Cyclisme – Tour de France 2015 – Champs Elysées, facile vraiment ?

C’est le dernier dimanche du tour, et traditionnellement le peloton achèvera sa boucle de juillet sur les Champs Elysées. Les derniers tours de roues sur la plus belle avenue du monde ne sont cependant pas de tout repos. Jacky Durand, ex baroudeur en chef du peloton, et à la manette des commentaires sur Eurosport, nous en explique les ressors.

Tour de France 2014 - Etape 21 - Evry / Paris - 27/07/2014 - Victoire de Marcel Kittel, le sprinteur allemand remporte sa 4ème étape sur le Tour 2014, la 8ème au total dans sa carrière.
En 2014, Sur les Champs-Elysées, victoire de Marcel Kittel, le sprinteur allemand remporte sa 4ème étape sur le Tour 2014, la 8ème au total dans sa carrière.

« Quand on est au sommet du dernier col du tour, on aperçoit la tour Eiffel », cette boutade que Jacky Durand avait lâchée un jour sur les routes du tour de France reste d’actualité. En abordant la dernière étape francilienne, les coureurs sont soulagés. « C’est l’étape la moins difficile » répète notre guide.  Mais la vitesse sur les derniers tours la rend particulièrement ardue. « Cela n’a pas l’air comme ça, surtout à la télé, mais les Champs Elysées présentent un petit dénivelé. Quand on a viré en haut, et qu’on replonge dans la descente, il n’est pas rare sur les derniers tours, d’atteindre les 65 voire 70 kilomètres/heure. » Et encore,  les organisateurs ont eu pitié des coureurs en supprimant le virage en épingle au pied de l’arc de triomphe et leur permettant d’effectuer un tour complet du monument. Un grand plaisir pour les téléspectateurs et une relance difficile en moins pour le peloton. « Cela va tellement vite, qu’on voit parfois des coureurs lâchés dans les derniers tours. Le circuit des champs est court, la difficulté revient vite et il ne laisse pas de temps pour récupérer. »

Ces dernières années, les organisateurs ont souvent placé la veille de l’ultime ronde parisienne, les dernières étapes de montagne. Le changement de rythme et de braquets peut aussi occasionner des dégâts. « On sait que la première étape de montagne, après une semaine de course à gros braquet, fait toujours des dégâts. Même si la proportion n’est pas la même, le passage du montagneux au plat, peut aussi occasionner des difficultés à se ré-acclimater au rythme. »

Autre obstacle à une promenade parisienne tranquille, les pavés dont est fait l’avenue qui monte vers l’Etoile. Certes, ce n’est pas Paris-Roubaix, mais la difficulté est réelle, comme nous le confirme notre ancien vainqueur du tour des Flandres. « Bien-sûr cela n’a rien à voir avec les pavés du nord, mais ça secoue. Et les coureurs ne sont pas équipés de vélos préparés comme pour les classiques : on utilise des jantes et des boyaux normaux. Du coup ça secoue et les petits gabarits sont désavantagés. »

Et puis autre élément particulier : l’animation de la course. Sur la plus belle avenue du monde on veut se faire voir. Ou tenter contre l’histoire et les statistiques de prendre à défaut les équipes de sprinters. C’est la dernière étape, tous ceux qui n’ont rien gagné tentent leur dernier baroud d’honneur. « Bien sûr, on sait quand on attaque, que sur les dernières années, les équipes de sprinters ont toujours réussi  à reprendre les échappées. Mais tous les ans, on voit parfois quelques gros rouleurs résister longtemps. Alors on se dit que « qui ne tente rien, n’a rien. » Le lendemain de toute façon, c’est fini ».

Reste avant d’en terminer, les derniers tours où la tension se fait extrême. La nervosité rend les ultimes kilomètres à nouveau compliqués. « Les sprinters veulent revenir en tête de peloton. Leurs équipiers se battent pour rester à l’avant et emmener leurs meilleurs spécialistes au sprint. Mais il y a aussi tous les premiers du classement général qui veulent se replacer devant pour éviter tout incident ».  Jacky évoque avec gourmandise ces dernières joutes, lui-même gros rouleur, adorait tenter sa chance sur les champs « Mais moi non plus, comme beaucoup d’autres, je n’ai jamais réussi à décrocher les sprinters… »

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