Au coeur du Costa Rica Ultra Trail 2012, La Transtica, avec Bernard Marchal

L'objectif du Costa Rica Ultra Trail est ainsi résumé : "la découverte d’un pays et son mode de vie à travers une compétition sportive à caractère humanitaire". Bernard Marchal nous raconte l'édition 2012.

29 Nov 2012 Manzanillo 5

35 coureurs se sont élancés sur 5éme Edition de la Costa Rica Ultra Trail sur 196 ou 115 km.

Afrique du Sud, Algérie, Allemagne, Autriche, Belgique, Costa Rica, Etats-Unis, France, Japon, Suède et Singapour, le peloton de la Costa Rica Ultra Trail 2012 était on ne peut plus international.

Pour encadrer les 35 coureurs présents, l’équipe d’organisation Franco-Costa Ricienne était composée d’une vingtaine de membres parmi lesquels 7 sapeurs pompiers Français, 1 médecin urgentiste, deux kinésithérapeutes, 2 guides professionnels dont un secouriste ainsi qu’une ambulance 4×4 de la Croix Rouge. De quoi permettre que tous et toutes puissent s’exprimer pleinement.

Le parcours 2012 s’élançait de la Plage de Manuel Antonio, en passant par Santa Maria de Dota, La Esperanza, Le Parc du Tapanti, El Humo, San Pablo, la rivière Pacuare (à traverser en rafting), jusqu’aux plages de Manzanillo sur la cote Caraïbes. Soit 7 jours de course avec un départ le 23 novembre 2012 et une arrivée le 30.

23 novembre : Prologue, Plage de Manuel Antonio

8h00, nous sommes prêts pour le départ après 2 heures de trajet jusqu’à Tarcoles, un arrêt crocodile, puis encore 2 heures qui nous amènent à Manuel Antonio sur la côte Pacifique. Là changement d’ambiance avec une chaleur lourde et la mer. Il fait chaud, très chaud et dès l’arrivée à l’hôtel, en début d’après midi, certains se rafraichissent en attendant le départ du prologue.

15h35, c’est parti pour le prologue avec 2 boucles de 3 km sur la plage de Manuel Antonio. Roiny Villegas, Team Ambassade de France (Costa Rica), vainqueur de l’édition 2009 donne le ton en prenant la tête dès le départ, quelques foulées derrière lui, Vivien Vedrenne (France) et Wayne Rice (Afrique du Sud) et Ukai Mineo (Japon) sont dans sa foulée à moins d’une minute. A l’arrivée une poignée de secondes sépare les trois hommes de tête. Roiny Villegas, Team Ambassade de France (Costa Rica) remporte ce prologue en 23’28, Vivien Vedrenne (France) en 24’25 et Wayne Rice (Afrique du Sud) en 24mn30. Chez les féminines, Sophie Bonnot (France) s’impose en 28mn33 devant Véronique Gruson Coustenoble (France) en 30mn07 et Kelley Koehler (USA) en 30mn19.

24 novembre. Etape 1 : Paquita – La Selvita – Napoles

Une superbe première étape sur 40 km avec un départ le long de la côte pacifique, au milieu d’une palmeraie verdoyante pour entamer petit à petit la jungle tropicale … environ15 km de plat avec des traversées de pont et quelques passages à gué puis une montée progressive qui amènera nos coureurs en pleine jungle. Les principales difficultés de cette étape seront la chaleur et l’humidité qui règnent sur cette partie du Costa Rica. Déjà, les organismes sont touchés et on ressent la fatigue chez les premiers qui ont puisé dans leurs réserves. Au vingtième kilomètre, on trouve un abri réduit à sa plus simple expression, un abri ouvert aux 4 coins sur la jungle environnante qui servira de point de ravitaillement mais aussi de départ pour les aventures. Pour une entrée en matière, on ne peut pas faire mieux pour l’aventure qui part sur une étape intense de 20  km avec un fort dénivelé positif de 1300m.

