Tour de France : Ces années où les pavés ont renversé la course

Longtemps mis à l’écart de la grande boucle, les pavés du Nord sont de retour sur les routes du Tour de France depuis plusieurs années. En ce mardi 7 juillet 2015, la 4eme étape au départ de Seraing empruntera 6 difficiles secteurs sur la dernière heure de course vers Cambrai. Retour sur ces éditions où l’enfer du nord a changé la face du tour.

vélo pavé

Hinault et les pavés : Je t’aime moi non plus

Bernard Hinault détestait les pavés. Quasiment absentes du tour depuis les années 60, les routes de Paris- Roubaix, accusées de fausser les résultats à force d’incidents mécaniques, se retrouvent sous les roues du « blaireau » en 1979. La dose de pavés promise à celui qui s’y présente déjà en jaune est pourtant légère. Hélas, une crevaison mal dépannée le condamne à une poursuite infernale « dents serrées » sur les secteurs pavés : 12 coureurs dont son rival Joop Zoetomelk se sont faits la malle. Hinault crève à nouveau dans le final et perd un total de 3mn26. Le même jour deux cadors du peloton abandonnent le tour : le néérlandais Jan Rass et l’italien Baronchelli. Le roi portugais de la montagne Joaquim Agostinho encaisse un débit de 15 minutes. Tout ceci n’empêchera ni ce dernier de terminer sur le podium, ni Hinault de remporter finalement son deuxième tour de France.

L’année suivante, les organisateurs reprogrammeront 20 kilomètres de pavés pour la 6eme étape entre Lille et Compiègne. La moitié sera annulée suite aux conditions météo catastrophiques, l’autre sera escamotée par le peloton qui les passera au petit train dans un pacte de non agression conclu entre leaders, Hinault en tête. Lequel, rappelons-le, remportera malgré tout en 1981 un Paris-Roubaix d’anthologie, cette course qu’il détestait.

Années 90/2000 : disparition progressive

D’autres secteurs sérieux sont au menu des tours 1985 et 1989, mais rien de notable ne s’y produit. L’épisode suivant de cette saga se déroule sur d’autres tronçons que ceux de Paris-Roubaix. En 1992, sur la route de Bruxelles, se dressent les monts pavés de  la classique légendaire, le Tour des Flandres : Mont de l’Enclus, Kwaremont, Keusberg, Mur de Grammont, Bosberg.  Lors d’un sprint bonifications au 141eme kilomètre, Chiappucci, Lemond, Holm et Jalabert s’échappent. Les deux premiers, candidats à la victoire finale, collaborent et relèguent Indurain et Bugno à plus d’une minute 30, tandis que Virenque chute à 8 kilomètres de l’arrivée. Laurent Jalabert en profite pour cueillir là sa première victoire sur la grande boucle. Cette épopée sera la dernière avant un moment. Le cyclisme mondialisé des années Armstrong goûte peu l’imprévu lié aux routes pavés. La mini dose introduite en 2004 (3.9 km) élimine cependant un favori, lorsqu’une chute coupe le peloton en deux. Le français Christophe Moreau et surtout le basque Iban Mayo, un candidat sérieux au podium, se retrouvent dans la seconde partie. Armstrong, Ulrich et les autres font rouler leurs équipiers pour creuser un écart maximal sur l’espagnol ; qui ne s’en remettra pas.

Années 2010 : le retour des pavés

Sérieusement ébranlé par de lourdes affaires, le tour, désormais organisé sous la houlette de Christian Prudhomme doit ré-introduire des rebondissements et s’en revenir aux fondamentaux de l’histoire cycliste : l’époque est prête pour le retour des pavés. En 2010 la troisième étape part de Vanze en Belgique pour rejoindre la commune de Wallers –Arenberg, soit le lieu de la mythique tranchée de Paris-Roubaix. Sur le secteur de Sars-et-Rosières, un des favoris, le danois Franck Schleck, chute et se fracture la clavicule. Peu à l’aise sur les pavés, Alberto Contador, qui termine l’étape avec une roue voilée, laisse échapper 1mn13 sur Cadel Evans et l’autre Schleck, Andy. Lance Armstrong, pour son dernier tour, victime d’une crevaison, termine près d’une minute derrière l’espagnol.

Enfin l’an passé, l’enfer du nord a également joué tout son rôle. Plus de 15 kilomètres répartis sur 9 secteurs sont proposés aux coureurs pour une cinquième étape très proche de celle de l’édition 2010. Deux secteurs sont annulés suite aux mauvaises conditions météo : les pavés sont glissants. Le tenant du titre, Christopher Froome, victime d’une chute la veille, tombe à deux reprises ce jour là et abandonne la course… avant même d’être arrivé au premier secteur pavé ! Nibali, qui n’a jamais disputé Paris – Roubaix – mais s’y est entrainé en compagnie de Peter Van Petegem, ancien vainqueur de l’enfer du nord, – termine deuxième de l’étape à 18 secondes de Lars Boom, spécialiste des pavés. Le futur vainqueur relègue là Contador à 3 minutes, Valverde, Thibaut Pinot ou Richie Porte à plus de deux minutes. Une avance qu’il ne perdra jamais.

Verdict demain soir afin de savoir si cette étape 2015 avec 6 difficiles secteurs aurait des conséquences sur le classement lors de l’arrivée sur les Champs-Elysées

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