Au coeur de l’Endurance trail du festival des Templiers 2012 avec Olivier

Ca monte, ça descend et ça remonte, c’est usant. Récit.

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Depuis un bon bout de temps maintenant j’attends ce moment… Cette fois nous y sommes, j’attaque mon premier ultra supérieur à 100 bornes qui plus est, agrémenté de 4 500m de dénivelé positif. L’ultra de la Barjo (87km – 2000m d+) du mois de Juin me semble presque petit à coté de ce morceau !

Seul objectif, passer la ligne d’arrivée sans se casser physiquement et dans les barrières horaires (22h).

  • Jeudi 25 Octobre

8h30
La voiture est chargée, la check list vérifiée, 2 fois, c’est ok rien oublié, direction Millau avec 7h d’autoroute. Je roule à l’aller car je sais que le retour sera plus délicat, et que je passerais volontiers le volant à mon père qui m’accompagne pour ce périple aveyronnais.

16h
Nous voilà à Millau au salon du trail pour récupérer le dossard, le sésame en poche nous flânons un peu dans les allées du salon et nous nous rendons compte que le trail devient quand même un sacré business. Nous croisons au passage quelques têtes connues de la discipline dont M. Antoine Guillon, 2nd de la Diagonale des fous une semaine plus tôt.

17h30
Dépose des bagages au château de Creissels où une chambre nous attend, situé à 5 min du village des Templiers et réservé seulement un mois et demi auparavant, j’hallucine du niveau standing/prix !
Le parc est magnifique, piscine à la sortie de la chambre avec vue imprenable sur le viaduc de Millau, tout cela autour d’un château pittoresque, bref ma Peugeot 406 faisait bien pâle figure face aux voitures de luxe présentes sur le parking.
Autre bon plan, je ne prendrais conscience qu’après la course, la chambre est située au rez de chaussée dans une dépendance pour être accessible aux handicapés, et il faut le dire, après la course, ma démarche chaloupée n’était pas un exercice de style façon rappeur US, mais plutôt une pénible chorégraphie façon danse des canards, la souplesse en moins !

18h30

Il est l’heure de manger, visite du centre-ville de Millau. Nous sommes les premiers à entrer dans un resto affichant des tagliatelles carbonara. Petit à petit la salle se remplit… de coureurs (reconnaissables à leurs tenues à l’effigie des ultra-trails les plus cotés). A coté de nous un couple du Jura, lui sort du Tor des Géants (330km – 24000m D+) en 140h et des poussières, je me sens un peu petit sur le coup. Bah oui, moi c’est mon premier 100 bornes. Là nous discutons de l’épreuve qui nous attend. Il me dit qu’il a fait cette course l’année dernière et que c’est un parcours roulant où il faut beaucoup courir. Ok si on m’avait dit que 4 500 m de déniv positif c’était roulant ben je serais resté chez moi !

Enfin retour au château pour tenter de trouver le sommeil, ce qui ne sera pas le cas, j’ai dû comptabiliser 2h max de sommeil cette nuit-là, l’esprit était déjà à la course…

  • Vendredi 26 Octobre

2h45
Lever ! J’ai les yeux qui piquent et je me dis que je risque d’accuser le coup du manque de sommeil dans la journée. Surtout ne pas y penser. En attendant, j’enfile mon attirail, avale la moitié d’un gateau port avec un café gentiment préparé la veille au soir par la réceptionniste.

3h30
En route direction le départ, le palpitant s’accélère inexorablement. Nous sortons de voiture et là une petite brise nous caresse le visage, il fait frais mais bonne nouvelle il ne pleut pas. Je fais quelques longueurs en courant pour sentir mes gambettes qui ont des fourmis depuis une semaine et demi maintenant.

4h00
On s’aligne sur le départ. Coup de pétard, fumigène à droite à gauche, musique d’Era, on a beau le voir en vidéo, le vivre c’est quand même différent et ça file une sacré chair de poule. Bref finie la séquence émotion, on va vite entrer dans le vif du sujet… Pendant ce temps Papa va se recoucher, il me retrouvera plus tard…

