forcément un groupe auquel s’accrocher.

Me voilà parti tambour battant, je double un bon paquet de coureurs dont Alain (tiens !), certains essayent de prendre un wagon mais décramponnent rapidement, j’ai encore du jus c’est dingue et je profite à fond de ce moment, j’en oublie parfois de lever la tête et sur ce versant en devers il y a plusieurs sentes de bétail, 2 ou 3 fois je me retrouve sur le mauvais sentier et je suis obligé de grimper droit dans le pentu pour récupérer le bon sentier sur lequel est installé la balise. Je vais faire cette montée en 40 min mais le temps m’aura paru beaucoup plus court. Enfin arrivé à Merlans à minuit pile (3h30 d’avance sur la barrière maintenant), je retrouve Philippe qui me dit être ici depuis 10 min (pas si loin finalement). Je lui fais un topo sur notre pénible descente et la fringale de Beurette. Mon portable a aussi sonné au début de la montée, c’est le collègue trailer Olivier qui a essayé de me joindre et laissé un message, je l’écoute et le rappelle aussitôt (il est minuit mais ma notion du temps est bien perturbée !), il me répond d’une voix toute basse, m**de il devait être pioté ! Je m’excuse et finalement lui raconte des bribes sur le déroulement des évènements, je pense que mes paroles devaient être bien décousues car j’ai un peu de mal à prendre du recul sur la situation mais en tout cas ça m’aura bien fait plaisir de l’entendre !

Environ 5-10 min après Beurette entre dans la salle, il a quand même fait une bonne montée le garçon mais il avoue en avoir bien bavé pour rester accroché au groupe dans lequel il était. Cette fois nous y sommes, dernier ravito, ne pas le bâcler car on ne sait jamais ce qu’il peut se passer, pourtant la faim n’est pas trop là alors on se force un peu, un dernier passage par la case toilettes, des remerciements encore pour les valeureux bénévoles et la dernière section se présente à nous.

Section Merlans (km150) / Vieille-Aure (km164 – Arrivée)
Le profil de cette dernière section est simple, nous remontons vers le col de Portet (à 2200m d’altitude) puis la longue descente finale de 1500m de dénivelé achèvera notre long périple.

Nous sortons de la salle à 4 en compagnie d’Alain le normand qui m’a rétorqué « être un grand fou » dans la montée précédente vers Merlans, ça me fais bien plaisir de terminer avec lui que nous avons croisé à plusieurs reprises sur le parcours mais finalement sans vraiment partager un bout de route.

Il fait vraiment froid mais la montée va rapidement nous réchauffer, nous grimpons tous à notre main et je me retrouve devant avec Philippe, Alain et Beurette œuvrent ensemble. Nous atteignons très vite le col et le groupe se reforme. La descente commence par des pistes rouges de ski, autant dire que c’est loin d’être d’agréable, nous faisons tous de mini appuis pour éviter de se trouver emportés dans la pente et pour garder l’équilibre, les quadri chauffent bien. Après cette section nous repassons par la station du Pla d’Adet donc par des chemins très larges et nous en profitons pour discuter, nous jetons un œil sur la montre et on se lance le défi d’arriver avant les 46h de course. Comme convenu j’appelle donc Gérard pour qu’il nous retrouve à l’arrivée, évidemment je le réveille en plein sommeil et lui précise que nous devrions passer la ligne un peu avant 3h du matin.

Cet objectif nous laisse peu de répit et il est évident que nous allons devoir relancer en mode course plus intensément que nous l’avons fait jusqu’ici. Philippe n’est pas trop chaud à l’idée de repartir à courir, il a quelques douleurs aux jambes, à contrario ça me plairais bien de dérouler, alors sans tergiverser je relance le premier pour initier le mouvement, Philippe suit et nous accorde que le plus dur aura été les premiers mètres. Dans ce final nous allons dépasser beaucoup de coureurs, à mi-descente les piles de la frontale de Beurette sont HS, alors je lui prête ma frontale de secours (comme je l’avais aussi fait la nuit précédente sur le Cabaliros), je remarque aussi qu’Alain aura été laché, bis repetita durant cet arrêt Philippe trace et c’est reparti en mode poursuite, maintenant les chemins sont gras, nous repassons en alternance sur des portions bitumées puis des chemins. Nous recollons Philippe et une pause hydratation groupée s’impose. Le fait de continuer à doubler nous incite à poursuivre car c’est assez grisant, enfin un peu avant d’arriver sur Vignec, ma frontale réduit également d’intensité et je suis nettement moins à l’aise dans les derniers raidillons pierreux et glissants, du coup j’accuse un retard d’environ une trentaine de mètres sur mes 2 acolytes. Je les vois au loin dépasser de nouveau des concurrents (nous aurons repris 30 à 40 coureurs sur cette section dont 20 du 160km), ce rythme m’oblige à de petites prises de risques et glissades pas trop mal maitrisées.

