Au cœur de la CCC (UTMB, Chamonix, 74), les 29 et 30 août 2014

François-Xavier dit FX s’est aligné sur la CCC. Sans avoir jamais participé à une course en montagne mais avec une préparation spécifique même si elle fut un peu courte et perturbée. Il termine 193e en 17h53mn18s. Le récit de son aventure sur les sentiers autour du Mont-Blanc.

FX CCC 2014

Vendredi 29 août 2014. C’est bientôt l’heure de prendre le départ de la CCC (Courmayeur-Champex-Chamonix), épreuve de 100 km avec 5600 m de dénivelé se disputant dans le cadre de The North Face ® Ultra-Trail du Mont-Blanc®. Il est 8h30, je suis à la terrasse d’un café de Courmayeur avec des amis. De quoi parle-t-on ? Bien évidemment des principales difficultés du parcours. On me glisse quelques derniers conseils et surtout des encouragements. Je termine mon thé et me dirige vers le départ. J’arrive à me glisser prêt de la ligne pendant que les dernières consignes sont données par l’organisation. Il reste 5 mn, les 1 945 coureurs sont impatients : l’ambiance est énorme. Voici les hymnes suisse, français et italien… puis le décompte final et c’est parti sous la musique de Vangelis, énorme !

Quel moment d’émotion après des mois de préparation et d’entraînement. Les spectateurs mettent l’ambiance « à l’italienne » et les habitants ont sorti les cloches pour nous encourager. L’hélicoptère de l’organisation est au-dessus de nous, on sent le souffle des pales… Une première boucle est faite dans Courmayeur avant d’attaquer la montée vers la Tête de la Tronche. La première côte est une route goudronnée sur quelques centaines de mètres, avant d’arriver sur un chemin pour commencer l’ascension par un sentier. C’est parti très fort devant, je dois me situer dans les 150 premiers. Lors de cette première difficulté, je me fais entraîner par la cadence, le rythme est soutenu, ça ne parle pas beaucoup. L’ensemble des concurrents forment un « petit train » sillonnant la montagne à la queue leu-leu. J’ai déplié mes bâtons, je regarde les talons de mon prédécesseur, ça grimpe fort, environ 1400 mètres de dénivelé positif sur les dix premiers kilomètres. J’arrive enfin au sommet de la Tête de la Tronche (2 585m). Je sens que la montée a déjà laissé des traces et qu’il va falloir se calmer sur la vitesse de course au risque de ne pas pouvoir terminer. Je me lance sur la première descente, bâtons en mains, ça peut servir. Environ 4,5km et 600 mètres de dénivelé négatif pour atteindre le refuge de Bertone (1 992m). La descente se passe bien, j’en profite pour récupérer et m’hydrater. J’arrive au refuge et me pose pour faire le plein d’eau et manger un peu sur ce premier ravitaillement. Les bénévoles sont très accueillants, ils parlent tous italien, mais j’arrive rapidement à me faire comprendre. Je rempli ma poche à eau, j’attrape au passage de quoi manger et je repars en marchant pour grignoter mes barres de céréales.

Le « must » : la vue sur le glacier, on en prend plein les yeux

FX CCC 2014La suite du parcours représente 7 km de « plateau » jusqu’au prochain ravitaillement, le refuge de Bonatti (2 015m). Je continue à m’hydrater car je pense vraiment que je n’ai pas assez bu sur cette première partie de course. Je profite du paysage, il fait beau et chaud. Les montagnes sont magnifiques, les sommets enneigés, le ciel peu nuageux, le public est chaleureux et assez présent sur certains points traversés. Le « must » est la vue sur le glacier, on en prend plein les yeux. Sur le ravitaillement de Bonatti, je fais un arrêt très rapide pour faire le plein d’eau car le prochain, Arnuva est à 5km, donc assez proche. Cette distance représente une première partie montante et fini sur une bonne descente. Sur cette transition dès les premiers mètres, la tuile ! Je sens un début de crampe sur le bas du quadriceps gauche. Là, je suis environ au 25ème km et je me dis que la suite va être très compliquée si je ne gère pas tout de suite ce problème. Je ralentis et essaye de décontracter la zone musculaire. Je finis la descente jusqu’à Arnuva, je gère comme je peux et me fais doubler, mais ce n’est pas grave : il faut que je récupère avant tout. Heureusement au ravitaillement, il y a beaucoup de monde, les spectateurs sont nombreux et font beaucoup de bruit. Une superbe ambiance, ça fait du bien !

