Cyclisme : Qu’est-ce qu’une bordure ?

Sur le tour 2015, durant la première semaine, vous avez obligatoirement entendu parler du phénomène de bordure. Mais il est parfois difficile d’expliquer au grand public la formation d’un tel phénomène. David Giraud, expert cyclisme pour le Pape-Info nous explique en quelques mots ce qu’il se passe au sein du peloton lorsque des bordures apparaissent sur nos écrans de télévisions.

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La bordure est un phénomène que l’on pourrait appeler « naturel » qui se déroule au sein d’un peloton lorsque le vent latéral est important. Naturellement, entraîné par celui-ci, les coureurs vont se rabattre jusqu’à atteindre le bord de la route, côté opposé à sa provenance. Afin de bénéficier, au mieux, du phénomène de drafting, les coureurs se positionnent alors les uns derrière les autres. La bordure est créée, les difficultés commencent. Le vent latéral les gènes désormais dans leur progression. L’effet de drafting créé par le concurrent qui les précède n’a plus rien avoir avec celui créé par un peloton compact ou par un homme seul en cas de vent nul, de face ou de dos. Tous les coureurs présents dans la bordure doivent donc produire un effort très intense.

Ce phénomène, s’il dure, provoque des cassures au sein du peloton. Le manque de visibilité dans les roues à la limite du rebord, additionné au déséquilibre créé par le vent latéral finira par avoir raison des coureurs les plus faibles et des moins habiles à rester calés dans la roue qui les précède. Ceux-ci perdent alors quelques mètres sur le coureur de devant, ainsi que le peu d’effet d’aspiration que celui-ci créait. Rouler à l’allure du peloton devient alors de plus en plus difficile. S’ils n’ont pas réagi tout de suite, les coureurs placés derrière ce maillon faible auront beaucoup de mal à effectuer la jonction. Et pour cause le vent latéral les empêchera d’accélérer. Rapidement, une cassure va se créer au sein de la bordure et le peloton va se scinder en plusieurs morceaux.

Des éléments favorables
Afin qu’une bordure se dessine, deux éléments sont incontournables. Le vent latéral doit être important et la route, dégagée. A partir du moment où ces deux éléments sont réunis, la formation de bordure peut avoir lieu. Elle peut se créer naturellement, et dans ce cas l’impact sur le peloton ne sera pas très important. En revanche, elle aura pour conséquence d’user les coureurs présents dans la bordure voire même d’éliminer les plus faibles d’entre eux. La deuxième possibilité est la provocation de ce phénomène par une équipe ou un groupe d’hommes forts qui accéléreraient de façon violente et organisée, sous forme d’éventail (voir article « Qu’est-ce qu’un éventail »).
Surpris par l’offensive, les poursuivants en queue de peloton tardent généralement à s’entendre puis à s’organiser. Ils perdent un temps précieux et leur seule solution est alors de mettre en place un nouvel éventail afin de limiter les dégâts. Il n’est d’ailleurs pas rare, à haut niveau, de voir plusieurs éventails se former. Ainsi, lorsqu’ils entrent dans une zone moins exposée, les dégâts sont moindres et ils peuvent espérer effectuer la jonction avec le groupe de tête.
Le vent qui provient de ¾ dos, est le plus favorable à une explosion du peloton. En effet, les vitesses atteintes par la tête du peloton deviennent très importantes, ce qui favorise un étirement puis une explosion de celui-ci.

Création de bordure et stratégies collectives
La création de bordure est une stratégie qui peut être mise en place par les meilleures équipes du peloton chez les professionnels et amateurs de haut niveau. Il s’agit de repérer un changement de direction, une sortie de forêt ou le sommet exposé d’une bosse, puis de porter une accélération violente à cet endroit.
La mise en place peut être planifiée durant le briefing d’avant course. Le directeur sportif, qui a repéré un endroit favorable à la création de ce phénomène, demande à ses coureurs d’accélérer violemment dans ce secteur. S’ils veulent créer l’effet de surprise et piéger leurs adversaires les plus coriaces, ils devront attendre le dernier moment avant de se regrouper puis de se poster aux avants postes. Cette stratégie peut également, être décidée par un leader ayant repéré une zone favorable, un changement de sens du vent ou une augmentation de la vitesse de celui-ci. Il regroupe alors ses équipiers et lance le « coup de bordure ». L’équipe qui met en place cette stratégie doit, bien évidemment, maîtriser la technique de relais en éventail.
Si toute fois le vent latéral est de ¾ face, la création de bordure se complique. En effet, il aura tendance à freiner de façon importante l’avancée de la tête du peloton, ce qui rendra toute accélération compliquée. Une équipe qui déciderait alors de créer un éventail le ferait au prix d’un effort extrêmement intense. Elle s’exposerait alors à de violents contres de la part de ses adversaires les plus costauds, ayant réussi à rester bien protégés dans les roues durant l’offensive.

Le phénomène de bordure est donc bel et bien l’un des phénomènes les plus spectaculaires du cyclisme sur route. Le grand public le découvre bien souvent sur certaines étapes du Tour de France, mais sur certaines épreuves comme le Tour du Qatar, il est monnaie courante. Cette épreuve est d’ailleurs régulièrement remportée par le collectif le plus apte à provoquer des bordures.

Qui a dit que le cyclisme était un sport individuel ?

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