Coureurs : comment éviter les attaques de chiens ?

Article écrit par Camille Vandendriessche

Qu’on en ait peur ou pas, se retrouver face à un chien lors d’un footing ou d’une séance en nature peut susciter de l’appréhension, de l’angoisse, voire dans certains cas se solder par une attaque.
En réponse aux expériences malheureuses de nombreux coureurs, l’expert canin Pascal Tréhorel livre ses réflexions et astuces pour une meilleure cohabitation entre le joggeur et l’animal.

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Dans un groupe Facebook d’amateurs d’athlétisme, l’appel à témoins a déclenché, une avalanche d’anecdotes en quelques heures seulement

« J’adore les chiens mais quand je cours je me méfie parce que je me suis déjà fait courser par un chien en pleine séance » (Loic Grd)

« Je me suis retrouvé nez-à-nez avec deux chiens non attachés, sans maîtres dans les parages. Ils m’ont grogné dessus, obligé de m’arrêter, faire demi-tour, et depuis je n’y cours plus. » (Yoco Yoco)

« Quand tu passes de 4’00 à 2’20 au kilo sur l’hippodrome, poursuivi par un teckel sous stéroïdes ! » (Thibault Larpin)

« Je suis capable de faire des détours de 5 km quand je vois un chien et n’importe lequel, c’est ce que je redoute le plus lors de mes sorties » (Samir Laab)

« Quand je suis au Sri Lanka et que je vais courir, je pars avec des cailloux dans les poches !!! […] » (Ajeeth Mariathas)

« Grosse morsure au mollet et au bras dans un parc en Autriche à Vienne en courant, par deux chiens. Si je garde pas mon sang-froid et je me barre pas au sprint sans jamais m’arrêter je me fais bouffer. » (Oscar Deboise)

« Il est gentil mon chien, qu’ils disent… » (Aurélia Truel)

 

À l’approche d’un chien, un simple footing peut subitement se transformer en séance de vite-lent-vite ou en partie de cache-cache improvisée, avec son lot de détours ou de demi-tours forcés. Et, parfois, un souvenir gravé à jamais dans la chair et dans la tête.

 

D’après Pascal Tréhorel, éducateur canin depuis plus de 20 ans et fondateur de l’École du chien près de Caen, « il y a très peu de problèmes dans ce genre. Sur 7,5 millions de chiens en France, près de 4 millions ont des maîtres. On n’entend pas parler d’attaques tous les jours. Les morsures sont très, très rares. » Très peu de statistiques sont disponibles sur la question.

Deux études citées par Le Figaro* font néanmoins état de 500 000 morsures de chiens déclarées chaque année en France, dont 60 000 nécessitant des soins hospitaliers (source : Centre de documentation et d’information de l’assurance), et de 33 décès entre 1990 et 2010 suite à une attaque canine (source : Institut de veille sanitaire). Ramené à la population française (67 millions d’habitant en 2019), cela représenterait donc près d’une morsure déclarée pour 100 Français et d’une hospitalisation pour 1000 personnes par an. Si ces chiffres sont exacts, le risque de se faire mordre au cours d’une vie serait donc loin d’être négligeable…

 

 

Peur du chien : causes et conséquences

Pour Pascal Tréhorel, plusieurs raisons expliquent l’appréhension de l’humain vis-à-vis des chiens, en particulier chez les coureurs. « Parmi les personnes qui ont en peur, certaines ont déjà été mordues soit tout petit, soit en vélo ou en courant. Pour beaucoup, les parents avaient eux-mêmes peur et disaient aux gamins de ne pas s’approcher. C’est un peu comme la peur du loup ! Ancestralement, dans la religion notamment catholique, on dit que l’animal est impur, et le chien en fait partie. C’est resté dans la culture, souligne-t-il.

Le chien est aussi un prédateur, un animal qui court pour faire courir l’autre et le tuer, à l’inverse d’un cheval par exemple, qui va plutôt sauver sa peau. Tout ce qui bouge (trottinette, vélo, voiture, coureur, etc.) est suffisant pour réveiller en lui ce petit atavisme, qui le pousse à aller voir ce qui se passe et éventuellement pincer pour encore faire courir plus vite devant lui, comme le chien de berger, ou mordre pour arrêter, comme un chien de chasse. »

 

Bien qu’elle n’avait pas peur des chiens, la fondeuse Clarysse Picard (23 ans) s’est néanmoins fait attaquer début 2020 lors d’un footing sur un chemin qu’elle emprunte quasi-quotidiennement, près de Cholet. « Je suis allée courir dans la campagne, sur des chemins creux où les gens n’attachent pas forcément leur animal, se remémore-t-elle. Je suis arrivée à une trentaine de mètres derrière un monsieur, sans voir qu’il avait des chiens, et là deux chiens de chasse de type labrador m’ont foncée dessus et attaquée, en me faisant comprendre que je n’étais pas la bienvenue. L’un d’eux m’a mordue au niveau du mollet. La première réaction du maître a été de m’engueuler, comme quoi je n’avais rien à faire ici. Après que les chiens m’aient relâchée, il ne m’a pas demandé comment ça allait. J’avais la chance de courir depuis à peine 10 minutes, donc je n’étais pas trop loin de chez moi, mais sur le retour, ma jambe s’est totalement contractée et mon mollet s’est rétracté sur lui-même. Ça m’a fait une grosse contracture, qui a mis une bonne semaine voire 10 jours à partir totalement. »