Et je vois mon pote Piwi, mon « accompagnant » sur la course. Chaque coureur a droit à une personne pour s’occuper de l’assistance et l’aider sur certains point de ravitaillement, trois autorisés (Champex-Lac/Trient/Vallorcine). Cette aide est très importante sur le côté matériel, mais surtout sur le plan moral. Ça fait du bien ! Je raconte mes difficultés de course, mes besoins futurs sur le ravitaillement de Champex. Je repars en passant par le ravitaillement, je mange une bonne soupe chaude aux vermicelles, du jambon de pays, saucisson, fromage… Les ravitaillements sont très bien fournis. Et là j’adopte la stratégie : je regarde ce qu’il y a et je prends uniquement ce qui me fait envie.

« Je ne prends même pas le temps de m’asseoir »

FX CCC 2014C’est reparti, pas de temps mort avec l’ascension du Grand Col Ferret. 750 mètres de dénivelé positif sur 4,5 km. Là, je monte au train, sans trop forcer pour gérer la difficulté car le chemin est encore long ! Cette montée se passe plutôt bien, je profite un peu plus du paysage, j’échange avec mes compagnons de course et chacun profite de l’expérience des uns et des autres. L’ambiance est très bonne : nous sommes tous dans la même galère. Alors on s’entraide pour remettre un coupe-vent dans le sac, franchir un passage de rochers difficile… Place à une descente très longue. Je prends donc 5 minute pour me couvrir avec ma Gore-Tex car j’ai le dos trempé et je ne voudrais pas avoir froid. Voilà 15 km presque intégralement en descente, mais attention il ne faut pas s’emballer : je ne suis qu’au tiers de la course et les descentes sont très traumatisantes. J’ai toujours mes problèmes de crampes à gérer et elles apparaissent surtout sur les transitions montée/descente. J’arrive au ravitaillement de La Fouly (1 611 m), le public est toujours aussi nombreux et les bénévoles très accueillants. J’aperçois mon classement, 213ème. Je mange bien, soupe, fromage, saucisson, barre de céréales. Je fais le plein d’eau, je bois un bon verre de coca et je repars sans trop traîner. Je ne prends même pas le temps de m’asseoir et grosse surprise en partant je suis 190ème, soit 23 places de gagnées. Je ne pensais pas gagner autant de places mais vu mon état physique, c’est le seul moyen pour moi d’en gagner ! Nous continuons à descendre jusqu’à un peu après Praz de Fort puis vient une montée pour enfin arriver à Champex-Lac (1 465 m), au 56ème km.C’est le premier ravitaillement où les accompagnateurs peuvent accéder à la tente et c’est aussi un peu plus de la moitié du tracé de parcouru. On voit tout de suite le sourire des familles ou amis venus encourager leur champion. Par contre, certains visages de coureurs commencent à être bien marqués et on voit des signes de fatigue qui en disent longs… Repartira, repartira pas, tel est la question pour quelques concurrents. Les plus de 3 300m de dénivelé positif ont laissé des traces. Heureusement pour reprendre des forces, des pâtes sont proposées, elles sont délicieuses et font du bien au moral. Chaque petite attention permet de penser à autre chose et donne un coup de boost pour se relancer. Pour ma part, je profite de cet instant pour changer de tee-shirt. Piwi m’a préparé sur une table du change, mais aussi du sucré, avec du chocolat aux noisettes et des bonbons Haribo. Petit moment de plaisir avant de repartir pour l’ascension de la Giète (1 884 m) et pour atteindre le prochain ravitaillement et retrouver mon ami ! On regarde la distance à parcourir, 17 km, et je lui dis qu’il me faudra bien 2h30 à 3h pour y arriver.

« Je gère le rythme pour continuer cette CCC qui me fait souffrir »

FX CCC 2014Je repars sous la pluie mais au sec, ça fait du bien. Je regarde ma montre, j’ai dû m’arrêter 10 minutes. Mes crampes ne passent pas et je commence à en avoir également à l’adducteur droit. Je gère le rythme pour continuer cette CCC qui me fait souffrir. Je me dis qu’il faut continuer et cela me fait penser à des moments difficiles physiquement déjà passés quelques années auparavant sur des épreuves professionnelles. J’entends mon téléphone sonner, j’ai reçu des SMS depuis le début mais je ne prends pas le temps de déballer mon téléphone enveloppé dans un sac étanche. Dix heures de course, 65km au compteur et plus de 4 000m de dénivelé positif. Je trouve que je suis sur une bonne moyenne, ça me réconforte. Je continue en montant tranquillement les difficultés et en descendant… toujours tranquillement pour ne pas avoir ces maudites crampes qui m’handicapent de plus en plus. Même le fait de retirer ma chaussure pour enlever un caillou m’en donne…

Je finis par arriver à Trient (1 303m), au kilomètre 72. Point de ravitaillement chaud, je rechange de tee-shirt, je mange de la soupe tout en discutant avec Piwi. Prochaine étape, Catogne (2 100m), environ 5 km et 700m de dénivelé positif. Ça va encore être difficile, mais ça va bien. Je me dis qu’il reste deux grosses difficultés et l’arrivée sera proche. Les têtes des concurrents sont vraiment marquées, mais je ne vois pas la mienne. Je me dis que je dois avoir la même ! Le mental et le souffle vont bien, mais les jambes ne sont pas au rendez-vous. C’est sûrement la cause d’un manque d’entraînement en montagne. Il faut repartir, l’ascension de Catogne m’attend.

