Combien d’années de pratique pour se lancer sur un ironman ?

Pour un triathlète c'est un peu le graal. L'Ironman et ses 3,8 km de natation, ses 180 km de vélo et son marathon pour conclure. Mais est-ce donné à tout le monde ? Peut-on l'envisager rapidement ? La réponse de notre spécialiste.

ironman

Tout d’abord un point essentiel, les années de pratique ne sont pas forcément corrélées avec la distance de la course, si grande soit-elle. Historiquement, que ce soit en athlétisme, en cyclisme ou en triathlon les athlètes font leurs gammes sur les « petites » distances, carrière sur les « moyennes » et boucle la boucle sur les « longues ». Pourquoi ? Car la vitesse est souvent plus importante dans nos jeunes années, quand elle va décliner par la suite, à l’inverse de notre gestion de nous-mêmes qui sera de plus en plus efficace avec les années de pratique, les nombreuses séances d’entraînement et la multiplication des compétitions. Seulement depuis quelques années le phénomène s’inverse.

Aussi passionné soit-il, le sportif moderne doit également vivre, or l’argent se fait de plus en plus rare pour les athlètes de haut niveau ne fréquentant pas les premières places sur les distances historiques (piste, triathlon olympique, etc.). Cependant les marques de sport tant chéries de l’amateur restent de bonnes payeuses sur les compétitions de masse. Or vers quelles courses se tournent la majorité des amateurs : les courses à pied sur route, les triathlons longue distance ou les trails. L’arrivée importante de ces sportifs issue des « petites » distances nous montre un point essentiel : pas besoin d’être à l’approche de la quarantaine pour performer sur le long, bien au contraire.

La densification des performances de pointes que ce soit sur marathon, ironman ou ultra-trail l’illustre ! La vitesse est un atout indispensable à la performance de longue distance. Jean-Claude Vollmer le montre au travers de ses planifications marathons. Elles comprennent de nombreuses séances où la vitesse sera supérieure à celle de votre vitesse spécifique de course. Donc premier point, il n’y aura pas forcément besoin d’avoir des années de pratique derrière soi pour se lancer sur la distance ultime. Ses planifications vont montrer un deuxième point essentiel, il n’y aura pas forcément besoin d’empiler les heures pour « perfer » sur longue distance. Troisième et dernier point, nous parlions d’expérience en début de réponse. Pourquoi ces athlètes expérimentés vont être si souvent performants sur longue distance ? Parce qu’ils ont une grande connaissance d’eux-mêmes et de leur pratique que ce soit dans la gestion de leurs entraînements, de leurs allures de courses, de leurs sensations, de leurs capacités, des ravitaillements appropriés, etc. Les années de pratique leur ont permis, intuitivement ou non à réduire la marge d’erreur au quotidien et en compétition.

Le plus grand adversaire de l’ironman, c’est l’athlète lui-même !

Alors combien d’année de pratique pour tenter un Ironman ? Je vous répondrai donc de la façon suivante. Comme pour toute distance de la plus petite à la plus grande, l’engagement dans une compétition demandera un entraînement approprié. Gérez cette charge au mieux en fonction de votre passif (si vous commencez le triathlon à 40 ans après 15 ans d’arrêt du sport, augmentez progressivement vos charges d’entraînement et écoutez les messages de votre corps et non votre égo, car lorsqu’une blessure est présente il est déjà trop tard…), mais aussi, et surtout, gérer en fonction de votre rythme de vie. Si vous avez une vie professionnelle/privée très fournie, ne cherchez pas forcément à suivre votre coéquipier qui a réussi à libérer tous ces après-midi pour s’impliquer à 100% de son objectif. Pourquoi ? Car cette vie extrasportive demandera également une charge ressentie comme importante et vous devrez le prendre en compte dans votre planification journalière pour éviter les risques de surmenage, de blessures et de mauvaise adaptation à l’entraînement. Ensuite comme le marathonien quarantenaire ce sera à vous de mettre en place la meilleure stratégie en mettant carte sur table et en étant le plus objectif possible sur vos capacités.

Le plus grand adversaire de l’ironman, c’est l’athlète lui-même. Vous ne devrez jamais aller au-delà de vos capacités physiques et gérer au mieux votre alimentation et votre hydratation qui devront toujours être maintenues dans un gap constant. Et voilà bien quelque chose à expérimenter à l’entraînement. Combien d’ironman ont en effet été un échec sur un gel oublié ou une intolérance à un produit ? Beaucoup trop.

Alors si c’est votre premier ironman, ayez toujours la sensation d’adopter une stratégie trop défensive, car nous nous projetons souvent de façon trop optimiste sur nos capacités. L’objectif est d’éviter d’arriver au fameux « mur ». Or lorsqu’il sera présent, vous aurez tout le temps de deviser sur votre stratégie trop offensive. Il vaudra donc toujours mieux se dire en cours de route « finalement je peux peut-être en mettre un peu plus » plutôt que l’inverse car ce sera malheureusement rédhibitoire.

Pour conclure, il n’y a pas forcément de droit d’entrée à un ironman. Bien entendu, la répétition de cette distance, vos années de pratique, l’amélioration de vos différentes stratégies vous rendront meilleur. Mais si vous vous êtes entraîné plusieurs mois et que votre stratégie de course (et de ses à côtés) est suffisamment lucide, aucun problème à franchir le cap.

Attention, si vous adoptez la stratégie adéquate, vous risquez de vous « ennuyer » en première moitié de course, et vous dire « je peux aller plus vite ! », mais patienté car ensuite vous allez prendre un grand bol de « kiff » en dépassant un à un tous les triathlètes plus entraînés que vous, plus expérimentés, mais au combien mauvais gestionnaires…

Alors, soyez intelligent sur vos entraînements, très lucide sur vos tactiques (acceptez de devoir les changer en cours de route si cela est nécessaire) et faites-vous plaisir !

Suivez Anaël AUBRY sur twitter @AUBRYANAEL

Réagissez