4h20
Les 3 premiers kilo sont sur route tranquillou en groupe, coté vêtement en bas je porte un corsaire et mes bas de compression, en haut un maillot manche longue et ma veste Windstopper Salomon, seulement je prends vite chaud et je vois plusieurs trailers s’arrêter pour se dévêtir. J’attends, j’ai un peu la flemme de retirer mon sac, on verra plus tard !
4ème kilo, côte de Carbassas (500m D+ sur 2.5km), tout le monde est en file indienne, le cardio grimpe et la chaleur aussi, je temporise encore pour retirer ma veste.
Plus nous approchons du sommet, plus nous sentons la fraîcheur du vent. A ce moment là, je me dis que j’ai finalement bien fait de temporiser (c’est une bonne chose des fois la fainéantise !) car je vais bien supporter ma veste, une fois sur le plateau et après 15-20min ce qui devait arriver arriva… des gouttes commencent à tomber, c’était prévu mais nous comptions encore naïvement sur une improbable pirouette de météo France. Rebelote, tout le monde remet sa veste. Désormais la pluie sera continue jusqu’à l’arrivée et se fera bien drue par moment.

Nous avançons en courant sur un petit rythme car il faut tenir sur la durée et nous amorçons la descente sur La Cresse. L’organisation nous avait prévenue il faudra être vigilant dans cette descente assez technique de nuit, donc je veux prendre mon temps pour descendre et épargner mes genoux car je sais que cela peut être une faiblesse pour la suite (sur la Barjo mes genoux avaient pas mal sifflés sur la fin des 87km). Mais tout ne se déroule pas comme prévu. La course est déjà plus étirée et je suis dans un groupe menant  bon rythme en descente. Ca pousse derrière ! Me voilà donc engagé à faire la descente plus rapidement que prévu. A ce moment là, la lucidité est toujours présente et je ne prends pas trop de risques, je laisse juste un peu de jus.

1er ravito : La Cresse – 17.5km. La salle est minuscule, c’est la grosse bousculade. Je rentre, fais le plein des gourdes, chipe un morceau de pain d’épice et quelques abricots secs et je repars. Pas la peine de faire la queue et de perdre du temps alors que j’ai toute la nourriture qu’il me faut sur moi. D’une façon générale, ma stratégie était de ne pas passer trop de temps sur les ravitos, pour éviter de me refroidir et de peiner à repartir. Je suis donc parti avec 15 barres donc je peux tenir un moment en restreignant sur les ravitos. Mais là non plus, je ne respecterais pas complètement cette stratégie, la faute à la qualité des ravitaillements, très complet et très bon. Je craquerais souvent sur les excellentes miches de pain raisin-noisettes accompagnés de gruyère, et une bonne soupe pour se réchauffer.

Nous voilà parti pour la portion la plus longue en autonomie, 25 km entre La Cresse et Mostuejouls.

D’emblée nous sommes confrontés à la cote de Peyreleau avec de terribles passages où il faut s’aider des mains pour passer les rochers. Au sommet une nouvelle portion sur le plateau nous attend pour se relancer en courant, puis voilà une interminable descente d’abord sur un sol pierreux très délicat et réclamant une grosse attention au niveau des appuis, puis pour finir sur des chemins plus roulant. En bas, nous atteignons un petit village typique et il nous faut remonter aussitôt. En se retournant, nous observons le chemin parcouru avec toute la descente, de toute beauté. Le jour commence à se lever nous allons pouvoir éteindre nos frontales et relâcher légèrement notre concentration.

La montée se fait par la cote du Buffarel, très longue mais sans pourcentages importants. Enfin, au sommet nous redescendons directement vers le ravitaillement de Mostuejouls. Le terrain de cette descente est particulièrement compliqué, de la pierre partout rendue glissante par la pluie incessante. Je me déporte régulièrement sur le côté pour laisser passer les plus habiles en descente. Encore une fois je préfère me préserver et surtout éviter une chute qui pourrait compromettre sérieusement le reste de la course. Sur la fin de cette descente, justement une femme est assise à terre un autre coureur est avec elle, en passant je demande si ça va, elle me répond que ça va aller, donc je trace mais je remarque que son genou était quand même bien entaillé.

La récompense est là-haut

Nous entrons ensuite dans Mostuejouls, direction la salle du village, très propre est parfaitement chauffée. Je vais pouvoir changer mon maillot manche longue par un autre maillot manche longue sec ! 1 heure avant j’avais pris soin de prévenir mon père que j’étais en avance sur les temps de passage prévus, et qu’il pouvait venir plus vite, mais personne au ravito, dommage sa présence m’aurait pourtant fait du bien.

