Yann Schrub a tenu son rang

Article écrit par Quentin Guillon, à Lisbonne

L’équipe de France senior a souffert, comme attendu, en finissant 11e par équipes. Elle était inexpérimentée et marquée du sceau de la jeunesse : les quatre athlètes en lice fêtaient leur première sélection chez les seniors à ce niveau. Azzedine Habz, 26 ans, a fini 37e, Emmanuel Roudolff-Lévisse, 24 ans et pas dans son assiette 65e, Abderrazak Charik, 22 ans et encore espoir, 54e alors que Yann Schrub, 23 ans, a confirmé sa victoire aisée au cross de sélection, en finissant 19e.

Jean-Marie Hervio / KMSP / FFA
Jean-Marie Hervio / KMSP / FFA

L’an dernier, le sociétaire de Sarreguemines avait fini 18e…chez les espoirs. Sa 19e place a la saveur de l’accomplissement et dit sa progression, en douze mois. Schrub n’est pas pour autant un nouveau venu : il a multiplié les sélections chez les jeunes, il est champion de France du 10 000 mètres (2018) et il a couru, à Lisbonne, comme un vieux briscard, n’hésitant pas, intelligemment, à s’adapter à la difficulté du parcours. « Pour moi, courir en seniors signifiait partir vite et continuer à fond, pour terminer avec les moyens qu’il reste.. J’ai compris que ce n’était pas forcément ça. C’était un dix bornes vallonné et pas un dix bornes sur route. J’ai regardé les autres courses. Quand j’ai vu que Jimmy (Gressier) a mis dix secondes à ses adversaires en un kilomètre, je me suis dit que celui qui pétait le moins qui fera une bonne course. Après, je ne visais que le top 20 »

Alors que Julien Wanders mettait le peloton en file indienne et dans le rouge dès les premiers mètres, Yann Schrub était pointé autour de la cinquantième place. Bon, il ne s’amusait pas non plus… « Il fallait se préparer à souffrir. Et j’ai souffert à partir du 2e kilomètre » expliquait t-il en zone mixte. « Ce n’était pas très agréable, mais cette 19e place est vraiment top. Je me suis fait plaisir sur de petits moments, mais il y avait peu de temps pour récupérer. Il n’y avait pas de faux plats : uniquement des montées et des descentes ». Il a ensuite opéré une jolie remontée, sur les six tours du parcours.

 

 

« On peut donc y arriver sans beaucoup borner »

 

Au final, il a assumé son rang, lui qui avait fait montre d’une très jolie forme à Gujan-Mestras il y a deux semaines lors du cross de sélection. Ses 28’57’’ à Sarreguemines en octobre avait mis en exergue sa valeur, mais l’épreuve avait perdu son label officiel (il y avait bien 10 km, toutefois) et d’aucuns doutaient de son niveau réel. « Ces 28’57’’ ne viennent pas de nulle part » relève t-il. 

Alors que la tendance actuelle est de se mettre plein le cornet à l’entraînement et borner à outrance, Yann Schrub montre qu’il est possible d’être (très) performant autrement. « Je n’ai pas changé mes conditions d’entraînement, avec six séances par semaine. Je fais du coup beaucoup de qualité, des côtes, de la PPG, des VMA sur piste avec un rythme assez élevé. Je fais aussi beaucoup de footings de 20 bornes. On peut donc y arriver sans beaucoup borner. J’avais peur que le dernier tour soit de trop, mais j’ai réussi à doubler trois ou quatre gars »

Ce n’est pas forcément sa volonté, mais une obligation : il est en sixième année de médecine, va passer le concours de l’internat en juin prochain avant, s’il passe le cut, d’être interne trois ans durant, voire « une petite année » supplémentaire pour devenir médecin du sport, son rêve. « Je ne peux pas être sur tous les fronts même si j’essaie de cumuler les deux au maximum. Pour l’instant, j’y arrive » glisse le vice-champion du Monde universitaire du 5 000 mètres, qui s’entraîne à Nancy la semaine avec Dominique Kraemer et à Sarreguemines le week-end avec Anthony Notebeart. 

Il a fait de ce qui pourrait être considéré comme un handicap une force. « J’aime bien être avec mon groupe d’entraînement le soir après les cours. On rigole bien et je ne cherche pas uniquement la performance. Je suis rarement en train de me dire : il faut que j’explose tout à l’entraînement ».

 

 

Fraîcheur au quotidien

 

Il est aussi plus frais, au quotidien. « J’ai très rarement les jambes lourdes et je mets à profit chaque entraînement » poursuit celui qui s’alignera peut-être au semi de Paris en mars prochain avant, pourquoi pas, de disputer un 10 000 mètres, toujours dans l’optique des championnats d’Europe de Paris en août prochain. 

Dans ce contexte, comment voit-il sa progression ? 

« Je vois année après année.  Pour l’instant, ça me va très bien. Paris 2024, ça n’arrive qu’une fois. On verra si j’ai l’occasion de me consacrer plus à l’athlé. Même si je suis un néo-senior, je peux quand même faire des choses ». Bien dans sa tête, bien dans son corps. Une fraîcheur réconfortante dans le contexte actuel, vicié.  

 

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