Un autre regard sur la CCC, 26-27 août 2011

Retour sur cette édition 2011 de la CCC sur l'UTMB.

Le départ de la CCC

Emotions, inquiétudes, frissons. Etre accompagnant sur une épreuve telle que la CCC (Courmayeur-Champex-Chamonix) ne demande pas le même effort physique que celui des concurrents mais offre une pléiade de sensations insoupçonnées.

Au petit matin, en ce vendredi 26 août, les concurrents grimpent dans leur bus pour rejoindre la ligne de départ, à Courmayeur. Pendant ce temps, il faut vérifier une dernière fois le sac destiné à aider son protégé. Pas question d’oublier quoi que ce soit, on ne pourra pas revenir le chercher. Mais il faut aussi se dépêcher, car il est hors de question d’être en retard, il s’agit de prendre de la marge. Certains accompagnants prennent le bus ; d’autres, leur voiture. Qu’importe, l’essentiel est de pouvoir être là et de saluer une dernière fois l’objet de toute son attention pour les prochaines heures.

Depuis quelques jours, la météo est incertaine ; en ce matin, tout se confirme. Eh oui, sur l’UTMB, les années semblent se suivre et se ressembler ! Cette année encore, le mauvais temps se mêle à la fête ! Tout a commencé avec la PTL (Petite Trotte à Léon) et un peloton qui a dû modifier son parcours pour éviter les orages. La TDS (Sur les traces des ducs de Savoie) a eu droit au même sort et la météo s’annonce de plus en plus mauvaise au fil des heures à venir. Le verdict tombe pour les concurrents à quelques minutes du départ : le parcours est modifié. La météo est prévue exécrable durant la nuit et il est hors de question de mettre le peloton en danger dans les montagnes.

Les concurrents vont donc monter direct à Bertone avant de rejoindre Arnuva puis Champex, Trient, Argentiere puis Chamonix. Ce parcours permet d’éviter Bovine, Catogne et Tête-aux-vents, tout en offrant 93 km et 5100m de dénivelé.

Premier rendez-vous

Pour les concurrents, il suffit de suivre les flèches, ils devront ensuite se renseigner et lire leurs textos pour connaître les nouvelles barrières horaires.Pour les accompagnants une course en parallèle commence. Pour répondre aux besoins du coureur, il faut savoir rester calme, être efficace et présent. Mais voilà, les courses de l’UTMB proposent des parcours en montagne et il n’est pas toujours aisé de rejoindre les différents points accessibles aux supporters.

Premier rendez-vous : Arnuva, au-dessus de Courmayeur. La route est aisée, des navettes permettent de rejoindre la zone facilement. La longue attente commence. L’hélicoptère annonce l’arrivée des premiers. Applaudissements. Les yeux se perdent au-dessus, dans les montagnes. On distingue des points de toutes les couleurs, on tente de reconnaître la tenue, la foulée. On scrute en espérant surtout ne pas le ou la rater. Où se mettre, où est le bon endroit ? Dans quel état est-il, est-elle ?  Est-ce qu’il a passé le premier point de contrôle ? On va voir les bénévoles, compréhensifs, qui glissent doucement l’information. Elle est passée au refuge/il devrait être là dans 15 minutes. Ouf !

Dans le public, à chaque nouvel arrivant sur zone, une, deux, trois personnes crient, encouragent et demandent inévitablement : comment ça va ? La question à ne pas poser mais que l’on finit invariablement par lancer ! Celle qui taraude toutes les familles, tous les amis !

Mais ce n’est pas fini, l’aventure ne fait que commencer. Il faut vite rejoindre La Fouly ! Redescendre par les navettes ou utiliser sa voiture. Les minutes passent, le stress monte. Il faut repasser le tunnel du Mont-Blanc, passer dans Chamonix et poursuivre son chemin. Les minutes s’égrènent trop vite. Pour bon nombre de coureurs, il faut choisir entre Arnuva et La Fouly afin de pouvoir ensuite être présent à tous les points. Pour les plus chanceux, c’est jouable.