Je me rends compte également que l’eau a percée ma veste (windstopper =pas complètement étanche) et que même en changeant de maillot je finirais rapidement mouillé, ce n’est qu’une question de temps. Je mange, je bois, refais le plein et repars. A la sortie, je vois mon père qui venait juste d’arriver et ignorais que j’étais déjà dans la salle. Une petite tape et c’est parti, prochain ravito au Rozier dans 10km mais entre les deux un pic, une pente très coriace, brute mais tellement belle. J’en profite aussi pour consulter mon téléphone qui a bipé à plusieurs reprises. Petit coup de fil au collègue qui suit ma progression de près, et ma femme un peu plus tard durant sa pause déjeuner. J’attaque la montée avec un petit groupe de 5 coureurs, dont un ligérien avec qui j’ai fait connaissance au ravito. On se suivra souvent durant la course et on échangera beaucoup, très sympathique. Les cuisses chauffent dur sur cette ascension assez glissante où il nous faut poser les mains régulièrement pour avancer. La récompense est là-haut : une vue magique. Nous sommes ici tous à l’arrêt, ébahis par ce panorama pourtant moins dégagé à cause des nuages, mais déjà surprenant.

Petit passage sur le causse et de nouveau la descente vers Le Rozier maintenant. Pour la première fois, nous commençons à nous méfier de la boue qui combinée aux pierres fait un parfait mélange pour favoriser les  glissades. Nous passons aussi sur de petits singles qui doivent être très sympa lorsque le temps est sec, mais aujourd’hui le single forme une gouttière où l’eau ruisselle en continu, vu que mes pieds sont déjà trempés depuis un moment j’en profite pour patauger gaiement à chaque foulées.

Après quelques frayeurs sur la fin sous formes de dérages plus ou moins contrôlés, j’atteins le bitume et traverse le pont qui nous sépare du ravitaillement du Rozier. Cette fois mon père est présent à l’heure, et nous en profitons pour discuter sur l’état de la course, les sensations, le moral. Là, je retrouve aussi mon ami ligérien, nous échangeons tous un bon moment en mangeant, puis il est temps de repartir.

Ca monte, ça descend et ça remonte, c’est usant

Je sors la tête de la salle, un déluge d’eau nous tombe dessus, j’avance en grognant un peu, un bénévole nous souhaite bon courage. Merci, nous allons en avoir besoin ! Le bon côté, c’est que nous avons fait plus de la moitié du dénivelé, ce n’est pas grand-chose mais c’est bon pour le moral.

Prochain ravito à St André de Vézines dans 15 km. En clair, il nous faut grimper et le ravito se trouve sur le Causse après une dizaine de kilomètres. La sortie du Rozier, nous emmène sur un chemin complètement détrempé où les pieds s’enfoncent dans la boue et nous grimpons vers ce plateau. La montée n’est pas trop raide mais la boue s’est bien installée, désormais il y en aura partout !

Sur le plateau, nous relançons en courant, traversons des bois, ça monte, ça descend et ça remonte, c’est usant, et bonne nouvelle voilà la civilisation. Je demande où nous sommes. On me répond au ravitaillement de St André de Vézines. Quoi déjà !?! En même temps, je ne vais pas m’en plaindre, l’explication vient du fait que l’organisation avait raccourci ce tronçon sachant que la météo serait exécrable. Cela avait été annoncé avant la course : réduction de 105 à 101 km.

Du coup, je suis trop en avance. Mon accompagnateur n’est pas arrivé. Je me ravitaille correctement et repars gonflé à bloc. Tiens, un petit coup de fil au collègue qui en remet une couche pour me motiver. Désormais, j’ai une bonne avance sur les barrières horaires, je ne vois pas ce qui pourra m’empêcher de passer la ligne.