En dépit des consignes de course, certains sont partis à un rythme élevé, pensant dérouler sur la première section plate. Roiny Villegas l’emporte en 4h2mn18 avec 57 minutes d’avance sur Wayne Rice, 5h20mn27. Sophie Bonnot en 5h39mn00 est 3éme de l’étape et 1ére féminine (étape et général), devant Kelley Koehler 2éme féminine (étape et général) en 6h17mn59 et Véronique Gruson Coustenoble en 6h37mn59.

Coté aventure (115 km), les premiers du prologue de la veille confirment leur leadership, Vivien Vedrenne s’impose en 3h18mn04 devant Reynald Balbelaere (France) en 3h22mn18 et Joachim Deroquefeuil, (France) en 3h38mn29.

Cette étape aura marqué les corps avec trois abandons, Nilsson Gunnar (Suède) ainsi que Meng Poh et Steven Wong (Singapour) qui devraient pouvoir repartir demain sur le parcours aventure. A l’arrivée à Napoles, le bus attend les coureurs pour un court transfert pour le campement de Santa Maria de Dota où les coureurs profiteront d’un repos bien mérité. Au Rancho Guayabal, campement du soir avec un feu de bois, soupe pour nous revigorer et massages des deux kinés, Laurence et Véronique, qui ne vont pas chômer.

«  Aujourd’hui je suis passé par plusieurs états, tout d’abord l’euphorie du départ, et puis le désir d’abandonner,  (je suis même monté dans le 4×4, et puis il y a eu la magie de la rencontre avec Pierre qui m’as pris sous son aile pour m’amener vers cette foutue ligne d’arrivée, mais quel bonheur et quelle leçon d’humilité par rapport à ce coureur qui oublie le chrono pour moi. » Christophe Volet (Extrême)

25 novembre. Etape 2: Santa Maria de Dota – Ojo de Agua

Les Extrêmes démarrent en bulle à 8 heures, du village de Santa Maria de Dota pour l’étape jugée la plus difficile vu son dénivelé impressionnant : 2 720 m de dénivelé positif, 1 310 m de dénivelé négatif sous un soleil éclatant.

En hors d’œuvre : une première montée à 15%, ça fait mal…
Viennent ensuite 15 km de montée pour rejoindre le PC 2 ou a été donné à 9h15 le départ des Aventure (21,1 km, 1 180 m de dénivelé positif et 1 020 m de dénivelé négatif).

Roiny remporte cette 2ème étape en 4h53mn02 et conforte sa première place au général, devant Wayne Rice (5h07mn28) et Ukai Mineo en (5h27mn53).

Sophie Bonnot termine 4éme au général et 1ére féminine (étape et général) en 5h30mn35, devant Véronique Gruson Coustenoble (5 h53mn22) et Kelley Koehler (5h57mn23). Kelley Koehler reste 2éme au général avec 15mn d’avance sur Véronique Gruson Coustenoble.

Coté Aventure, Reynald Balbelaere s’impose en 2h31 reprenant 5mn25 à Vivien Vedrenne qui lui cède la 1ére place au général pour 71 secondes ! L’étape de demain promet d’être chaude ! Joachim de Roquefeuil termine 3éme en 2h45mn55 et conforte sa 3éme place au général.

La pluie et le froid se mêlent à l’aventure sur la fin du parcours mais les concurrents sont vite pris en charge, dès leur arrivée, tous heureux d’être venus à bout de cette difficile étape, pour un transfert de 20 mn vers le village d’Esperanza, notre bivouac du soir.

Après une collation et une soupe chaude, place au dîner préparé par la communauté locale (truite saumonée) et à un repos bien mérité dans les salles de classes de l’école.

26 novembre. Etape 3: La Esperanza – Kiri Lodge – El Humo

Après une donation effectuée au profit de l’école d’Esperanza, les coureurs s’élancent dans le parc national du Tapanti, pour 24.1 Km, (585m d+/1830m d-) pour les coureurs Aventure et sur un parcours Marathon de 42.1 Km (985m d+/ 2830m d-) pour les coureurs du parcours Extrême.

Sur le papier, le profil à l’air plus facile, mais ne reflète pas les difficultés que nous allons rencontrer. Lors du briefing de course, il est rappelé qu’il va falloir gérer une désescalade sur un single track empli de piège : boue, racines, végétation épineuse, pente abrupte.

