Au coeur de la TDS avec Valerie, le 30 août 2012

114 kilomètres avec 7125 mètres de dénivelé positif depuis Courmayeur jusqu'à Chamonix en traversant Bourg Saint Maurice et les Contamines.

La journée s’annonçait difficile, les prévisions météorologiques n’étaient pas vraiment optimistes. Alors lorsque nous nous sommes élancés (nous étions 1700)  à 7h00 du matin, Marielle et moi, savions qu’il fallait profiter du peu de répit (1h20) qui nous était offert avant l’arrivée des premières gouttes de pluie (elles ne devaient plus nous lâcher jusqu’à la fin de notre périple). Des prévisions météorologiques qui n’ont pas vraiment touchées notre détermination affichée et l’envie d’en découdre. Mais l’épreuve est longue, très longue…

Le rythme de progression sur les premiers kilomètres est conforme à nos prévisions. Même si les paysages sont ternis par les nuages, les passages aux cols de Youlaz et du Petit Saint Bernard s’enchainent aisément. L’arrivée à Bourg Saint Maurice nous laisse encore espérer boucler l’épreuve en moins de 24 heures. La pluie fine pénètre doucement dans tous les interstices et colle de plus en plus à la peau. Les conditions météorologiques se dégradent encore. Des rafales de vent s’invitent dans l’ascension du col de la Forclaz alors que des trombes d’eau s’abattent sur nos têtes au passeur de Pralognan. Les températures baissent sensiblement avec la lumière du jour. Il faut continuer d’avancer pour ne pas rester tétanisées sur place. Pas le temps de réfléchir sous ce déluge, il faut rallier le prochain point de ravitaillement pour se ressourcer et s’équiper pour la nuit.

L’arrivée à Cormet de Roselend est une véritable déception. Je suis frigorifiée, je claque des dents et tremble de la tête aux pieds. Impossible de trouver une place pour se poser alors il faut faire son trou, pousser une paire de bâtons, dégager un sac à dos qui encombre le banc. La table de ravitaillement est inaccessible. La tente est minuscule et ne peut pas faire face à l’afflux continu des naufragés. Que faire ? Les rechanges dans le sac sont toujours secs alors je dois retirer au plus vite les vêtements détrempés et enfiler les nouveaux pour tenter de me réchauffer. Le réconfort est faible mais réel. Autour de moi j’entends les coureurs prendre la décision d’abandonner. Les éléments sont trop forts. Le bus pour Chamonix vient d’arriver. L’envie d’arrêter à mon tour est immense, la tentation m’encercle. Marielle me propose de m’accompagner à l’arrivée et laisse tomber par la même occasion son objectif personnel. Je suis totalement vidée sans la moindre énergie mais je n’ai aucune blessure. Je sais qu’il va me falloir du temps pour récupérer et refaire le plein d’énergie mais le souhait d’aller au bout est plus grand. J’accepte la proposition, à deux nous sommes toujours plus fortes ! Nous repartons engoncées dans nos tenues, protégées autant que possible face au froid de la nuit qui commence.

La progression est lente et difficile, le sol est détrempé, des coulées de boue dévalent les pentes que nous nous acharnons à vouloir gravir. La pluie continue sans relâche. Le froid est de plus en plus tenace. Le passage au point de ravitaillement du col du Joly au milieu de la nuit nous réchauffe ponctuellement. Mon estomac ne veut plus rien accepter. A cours d’énergie, il faut que je prenne le temps de mâcher du pain blanc, seule denrée que mon corps tolère encore. Pas le choix, il faut serrer les dents pour aller au bout. La pluie nous abandonne enfin. Après un passage rapide au ravitaillement des Contamines, l’objectif reste à portée de main, plus qu’une difficulté !

La montée jusqu’aux chalets du Truc est lente et régulière. Derrière l’ascension du col du Tricot va être mon calvaire. J’avance à pas de fourmis, vidée, je me force à ingurgiter une barre énergétique, le rythme reste désespérément lent mais je ne m’arrête pas, un pas après l’autre. Si le ciel bleu nous a accueillis aux pieds de la trace vers le col, les nuages descendent au rythme de notre progression. La pluie laisse rapidement place aux flocons qui se renforcent pour recouvrir le sol d’une couche de 5 centimètres de neige bien fraiche et résistante au sommet à 2120 mètres.

La descente s’engage sous la neige, au milieu des rigoles et de la boue dans un froid hivernal. Les flocons font place à la pluie, le thermomètre remonte sensiblement. L’espoir revient peu à peu dans la vallée. Une fois arrivée au point de ravitaillement des Houches, la victoire ne semble plus pouvoir nous échapper. Le pas est lent mais assuré car nous faisons parti des rescapés.

Enfin la ligne d’arrivée est franchie à Chamonix. Nous sommes « finishers »! C’est notre victoire !

Valérie Lacarrière