Le passage du petit au grand bassin : c’est vraiment si dur ?

Un des grands challenges bien connus des nageurs est le passage du petit bassin au bassin olympique. En effet, la saison hivernale se termine bien souvent en décembre, avec les championnats de France en bassin de 25 mètres, avant d’attaquer les choses sérieuses, et les compétitions en bassin de 50 mètres. Ce passage s’avère souvent difficile, puisque la distance du bassin double, les virages sont donc moins nombreux, et les nageurs se voient perturbés d’un point de vue technique, physique et psychologique… Pour y voir plus clair, nous avons réalisé une petite étude statistique en reprenant les compétitions de fin d’année 2019. Explications à suivre…

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Description de l’étude

Le but de notre étude a été de comparer les performances réalisées par les nageurs lors des championnats de France petit bassin à Angers du 12 au 15 décembre 2019, avec les performances réalisées par les mêmes nageurs, la semaine suivante lors des premiers meetings en grand bassin de la saison 2019/2020. 

Pour cela, nous avons collecté toutes les performances des finalistes A et B, chez les hommes et les femmes, et pour toutes les épreuves.

Nous avons ensuite retrouvé ces nageurs lors de 8 meetings dispatchés partout en France (Amiens, Sarcelles, Tours, Agen, Saint-Victor, Chalon sur Saône, Nîmes et Saint-Raphaël). Sur les 243 nageurs finalistes A et B à Angers, 136 d’entre eux ont participé la semaine suivante à l’une de ces compétitions, soit 56% au total. Parmi ces 136 nageurs, 113 ont participé à au moins une finale à Angers et une la semaine suivante, sur la même épreuve. Nous avons alors comparé 180 courses, en observant la différence de temps réalisé à Angers puis sur l’un des meetings de 50m.

 

 

Résultats

Le tableau ci-dessous montre le détail du nombre d’épreuves analysées (par distance) et l’écart moyen qui existait entre les performances d’Angers et celles des meetings en grand bassin.

50m 100m 200m 400m
Nb d’épreuves à comparer 43 44 61 32
Ecart moyen 1,22s 2,84s 5,60s 11,16s

 

On observe une quasi symétrie de l’écart de temps en fonction des distances. En effet, lorsqu’on double l’écart du 100m, on obtient celui du 200m, et lorsqu’on double celui du 200m, on obtient celui du 400m. 

Mais ces résultats ne permettent pas d’avoir un regard précis sur les écarts de temps en fonction des nages, et du sexe. Regardons cela d’un peu plus près…

 

 

Épreuves de 50 mètres

 

Chez les dames, sur 50 mètres, on voit de nettes différences selon les nages. C’est en papillon qu’elles perdent le moins de temps (+ 64 centièmes en moyenne), puis en nage libre (+93 centièmes). En brasse, cela devient plus compliqué (+1,26 seconde) et c’est en dos où il semble que le passage au grand bassin soit plus difficile (+1,82 seconde). A noter, que l’écart pour chaque nageur est assez similaire à chaque fois, ce qui rendent les statistiques plus puissantes. On observe peu de différences d’une nageuse à l’autre, même si évidemment, on arrive à distinguer des profiles de nageuses qui s’en sortent mieux en grand bassin.

 

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Chez les hommes, on observe moins de différence selon les nages. C’est en nage libre qu’ils perdent moins de temps (+1,06s), puis en papillon (+1,15s) et en dos (+1,24s) et en brasse (+1,44s). C’est intéressant de voir que les plus grands écarts se voient en dos chez les femmes et en brasse chez les garçons, puisque cela correspond à des vitesses de nage similaires (environ 28/29 secondes au 50m). Dans ces courses, il est probable que le gain de vitesse générée par la coulée soit forcément altérée en grand bassin, avec notamment l’absence de deuxième coulée.

 

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Épreuves de 100 mètres

 

Sur le 100 mètres, on ne retrouve pas exactement les mêmes tendances que pour le 50. Toutefois, c’est toujours le papillon qui perd le moins de temps (+2,32s), talonné de près par la nage libre (+2,43s). Puis les dossistes s’en sortent cette fois mieux que les brasseuses (+ 3,06s vs +3,39s). Ici aussi, on observe des variations assez similaires d’une nageuse à l’autre. Les résultats semblent nous montrer qu’il est plus difficile de passer au grand bain en brasse, sur les épreuves de 100m. Reste à savoir si les raisons sont techniques, physiologiques voire psychologiques ? 

 

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Chez les hommes, on observe des tendances vraiment similaires à celles vues chez les femmes. C’est toujours en papillon que les nageurs s’en sortent le mieux (+1,99s), puis en nage libre (+2,44s). En brasse (+3,35s) et en dos (+3,54s), la tâche est plus compliquée. Ici aussi, on voit que les pertes de temps par nage, sont similaires d’un nageur à l’autre (excepté un dossiste qui perd presque 6 secondes…). 