Cela démarre par une côte cassante de 3 km, pour atteindre les 2 850 m d’altitude, avant d’attaquer une première portion descendante, puis au 6ème km, c’est l’entrée du fameux single track, le décor est bien changeant, pénétration en plein cœur du « Tapanti », les pentes sont très abruptes, c’est très glissant. Il y a énormément de boue et de racines, il faut prendre garde avant de s’accrocher aux branches car certaines sont jonchées d’épines ….

Vient ensuite un passage de rivière sur un pont suspendu, avant de commencer une petite ascension à travers cette jungle … c’est vraiment « hard » … On attaque ensuite une nouvelle descente, à travers les plantations de caféiers jusqu’à l’arrivée du parcours aventure.

Les coureurs rejoignent ensuite une piste au milieu des plantations de caféiers qui les amènera jusqu’au PC3, fin de l’étape Aventure.

Les coureurs de l’extrême, eux, auront encore deux cols et 18 kilomètres à franchir pour rallier El Humo et sur une piste défoncée au milieu d’une forêt tropicale humide.

La pluie semble se calmer après une nuit orageuse et ventée et le single track du Tapanti promet d’être boueux et glissant à souhait !

Au final, c’est Roiny qui l’emporte en 4h40mn20, 16 mn devant Sophie Bonnot et Walter Berthier en 4h56mn39.

Wayne Rice 6éme en 5h16, perd encore du temps sur Roiny mais reste deuxième au général, devant Sophie Bonnot, 1ére féminine, 2éme de l’étape et 3éme au général !

Nous allons nous coucher relativement tôt car demain c’est l’étape de nuit, les réveils sont programmés à 3h pour un départ à 4h15…

27 novembre. Etape 4: El Humo – San Pablo

3h30, les réveils sonnent … Il ne faut pas trop traîner car le départ est prévu à 4h15. Petit déjeuner, soins, paquetage… Les visages sont fatigués, la nuit à été courte,  la nuit est noire et les bruits de la jungle raisonnent dans l’immensité.

Le parcours du jour semble le plus équilibré de toutes les étapes. L’allure est bonne avant d’entamer une première montée, puis une descente boueuse suivie d’un peu de macadam pour rejoindre le PC1.

Les coureurs s’enfoncent alors au cœur des fincas de canne à sucre : c’est le début de la montée vers le sommet du Cerro Atirro.

Le lever du soleil sur le lac de la Suiza est magique, les premiers rayons dévoilent les crêtes et le sommet empanaché du Volcan Turrialba, donnant une ambiance irréelle à cette étape mais rajoutant une difficulté supplémentaire, la chaleur remplaçant rapidement la fraîcheur de la nuit.

Arrivé à Pueblo Nuevo, on traverse un pont suspendu avant d’entamer une longue ascension vers le village d’El Silencio, une dernière côte assassine sur les qiatre derniers km, PC3, km 23,7 et arrivée des Aventures  …

Les Extrêmes devront rajouter un col et les 19,1 kilomètres qui les séparent de San Pablo.

A San Pablo, c’est encore Roiny qui se présente le premier, remportant sa 4éme victoire d’étape consécutive, en 4h23mn devant Wayne Rice en 4h26mn et le surprenant Mineo Ukai en 4h37mn.

Au général, Sophie Bonnot perd sa 3ème place au profit de Walter Berthier mais reste 1ère féminine devant Kelley Koehler, talonnée à 4mn au général par Véronique Gruson Coustenoble. Rien n’est encore joué pour les deux places d’honneur !

Le reste de la journée à  San Pablo est consacré à un repos récupérateur avant de pouvoir apprécier dès demain la descente en rafting du Rio Pacuare.

28 Novembre. Rafting annulé

Les fortes pluies de la nuit ont rendu le Pacuare et le Pejibaje impraticables et nous amènent à annuler le rafting au profit de la visite du Parc National de Cahuita où les concurrents ont le loisir de découvrir tranquillement paresseux, singes et autres animaux.

29 novembre. Etape 5 Playa Negro – Manzanillo

8h33, le départ de la dernière étape est donné sur la Playa Negro, 5 km avant le village de Puerto Viejo.

