Au coeur de The North Face Incontournable (73), le 1er juillet 2012

La magnifique rencontre de Grégory De Doncker

Il nous avait déjà fait partager ses récits du Trail du Ventoux et de la Maxi Race d'Annecy. Grégory De Doncker nous raconte cette fois son expérience en Savoie, sur The North Face Incontournable.

Incontournable 2012

Je ne pensais pas, en préparant ma saison, que je prendrais autant de plaisir à courir cet Incontournable. La course, qui avait comme objectif principal de me familiariser avec l’effort en haute montagne, s’est muée en véritable coup de cœur pour Pralognan et le magnifique parc naturel de la Vanoise qui l’entoure.

En quittant Bozel, le décor est planté : la route serpentant à travers bois, laisse progressivement apparaître de majestueux sommets arides, dressés fièrement vers le ciel, où la végétation fait place aux roches et glaciers.

En pénétrant cette terre, vouée aux sports de montagne, on prend pleinement conscience de ce qui nous attend. Si j’emploie ici la première personne du pluriel, c’est que je ne suis, une nouvelle fois, pas seul dans cette aventure : Laurent, sportif aguerri, nouvel arrivant chez Natu’runbike sera de la fête. Il a pris le virus de la course de montagne lors de la Marathon Race à Annecy et n’a pas eu beaucoup à réfléchir pour s’engager à mes côtés.

La veille de la course, je retrouve aussi Ghyslain, qui dort au même hôtel que moi alors que nous ne nous savions même pas que nous courrions la même épreuve. Le monde des amoureux de la montagne est définitivement petit !

La soirée, comme la nuit, fut excellente… Un repas champêtre face aux montagnes (merci Laurent) pour ôter tout stress et un sommeil à peine perturbé par l’alarme incendie à 3h du matin.

5h30 : Réveil. Petit-déjeuner face aux cimes, couvertes d’un ciel moins menaçant que prévu, et nous voilà parti pour le départ de cette nouvelle épreuve (seconde édition) au profil relativement effrayant. La course n’est pas très longue, 33km, mais pèse plus de 2400m de D+/D-.  Elle nous emmène deux fois au-dessus de 2 500m par des ascensions qualifiées, par les autochtones eux-mêmes, de difficiles.

Un souvenir particulier

Une fois la feuille d’engagement émargée nous prenons place, suivant la volonté de Laurent, sur la première ligne. Le départ est donné et, pour la première fois de ma courte carrière, je suis en tête d’un peloton. Certes, ce dernier est peu épais avec ses 200 coureurs mais ça restera un souvenir particulier dans ma mémoire. Je profite de ces quelques minutes euphoriques avant que le gros du paquet me dépasse une fois les premiers pourcentages importants abordés.

Il ne m’est pas simple de trouver la bonne cadence dans les premiers hectomètres d’ascension. Les muscles ne sont pas encore assez chauds alors que le cœur bat la chamade et le rythme des autres coureurs influence automatiquement le mien. Il me faudra une trentaine de minutes pour ressentir une certaine aisance dans la cadence parvenant à faire abstraction, ou presque, des concurrents qui me doublent. Nous pénétrons alors dans le parc naturel de la Vanoise et je n’ai que peu de mots pour décrire ce qui m’entoure. Il n’y a pas, à mon goût, plus bel endroit sur notre terre, que la haute montagne, et le panorama que j’ai face à moi ne fait qu’amplifier ce sentiment. Partout autour de moi, ce ne sont que falaises, sommets, glaciers et cascades. C’est magnifique, magique, exceptionnel et brut… Ici, nulle trace de la main de l’homme, tout est façonné par le temps et les saisons. La trajectoire de la trace que nous suivons semble, elle aussi, dépendre du bon vouloir de ce qui nous entoure. Chaque cascade se transforme en torrents plus ou moins larges à traverser, l’hiver a laissé ses traces par des névés plus ou moins délicats à passer et l’érosion offre une variété de sol d’un mètre sur l’autre. En fait, en ce 1er juillet, j’ai rendez-vous avec une définition élémentaire de la course nature.

Je suis heureux, serein et les regrets de la Maxi race se sont envolés tellement je peux  lever les yeux et profiter pleinement de ce fabuleux paysage.

Peu avant le sommet du Col de La Vanoise (2 517m), le parcours nous offre un nouveau passage hors du temps avec la traversée du lac des Vaches (2 344m). Une succession de dalles fend les eaux froides où se reflète l’Aiguille de la Vanoise. Tout est dit !!

Il fait frais sur le sommet, et je ne m’attarde pas au ravitaillement même si le panorama – face à la Grande Casse  – est grandiose.  Je jette un œil pour tenter d’apercevoir Laurent qui était sur mes talons dans la montée, sans succès.

