Au coeur de la CCC avec Giao, le 31 Août 2012

La CCC© 2012 : Jusqu'au Bout du Rêve

Le speaker me félicita en disant : "Et on applaudit un nouveau Finisher de la CCC©, Giao !"

La CCC 31 aout 2012 023

Giao Duong Huynh, marathonien cent bornard et coureur sur route de 41 ans, a participé à la la CCC© le 31 août 2012. Il nous raconte comment il est venu à bout de cette course de référence dans des conditions dantesques.

Ayant terminé Millau en 2011, je savais que mes jambes pouvaient encaisser un 100 km et après la SaintéLyon la même année, je savais également que je pouvais courir de nuit. Pour parcourir les 100 km je visais les 22-23 heures de courses, je n’avais fait jamais au-delà de 16 heures lors du Millau et ma capacité à pouvoir continuer la route sans dormir pendant aussi longtemps était la grande inconnue.
Par ailleurs, les trop rares trails que j’avais terminés auparavant m’avaient forgé la certitude que j’étais un mauvais grimpeur doublé d’un piètre descendeur.

Arrivée la veille au sein de l’établissement Les Aiglons un Resort & Spa de Chamonix, la soirée fut paisible avec un diner pris à l’hôtel, un menu spécial coureur composé de pâtes sauce champignon avec jambon cru suivi d’un minestrone de fruits accompagné d’un Orangina.

Couché à 22h je trouvais immédiatement le sommeil pour me réveiller à 4h30.
J’avais réservé la navette de 6h45 pour Courmayeur. Après trois quart d’heure de route, j’étais encore dans un semi-sommeil quand j’entendais une clameur dans le bus s’élever car le ciel semblait dégagé contrairement aux prévisions météo qui étaient défavorables : entre 1800 et 2000 mètres Météo France prévoyait du vent de la pluie et une vague de froid qui donnait une température ressentie de -10°C.

L’organisation recommandait même quatre couches de vêtements respirant, waterproof et déperlant, de la haute technologie en polyester pour résister au mieux face aux intempéries.
Arrivé au centre sportif de Courmayeur en Italie, j’ai retrouvé Bruno de la Team Berci St. Brieuc rencontré à la Plagne, il m’offra gentiment un café car l’organisation n’avait pas prévu de collation pour attendre le départ.
H – 45 minutes, je me suis préparé et après avoir fait deux-trois pauses techniques, j’ai marché jusqu’au centre-ville pour me mettre derrière la ligne.
Il y avait trois vagues de départ toutes les dix minutes : les numéros 5.000 à 5.999, 6.000 et 7.000. J’avais le numéro 6604.
J’ai eu le cœur battant lorsque j’ai entendu l’hymne national, j’avais l’impression d’être au départ d’une épreuve olympique. Catherine Poletti l’organisatrice nous rappela au micro les consignes de sécurité et nous précisa les nouvelles barrières horaires compte tenu des modifications de tracé.

A 10h10, ce fut le départ tant attendu. Je lançais un cri de joie et de rage car j’étais venu pour en baver et j’étais prêt à en découdre avec la montagne.
Tous portés par l’euphorie, nous étions tous lancés à 10-12 km/h et pourtant cela commençait par un faux-plat montant. J’avais déjà mes cinq couches sur moi et au bout de deux kilomètres, je me suis mis sur le côté pour en retirer deux car j’étais en sueur.
Puis j’attaquais la première montée qui nous emmenait jusqu’au refuge Bertone. Cela commençait à monter un peu raide mais pas trop et la 6000D que j’avais rentrée dans mon escarcelle cinq semaines auparavant, j’étais en confiance et je commençais à moins souffrir des dénivelés à 12% sur plusieurs kilomètres.

Au premier ravito, je pris le temps de recharger ma poche à eau et remettre les deux couches que j’avais mis de côté. Je remplaçais également les mitaines par des gants car avec les trous des mitaines laissaient passer la fraicheur et j’avais déjà les doigts tout engourdis. Le soleil était éclatant mais il commençait à faire bien froid et la première difficulté de la journée n’allait pas commencer à arriver.
La déclivité de la pente augmentait au fur et à mesure que nous approchions du haut, comme sur La Plagne, je voyais une cohorte de traileurs s’étirer jusqu’en haut et cela allait bien piquer dans les gambettes. J’étais en-dessous de la vérité, le sol boueux et gras était glissant et je piétinais longuement jusqu’à ce qu’un traileur me conseilla de marcher sur la neige pour avancer plus facilement. Lorsque nous arrivions après une longue et pénible ascension en haut du Grand Col Ferret il faisait -10°C nous affrontions un vrai blizzard et la neige dure projetée à pleine vitesse nous fouettait le visage. Heureusement que j’avais la capuche qui me protégeait la nuque, la visibilité était réduite et les organisateurs nous avaient bien dit de ne pas stationner et de redescendre immédiatement vers La Fouly.