Une pluie légère vient rafraichir cette dernière étape, qui se compose d’une première section de plage sauvage de sable noir, de la traversée de Puerto Viejo en bord de mer, d’un sentier ombragé avant de rejoindre la deuxième section de plage de sable blanc rosé tout aussi sauvage que la première avec une jungle exubérante qui donne l’impression de plonger dans les Caraïbes. Puis viennent 2 km de bitume permettant de contourner le littoral rocheux.

Au PC2, on rentre sur la dernière portion de plage avec des traversées d’estuaire pour arriver sur le PC3 qui fera office d’arrivée après une boucle dans la réserve de Gandoca d’une beauté époustouflante, où les coureurs devront s’armer de courage pour affronter un sentier rendu boueux, glissant et marécageux suite aux dernières pluies.

L’arrivée finale se trouve à Manzanillo dernier village avant le Panama.

Roiny l’emporte en 2h40mn, devant Wayne Rice en 2h59mn et Walter Berthier en 3h19mn.

Coté aventure Vivien Vedrenne empoche sa quatrièle victoire d’étape en 1h58 devant Reynald Balbelaere (2h04) et Joachim de Roquefeuil (2h19).

Roiny Villegas (Costa Rica, Ambassade de France) remporte donc cette 5éme édition, parcours Extrême, couvrant les 196 km en 21h24mn. Il est le  premier coureur à avoir s’être imposé sur les cinq étapes et à avoir gagné deux éditions (2009 et 2012) !

Wayne Rice (Afrique du Sud) termine 2éme du Scratch Extrême en 23h34mn devant Walter Berthier (France) en 24h42mn.

Chez les féminines, c’est Sophie Bonnot (France) 5éme au scratch en 25h26mn qui s’impose devant Véronique Gruson Coustenoble (29h10 mn) et l’Américaine Kelley Koehler (30h21mn).

L’allemand Christian Burkhardt termine dernier, au mental, handicapé par des pieds en piteux état, en 40h36mn forçant au passage le respect et l’admiration de tous…

Chez les aventures, Vivien Vedrenne remportera cette édition 2012, couvrant les 120 km en 12h59, devant Reynald Balbelaere en 13h23 et Joachim de Roquefeuil en 14h19.

Conclusion

Les 35 coureurs engagés sur cette édition 2012 ont pu découvrir au travers des étapes proposées, un parcours varié qui les a amenés des Côtes Pacifique aux Côtes Caraïbes.

Ils ont été confrontés à des conditions météo changeantes, alternant chaleur lourde et moite des plaines, pluies tropicales rafraichissantes, vent et pluie glaciale des forêts d’altitudes.

Ils ont pu participer au volet solidaire de La Transtica et les différentes donations auront été autant de moments d’émotion que les coureurs ont su partager.

Ils ont été reçus, nourris et fêtés par les communautés locales, moment de partage et d’échange privilégié à la rencontre du mode de vie des différentes populations Costa Ricienne.

L’organisation 2012, forte de l’expérience des éditions précédentes, s’est montrée exceptionnellement efficace, soudée et réactive, et a permis à tous les coureurs de vivre pleinement cette aventure, en toute convivialité et en toute sécurité.

Notre objectif «  La découverte d’un pays et son mode de vie à travers une compétition sportive à caractère humanitaire » a été largement atteint, cette fois encore, grâce et au prix du travail énorme et efficace de chaque membre de l’organisation que je remercie.

Le groupe des 35 coureurs représentant 11 nations différentes a, lui aussi, su répondre présent, chacun apportant  sa touche, réalisant son défi et contribuant ainsi à la réussite totale de cette Transtica 2012.

Les retours chaleureux qui nous ont été faits, pendant et après la course, le soutien de nos partenaires ou sponsors, nous ont apporté la motivation quotidienne et l’énergie nécessaire à cette réussite.

Nous avons été 58 coureurs et organisateurs à avoir eu le privilège d’avoir pu partager cette 5éme édition exceptionnellement ensoleillée et riche en moments de partage et d’émotion.

Bernard Marchal