Au coeur de l’Ice Trail Tarentaise, le 15 juillet 2012

Jean-François Mathot : « Une course dantesque »

Vendredi 13 juillet. Trois semaines après avoir participé à l’Aubrac Circus (lire son compte-rendu), je change de décor et, cet après-midi, nous prenons la direction de Val d’Isère. Dimanche aura lieu l’Ice Trail Tarentaise, plus haut trail d’Europe, paraît-il. Je m’y suis inscrit en ayant pour but de faire de la haute montagne en prévision du Solukhumbu Trail au Népal. Je pense que cela me fera un bon entraînement.

Samedi 14 juillet. Après une excellente nuit, je vais récupérer mon dossard et j’en profite pour discuter avec Dawa Sherpa, l’organisateur du Solukhumbu (voir la fiche de l’événement). Je sympathise également avec un futur participant. Puis, je suis attentif au briefing de course.

Dimanche 15 juillet. Lever 2h45. Même rituel que pour les autres courses. Je pense être bien rodé car je participe aujourd’hui à mon 80ème trail en onze ans de pratique. Le départ est donné à 4h10. Pour l’instant, il fait un temps frais, mais relativement calme. Le peloton s’étire dans Val d’Isère, et je me sens vraiment bien. Les jambes répondent à merveille et les sensations sont excellentes. La première difficulté arrive et nous grimpons quelques bons raidillons avant de basculer sur Tignes et de contourner le Lac du Chevril (barrage le plus haut de France) par la gauche. J’y arrive en même temps que les premières gouttes de pluie.

On entame la montée qui va nous mener en haut du glacier de La Grande Motte par une piste large. Je n’ai pas froid, avec seulement deux couches (un maillot Cold Under Armour en première épaisseur et un maillot Gore Running Wear Windstopper). Je monte à une bonne allure, toujours avec de très bonnes sensations. Puis, petit à petit, la pluie se transforme en neige et avec le vent qui se renforce, elle nous cingle le visage. Le terrain devient glissant et se recouvre de poudreuse. A 2 800m d’altitude, je décide de mettre les Yaktraks et d’enfiler ma veste Gore-Tex. J’ai deux paires de gants, une en soie et une en Windstopper et j’ai quand même l’impression d’avoir tous mes doigts gelés ! J’arrive au ravitaillement du Panoramic (altitude 3 000m). Je refais le plein d’un bidon et avale un gobelet de soupe de pâtes afin de me réchauffer un peu.

A partir de là, la montée sur le glacier se fait de plus en plus raide. Ce n’est que glace et neige. Heureusement, les Yaktraks accrochent bien et les bâtons sont d’une aide précieuse. Il fait de plus en plus froid et pourtant je n’ai froid qu’aux doigts. Nous croisons François D’Haene déjà en tête de course et remarquable d’aisance, puis quelques minutes plus tard un petit groupe où figurent Dawa Sherpa et Thomas Lorblanchet. Nous faisons une boucle, l’épaule à Giscard semble-t-il, mais nous n’irons pas au sommet de La Grande Motte. Nous sommes à 3600m à ma montre. Sur cette petite boucle, nous progressons dans environ 30 à 40cm de poudreuse et les appuis sont fuyants même avec les Yaktraks. On redescend par le même chemin. Malgré le blizzard, c’est un régal de courir dans ce mélange de neige et de glace. On repasse au ravitaillement du Panoramic, puis on continue toujours sur la neige, avant de retrouver un sol plus stable et de rentrer dans le Parc de la Vanoise, espace hautement protégé.

Le troisième ravitaillement se situe au kilomètre 30, le chalet du Charvet. Puis, direction le col des Rocheures. Je commence à trouver cette partie un peu longue, d’autant qu’après une bonne montée, on bascule dans ce qui ressemble à un col. Je demande à un signaleur si c’est celui des Rocheures. Il me dit que non. J’entame une nouvelle montée pour enfin rejoindre ce col tant attendu. Sitôt celui-ci passé, la descente nous emmène au quatrième ravitaillement, au refuge du fond des Fours. De 2 900m, on passe à 2 450m d’altitude. Je refais le plein d’un bidon et je repars en direction du col des Fours qui va nous faire remonter à pratiquement 3 000m. Les jambes se font lourdes et ce col est aussi long que le précédent à atteindre. Une fois le sommet passé, la bascule nous fait faire un dénivelé négatif d’environ 500m pour rejoindre la route qui monte au col de l’Iseran (plus haut col routier d’Europe). Le cinquième ravitaillement est au pied de ce qui sera pour moi la plus grosse difficulté du jour.

Le but du jeu est de monter au col de Pers, puis de faire un aller-retour à l’aiguille de Pers, et enfin de redescendre au col de l’Iseran. A mon GPS, cette portion fait 8.340km. Je vais mettre 2h27. Je suis vraiment dans le dur. Cette montée, qui s’effectue dans des rochers ferreux, est interminable et très pentue par instant. J’ai l’impression de ne pas avancer. Quelques coureurs, qui marchent un poil plus vite que moi, me dépassent, mais ils ne sont pas très nombreux. C’est dur pour tout le monde. Le pointage en haut de l’aiguille de Pers est une délivrance ! Il faut maintenant redescendre au col de l’Iseran. J’y arrive en alternant marche et course et retrouve ma petite femme qui a enfilé couche sur couche tellement le vent est froid. Mon fils est rentré à l’hôtel, il avait trop froid. C’est le dernier ravitaillement, j’en profite pour manger un peu et remplir à nouveau l’un de mes bidons. Je laisse Brigitte reprendre la navette gratuite pour rejoindre Val d’Isère.

Moi, je prends la direction de l’une des dernières difficultés de la journée, le mur de la crête des Leissières qui va nous faire emprunter le tunnel qui perce la montagne de part en part. Je suis en galère, la pente est raide et le sol un mélange de roches et de terre boueuse qui rendent les appuis fuyants. J’arrive en haut ! Je traverse la montagne dans ce boyau long d’une vingtaine de mètres et bascule dans la descente. Direction le lac de l’Ouillette via les crêtes herbeuses d’Arcelles. Nous voilà alors sur une piste VTT qui nous emmène à l’arrivée.

Une arrivée formidable, main dans la main avec Philippe avec qui j’ai sympathisé dans la dernière descente.

Cette course est dantesque de part son tracé et l’altitude à laquelle on évolue. Hormis le départ et l’arrivée, on se situe toujours entre 2 500 et 3 000m avec deux passages à 3 600 et 3 300m. Sans que l’on s’en rende forcément compte, nos aptitudes physiques sont diminuées. Cette année, le vent, la neige et le froid ont rendu le début de parcours difficile. Par la suite, le temps a été plus clément, même s’il y avait beaucoup de vent sur le col et l’aiguille de Pers. En tout cas, cela m’a fait un très bon entraînement pour le Solukhumbu Trail au Népal.

Par Jean-François Mathot

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