Il me faut à chaque instant jouer au chimpanzé

Comme pour le début de course, je me concentre seulement sur le prochain ravito, pas au-delà. C’est une bonne méthode pour donner l’impression de réduire le temps de course, finalement un ultra c’est une multitude de mini objectifs. Donc prochain ravitaillement dans 10 km environ. Profil globalement en descente. Sur le papier, c’est bien pour donner l’impression d’aller vite sauf que sur le terrain ce n’est pas la même chanson. Comme d’autres coureurs, je ne suis pas équipé de bâtons. Ce n’est pas problématique au départ de cette descente car le sol est pierreux et très agréable bien que piégeux. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour contempler une fois de plus ces grands espaces vertigineux. A partir de 700 m d’altitude environ, nous sortons de l’univers minéral pour entrer dans l’univers végétal. C’est là que les choses se gâtent. Il y a des arbres donc de la terre et inévitablement de la boue, et les bâtons sont bien pratiques dans ces passages. Il me faut à chaque instant jouer au chimpanzé pour éviter de me retrouver par terre, beaucoup de temps perdu dans ce bourbier ! Enfin le soulagement d’être sur le bitume et d’arriver à La Roque Ste Marguerite pour l’avant dernier ravito. Je prends le temps de bien manger, bien boire, discute avec un belge navré d’avoir fait tout ce chemin pour trouver la pluie. Mon père est à coté et il voit que je suis bien, un peu usé, c’est normal mais le moral au beau fixe. Cela fait contraste avec d’autres coureurs venant de quitter la salle et qui avait une mine déconfite me dit-il. Ces paroles ne font qu’augmenté mon niveau de confiance (trop ?). Sans plus attendre, je m’apprête à reprendre le chemin, pointe le nez dehors. Il pleut encore violemment, mais rien ne peut m’arrêter. Je quitte cette salle, traverse le pont et me dirige vers l’avant-dernière grosse difficulté de l’épreuve qui démarre ‘dré dans le pentu’ comme on dit. Je suis seul mais revigoré à bloc et attaque cette pente comme un dératé. Rapidement, je reprends un coureur qui en bave, il me laisse gentiment passer car le chemin est très étroit et glissant. Les mains sont indispensables pour se hisser sans risquer de perdre l’équilibre. J’attaque toujours, le cardio tape fort, je recolle un deuxième coureur et cette fois reste derrière car en regardant l’altimètre, je constate qu’il n’est pas monté proportionnellement à l’intensité de mon effort ! Donc je me calme, je sens mes mollets un peu durs sur le coup, et termine cette ascension en restant calme. Nous arrivons en haut et je continue en mode marche rapide pour décrasser les cuisses qui ont bien chauffées, puis je relance en courant confiant mais au bout de 200m je sens mes quadri au bord de la rupture.

Les crampes approchent et je sens que je vais passer un mauvais moment. Je savais que ce genre de situation arriverait et prend mon mal en patience, ce n’est qu’un mauvais passage, il suffit d’avancer et au bout d’un moment je vais pouvoir reprendre la course.

Je continue en mode robocop

Le temps passe, je suis trempé jusqu’aux os, je n’arrive plus à courir, et ma température corporelle descend. Je prends froid, mes mains sont blanches et fripées et je peine désormais à sentir le bout de mes doigts. Tout cela me fait plier mentalement. Moi qui voulait arriver au prochain ravito du Cade  avant la nuit, me voilà contraint à rallumer la frontale. Je suis seul dans cette forêt et une énième fois, je fais la longue descente en m’accrochant aux arbres, mais la vigueur n’y est plus. Avant chaque passage délicat, je m’arrête pour repérer à quelle branche je vais pouvoir m’agripper pour éviter de dévaler sur les fesses. C’est interminable mais de toute façon, je dois avancer car m’arrêter ici ne m’apporterais rien, donc je continue en mode robocop. J’entends la rivière, signe que je vais retrouver du plat. Mais la solitude ne m’est pas de bonne compagnie. Au bout de 20min de plat n’ayant vu personne me passer malgré mon allure au ras des pâquerettes, je me demande si je suis sur le bon chemin ! Je vois pourtant des balises mais… dans le doute je fais demi-tour voir si quelqu’un arrive, au bout de 5 min j’entends des voix, un groupe de 4 coureurs se pointe. Rassuré, je les suis, j’arrive à relancer un peu en leur emboîtant le pas. Nous longeons la Dourbie depuis un certain temps et nous devons bientôt traverser cette rivière par le pont de Massebiau où mon père sera présent. Une fois le pont traversé, il nous restera à gravir le Pouncho D’agast, grand causse qui surplombe la ville de Millau, avec une montée et descente redoutable.

Bordel, je ne vais pas lâcher maintenant après tout ce chemin !