Dès que je le pus, je me remis à trottiner et cela était bien agréable, le terrain n’était pas dangereux et je pouvais aller assez vite, je commençais à maitriser mes appuis surtout grâce aux exercices de proprioception que m’avaient conseillés mon ami Guillaume podologue du sport : Tous les deux jours, je ferme les yeux et je reste en équilibre sur un pied pour qu’il apprenne à s’ancrer au sol et devenir plus puissant.

J’avançais bien et rattrapais un peu le retard pris sur la montée. J’entendis les cloches de la Fouly et les applaudissements des spectateurs qui nous réconfortaient avant et après chaque refuge. Emporté par l’euphorie, mon pied droit dérapa et mon genou gauche frotta la terre. Le coureur juste derrière moi me rattrapa mais j’avais déchiré mon corsaire et me retrouvais avec une belle entaille au genou qui me faisait mal.
J’arrivais au point de contrôle en boitant et me dit en mon for intérieur qu’il était trop tôt pour abandonner. Je voulu prendre un thé chaud bien agréable avec deux morceaux de sucre mais je n’avais plus mon gobelet de la SaintéLyon, je l’avais fait tomber en route sans doute dans ma chute qui avait entamé mon genou droit. Cherchant tout autour, il n’y avait pas de gobelet disponible quand je remarquais un verre abandonné sur une table dont je m’emparais pour ne plus m’en séparer tant que je courrais.

A chaque ravito était indiqué la prochaine étape avec le dénivelé positif et le négatif. Nous avions devant nous 14 km jusqu’à Champex le deuxième « C » de CCC© qui marquait la moitié de la course. On nous disait qu’il y allait avoir un bon repas chaud servi, il était 17h30 et je me disait 14 km, cela se fait en 2-3 heures dans la montagne, pile pour l’heure du diner.
Pour y arriver, il y avait la descente jusqu’à Praz de Fort puis une belle montée jusqu’à Champex. Nous étions en Suisse dans un décor digne d’une adaptation de « Heidi fait l’UTMB© avec son Grand-Pa », des conifères partout, des cimes tout autour de nous, de la neige et des gentils habitants qui nous proposent du Coca, du café et du thé spontanément lorsque nous passions dans leur village.

L’avantage avec les courses nature est que nous pouvons échanger entre traileurs et j’en profitais pour discuter avec un cent bornard qui était venu avec le même sac à dos de Millau que le mien, il trouvait que Millau était une plaisir à côté de ce que nous traversions. De même, Patrick un vietnamien venu avec femme et enfant qui n’avait pas couru depuis trois mois et s’était lancé dans cette folle aventure. Je lui demandais s’il avait perdu un pari mais n’attendis pas sa réponse. En arrivant à Champex vers 20h45, le micro nous exhorta à vérifier l’état de nos frontales. Nous allions entrer de plain-pied dans la nuit, la première pour moi en montagne et avant je profitais d’un bon repas chaud composé deux bananes et d’une compote avalées en attendant la soupe aux pâtes et d’un bon plat de macaronis avec sauce tomate viande hâchée et fromage rapé accompagné d’un Coca.

Je m’assis en face d’un Suisse, Thomas, qui se changeait. Je me rendis compte à quel point j’étais parti comme un débutant. Je commençais à être bien trempé dans mes vêtements de mi-course et je voyais des coureurs qui recevaient un bon petit paquet de leurs chéries avec des changes tout secs et bien propres.
La prochaine étape à Bovine était à dix petits kilomètres avec un dénivelé négatif de 322 mètres et un dénivelé positif de 746 mètres. Avant de repartir, j’avalais quelques TUC et du chocolat, c’était trop bon. J’avais déjà dépensé pas mal de calories et le moindre aliment me faisait du bien. Je n’avais aucun problème gastrique grâce l’Hydraminov que j’avais déjà testé sur d’autres périples analogues comme la SaintéLyon et la 6000D.