 

Après un passage aux urgences et des excuses tardives du propriétaire des chiens, Clarysse Picard ne court plus l’esprit aussi léger. « Maintenant, j’ai beaucoup changé mon approche vis-à-vis des chiens, pas forcément quand je vais les croiser en laisse ou dans la rue, mais à chaque fois que j’en croise un quand je cours, je suis extrêmement méfiante, confie-t-elle. Deux ou trois mois après l’accident, je me suis surprise à pleurer devant un chien qui s’est mis à m’aboyer dessus alors que ça m’était jamais arrivée en l’espace de 23 ans. Même si j’ai toujours le même amour pour mon chien, il y a un traumatisme. Avec certains chiens, il n’y a aucun problème, mais dès que j’en croise un qui n’est pas tenu en laisse, je fais demi-tour parce que je n’ai plus la capacité ou la force de l’affronter. »

 

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Le danger des chiens non tenus en laisse ou errants

Même stupeur et méfiance nouvelle pour César Boileau, ancien coureur de 400 m haies, qui s’est fait attaquer fin août dans les vignes de Provence. « Je terminais mon footing de 10 km, quand je suis tombé sur un chien de bonne taille, un beauceron, décrit-il. Je me suis arrêté pour le croiser. J’entendais sa maîtresse un peu plus loin au téléphone, même si je ne la voyais pas. Au moment où le chien m’est passé à côté, il était plutôt calme. Et à ma grande surprise, il m’a attrapé le mollet ! Je ne pouvais plus bouger. J’avais mal, mais c’est surtout la peur qui dominait. Sa maîtresse est arrivée rapidement, mais l’animal m’avait déjà bien entaillé. Elle m’a reconduit en voiture et m’a montré le carnet de vaccination du chien. Elle répétait qu’il était gentil, mais mon mollet avait doublé de volume ! C’est comme si j’avais plusieurs déchirures musculaires. Aux urgences, on m’a dit que je n’en aurai que pour quelques jours, mais ça ne dégonflait pas. Avec ma femme, qui est médecin, on a craint que le muscle ne soit infecté, ce qui aurait pu être grave, mais heureusement, ce n’était pas le cas. »

 

Après avoir récolté sept jours d’ITT, le coureur de 38 ans a pu remarcher au bout de huit jours et recourir cinq semaines plus tard. Soulagé que l’incident n’ait pas eu de conséquences plus invalidantes, il se montre désormais plus prudent au contact des chiens. « Je suis plus méfiant, notamment en présence de mes enfants, dit-il. Et je comprends mieux mes potes d’origine maghrébine qui ont l’habitude de courir avec des pierres ! »

Dans certaines régions de France comme dans beaucoup de pays étrangers, les chiens non tenus en laisse ou errants sont en effet monnaie courante. Les coureurs n’hésitent alors pas à s’armer de cailloux ou de bâtons pour dissuader les éventuelles assaillants à quatre pattes.

 

Suite à une morsure lors d’un footing à l’étranger qui lui a laissé plusieurs cicatrices au mollet, Soulef Bendouiou, spécialiste du 3 000 m steeple, a modifié ses habitudes de course à la Réunion, où elle habite. « Ici, il y a ses chiens errants partout, alors je fais des détours de folie !, témoigne l’athlète de 42 ans. Je n’avais pas peur des chiens au début, mais là j’ai toujours l’impression qu’ils vont me croquer au même endroit. Je n’utilise pas de bâton ou autre [chose] qui pourrait éventuellement me protéger lorsque je cours. Je porte ma fille automatiquement dès que je vois un chien, mais je fais en sorte malgré tout de ne pas trop l’effrayer avec les chiens. »

 

 

Cailloux, sprays, Dazer… Des outils plus ou moins efficaces

« Le fait de prendre une pierre ou un bâton dans la main peut rassurer quand on a une appréhension, mais ce n’est pas dit que l’animal apprécie ce geste de menace, auquel cas le chien peut réagir d’encore pire manière », analyse Pascal Tréhorel. En revanche, d’autres outils peut s’avérer plus efficace pour faire fuir un chien agressif, selon lui. « On peut utiliser un Dazer, une petite boite à ultrason qui tient dans la poche. Quand on appuie dessus, ça hurle. Nous, on ne l’entend pas beaucoup, mais le chien, énormément. Ça le fait fuir sans lui causer de douleur. Il y a aussi des sprays contenant de l’air froid, qui forment comme un nuage. C’est de l’air sous pression qui ne fait pas mal aux yeux. L’avoir dans la poche peut rassurer. Pour certains chiens, c’est radical et ils s’en vont tout de suite sans chercher à mordre. En revanche, cela ne sert à rien de prendre des bombes pour nettoyer les écrans, ni du gaz lacrymogène. »

