Au coeur de la SaintéLyon 2012 avec Philippe

Une émotion puissance 6 !

Il a dompté son stress pour boucler, avec cinq de ses amis, la SaintéLyon 2012. Philippe Piat nous raconte son premier trail long.

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Voilà. Tout a commencé par une douce soirée du mois de juin après une belle sortie en forêt avec deux amis du Marathon du Perche Vendômois. Tout en dégustant une petite bière réparatrice, nous cherchions une belle course à faire tous les trois. En fidèle supporter des Verts de Saint-Etienne, je propose bien évidemment la SaintéLyon. Contre toute attente ce choix est validé à l’unanimité ! Garçon, une autre bière !

Nous voilà partis pour trois mois de préparation, de doutes… Mais notre enthousiasme devait être communicatif puisque trois autres membres du club dont Ludo le Fou, notre coach, ont décidé de se joindre à nous !

1er décembre : après un bon plat de pâtes pris en commun, nous prenons la route en direction de Saint-Etienne à bord du mini-bus du club. Bourges, Clermont-Ferrand les kilomètres défilent, les plaisanteries s’enchainent mais je sens que les visages se crispent un peu. Je prends conscience du défi qui s’annonce : mon premier trail long, qui plus est de nuit ! La météo annonce un peu de neige et une température légèrement en dessous de 0. En passant tout près du stade Geoffroy-Guichard, je ne me doute pas un seul instant de ce qui nous attend réellement…

Arrivé au Parc des Expo de Saint-Etienne, premier coup de stress : j’ai oublié ma carte d’identité ! La personne en charge des inscriptions refuse de m’enregistrer. Pas aimable, elle me dit de m’adresser aux bureaux des litiges. A peine arrivé, ma SaintéLyon est-elle déjà finie ? Jacky, notre chauffeur qui a plusieurs Marathon des Sables à son actif, hallucine, je le sens, de mon erreur de débutant ! Heureusement, je tombe sur un bénévole qui partage les mêmes références footballistiques que moi : ma licence est enregistrée, je retire enfin mon dossard ! Première émotion, j’ai dans les mains le célèbre dossard chasuble de la Sainté !!

Direction le grand hall où nous trouvons quelques mètres carrés pour nous installer. Rapide repas…de pâtes et je me glisse au fond de mon duvet en espérant trouver un peu de sommeil (le départ n’est que dans 3h !). Mais impossible de fermer l’œil, le doute, la peur de ne pas être à la hauteur,  viennent m’assaillir. Je recompte dans ma tête le nombre de kilomètres effectués durant ma préparation, le nombre de sorties de plus de 2h… rien n’y fait, le doute est là ! Je sens bien que je suis le plus stressé de nous six. Pour ne rien arranger, le speaker annonce 30 cm de neige à Sainte-Catherine ! Le coach est ravi : « ce sera une vraie SaintéLyon » ne cesse t-il de répéter ! Je m’en fous moi ! Je veux juste arriver à Lyon, ramener mon tee-shirt de finisher à ma fille !

Ça y est, il est l’heure ! Les photos du groupe faites, nous nous dirigeons vers la ligne de départ, SAS 9-11h. En fait, nous avons choisi de nous positionner dans les derniers pour ne pas partir comme des fous. Ce choix s’est révélé être judicieux : j’ai eu l’impression de doubler des concurrents durant toute la course. Parfait pour mon moral ! Grosse émotion lorsque nous passons sous l’arche de départ, je respire un grand coup et c’est parti pour 70 km de bonheur !

Nous contrôlons tranquillement notre vitesse jusqu’à la sortie de Sorbiers. J’allume ma frontale, nous quittons l’éclairage public, la route commence à monter. Nous doublons les premiers concurrents qui marchent déjà dans la côte puis…nous sommes déjà à l’arrêt : la route est complètement recouverte de verglas.  Le stress qui m’avait abandonné au fil des premiers kilomètres revient en même temps que les chutes : ce serait trop bête de tomber, de se blesser, que l’aventure s’arrête si tôt.