Ces résultats écartent assez bien les aspects motivationnels, comme raison de contre-performance, puisqu’on observe de grosses différences entre les nages. Les raisons de l’écart petit bassin et grand bassin, sont donc davantage liés à des aspects physiologiques et techniques…
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Épreuves de 200 mètres

 

Chez les dames les écarts sont assez logiquement doublés par rapport au 100m. Sauf sur le 200m dos, où l’écart fait plus que doubler, il passe de 3,06s à 6,73s. C’est clairement dans cette nage où les nageuses éprouvent le plus de difficultés et cela vient bien confirmer le ressenti exprimée par les nageurs au bord du bassin : le 200m dos en grand bain, c’est quelque chose ! Le 200m papillon, épreuve réputée pour être l’un des plus dures de la natation offre le moins d’écart entre petit bassin et grand bassin (seulement 4,46s), suivie par le 200m 4N (+4,67). Sur 200m NL, il faut compter un écart d’environ 5 secondes (+5,09s) alors qu’on se rapproche des 6 secondes pour le 200m brasse (+5,74s). 

 

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Chez les messieurs, le constat est un peu différent. C’est en nage libre que les hommes perdent le moins de temps (+4,65s), puis en papillon (+4,82s) et en 4 nages (+5,39). Toutefois, il est important de noter que lorsqu’on rapporte ces chiffres en pourcentages de performance, on remarque que la perte de temps est similaire pour ces 3 nages (4% de perte entre petit bassin et grand bassin). Alors qu’elle est légèrement plus haute en brasse autour de 5% (+5,74s) et beaucoup plus élevée en dos avec presque 7% de perte (+ 7,74s). Les nageurs de 200m dos ont donc le droit de se plaindre plus que les autres, lorsque la saison de grand bassin arrive…

 

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Épreuves de 400 mètres

 

Chez les dames, on observe qu’elles arrivent à « limiter la casse » en nage libre avec environ 8 secondes de perdues (+7,95), alors qu’elles en perdaient déjà 5 sur 200 mètres. En quatre nages, c’est plus ardu, car elles perdent près de 11 secondes (+10,79s), alors qu’elles en perdaient moins de 5 sur 200 mètres. Bien évidemment, il faut rappeler les limites de cette étude puisqu’il ne s’agit pas systématiquement des mêmes nageuses.

 

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Enfin, on remarque les hommes ont beaucoup plus de difficultés que les femmes à résister sur les épreuves de 400 mètres. Ils perdent plus de 2 secondes par rapport à leurs homologues féminines sur 400m NL (+ 10,07s) et 4 secondes sur 400m 4N (+14,76s). Toutefois, bien que cet écart de presque 15 secondes semble impressionnant, en termes de pourcentage de performance, il reste moins important que celui observé sur le 200m dos. 

 

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Et par rapport à la grille de conversion ?

 

Lorsque l’on observe la table de conversion proposée par la Fédération Française de Natation, basée sur les meilleurs temps mondiaux réalisés en petit et grand bassin, on observe des tendances similaires avec celles distinguées dans notre étude. Certes, les écarts sont plus importants que la théorie mais dans notre étude, les nageurs avaient « l’excuse » de nager pour la première fois de la saison en grand bassin, et d’avoir laissé un peu d’influx une semaine avant à Angers…

Par ailleurs, dans la table de conversion fédérale, on observe bien que c’est en dos, puis en brasse, que les nageurs sont le plus exposés à subir des écarts plus importants. On voit également que sur les épreuves de 100 et 200m dos, la table de conversion avait bien anticipée les plus grandes difficultés des hommes par rapport aux femmes. La table FFN a également « bien vu » pour les épreuves de 400m, qui s’avèrent plus compliquées pour les messieurs. 

Toutefois, on voit certaines tendances qui diffèrent. Par exemple, dans notre étude, les messieurs semblent mieux s’en sortir que les femmes sur les épreuves de 100m et 200m NL (par rapport à ce qui était attendu par la table de conversion). De plus, chez les femmes, sur les épreuves de 100m et 200m, la table prévoyait un écart plus faible en nage libre qu’en papillon, alors que l’on observe le constat inverse dans notre étude. 

 

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Finalement, on observe que les écarts entre la table de conversion et les résultats de notre étude augmentent de façon assez linéaire en fonction de la distance, avec une cassure importante à partir des épreuves de 400 mètres. On remarque également que les écarts sont un peu plus importants chez les filles que chez les hommes sur les épreuves de 50 mètres (+0,34s vs +0,22s), de 100 mètres (+1,10s vs +0,73s), de 200 mètres (+1,44 vs + 1,08s). Mais c’est l’inverse pour les 400 mètres (+2,52s vs +4,07s).

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Conclusion

 

En conclusion, nous avons observé dans cette étude que malgré un état de forme important, une semaine après les championnats de France petit bassin, les nageurs ont du mal à passer au grand bassin, puisqu’ils n’arrivent pas à « matcher » avec la table de conversion théorique. Les différences selon les nages effacent une raison motivationnelle. Des raisons techniques, notamment associées aux vitesses de nage et aux effets des coulées semblent expliquer ces différences selon les nages. Mais des aspects physiques et physiologiques semblent aussi expliquer la difficulté du grand bassin. Notamment chez les messieurs, sur des épreuves de 400 mètres, où la fatigue musculaire est probablement beaucoup plus grande en grand bassin. Mais toutes ces hypothèses seront à vérifier lors de futures études expérimentales. En attendant, nous pouvons souhaiter bon courage à tous les nageurs pour la suite de la saison en grand bassin, le plus dur est derrière eux !

 

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