Il pleut de plus en plus et le vent souffle fort. Je monte à mon rythme, 11 km à faire jusqu’au prochain ravitaillement. Les 5 km de montée sont difficiles, j’y vais lentement et j’ai de plus en plus froid. Le brouillard s’invite à la fête, la visibilité diminue. J’essaye d’augmenter le rythme pour me réchauffer, mais rien à faire. J’arrive au sommet, un point de contrôle de dossard est en place. Les bénévoles ont allumé un feu et j’en profite pour me réchauffer. Je décide de changer de tee-shirt avant d’attaquer la descente. Pendant ce temps, quelques coureurs passent, mais ce n’est pas grave, j’ai trop froid. Je discute avec les courageux bénévoles qui m’expliquent qu’ils restent sur place jusqu’à dimanche car l’UTMB passe par ce point. Je suis impressionné, je leur souhaite bon courage et je repars. La descente est longue et accidentée par des rochers et des racines. Je fais attention à ne pas tomber. Il y a de plus en plus d’eau et donc de la boue sur le parcours. J’arrive à Vallorcine (1 270m), dernier contact avec Piwi, après.. on se revoit à l’arrivée. Même tactique, je mange une soupe, je fais le plein d’eau et je repars rapidement, 5 à 10 minutes de pause.

 » Maintenant je dois finir ! « 

Allez dernière difficulté, La Tête aux Vents (2 127m) en passant par le Col des Montets (1 466m), soit environ 800m de dénivelé positif. Je décide de monter prudemment, maintenant je dois finir. FX CCC 2014Après La Tête aux Vents, la fin du parcours est en descente. La montée est interminable et surtout très difficile, je suis dans un groupe de 4 coureurs répartis sur 50 mètres. Ça parle très peu, tout le monde est dans la difficulté et pense à l’arrivée. Par moment, je dois monter à la vitesse de 2km/h ! Je finis par arriver à La Flégère. Allez, dernier ravitaillement et place à 8km de descente vers Chamonix. Je termine la descente, je suis à 4km de l’arrivée. Piwi me rejoint. Là encore cela fait du bien. Sa présence a été déterminante et c’est presque logique, pour lui comme pour moi, de parcourir ces derniers mètres ensemble. On arrive dans Chamonix, il est 2h50. Les rues sont très calmes, la foule est partie. Avant le dernier virage, Piwi tourne à droite, pour me laisser terminer seul. Il y a un peu de monde sur les 500 derniers mètres, mais surtout sur l’arrivée. Je franchis la ligne, bâtons en l’air : je suis FINISHER de la CCC. Mes amis sont là, je savoure ces instants magiques sans trop réaliser.

Quelle magnifique course et quelle organisation !

L’avis du coach, Jean-Marc Delorme

Lorsque l’on m’a demandé de m’occuper de FX, le calendrier était déjà bien avancé et il me restait très peu de temps avant la CCC. Il allait falloir concilier son travail (très prenant), sa vie de famille, et une blessure. En effet, à peine le programme entamé, FX souffre d’une pubalgie. Mais après un repos relatif et un traitement anti-inflammatoire, le voilà reparti.

Ses points forts sont un mental visiblement solide, et un corps déjà bien musclé (c’est déjà ça de gagné !). S’ajoute à cela une VMA tout à fait convenable de 19km/h !.

Ses points faibles sont un manque d’expérience en montagne sur les terrains techniques, ainsi qu’un déficit sur la marche. De même ses entraînements qui jusqu’ici sont basés sur des sorties qui manquaient parfois de longueur.

Le bilan étant posé : j’ai insisté sur le rôle des « week-end chocs » en croisant les activités (marche, vélo, course à pied) en deux blocs de 3 heures enchaîné sur le 2ème jour. Ce qui a permis de gérer la blessure tout en gardant la longueur du WE.

De même, nous avons travaillé l’effort excentrique de descente capital sur ce genre d’épreuve. Sur le mental, même avec un mental d’acier comme le sien, il devait pouvoir accepter le « coup de moins bien » inévitable sur un ultra. Savoir se dire «  je ne vais pas bien, je ralentis et je gère ! » et non pas  «  je tiens coûte que coûte ».

Au vu de son récit, on peut voir qu’il a enregistré l’information. FX est un coureur avec un bon potentiel qui, j’en suis sûr, peut gagner une bonne heure sur cette même compétition.

Compte-tenu de sa préparation, de sa blessure et de son activité, je lui dis tout simplement bravo ! Chapeau !

Quelques photos