Le pont en vue, plusieurs groupes de personnes sont présents pour nous encourager, que c’est bon ! Je retrouve mon père et sa présence me fait un bien fou. Il voit ma tête, je lui explique où j’en suis, il sent bien que je ne suis pas loin de laisser mon dossard puisqu’il me le demande. Le fait qu’il me pose cette question quelque part me fait réagir, bordel je ne vais pas lâcher maintenant après tout ce chemin. Il me dit que le prochain ravito est à 3 km et que la montée est compliquée. Je sors de la route et prend le chemin qui s’élève vers cette ascension finale. Je suis dans le même groupe de 4 coureurs. Parmi eux 2 suisses et 2 parisiens. Je prends les devant avec un des parisiens, le reste du groupe est 50m derrière. Je sors mes tripes à chaque pas pour me hisser, la pente est vraiment raide est glissante. A mi-pente les Suisses, nous passent avec une belle allure, on ne vit pas dans la même région cela se voit ! Bref, nous continuons d’avancer, le souffle est court et le cerveau débranché.

Le sol se fait plus pierreux. C’est une bonne nouvelle dans le sens où nous approchons du sommet, mais d’un autre coté cela oblige à faire de l’escalade par endroit et de nuit je ne suis pas trop fan.

Nous arrivons sur un sentier, la pluie est toujours là et une petite brume vient de se poser. Cela fait du bien d’allonger le pas. Attention,  plus de balisage en vue. Heureusement il y a 50m devant un 4×4 de la sécurité qui nous aperçoit et nous  fait un appel de phare pour nous indiquer la route, merci les gars ! La ferme du Cade n’est plus très loin. Notre sujet de conversation d’affamés c’est le fromage, le jambon, et la bonne soupe qui nous attend. Dans un bois, nous croisons une femme et ses 2 enfants en pleine nuit. Elle nous annonce le ravito dans 500m. Au passage, je demande la distance qui reste pour rallier l’arrivée, et elle me répond 2km en légère montée et 5km de descente, et le jeune garçon d’ajouter : « faites gaffe dans la descente, ça peut être dangereux ! » ; merci du conseil p’tit gars. Cela ne présage rien de bon mais ne fait que confirmer ce que j’ai déjà pu lire dans certains compte-rendus alors que dans les éditions précédentes le temps était sec, la dernière descente sera terrible. Enfin ,j’essaye de ne pas y penser, et de me concentrer sur le casse-croûte qui arrive ! Cette petite ferme est bien jolie, nous sommes accueilli dans une petite salle voûtée, remplie de coureurs pas tous très frais, moi le premier. La croix rouge est présente pour déceler tout signe de défaillance. Sur ce ravitaillement, j’ai dû manger pas loin du tiers de l’assiette de gruyère accompagné du fabuleux pain noisette-raisin, j’ai bu une soupe et rempli mes gourdes (parfaitement inutile puisque je ne vais plus rien boire jusqu’à l’arrivée !), c’est reparti pour la dernière portion, 7km, une paille !

Je sors seul de la ferme, et au bout de 500m en me retournant, je vois un coureur 50m derrière moi. Je décide de l’attendre et lui demande s’il est d’accord pour faire un bout de chemin ensemble. Nous discutons un bon moment tant que nous sommes sur un chemin large, avant d’être dans le dur mon compère me propose gentiment un de ces bâtons que je refuse au risque de lui plier, puis arrivent les singles qui annoncent le début de la descente. C’est un truc de fou de nous faire passer par là ! Je garde un oeil sur l’altimètre, il affiche 800m et l’arrivée est située à 400m, c’est peu mais compte tenu du terrain cela va être long. Je suis rarement seul mais je demande à mes poursuivants de garder un écart s’ils ne veulent pas se faire chatouiller le visage par un retour de branche ! Ceux qui possèdent des bâtons sont indéniablement avantagés. Ça descend raide et ma frontale se met à clignoter, le niveau de pile est au plus bas, il va falloir s’arrêter et solliciter une aide extérieure pour changer les batteries. Je vais retarder ce moment le plus tard possible en baissant le niveau de puissance, j’aurais peut-être suffisamment d’éclairage pour aller au bout?