La partie descente se fit bien, la montée vers Bovine allait être coton et c’était un euphémisme de dire cela. Il y avait 724 mètres seulement de montée sur une distance de quatre kilomètres environ. Pour moi c’était la difficulté du parcours : de l’eau ruisselante partout, un terrain gras, des roches et des racines qui formaient des marches de quarante centimètres de haut, une véritable épreuve de kilomètre vertical en somme.
Nous progressions très lentement et j’avais les yeux rivés sur les pieds du traileur qui me précédait. Je préférais ne pas regarder loin devant car c’était surtout loin en haut qu’il fallait regarder pour observer la suite du parcours. Après une heure trente d’escalade peut-être plus, je rejoins enfin le refuge de Bovine. Nous étions à 1.987 mètres et il faisait bien froid dehors et dix degrés de plus à l’intérieur. Je pris trois thés chauds qui me firent un bien fou et un café. Des dizaines de coureurs avaient décidé d’abandonner et il leur fallait descendre à Trient car à Bovine il n’y avait aucun moyen de transport pour les y convoyer.

Pour parvenir à la prochaine étape, il y avait 141 mètres de montée et 816 mètres de descente, une sinécure bienvenue pour récupérer de la terrible montée que nous venions de passer. J’étais vraiment à l’aise et tous les coureurs me laissèrent la place, car je n’hésitais plus à foncer tête baissée dans le noir. Je menais ainsi plusieurs mini-groupes jusqu’au prochain ravito.

Il y avait juste une température bien basse, de la neige tout le temps et un vent qui glaçait les veines si l’on restait statique. Je remercie vraiment les bénévoles aux avant-postes qui nous encourageaient et nous indiquer les passages difficiles, emmitouflés dans leurs manteaux qui devaient bien subir le froid. Trient plus l’étape la plus accessible relativement bien que j’avais les vêtements mouillés, à minuit passé j’étais encore alerte et j’avais les doigts de pieds mouillés à force de les avoir laissés trainer dans des flaques entre les monticules de boue et de neige, à tel point que j’avais peur de me faire amputer le petit doigt de pied à mon arrivée.
10 km, Vallorcine n’était qu’à dix petits kilomètres et Cédric m’avait dit qu’arriver à Vallorcine, c’était gagné et qu’il ne suffisait plus qu’à dérouler jusqu’à l’arrivée.

Je vis encore des abandons à Trient et nous n’étions plus loin de la frontière helvético-française. Pour parvenir à l’avant-dernière étape avant Chamonix, il y avait une montée de 847 mètres et une descente de 848 mètres, en un mot le Col de Catogne. J’avais froid et les thés, soupe et café que j’avais avalés m’avaient à peine réchauffé, il ne fallait plus hésiter et je me devais de partir sans trop me poser de question. Juste à la sortie du refuge, deux traileurs m’interpelèrent. Il s’agissait de Patrick et Philippe de Grenoble. Ce dernier avait un problème de frontale car ses piles ne marchaient plus. Il demanda à m’emprunter ma lampe de rechange et me remit la sienne en gage. Elle valait 245 euros et j’acceptais l’échange puisque la mienne m’avait coûté 45. Nous commencions l’ascension et mes camarades de route s’exclamèrent : « Tu n’as pas de bâtons ? ».

Et oui, la grande majorité des participants en étaient dotés et pas moi puisqu’ils sont interdits à la Réunion. Les bâtons permettent de gagner de 2 à 15% sur les efforts demandés aux mollets et ils servent à assurer la sécurité sur un sol gras surtout dans les descentes.