Le village de Vignec approche, une dernière partie bitumée nous y mène, et là ça sent très bon, la montre indique 2h45, le mini objectif est en passe d’être tenu, jusqu’au bout un bon tempo sera maintenu. Sur la dernière ligne droite avant Vieille-Aure plusieurs personnes arpentent cette route, coureurs et accompagnateurs, nous crions « attention, à droite » pour signaler que nous dépassons à « vive » allure (encore une fois tout est relatif !), nous avons déjà droit furtivement à des « félicitations », « bravo les gars beau finish ! », nous nous congratulons également tous les 3, nous nous remercions aussi mutuellement et personnellement je reste convaincu d’avoir repoussé mes limites grâce à leur présence.

Voilà nous entrons dans les ruelles de Vielle-Aure toujours en courant, les femmes de Philippe et Beurette ne nous verrons pas arriver et raterons la photo !!Grand raid des Pyrénées Olivier Rondeau

Grand raid des Pyrénées Olivier RondeauGérard et Janick sont bien sûr ici, la moquette de la ligne d’arrivée est sous nos pieds et nous restons là, prostrés sur cette moquette, à prendre conscience que c’est bien terminé, Beurette dans un élan d’affection vient nous faire la bise, lui qui avait dû abandonner ici il y a 3 ans au bout de 100km à cause d’une déchirure musculaire. Le temps que nous réalisions, Beurette nous crie « eh les gars faut pointer ! », fini de rêvasser et direction le pointage, 2h54 du matin, soit 45h54 de course, c’est dément, j’étais venu pour finir, aller au bout et c’est fait ; une bénévole nous passe la médaille autour du coup et nous donne le fameux maillot finisher. Nous sortons de la tente, et on ne sait pas trop quoi dire !

Nos accompagnants tentent de recueillir nos impressions mais c’est trop confus, nous avançons alors vers le ravito d’arrivée sans pourtant avoir vraiment faim. Alain fini par arriver lui aussi et vient nous serrer la main un par un. Je prends vite froid à l’arrêt et mes jambes se raidissent alors chacun rentre de son côté en attendant de se retrouver à l’apéro du lendemain où nous pourrons nous remémorer plusieurs anecdotes de cette aventure et la façon dont chacun l’a vécu.

De retour à l’appartement vers 3h30, premier réflexe je décapsule une bonne bière (y’a pas d’heure !), me pose un peu pour envoyer quelques textos, puis file sous la douche où je vais mettre un certain temps à retirer mes manchons et strap sous les pieds, j’accuse un gros manque de souplesse ! Sous l’eau je vais aussi bien dérouiller au niveau de l’entre-jambe avec mon irritation. Hormis ce mauvais bobo, je ne m’en sors pas trop mal, je boitille un peu mais je m’attendais franchement à pire, la nuit qui suivra ne sera pas vraiment réparatrice, les jambes chauffent et je n’arrête pas de bouger. Trois jours plus tard je n’ai plus aucun stigmate au niveau physique hormis une fatigue assez importante dû à un manque de sommeil évident, il faudra un peu plus de temps pour que cela rentre dans l’ordre.

Conclusion
Je tire un premier bilan très positif de ce premier Ultra version 160km, d’abord l’objectif de finir dans les temps est atteint avec un peu plus de 4h d’avance sur la barrière. Sur les 850 inscrits, 700 coureurs prendrons le départ, et seulement 405 joindrons la ligne d’arrivée soit 43% d’abandon, je finirais à l’anecdotique 345e place mais j’accorde peu d’importance au classement car nous nous battons avant tout contre nous même. Cette première expérience m’aura également permis de pointer mes lacunes notamment les phases de descentes techniques, le facteur mental et les phases d’ascension entrent en revanche dans la catégorie points forts. Le fait d’évoluer en groupe a joué un rôle prépondérant car même si parfois cela peut faire ralentir suivant les moments de faiblesse de chacun (moi le premier), cela oblige au final à se sublimer. En terme de gestion, le fait d’être accompagné et suivi est primordial et je remercie encore Gérard (même si il ne boude pas son plaisir d’avoir été avec nous) pour l’aide et le support qu’il a nous a apporté. Comment rêver d’un meilleur apprentissage de la discipline ?