Je profite du passage délicat des névés pour terminer mon ravitaillement (même si j’éprouve de grosses difficultés à avaler du solide) et je me jette dans la descente. Le rythme est bon sur cette large piste peuplée de randonneurs mais désertée par les coureurs. Accompagné de Laurent, qui m’a rejoint dans la première partie de la descente, j’enchaîne ensuite par des rampes plus techniques pour rejoindre Pralognan…  Je me régale et c’est à une bonne cadence que nous retrouvons la vallée.

Incontournable 2012

Je fais le plein au ravitaillement et repart tranquillement. Je sais, de sources sûres, que la seconde partie, avec la montée du Petit Mont Blanc (2 680m), s’annonce difficile. Nous en sommes à 2h15 de course et tout va plutôt bien… Les premiers kilomètres, en faux plat, sont délicats à gérer. Je ne sais si je dois marcher ou courir et, une fois de plus, je fais l’erreur de tenter de suivre ce que font les autres concurrents…. Revenu à hauteur de Laurent, je décide de m’économiser, les mots du briefing de la veille raisonnant encore dans ma tête : « 800 mètres de dénivelé en 4km »…

Redoutable montée du Petit Mont Blanc

On attaque la montée du Petit Mont Blanc par sa face Est (1 100m de D+). Dès les premiers lacets, je sais à quelle sauce nous allons être mangés. La pente, au cœur de la forêt, est terrible. J’avance, à petits pas, tentant de conserver un rythme en me hissant à l’aide de mes bâtons. Mon altimètre annonce  1700 mètres à peine et je suis déjà dans le dur. Il s’ensuit une succession de lacets dans des prairies où je sens que je commence à manquer de jus (je sors d’une semaine axée sur le travail qualitatif) mais que musculairement c’est encore bien. J’adopte alors un rythme cadencé et sans à-coups. Je suis concentré sur la pose du pied, mon rythme cardiaque et mon souffle. La pente offre des pourcentages parfois impressionnants et, en contrepartie, des périodes de récupération aussi courtes que rares. Je garde un œil sur Laurent, quelques lacets sous moi, qui semble plutôt bien gérer lui aussi. Lorsque la technicité du terrain me le permet je profite du paysage dont la beauté semble proportionnelle à la difficulté… Pralognan s’éloigne peu à peu au fond de la vallée, grandissant un peu plus encore le massif de la Vanoise et ses  glaciers. Au sud, les Aiguilles des Corneillets (3055m) et de Chanrouge (3044m) semblent retenir les nuages menaçants, nous laissant pleinement profiter de la magie des lieux.

Si l’esprit s’évade, les muscles eux, poursuivent leur travail de sape. Les mètres d’ascension défilent lentement et le rythme n’est pas très élevé. Néanmoins, je gère plutôt bien mes temps forts, je ne m’emballe pas et ne me laisse pas griser en doublant les coureurs qui me précédent. Un long et difficile névé (2100m) nous fait pénétrer dans une zone où, si la pente décroit quelque peu, on comprend, à la couleur crayeuse de la roche, pourquoi cette montagne a été baptisée de la sorte.

Une petite pause au ravitaillement du col des Saulces (2456m), et j’attaque la dernière partie de l’ascension. Il suffit de lever les yeux pour s’apercevoir de ce qu’il reste à accomplir. Aucune végétation ne meuble la cime, les lacets sont à nu, et je peux voir chaque concurrent qui me précède, évoluer avec difficulté sur les pentes raides menant au sommet. Le mental prend le relai des muscles, usés par les « quasi » 4h d’effort.

La fin de l’ascension se passe, au final, plutôt bien. Je double encore quelques concurrents sans que personne ne revienne à ma hauteur. J’ai malheureusement perdu de vue Laurent alors que j’avais espéré, à un moment, que l’on passe le sommet ensemble.

Je bascule, après 4h de course, dans une descente peu technique mais rendue dangereuse par de grandes bourrasques de vent. Je ne vais pas me plaindre, pleinement conscient que c’est Eole qui nous a permis de faire toute la course au sec.

Malgré une légère contracture sur le côté du mollet, et une piste interminable sur les ultimes kilomètres, je fais une fin de course honorable et conserve la place acquise au sommet. Je passe la ligne d’arrivée à Pralognan en 5h (38ème). Laurent suivra quelques minutes plus tard, fatigué mais aussi heureux que moi de cette belle journée.

Cette course s’appelle l’Incontournable parce qu’il s’agit des deux plus belles balades au départ de Pralognan. Il est vrai que j’en ai pris plein les yeux. J’ai pu, contrairement à la Maxi Race, profiter pleinement des paysages, je n’ai pas trop subi la course et au final, je ne termine pas trop éprouvé.
Une belle découverte et je reviendrai à Pralo, c’est une certitude.

Par Grégory De Doncker

Les résultats de l’Incontournable