 

Face à un chien agressif ou apeuré, difficile de savoir quelle réponse choisir entre la fuite ou l’affrontement. Selon l’éducateur canin, la clé est d’adopter un comportement adéquat. « S’arrêter de courir ou de marcher, c’est une bonne chose, conseille-t-il. Faire face au chien de notre propre corps tout entier, non ; mais se mettre légèrement sur le côté, oui. C’est une forme de dialogue. Face un autre homme, cela peut paraître plutôt agressif de se planter droit devant. Si je cherche le dialogue, il est possible que je me mette légèrement sur le côté. C’est comme ça qu’on peut chercher le dialogue avec le chien. Le fait de continuer à courir ne va pas arranger les choses, mais si on s’arrête, le chien va être surpris. De plus, l’animal est rarement seul. Souvent, le maître arrive, le reprend en laisse et on n’en parle plus. »

 

 

Anticiper le comportement de l’animal selon le type de chien et la situation

Pour éviter les accidents, l’idéal serait donc de mieux comprendre le mécanisme de l’animal et son comportement en fonction de la situation. « Il y a une excitation parce que vous courez, reprend Pascal Tréhorel. À partir du moment où vous enlevez cette excitation, le chien ne sait plus quoi faire. Il va venir vous sentir pour savoir qui vous êtes, et par votre odeur savoir si vous êtes sympa ou pas sympa. Il va aussi deviner si vous avez peur ou pas.

Nous avons au moins 80 odeurs différentes sur nous : si on vient de manger, si on est joyeux, si on a peur… Le chien divise l’odeur de peur en quatre niveaux d’intensité. Si quelqu’un a très peur, il le sent tout de suite. Si vous marchez vers lui pour le faire fuir et qu’il a plus peur que vous, il risque de vous agresser parce qu’il ne supportera pas. Pour lui, c’est une agression.

À l’inverse, si vous pénétrez sur le territoire d’un chien hyper-dominant, il va vous grogner dessus pour vous dire de partir. Là, si vous ne comprenez pas, ce chien au caractère bien trempé est capable de vous mordre, même si on n’a pas peur. Parmi les autres sources d’agression, il y a le fait que nous soyons très grands, très hauts par rapport au chien. Quand on le regarde et qu’on pointe vers le bas, on lui signifie qu’il est inférieur et il peut agresser s’il ne le supporte pas. Un chien peut aussi agresser pour marquer sa possession, si vous avez pris son jouet ou tapé dans son ballon. »

 

D’après l’expert canin, il peut aussi être utile de connaître le type de chien que l’on croise sur son parcours. « On peut analyser les choses selon la famille du chien, poursuit-il. Tous les chiens de berger, par exemple, vont plutôt vous pincer par derrière, rarement par devant, mais sans mordre parce qu’ils ont été sélectionnés pour faire avancer les bestiaux. Le chien qui vient vous mordre de dos, c’est un chien très peureux et assez rare. Ceux qui peuvent mordre de face, ce sont les chiens de chasse. C’est rare qu’ils mordent par derrière. Mais la morsure n’est pas si évidente selon la race de chien, c’est plutôt le type de chien qui importe. Les chiens nordiques (ex. : huskies), eux, peuvent aller directement au contact sans grogner ou aboyer beaucoup. Les chiens de berger vont aboyer un peu. Les petits chiens aussi restent des chiens et peuvent mordre. »

 

Justement, que faire en cas de morsure ? « Il ne faut jamais y mettre les mains, met en garde Pascal Tréhorel. Le mieux est de shooter dedans comme dans un ballon ! À partir du moment où on aura mis le chien en faute et qu’il va reculer, il va comprendre que vous ne vous laisserez pas faire. En revanche, il est aussi très important de ne pas l’acculer contre un mur ou dans un coin. Là, c’est sûr qu’il va vous mordre. Il lui faut toujours une distance de fuite, comme pour nous. Pour les coureurs, l’idéal est donc de bien connaître les chiens. »

 

 

* https://www.lefigaro.fr/assurance/2012/06/06/05005-20120606ARTFIG00424-morsures-de-chiens-le-flou-des-statistiques.php#:~:text=Selon%20chiffres%20publiés%20par%20le,en%20augmentation%20en%20période%20estivale

https://www.lefigaro.fr/environnement/2012/08/09/01029-20120809ARTFIG00449-ces-animaux-qui-pourraient-vous-tuer.php

 

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