Combien de temps avant de passer sur ultra ?

Un coureur rêve de l'UTMB mais se demande quelle est la bonne progression. La réponse de notre expert trail.

UTMB 2013

La question : En combien d’années passer des trails courts (max 35 km) aux trails longs (60/70 km) puis aux ultras (UTMB par exemple) ? Je me limite pour le moment aux trails courts mais je souhaite un jour courir l’UTMB. Je pense avoir le mental nécessaire et surtout c’est un rêve que je VEUX réaliser (et quand on veut, on peut) mais je ne voudrais surtout pas me brûler les ailes (ni les running) en essayant d’y parvenir trop rapidement. D’où ma question : je vais m’inscrire pour mon premier trail un peu plus long en juillet (57km, Trail du Bout du Monde). Mais ensuite ? Passer directement aux 70/80 km? Et pour les ultras, attendre 2, 3, 4 ans ?

La réponse de Sébastien Chaigneau

Enfin une réflexion pleine de bon sens et une façon d’aborder le trail et le plaisir de courir en pleine nature par le bon côté…

Ce n’est pas simple de nos jours de faire prendre conscience à des personnes qui découvrent une nouvelle activité qu’il leur faut prendre le temps de progresser, si elles ne veulent pas s’arrêter au bout de 3 ou 4 ans de pratique. Pourquoi s’arrêter après si peu de temps ? Tous simplement à cause d’une lassitude mentale et d’une fatigue physique chronique avec la sensation de régresser et de ne plus avancer. Pour certains, cela va plus loin et peut les conduire à des stades où leur corps passe au-delà des signaux du cerveau et se retrouve à être « addict ». Seule la blessure grave les arrête avec, très souvent, une descente aux enfers car s’en suit un arrêt complet de la pratique. Le manque de certaines hormones fournies par une pratique excessive engendre alors une dépression qui peut aller, parfois, jusqu’à l’hôpital…

Avant cela, il y a des signes qui ne trompent pas et il faut les écouter pour ne pas en arriver là. D’autant qu’à la base, on pratique cette activité pour sortir et faire prendre l’air à notre corps et notre tête.

Pour en revenir à la question ci-dessus, il est très intéressant de passer une à deux fois maximum par an, sur des distances de ce type, c’est-à-dire inférieures à 60 kilomètres après deux ou trois années de pratique. C’est une sorte de challenge de fin de saison. L’objectif ne sera pas de réaliser une place mais plutôt d’aller au bout dans les meilleures conditions possibles et surtout en étant en état de prendre du plaisir tout au long de l’épreuve et donc en courant un maximum.

Le choix de cet objectif de l’année est plus judicieux sur la fin de saison car ce n’est que ni plus ni moins qu’une récompense d’une saison progressive et bien menée. A la suite de cette épreuve, vous devrez bien récupérer, soit 15 à 20 jours de repos quasi complet pour pouvoir reprendre une activité et du plaisir à courir sans séquelles. C’est aussi pour cela que de tels objectifs sont bien sur la fin de saison. Cela vous permet ensuite de couper et de repartir sur une nouvelle saison après avoir franchi un palier dans votre progression et votre évolution de traileur.

Ensuite,  deux options :

  • Vous trouvez un trail objectif sur la fin de saison suivante, moins dure ou équivalent techniquement mais plus long, soit de 70 ou 80 kilomètres.
  • Vous trouvez une course équivalente (60 kilomètres) mais plus dure techniquement.

Tout ceci est plus simple qu’il y a 10 ans, car vous avez à votre disposition huit à dix courses partout en France tous les week-ends. C’est donc simple de les trouver et de les planifier.

Concernant l’ultra, au-delà de 65 à 70 kilomètres, vous y êtes déjà, même si ce n’est que la porte d’entrée. Ensuite, vous pouvez, selon vos sensations, rallonger progressivement chaque année : 100, puis 120 ou 140 et 160. Mais si vous prenez le temps, vous permettez à  votre corps de modifier sa structure, sans oublier l’adaptation de votre système hormonal.

N’oubliez pas d’aborder tout ceci avec une notion de plaisir et de ne pas faire « comme les autres ». Cela vous permettra de durer. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il se limiter à 1 à 5 kilomètres de plus par an ! Mais c’est plus dans la façon d’aborder les épreuves que vous allez progresser physiquement et acquérir de l’expérience pour la gestion du matériel ou de la nourriture par exemple…

Autre petit conseil : lorsque vous effectuerez ce « défi », partez très tranquillement et ne vous laissez pas embarquer par les autres participants. Il vaut mieux avoir des regrets d’être parti trop lentement que de vous être arrêté à mi-parcours. En effet, dans le premier cas cela vous ouvre des possibilités, dans le second cela vous atteint moralement. Or la tête, c’est 60% de votre réussite.

Bonne route pour la suite et faites nous part de votre expérience dans les prochaines années, c’est à mes yeux la meilleure façon de progresser durablement dans cette discipline.

1 réaction à cet article

  1. Salut. Je completerais en ajoutant aussi que ça dépend de ton bagage sportif. Si tu as déjà couru au moins un marathon prévois au moins 1 année pour avoir l’entraînement et ensuite dans la deuxième année faire les courses préalables pour avoir les points requis. Ça dépend aussi de ta disponibilité .si tu as des enfants ce sera plus difficile. Toutefois j’ai fini l utmb en 2015 avec ma petite fille née en décembre 2014! Alors rien n’est impossible. Dernier point fais des week-end chocs dans lesquels tu combines une compétition le samedi et une autre le dimanche. Genre 1km vertical le samedi et un 100km le dimanche. Ou un 125km. Si tu passes au travers de ça tu auras plus confiance. Oublie pas de connaître ton alimentation (plus sucres rapides ou plus lipides) ainsi que le sommeil (j’ai fait la course en 43h36 sans dormir). Enfin travaille bcp le renforcement musculaire, plyometrie et proprioception car méchant dénivelé… Les descentes font mal aux jambes surtout les 3 dernières côtes!!! Bonne chance!

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