La Fouly. Les coureurs arrivent couverts, les coupe-vent sont sortis. Il pleut, il fait froid, et le vent s’est levé. A-t-elle le bon équipement/que va-t-il vouloir ? Se changer oui, mais pour du long, du court ? Impossible de prévoir, il faut attendre ! La voilà. Les consignes tombent : je veux juste changer de tee-shirt. Prends ça, j’en n’ai pas besoin, c’est lourd… Chaque coureur réagit à sa façon, mais la présence d’un tiers est un plus, les coureurs en solo restent concentrés, dans leur monde, pourtant ils semblent parfois chercher des regards comme pour s’appuyer dessus. Pour ceux et celles qui accompagnent, il faut écouter et en fonction de l’état de « leur coureur », parler ou juste rester à côté et réagir au plus vite. Pas toujours facile.
Les voilà repartis.

Le temps se dégrade encore

Champex. Les vainqueurs sont déjà à Chamonix. Le cœur du peloton est pourtant là. Soupe, repas chaud complet, sieste, massages. Chacun ses besoins. Tout est à disposition et en musique. Les concurrents arrivés en masse au même moment doivent patienter pour obtenir un repas chaud mérité. En fonction des besoins, la pause est plus ou moins longue. Les coureurs accompagnés s’installent dans un espace consacré, les solistes restent dans la première partie de la salle. Certaines familles se sont mobilisées dans leur ensemble. Les enfants sont là et entourent leur père ou leur mère sans les lâcher du regard. Certains coureurs prennent le temps de jouer un peu avec eux. C’est une autre course dans la course. Il y a l’élite qui court pour le chrono, la place ; les solistes à la recherche de leur propre performance, ayant choisi d’être seuls ou l’étant par la force des choses pour une raison ou une autre.

Et voilà votre coureur. On regarde l’heure, oui, c’est bon, tu as le temps de prendre quelque chose. Les barrières horaires ont changé et tout le monde est un peu perdu. Les bénévoles répondent aux questions et annoncent aux derniers le temps qu’il leur reste avant de devoir repartir ou rester ou abandonner.

Pour toi, il n’est pas question de cela. Tu as plus de 30 mn avant la fin de la barrière horaire ! Un repas chaud s’impose. Certains ont pris plus d’une heure pour reprendre des forces ; ici, il faudrait être plus efficace mais pas question de partir vers la nuit sans se refaire une santé et se changer. A 22h15, notre héroïne s’enfuit, elle doit arriver à Trient avant 4h45 du matin.

La route n’est pas facile. En pleine montagne, dans la nuit, la pluie de plus violente limite la visibilité et les nappes de brouillard perturbent et inquiètent. Il est dur de garder le cap. Alors qu’en est-il pour ceux et celles qui sont sur les chemins, fatigués, avec déjà dix heures d’effort dans les jambes… ? Comment cela se passe-t-il ? Est-elle est suffisamment couverte, le pancho de pluie va-t-il résister ?

Pour patienter et penser à autre chose, on surfe sur internet, on regarde les informations sur le site de la course. Les concurrents de l’UTMB sont partis à 23h30 soit avec cinq heures de retard en raison de la météo. Impossible de savoir quelles étaient les conditions. Fait-il le même temps là-bas ?

Sur Trient, la météo devient de plus en plus mauvaise. Les éclairs fusent, le tonnerre gronde, l’angoisse augmente. Il faut dormir, un peu. On programme le téléphone portable, une heure avant l’heure estimée, histoire d’être sûr. De toute façon, impossible de sortir de la voiture, il fait trop mauvais.

Coup de fil

Le téléphone sonne : « Je suis arrêtée à Martigny, on n’a plus assez de marge sur la barrière horaire pour être à l’heure à Trient, je prends le bus, on se retrouve à Chamonix. »

La petite voix au téléphone résonne dans votre tête. Soulagée ? Déçue pour elle ? Inquiète quant à son moral ? On ne sait que penser. Il faut rejoindre Chamonix en étant prudent. Et attendre.

A l’arrivée du bus, il faut juste être là. Et écouter. L’histoire se termine pour cette année. Est-ce qu’il y aura une prochaine fois ? Il est trop tôt pour répondre et ça n’a guère d’importance pour l’instant. Le moral est bon : « C’était trop dur sous la pluie, quatre heures sous l’eau, j’en pouvais plus ! Et puis, c’est pas si mal pour une première, je suis contente. »

C’est ce que vous vouliez entendre. Il est temps d’aller se coucher. Il est 4h30 du matin. La ligne d’arrivée et les pleurs de joie, ce sera pour une prochaine fois, mais qu’importe ! Ce fut une belle journée pleines d’émotions et de sensations.

Photos de la CCC épreuve de l’UTMB 2011

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