Heureusement la montée vers Saint-Christo m’offre ce que j’étais venu chercher : le long serpent de lumière. C’est vraiment magique ! Clic une photo et nous repartons mais cette fois chaussés de Ezy shoes : cet achat de dernière minute va s’avérer prépondérant pour le reste de la course ! Là où les autres concurrents vont marcher, ralentir devant les plaques de verglas et la neige, nous allons pouvoir rester en équilibre et préserver nos forces !

A Saint-Christo, au premier ravitaillement, c’est la cohue, pas de place, la convivialité du trailer est restée dehors ! C’est la guerre pour un bout de banane et un thé !

Le speaker n’avait pas menti : la neige est là en abondance, environ 30 cm par endroit. Des congères se sont formées le long des talus. Notre course n’est qu’un ballet de chutes, de glissades. Nous progressons doucement, toujours groupés tous les six ! C’est bon de se sentir solidaires au sein de notre petit groupe. Le passage des crêtes est compliqué surtout à cause du vent et du froid.

Nous arrivons à Sainte Catherine après plus de 4h de course. Un thé chaud, je remplis mon camel bag et nous repartons !

La descente du bois d’Arfeuille et Soucieux va rester dans ma mémoire : les chutes se multiplient ! La couche de neige a diminué mais cache toujours les plaques de verglas et les pierres. Je me force à ne pas regarder les personnes assises sur les bas-côtés. Certains ont les couvertures de survie sur les épaules… Contre toute attente, je me sens bien, lucide dans les descentes. Nous continuons notre alternance de course et marche dans  les côtes. Nous arrivons au ravitaillement de Soucieux à 8h04 ; j’espérais entrevoir les lumières de Lyon mais ce sont celles des pompiers et du Samu qui emmène les blessés…  Depuis quelques temps, j’ai décidé de ne plus regarder ma montre, oublié le chrono pour les annales. J’ai trouvé bien mieux à raconter : la SaintéLyon 2013 !

Nous avons éteint nos frontales depuis quelques temps déjà. L’arrivée de la lumière du jour a été pour moi un vrai réconfort. Le bitume a remplacé les sentiers mais la route est toujours aussi piégeuse avec les plaques de verglas. Moment incroyable : en moins de 500m, nous doublons un véhicule des pompiers en travers de la route et la voiture du Samu coincée dans un fossé ! Et là, au milieu des vergers de  Chaponost, gros « kiff » : Fred sort de son sac des rondelles de saucisson que nous partageons ! Les descentes deviennent de plus en plus dures pour les quadriceps, mais je sais que nous allons aller, tous les six, au bout de l’aventure !

Le ravitaillement de Beaunant est une formalité. Le thé chaud est servi par une jolie demoiselle souriante ! Je reçois un SMS d’encouragement de ma fille, le bonheur !  La côte des aqueducs de Beaunant est montée en papotant, nous commençons à décompter les kilomètres qui nous amènent à l’arrivée. Au kilomètre 65, Ludo et moi nous décidons d’enfiler nos maillots verts de Saint-Etienne ! Depuis trois mois, je répète à qui veut l’entendre que mon objectif est d’arriver à Lyon avec une écharpe des Verts au tour du cou ! 100 mètres, 75, 50,25… ça y est nous passons l’arche d’arrivée tous les quatre (Anthony et Fabrice se sont échappés depuis le 55ème), accolades, félicitations sont au rendez-vous, bien évidemment ! Mais surtout de l’émotion : Anthony qui fond en larmes à l’arrivée, Fred qui ne peut parler au téléphone à sa femme tellement il est ému et moi…heureux tout simplement d’avoir partagé tout ça avec eux ! Et j’ai un beau maillot de finisher à ramener à ma fille Alix !

Par Philippe Piat