Je galère pas mal en  suivant un coureur et nous sentons qu’il y a de moins en moins de descentes, pire nous voilà partis à remonter. Je n’y comprends rien, nous repartons à descendre franchement puis au bout de 10m plus de balisage. Nous nous arrêtons et regardons partout autour, rien, aucune balise, puis d’autres coureurs arrivent plus haut et nous aperçoivent en bas, on leur dit que ce n’est pas le bon chemin. L’un d’eux aperçoit une balise plus haut, nous n’avons plus qu’à remonter…

A travers les arbres on distingue en contre-bas les halogènes du village d’arrivée

Nous arrivons ensuite dans la fameuse grotte du Hibou. Je profite de ce moment où nous sommes protégés de la pluie pour solliciter de l’aide pour récupérer mes piles dans le sac à dos et réalimenter ma frontale. Un trailer s’arrête et ouvre mon sac, retire mes vêtements de change (pas portés) qui pèsent des kilos tout mouillés, je lui précise qu’elles sont dans un sac étanche. Il me sort la couverture de survie et ne trouve rien d’autre, je commence sérieusement à douter de les avoir mises, je le remercie et m’excuse (en déballant mon sac à l’arrivée, je verrais que les piles étaient pourtant bien à l’endroit indiqué). Cette fois, il faut aller au bout comme cela. A la sortie de la grotte, je suis en tête du groupe de 7 ou 8 coureurs  et mon intensité d’éclairage continue à diminuer. Grosse pression, du coup je mets les bouchées doubles dans l’engagement et part plusieurs fois en glissade plus ou moins maitrisées mais ça passe. A travers les arbres on distingue en contre-bas les halogènes du village d’arrivée, cette perspective me donne un gros coup de boost et un mental de warrior !

Mon groupe est lâché et je reprends quelques coureurs. L’un d’eux malgré ses bâtons se prend une jolie pelle devant moi. Je l’aide à se relever et demande si tout va bien, pas de mal. Il me laisse passer et j’enchaîne. Je sens mes jambes revenir, c’est dingue. Ce fut long et laborieux mais nous arrivons sur une partie bitumées, alléluia !

Je retrouve mon super Papa

L’euphorie aidant, je galope. La foret est passée et le village est en visu, ma lampe n’éclaire qu’à 2 mètres devant moi mais cela suffira. Nous croisons des bénévoles qui nous indiquent l’arrivée à 20min. Ce sera beaucoup moins en réalité en courant sur un 12-13km/h sur les 2 derniers kilomètres. Nous passons pour finir dans un champs ruiné par la boue et entrons dans le village d’arrivée pour franchir la ligne après 17h47 d’efforts, il est 21h47.

Je suis vraiment heureux. Hier, j’aurais signé tout de suite pour faire ce temps, surtout avec des conditions météo ultra défavorables. Je récupère mon t-shirt finisher et ma médaille. Nous sommes félicités par toutes les personnes que nous croisons. Je retrouve mon super Papa sous la tente Média qui jonche l’arrivée, au chaud je me change complètement.

Nous passons ensuite par le ravitaillement d’arrivée. Je n’irais pas au repas offert dans la tente un peu plus loin car trop pressé de me doucher et d’allonger mes jambes. Mon père prend mon sac à dos qui fait un poids énorme avec mes vêtements gorgés d’eau.
Je retrouve aussi l’ami ligérien qui a terminé 20min devant moi. On se congratule mutuellement, et je pense que l’on se reverra sur des courses autour de Nantes. Je mange une dernière fois les fameux petits pain/gruyère tout en passant des coups de fils aux proches qui suivaient l’évolution de la course sur internet.

Retour au château, douchage. Je constate au passage que mes pieds sont totalement ruinés. C’est la fin d’une journée où je serais passé par toutes les émotions mais ce fut une belle journée. Maintenant c’est certain, j’y reviendrais car c’est vraiment une région superbe pour pratiquer ce sport magnifique.

Merci à l’organisation et à mon accompagnateur pour son soutien indispensable sur une telle épreuve, et merci à tous mes soutiens téléphoniques qui comptent aussi.

Olivier Rondeau

Classement : 295e/616 partants (750 inscrits)

1 réaction à cet article

  1. Je suis tombé par hasard sur ton récit, Bravo à toi Olivier pour ton 1er Ultra au delà de 100 bornes, le 1er d’une longue série ?

    Sympa ton récit à lire, on est replongé dans la course … Génial malgré ce temps pourri !

    A +
    Jacques du Pallet (44), tu étais plus rapide que nous sur les ravitos (on y restait environ 15 mn avec Ludo, c’était tellement bon et puis on était au sec !)

    Mon récit sur Kikourou
    http://www.kikourou.net/recits/recit-13850-endurance_trail_des_templiers-2012-par-coach_jack.html