Là encore, la montée fut lente et plus nous élevions, plus la température chutait. Je laissais passer plusieurs mini-groupes et m’arrêtait pour souffler lorsqu’une jolie traileuse me dit « ça va ? avant tout doucement, tout doucement ». Je suivis son conseil et fus plus régulier dans ma progression. A deux heure trente du matin, nous n’arrêtions pas de monter sans voir le sommet du col et je sentais des picotements dans les yeux, ma vision commençait à devenir trouble et mes paupières devinrent lourdes. Je cédais peu à peu à la fatigue et au sommeil. Je me sentais partir et me voyais déjà m’écrouler parmi mes camarades. Bien entendu, il était hors de question de fermer les yeux et dormir dans la neige car à plus de deux-mille mètres d’altitude cela risquait d’être fatal.
Heureusement nous arrivâmes enfin au sommet du col, je passais le point de contrôle et il restait plus qu’une longue descente jusqu’à Vallorcine. Je me mis à trottiner et à sautiller pour reprendre un peu de chaleur comme me l’avait conseillé mon ami Nicolas Contrain qui avait terminé la CCC© en 2011 et était engagé sur l’UTMB©. Je repris mes esprits mais tombais une demi-douzaine de fois dans la boue. Il faisait noir de chez noir et avec ma lampe je ne voyais pas grand-chose devant moi. Une glissade propice m’avait fait une entorse à la cheville gauche mais j’étais chaud et étonnamment élastique, je pus reprendre ma course presque comme si de rien n’était.
Vallorcine enfin, je revis Philippe et Patrick les bénévoles du point de contrôle nous le confirma : on avait fait le plus dur et il ne nous restait plus que douze kilomètres avec juste une ascension du Col des Montets à 1.461 mètres d’altitude ce qui représentait un D+ de 200 mètres et un D- jusqu’à Chamonix de 426 mètres. Facile par rapport à tout ce que nous avions traversé et il m’en fallait pas plus vu l’état de fatigue dans lequel j’étais. Je voyais trouble car je portais mes lentilles depuis plus de 24h et j’étais bien froid à l’intérieur du corps. Je m’en foutais car il fallait juste sortir et au bout de 12 km c’était le bonheur absolu.
Je repartis pour la dernière étape.

Le jour se levait peu à peu et nous empruntions le chemin du marathon du Mont Blanc. Je trottinais sur les descentes et marchais sur le plat et les montées. Les premiers concurrents de l’UTMB© nous dépassaient tout frais, ils étaient partis à 19h la veille et nous étions samedi matin. Encore un dernier détour par Argentière pour l’ultime point de contrôle et nous avions 9-10 km jusqu’à Cham.
Il y avait des montées et de relance mais me concernant, je n’avais plus grand-chose à relancer, je me contentais de marcher transi de froid et en parlant et congratulant Jacques un V2 qui avait abandonné au 60 km à la TDS l’année précédente et qui était tout content de terminer cette année la CCC©. Pour lui on avait fait une épreuve plus dure que les concurrents de l’UTMB© car ils étaient restés en France et n’étaient pas montés aussi hauts que nous puisque les routes étaient couvertes de neige après notre passage.

(Crédit photo : Charles Renard)
Pour mon arrivée je rêvais de faire comme Killian Jornet dans la bande-annonce où il tape des mains aux spectateurs situés de part et d’autre. Je chaussai mes lunettes de soleil alors qu’il pleuvait et qu’il faisait gris, je retirais capuche et bascule et criais ma joie à plein poumons.
Une arrivée enthousiaste, je frappais dans les mains de tous, vis mes amis à 400 mètres de l’arrivée et passais la ligne fou de joie après un temps de course officiel de 22 heures 59 minutes et 59 secondes !

Le speaker me félicita en disant : « Et on applaudit un nouveau Finisher de la CCC©, Giao !« 
La CCC© est la plus belle course à ce jour et je suis bien content d’être arrivé jusqu’au bout de ce long voyage.

Cerise sur le gâteau, être finisher de la CCC© me permit de rentrer trois points qualificatifs ajoutés aux points de la 6000D et de l’Eco-Trail de Paris 80 km soit les sept points requis pour participer au tirage au sort de l’UTMB© 2013, c’est pas mal pour un néophyte qui terminait sa deuxième course en montagne.

Pierre-Marc Giao Duong Huynh, www.giao.fr

Matériel :
Montre GPS : Suunto Ambit 1.5 achetée chez Le Pape !
Vêtement : collant 3/4 Kalenji, tee-shirt Kalenji floqué « Fast & Furious », maillot manches longues Railight floqué « Runnosphère », maillot manches longues Odlo, veste Gore traitement déperlant technologie Gore-Tex et Windstopper, veste avec capuche Technique Extreme, chaussettes Rywan, bas de compression Zensah
Chaussures : Adidas Supernova Riot 4
Sac : Quechua Diosaz Raid 27 litres
Frontales : Petzl
Alimentation : 4 doses Hydraminov menthe de Effinov, sachet Effinov goût légumes, barre céréale Isostar Long Energy Endurance

1 réaction à cet article

  1. Merci pour ton récit.
    Bonne récup et bonne prépa pour ton futur UTMB
    Greg (Finisher CCC 2012)